Bretagne: la première partit avec Ur, fils d'Érin, le puissant
guerrier de Scandinavie (ou peut-être le vainqueur des Scandinaves,
«the bellipotent of Scandinavia»); il vint en cette île du temps
de Gadial, fils d'Érin, et obtint secours à condition qu'il ne
tirerait de chaque principale forteresse plus d'hommes qu'il n'y en
présenterait. À la première, il vint seul avec son valet Mathata
Vawr; il en obtint deux hommes, quatre de la seconde, huit de la
troisième; seize de la suivante, et ainsi de toutes en proportion,
jusqu'à ce qu'enfin le nombre ne pût être fourni par toute l'île. Il
emmena soixante-trois mille hommes, ne pouvant obtenir dans toute
l'île un plus grand nombre d'hommes capables d'aller à la guerre: les
vieillards et les enfants restèrent seuls dans l'île. Ur, le fils
d'Érin le puissant guerrier, fut le plus habile recruteur qui eût
jamais existé. Ce fut par inadvertance que la tribu des Cambriens
lui donna cette permission stipulée irrévocablement. Les Coraniens
saisirent cette occasion d'envahir l'île sans difficulté. Aucun des
hommes qui partirent ne retourna, aucun de leurs fils ni de leurs
descendants. Ils firent voile pour une expédition belliqueuse jusque
dans la mer de la Grèce, et s'y fixant dans les pays des Galas et
d'Avène (Galitia?), ils y sont restés jusqu'à ce jour et sont devenus
Grecs.
La seconde expédition combinée fut conduite par Caswallawn, le fils
de Beli et petit-fils de Monagan, et par Gwenwynwyn et Gwanar, les
fils de Lliaws, fils de Nwyre et Arianrod, fille de Beli, leur
mère. Ils descendaient de l'extrémité de la pente de Galedin et
Siluria et des tribus combinées des Boulognèse, et leur nombre était
de soixante-un mille. Ils marchèrent avec leur oncle Caswallawn,
après les Césariens, vers le pays des Gaulois de l'Armorique, qui
descendaient de la première race des Cambriens. Et aucun d'eux, aucun
de leurs fils ne retourna dans cette île, car ils se fixèrent dans la
Gascogne parmi les Césariens, où ils sont à présent; c'était pour se
venger de cette expédition que les Césariens vinrent la première fois
dans cette île.
La troisième expédition combinée fut conduite hors de cette île
par Ellen, puissant dans les combats, et Cynan son frère, seigneur
de Meiriadog en Armorique, où ils obtinrent terres, pouvoir et
souveraineté de l'empereur Maxime, pour le soutenir contre les
Romains... Et aucun d'eux ne revint; mais ils restèrent là et
dans Ystre Gyvaelwg, où ils formèrent une communauté. Par suite
de cette expédition, les hommes armés de la tribu des Cambriens
diminuèrent tellement, que les Pictes irlandais les envahirent.
Voilà pourquoi Vortigern fut forcé d'appeler les Saxons pour
repousser cette invasion. Les Saxons, voyant la faiblesse des
Cambriens, tournèrent leurs armes perfidement contre eux, et,
s'alliant aux Pictes irlandais et à d'autres traîtres, ils prirent
possession du pays des Cambriens ainsi que de leurs priviléges et
de leur couronne. Ces trois expéditions combinées sont nommées les
trois grandes présomptions de la tribu des Cambriens, et aussi
les trois Armées d'argent, parce qu'elles emportèrent de l'île
tout l'or et l'argent qu'elles purent obtenir par la fraude, par
l'artifice et par l'injustice, outre ce qu'elles acquirent par
droit et par consentement. Elles furent aussi nommées les trois
Armements irréfléchis, vu qu'elles affaiblirent l'île au point de
donner occasion aux trois grandes invasions, savoir: l'invasion des
Coraniens, celle des Césariens et celle des Saxons.
Voici les trois perfides rencontres qui eurent lieu dans l'île
de Bretagne.--La première fut celle de Mandubratius, le fils de
Lludd, et de ceux qui trahirent avec lui. Il fixa aux Romains une
place sur l'étroite extrémité verte pour y aborder; rien de plus.
Il n'en fallut pas davantage aux Romains pour gagner toute l'île.
