[Note 197: «Il envoya secrètement dire au fils du roi de Cologne,

Sigebert le boiteux: «Ton père vieillit et boite de son pied malade.

S'il mourait, je te rendrais son royaume avec mon amitié...»

Chlodéric envoya des assassins contre son père et le fit tuer,

espérant obtenir son royaume... Et Clovis lui fit dire: «Je rends

grâces à ta bonne volonté, et je te prie de montrer tes trésors à

mes envoyés, après quoi tu les posséderas tous.» Chlodéric leur

dit: «C'est dans ce coffre que mon père amassait ses pièces d'or.»

Ils lui dirent: «Plonge ta main jusqu'au fond pour trouver tout.»

Lui l'ayant fait et s'étant tout à fait baissé, un des envoyés leva

sa hache et lui brisa le crâne.--Clovis ayant appris la mort de

Sigebert et de son fils, vint dans cette ville, convoqua le peuple,

et dit: «Je ne suis nullement complice de ces choses, car je ne puis

répandre le sang de mes parents; cela est défendu. Mais puisque tout

cela est arrivé, je vous donnerai un conseil; voyez s'il peut vous

plaire. Venez à moi, et mettez-vous sous ma protection.» Le peuple

applaudit avec grand bruit de voix et de boucliers, l'éleva sur le

pavois, et le prit pour roi.--Il marcha ensuite contre Chararic...,

le fit prisonnier avec son fils, et les fit tondre tous les deux.

Comme Chararic pleurait, son fils lui dit: «C'est sur une tige verte

que ce feuillage a été coupé, il repoussera et reverdira bien vite.

Plût à Dieu que pérît aussi vite celui qui a fait tout cela!» Ce

mot vint aux oreilles de Clovis... Il leur fit à tous deux couper

la tête. Eux morts, il acquit leur royaume, et leurs trésors, et

leur peuple.--Ragnacaire était alors roi à Cambrai... Clovis ayant

fait faire des bracelets et des baudriers de faux or (car ce n'était

que du cuivre doré), les donna aux leudes de Ragnacaire pour les

exciter contre lui... Ragnacaire fut battu et fait prisonnier avec

son fils Richaire... Clovis lui dit: «Pourquoi as-tu fait honte à

notre famille en te laissant enchaîner? Mieux valait mourir.» Et

levant sa hache, il la lui planta dans la tête. Puis se tournant vers

Richaire, il lui dit: «Si tu avais secouru ton père, il n'eût pas été

enchaîné.» Et il le tua de même d'un coup de hache. Rignomer fut tué

par son ordre dans la ville du Mans... Ayant tué de même beaucoup

d'autres rois et ses plus proches parents, il étendit son royaume sur

toutes les Gaules. Enfin, ayant un jour assemblé les siens, il parla

ainsi de ses parents qu'il avait lui-même fait périr: «Malheureux que

je suis, resté comme un voyageur parmi des étrangers, et qui n'ai

plus de parents pour me secourir si l'adversité venait!» Mais ce

n'était pas qu'il s'affligeât de leur mort; il ne parlait ainsi que

par ruse et pour découvrir s'il avait encore quelque parent, afin de

le tuer.» Greg. Tur., l. II, XLII.]

[Note 198: Prosternebat enim quotidie Deus hostes ejus sub manu

ipsius, et augebat regnum ejus, eo quod ambularet recto corde coram

eo, et faceret quæ placita erant in oculis ejus.--Ces paroles

sanguinaires étonnent dans la bouche d'un historien qui montre

partout ailleurs beaucoup de douceur et d'humanité.]

D'autre part, Clovis reconnut dans l'Église le droit le plus illimité

d'asile et de protection. À une époque où la loi ne protégeait plus,

c'était beaucoup de reconnaître le pouvoir d'un ordre qui prenait en

main la tutelle et la garantie des vaincus. Les esclaves mêmes ne

pouvaient être enlevés des églises où ils se réfugiaient. Les maisons

des prêtres devaient couvrir et protéger, comme les temples, _ceux

qui paraîtraient vivre avec eux_[199]. Il suffisait qu'un évêque

réclamât avec serment un captif, pour qu'il lui fût aussitôt rendu.

[Note 199: Lettre écrite par Clovis à un évêque, à l'occasion de sa

guerre contre les Goths.]

Sans doute il était plus facile au chef des barbares d'accorder

ces priviléges à l'Église, que de les faire respecter. L'aventure

d'Attale, enlevé comme esclave si loin de son pays, puis délivré

comme par miracle[200], nous apprend combien la protection

ecclésiastique était insuffisante. C'était du moins quelque chose

qu'elle fût reconnue en droit. Les biens immenses que Clovis assura

aux églises, particulièrement à celle de Reims, dont l'évêque était,

dit-on, son principal conseiller, durent étendre infiniment cette

salutaire influence de l'Église. Quelque bien qu'on mît dans les

mains ecclésiastiques, c'était toujours cela de soustrait à la

violence, à la brutalité, à la barbarie.

[Note 200: Grégoire de Tours.]

* * * * *

À la mort de Clovis (an 511), ses quatre fils se trouvèrent tous

rois, selon l'usage des barbares. Chacun d'eux resta à la tête d'une

des lignes militaires que les campements des Francs avaient formées

sur la Gaule. Theuderic résidait à Metz; ses guerriers furent établis

dans la France orientale ou Ostrasie et dans l'Auvergne. Clotaire

résida à Soissons, Childebert à Paris, Clodomir à Orléans. Ces trois

frères se partagèrent en outre les cités de l'Aquitaine.