La seconde fut celle des Cambriens nobles et des Saxons... sur la
plaine de Salisbury, où fut tramé le complot des Longs-Couteaux, par
la trahison de Vortigern; car c'est par son conseil qu'à l'aide des
Saxons presque tous les notables des Cambriens furent massacrés. La
troisième fut l'entrevue de Médrawd et d'Iddawg Corn Prydain avec
leurs hommes à Nanhwynain, où ils conspirèrent contre Arthur, et par
ces moyens fortifièrent les Saxons dans l'île de Bretagne.
Les trois insignes traîtres de l'île de Bretagne.--Le premier,
Mandubratius, fils de Beli le Grand, qui, invitant Jules César et les
Romains à venir en cette île, causa l'invasion des Romains. Lui et
ses hommes se firent les guides des Romains, desquels ils reçurent
annuellement une quantité d'or et d'argent. C'est pourquoi les
habitants de cette île furent contraints de payer en tribut annuel,
aux Romains, 3,000 pièces d'argent jusqu'au temps d'Orvain, fils de
Maxime, qui refusa de payer le tribut. Sous prétexte de satisfaction,
les Romains emmenèrent de l'île de Bretagne la plupart des hommes
capables de porter les armes et les conduisirent en Aravie (Arabie),
et en d'autres contrées lointaines d'où ils ne sont jamais revenus.
Les Romains, qui étaient en Bretagne, marchèrent en Italie et ne
laissèrent en arrière que les femmes et les petits enfants, c'est
pourquoi les Bretons furent si faibles, que, par défaut d'hommes
et de force, ils n'étaient pas capables de repousser l'invasion
et la conquête. Le second traître fut Vortigern, qui massacra
Constantin le Saint, saisit la couronne de l'île par la violence
et par l'injustice, qui, le premier, invita les Saxons de venir en
l'île comme auxiliaires, épousa Alis Rowen, la fille d'Hengist,
et donna la couronne de Bretagne au fils qu'il eut d'elle et dont
le nom était Gotta. De là les rois de Londres sont nommés enfants
d'Alis. C'est ainsi que les Cambriens perdirent, par Vortigern, leurs
terres, leur rang et leur couronne en Lloegrie. Le troisième était
Médrawd, fils de Llew, fils de Cynvarch; car, lorsque Arthur marcha
contre l'Empereur de Rome, laissant le gouvernement de l'île à ses
soins, Médrawd ôta la couronne à Arthur par usurpation et séduction,
et, pour se l'assurer, il s'allia aux Saxons. C'est ainsi que les
Cambriens perdirent la couronne de Lloegrie et la souveraineté de
l'île de Bretagne.
Les trois traîtres méprisables qui mirent les Saxons à même d'enlever
la couronne de l'île de Bretagne aux Cambriens.--Le premier était
Gwrgi Garwlwgd, qui, après avoir goûté la chair humaine dans la cour
d'Edelfled, roi des Saxons, y prit goût au point de ne plus vouloir
d'autre viande. C'est pourquoi lui et ses gens s'unirent à Edelfled,
roi des Saxons; il fit des incursions secrètes contre les Cambriens,
lesquelles lui valurent chaque jour un garçon et une fille qu'il
mangeait. Et toutes les mauvaises gens d'entre les Cambriens vinrent
à lui et aux Saxons, et obtinrent bonne part dans le butin fait sur
les naturels de l'île. Le second fut Médrad, qui, pour s'assurer
le royaume contre Arthur, s'unit avec ses hommes aux Saxons; cette
trahison fut cause qu'un grand nombre de Lloegriens devinrent Saxons.
Le troisième fut Aeddan, le traître du Nord, qui, avec ses hommes, se
soumit aux Saxons, pour pouvoir, sous leur protection, se soutenir
par l'anarchie et le pillage. Ces trois traîtres firent perdre aux
Cambriens leurs terres et leur couronne en Lloegrie. Sans de telles
trahisons, les Saxons n'auraient jamais gagné l'île sur les Cambriens.
Les trois Bardes qui commirent les trois assassinats bienfaisants
de l'île de Bretagne.--Le premier fut Gall, fils de Dysgywedawg,
qui tua les deux oiseaux fauves (les fils) de Gwenddolen, fils de
Ceidiaw, qui avaient un joug d'or autour d'eux, et qui dévoraient
chaque jour deux corps de Cambriens, un à leur dîner et un à leur
souper. Le second, Ysgawnell, fils de Dysgywedawg, tua Edelfled,
roi de Lloegrie, qui prenait chaque nuit deux nobles filles de
la nation cambrienne et les violait, puis chaque matin les tuait
et les dévorait. Le troisième, Difedel, fils de Dysgywedawg, tua
Gwrgi Garwlwyd, qui avait épousé la soeur d'Edelfled, et qui commit
des trahisons et des meurtres sur les Cambriens, de concert avec
Edelfled. Et ce Gwrgi tuait chaque jour deux Cambriens, homme et
fille, et les dévorait; et le samedi il tuait deux hommes et deux
filles, afin de ne pas tuer le dimanche. Et ces trois personnes qui
exécutèrent ces trois meurtres bienfaisants, étaient Bardes.
Les trois causes frivoles de combat dans l'île de Bretagne.--La
première fut la bataille de Godden, causée par une chienne, un
chevreuil et un vanneau; soixante-onze mille hommes périrent dans
cette bataille. La seconde fut la bataille d'Arderydd, causée par un
nid d'oiseau; quatre-vingt mille Cambriens y périrent. La troisième
fut la bataille de Camlan, entre Arthur et Médrod, où Arthur périt
avec cent mille hommes d'élite des Cambriens. Par suite de ces trois
folles batailles, les Saxons ôtèrent aux Cambriens la contrée de
Lloegrie, parce que les Cambriens n'avaient plus un nombre suffisant
de guerriers pour s'opposer aux Saxons, à la trahison de Gwrgi
Garwlwyd et à la fraude de Eiddilic le Nain.
Les trois recèlements et décèlements de l'île de Bretagne.--Le
premier fut la tête de Bran le Saint, fils de Llyr, laquelle Owain,
fils d'Ambrosius, avait cachée dans la colline blanche de Londres,
et, tant qu'elle demeura en cet état, aucun accident fâcheux ne put
arriver à cette île. Le second furent les ossements de Gwrthewyn le
Saint, qui furent enterrés dans les principaux ports de l'île; et
tandis qu'ils y restaient aucun inconvénient ne put arriver à cette
île. Le troisième furent les dragons, cachés par Lludd, fils de
Beli, dans la forteresse de Pharaon, parmi les rochers de Snowdon.
Et ces trois recèlements furent mis sous la protection de Dieu et
des attributs divins. L'infortune devait tomber sur l'heure et sur
l'homme qui les décèlerait. Vortigern révéla les dragons, pour se
venger par là de l'opposition des Cambriens contre lui, et il appela
les Saxons sous prétexte de combattre avec lui les Pictes irlandais.
Après cela, il révéla les ossements de Gurthewyn le Saint, par amour
pour Rowen, fille d'Hengist le Saxon. Et Arthur découvrit la tête de
Bran le Saint, fils de Llyr, parce qu'il dédaignait de garder l'île
autrement que par sa valeur. Ces trois choses saintes étant décelées,
les envahisseurs gagnèrent la supériorité sur la nation cambrienne.
Les trois énergies dominatrices de l'île de Bretagne.--Hu le
Puissant, qui amena la nation cambrienne de la contrée de l'été,
nommée Defrobani, en l'île de Bretagne: Prydain, fils d'Aedd le
Grand, qui organisa la nation et établit un jury sur l'île de
Bretagne; et Rhitta Gawr, qui se fit faire une robe avec les
barbes des rois qu'il avait faits prisonniers, en punition de leur
oppression et de leur injustice.
Les trois hommes vigoureux de l'île de Bretagne.--Gwrnerth le bon
Tireur, qui tuait avec une flèche de paille le plus grand ours qu'on
eût jamais vu; Gwgawn à la main puissante, qui roulait la pierre de
Macnarch de la vallée au sommet de la montagne: il fallait soixante
boeufs pour l'y traîner; et Eidiol le Puissant, qui, dans le complot
de Stonehenge, tua, avec une bûche de cormier, six cent soixante
Saxons, entre le coucher du soleil et la nuit.
Les trois faits qui causèrent la réduction de la Lloegrie et
l'arrachèrent aux Cambriens.--L'accueil des étrangers, la délivrance
des prisonniers et le présent de l'homme chauve (César? ou saint
Augustin? Ce dernier excita les Saxons à massacrer les moines et à
porter la guerre dans le pays de Galles).
Les trois premiers ouvrages extraordinaires de l'île de Bretagne.--Le
vaisseau de Nwydd-Nav-Neivion, qui apporta dans l'île le mâle et
la femelle de toutes les créatures vivantes, lorsque le lac de
l'inondation déborda; les boeufs aux larges cornes, de Hu le Puissant,
qui tirèrent le crocodile du lac sur la terre, de sorte que le lac ne
déborda plus; et la pierre de Gwyddon-Ganhebon, dans laquelle sont
gravés tous les arts et toutes les sciences du monde.
Les trois hommes amoureux de l'île de Bretagne.--Le premier fut
Caswallawn, fils de Beli, épris de Flur, fille de Mygnach le Nain;
il marcha pour elle contre les Romains jusque dans la Gascogne, et
il l'emmena et tua six mille Césariens; pour se venger, les Romains
envahirent cette île. Le second fut Tristan, fils de Tallwch, épris
d'Essylt, fille de March, fils de Mirchion, son oncle. Le troisième
fut Cynon, épris de Morvydd, fille de Urien Rheged.
Les trois premières maîtresses d'Arthur.--La première fut Garwen,
fille de Henyn, de Tegyrn Gwyr et d'Ystrad Tywy; Gwyl, fille d'Eutaw,
de Caervorgon, et Indeg, fille d'Avarwy le Haut, de Radnorshine.
Les trois principales cours d'Arthur.--Caerllion sur l'Usk en
Cambrie, Celliwig en Cornwall, et Édimbourg au nord. Ce sont les
trois cours où il fêtait les trois grandes fêtes: Noël, Pâques et
Pentecôte.
Les trois chevaliers de la cour d'Arthur qui gardaient le Graal.
Cadawg, fils de Gwynlliw; Ylltud, le chevalier canonisé; et Percdur,
fils d'Evrawg.
Voici les trois hommes qui portaient des souliers d'or dans l'île
de Bretagne.--Caswallawn, fils de Beli, lorsqu'il alla en Gascogne
pour obtenir Flur, fille de Mygnach le Nain, laquelle y avait été
emmenée clandestinement pour l'empereur César, par un homme nommé
Mwrchan le Voleur, roi de cette contrée et ami de Jules César; et
Caswallawn la ramena dans l'île de Bretagne. Le second Manawydan,
fils de Llyr Llediaith, quand il alla aussi loin que Dyved, imposer
des restrictions. Le troisième, Llew Llaw Gyfes, quand il alla avec
Gwydion, fils de Don, chercher un nom et un projet de sa mère Riannon.
Les trois royaux domaines qui furent établis par Rhadri le Grand en
Cambrie.--Le premier est Dinevor, le second Aberfraw, et le troisième
Mathravael. Dans chacun de ces trois domaines, il y a un prince ceint
d'un diadème; et le plus vieux de ces trois princes, quel qu'il soit,
doit être souverain, c'est-à-dire le roi de toute la Cambrie. Les
deux autres doivent être à ses ordres, et ses ordres sont impératifs
pour eux. Il est le chef de la loi et des anciens dans chaque
réunion générale et dans chaque mouvement du pays et de la tribu.
(Malédictions continuelles contre Vortigern, Rowena, les Saxons, les
traîtres à la nation[252].)
[Note 252: Un roi d'Irlande, nommé Cormac, écrivit en 260 _de
Triadibus_ et quelques triades sont restées dans la tradition
irlandaise sous le nom de Fingal. Les Irlandais marchaient au combat
trois par trois; les highlanders d'Écosse, sur trois de profondeur.
Nous avons déjà parlé de la _trimarkisia_.--Au souper, dit Giraldus
Cambrensis, les Gallois servent un panier de végétaux devant chaque
triade de convives; ils ne se mettent jamais deux à deux (Logan, _the
Scotish Gaël_).]
SUR L'AUVERGNE AU Ve SIÈCLE. (_Voy._ page 205.)
Au Ve siècle, l'Auvergne se trouva placée entre les invasions du
Midi et du Nord, entre les Goths, les Burgundes et les Francs. Son
histoire présente alors un vif intérêt, c'est celle de la dernière
province romaine.
Sa richesse et sa fertilité étaient pour les barbares un puissant
attrait. Sidonius Apollin., l. IV, épist. XXI (ap Scrip. rer. Franc.,
t. I, p. 793):
«Taceo territorii (il parle de la Limagne) peculiarem jocunditatem;
taceo illud æquor agrorum, in quo sine periculo quæstuosæ fluctuant
in segetibus undæ; quod industrius quisque quo plus frequentat,
hoc minus naufragat; viatoribus molle, fructuosum aratoribus,
venatoribus voluptuosum: quod montium cingunt dorsa pascuis, latera
vinetis, terrena villis, saxosa castellis, opaca lustris, aperta
culturis, concava fontibus, abrupta fluminibus: quod denique
hujusmodi est, ut semel visum advenis, multis patriæ oblivionem sæpe
persuadeat.»--Carmen VII, p. 804:
. . . . . . . . Foecundus ad urbe
Pollet ager, primo qui vix procissus aratro
Semina tarda sitit, vel luxuriante juvenco,
Arcanam exponit picea pinguedine glebam.
Childebert disait (en 531): Quand verrai-je cette belle Limagne!
«Velim Arvernam Lamanem, quæ tantæ jocunditatis gratia refulgere
dicitur, oculis cernere!» Teuderic disait aux siens: «Ad Arvernos
me sequimini, et ego vos inducam in patriam ub aurum et argentum
accipiatis, quantum vestra potest desiderare cupiditas: de qua
pecora, de qua mancipia, de qua vestimenta in abundantiam adsumatis.»
(Greg. Tur., l. III, c. IX, 11.)
Les barbares alliés de Rome n'épargnaient pas non plus l'Auvergne
dans leur passage. Les Huns, auxiliaires de Litorius, la traversèrent
en 437 pour aller combattre les Wisigoths et la mirent à feu et à
sang (Sidon. Panegyr. Aviti, p. 805. Paulin., l. VI, vers. 116).
L'avénement d'un empereur auvergnat, en 455, lui laissa quelques
années de relâche. Avitus fit la paix avec les Wisigoths; Théodoric
II se déclara l'ami et le soldat de Rome (Ibid., p. 810... Romæ sum,
te duce, amicus, Principe te, miles).--Mais, à la mort de Majorien
(461), il rompit le traité et prit Narbonne; dès lors, l'Auvergne
vit arriver et monter rapidement le flot de la conquête barbare, et
bientôt (474) la cité des Arvernes (Clermont), l'antique Gergovie,
surnagea seule, isolée sur sa haute montagne ([Grec: Gergounian, eph
hupselou orous keimenên.]) Strabon, l. IV.--Quæ posita in altissimo
monte omnes aditus difficiles habebat (Cæsar, l. VI, c. XXXVI. Dio
Cass., I. XL).
Sidon. Apollin., l. III, epist. IV (ann. 474): «Oppidum nostrum,
quasi quemdam sui limitis oppositi obicem, circumfusarum nobis
gentium arma terrificant. Sic æmulorum sibi in medio positi
lacrymabilis præda populorum, suspecti Burgundionibus, proximi
Gothis, nec impugnantum ira nec propugnantum caremus invidia.»--L.
VII, ad Mamert.: «Rumor est Gothos in Romanum solum castra movisse.
Huic semper irruptioni nos miseri Arverni janua sumus. Namque odiis
inimicorum hinc peculiaria fomenta subministramus, quia, quod necdum
terminos suos ab Oceano in Rhodanum Ligeris alveo limitaverunt,
solam sub ope Christi moram de nostro tantum obice patiuntur.
Circumjectarum vero spacium tractumque regionum jampridem regni
minacis importuna devoravit impressio.»
Ainsi livrée à elle-même, abandonnée des faibles successeurs de
Majorien, l'Auvergne se défendit héroïquement, sous le patronage
d'une puissante aristocratie. C'était la maison d'Avitus avec ses
deux alliées, les familles des Apollinaires et des Ferréols; toutes
trois cherchèrent à sauver leur pays, en unissant étroitement sa
cause à celle de l'Empire.
Aussi les Appollinaires occupaient-ils dès longtemps les plus hautes
magistratures de la Gaule (l. I, Épist. III): «Pater, socer, avus,
proavus præfecturis urbanis prætorianisque, magisteriis palatinis
militaribusque micuerunt.» Sidonius lui-même épousa, ainsi que
Tonantius Ferréol, une fille de l'empereur Avitus, et fut préfet de
Rome sous Anthemius (Scr. Fr. I, 783).
Tous ils employèrent leur puissance à soulager leur pays accablé par
les impôts et la tyrannie des gouverneurs.--En 469, Tonantius Ferréol
fit condamner le préfet Arvandus, qui entretenait des intelligences
avec les Goths.--Sidon., l. I, ep. VII: «Legati provinciæ Galliæ
Tonantius Ferreolus prætorius, Afranii Syagrii consulis e filia
nepos. Thaumastus quoque et Petronius, verborumque scientiâ præditi,
et inter principalia patriæ nostræ decora ponendi, prævium Arvendum
publico nomine accusaturi cum gestis decretalibus insequuntur. Qui
inter cætera quæ sibi provinciales agenda mandaverant, interceptas
litteras deferebant... Hæc ad regem Gothorum charta videbatur emitti,
pacem cum græco imperatore (Anthemio) dissuadens, Britannos super
Ligerim sitos oppugnari oportere demonstrans, cum Burgundionibus jure
gentium Gallias dividi debere confirmans.»--Ferréol avait lui-même
administré la Gaule et diminué les impôts. Sid. l. VII, ep. XII: «...
Prætermisit stylus noster Gallias tibi administratas tunc quum maxime
incolumes erant... propterque prudentiam tantam providentiamque,
currum tuum provinciales cum plausum maximo accentu spontaneis
subiisse cervicibus; quia sic habenas Galliarum moderabere, ut
possessor exhaustus tributario jugo relevaretur.»--Avitus, dans
sa jeunesse, avait été député par l'Auvergne à Honorius, pour
obtenir une réduction d'impôts (Panegyr. Aviti, vers 207). Sidonius
dénonça et fit punir (471) Seronatus, qui opprimait l'Auvergne et
la trahissait comme Arvandus. L. II, Ep. I: «Ipse Catilina sæculi
nostri... implet quotidie sylvas fugientibus, villas hospitibus,
altaria reis, carceres clericis: exultans Gothis, insultansque
Romanis, illudens præfectis, colludensque numerariis: leges
Theodosianas calcans, Theodoricianasque proponens veteresque culpas,
nova tributa perquirit.--Proinde moras tuas citus explica, et
quicquid illud est quod te retentat, incide...»
Ces derniers mots s'adressent au fils d'Avitus, au puissant
Ecdicius... «Te expectat palpitantium civium extrema libertas.
Quicquid sperandum, quicquid desperandum est, fieri te medio, te
præsule placet. Si nullæ a republica vires, nulla præsidia, si nullæ,
quantum rumor est, Anthemii principis opes: statuit te auctore
nobilitas seu patriam dimittere, seu capillos.»
Ecdicius, en effet, fut le héros de l'Auvergne; il la nourrit
pendant une famine, leva une armée à ses frais, et combattit contre
les Goths avec une valeur presque fabuleuse; il leur opposait les
Burgundes, et attachait la noblesse arverne à la cause de l'Empire,
en l'encourageant à la culture des lettres latines.
Gregor. Turon, l. II, c. XXIV: «Tempore Sidonii episcopi magna
Burgundiam fames oppressit. Cumque populi per diversas regiones
dispergerentur... Ecdicius quidam ex senatoribus... misit pueros suos
cum equis et plaustris per vicinas sibi civitates, ut eos qui hac
inopia vexabantur, sibi adducerent. At illi euntes, cunctos pauperes
quotquot invenire potuerunt, adduxere ad domum ejus. Ibique eos per
omne tempus sterilitatis pascens, ab interitu famis exemit. Fuereque,
ut multi aiunt, amplius quam quatuor millia... Post quorum discessum,
vox ad eum e coelis lapsa pervenit: «Ecdici, Ecdici, quia fecisti rem
hanc, tibi et semini tuo panis non deerit in sempiternum.»--Sidon. l.
III, Épist. III: «Si quando, nunc maxime, Arvernis meis desideraris,
quibus dilectio tui immane dominatur, et quidem multiplicibus ex
causis... Mitto istic ob gratiam pueritiæ tuæ undique gentium
confluxisse studia litterarum, tuæque personæ debitum, quod sermonis
Celtici squamam depositura nobilitas, nunc oratorio stylo, nunc etiam
camoenalibus modis imbuebatur. Illud in te affectum principaliter
universitatis accendit, quod quos olim Latinos fieri exegeras,
barbaros deinceps esse vetuisti... Hinc jam per otium in urbem
reduci, quid tibi obviam processerit officiorum, plausuum, fletuum,
gaudiorum, magis tentant vota conjicere, quam verba reserare... Dum
alii osculis pulverem tuum rapiunt, alii sanguine ac spumis pinguia
lupata suscipiunt;... hic licet multi complexibus tuorum tripudiantes
adhærescerent, in te maximus tamen lætitiæ popularis impetus
congerebatur, etc... Taceo deinceps collegisse te privatis viribus
publici exercitus speciem... te aliquot supervenientibus cuneos
mactasse turmales, a numero tuorum vix binis ternisve post prælium
desideratis.»