Dans la réalité, ce ne fut pas la terre que l'on partagea, mais

l'armée. Ce genre de partage ne pouvait être que fort inégal. Les

guerriers barbares durent passer souvent d'un chef à un autre, et

suivre en grand nombre celui dont le courage et l'habileté leur

promettaient plus de butin. Ainsi, lorsque Theudebert, petit-fils

de Clovis, envahit l'Italie à la tête de cent mille hommes, il est

probable que presque tous les Francs l'avaient suivi, et que bien

d'autres barbares s'étaient mêlés à eux.

La rapide conquête de Clovis, dont on connaissait mal les causes,

jetait tant d'éclat sur les Francs, que la plupart des tribus

barbares avaient voulu s'attacher à eux, comme autrefois celles

qui suivirent Attila. Les races les plus ennemies de l'Allemagne,

les Germains du Midi et ceux du Nord, les Suèves et les Saxons,

se fédérèrent avec les Francs: les Bavarois en firent autant.

Les Thuringiens, au milieu de ces nations, résistèrent et furent

accablés[201]. Les Bourguignons de la Gaule semblaient alors plus

en état de résister qu'au temps de Clovis; leur nouveau roi, saint

Sigismond, élève de saint Avitus, était orthodoxe et aimé de son

clergé. Le prétexte d'arianisme n'existait plus. Les fils de Clovis

se souvinrent que, quarante ans auparavant, le père de Sigismond

avait fait périr celui de Clotilde, leur mère. Clodomir et Clotaire

le défirent et le jetèrent dans un puits que l'on combla de pierres.

Mais la victoire de Clodomir fut pour sa famille une cause de ruine;

tué lui-même dans la bataille, il laissa ses enfants sans défense.

[Note 201: Grégoire de Tours.--Dans la Hesse et la Franconie, ils

avaient écartelé ou écrasé sous les roues de leurs chariots plus de

deux cents jeunes filles, et en avaient ensuite distribué les membres

à leurs chiens et à leurs oiseaux de chasse. _Voy._ le discours de

Theuderic aux siens.]

«Tandis que la reine Clotilde habitait Paris, Childebert, voyant que

sa mère avait porté toute son affection sur les fils de Clodomir,

conçut de l'envie, et, craignant que, par la faveur de la reine,

ils n'eussent part au royaume, il envoya secrètement vers son frère

le roi Clotaire, et lui fit dire: «Notre mère garde avec elle les

fils de notre frère et veut leur donner le royaume; il faut que tu

viennes promptement à Paris, et que, réunis tous deux en conseil,

nous déterminions ce que nous devons faire d'eux, savoir si on leur

coupera les cheveux, comme au reste du peuple, ou si, les ayant tués,

nous partagerons également entre nous le royaume de notre frère.»

Fort réjoui de ces paroles, Clotaire vint à Paris. Childebert avait

déjà répandu dans le peuple que les deux rois étaient d'accord pour

élever ces enfants au trône. Ils envoyèrent donc, au nom de tous

deux, à la reine, qui demeurait dans la même ville, et lui dirent:

«Envoie-nous les enfants, que nous les élevions au trône.» Elle,

remplie de joie, et ne sachant pas leur artifice, après avoir fait

boire et manger les enfants, les envoya, en disant: «Je croirai

n'avoir pas perdu mon fils, si je vous vois succéder à son royaume.»

Les enfants allèrent, mais ils furent pris aussitôt et séparés de

leurs serviteurs et de leurs nourriciers; et on les enferma à part,

d'un côté les serviteurs et de l'autre les enfants. Alors Childebert

et Clotaire envoyèrent à la reine Arcadius, portant des ciseaux

et une épée nue. Quand il fut arrivé près de la reine, il les lui

montra, disant: «Tes fils, nos seigneurs, ô très-glorieuse reine!

attendent que tu leur fasses savoir ta volonté sur la manière dont

il faut traiter ces enfants. Ordonne qu'ils vivent les cheveux

coupés, ou qu'ils soient égorgés.» Consternée à ce message, et

en même temps émue d'une grande colère en voyant cette épée nue

et ces ciseaux, elle se laissa transporter par son indignation,

et ne sachant, dans sa douleur, ce qu'elle disait, elle répondit

imprudemment: «Si on ne les élève pas sur le trône, j'aime mieux

les voir morts que tondus.» Mais Arcadius, s'inquiétant peu de sa

douleur, et ne cherchant pas à pénétrer ce qu'elle penserait ensuite

plus réellement, revint en diligence près de ceux qui l'avaient

envoyé, et leur dit: «Vous pouvez continuer avec l'approbation de la

reine ce que vous avez commencé, car elle veut que vous accomplissiez

votre projet.» Aussitôt Clotaire, prenant par le bras l'aîné des

enfants, le jeta à terre, et, lui enfonçant son couteau dans

l'aisselle, le tua cruellement. À ses cris, son frère se prosterne

aux pieds de Childebert, et lui saisissant les genoux, lui disait

avec larmes: «Secours-moi, mon très-bon père, afin que je ne meure

pas comme mon frère.» Alors Childebert, le visage couvert de larmes,

dit à Clotaire: «Je te prie, mon très-cher frère, aie la générosité

de m'accorder sa vie; et si tu ne veux pas le tuer, je te donnerai

pour le racheter ce que tu voudras.» Mais Clotaire, après l'avoir

accablé d'injures, lui dit: «Repousse-le loin de toi, ou tu mourras

certainement à sa place. C'est toi qui m'as excité à cette chose,

et tu es si prompt à reprendre ta foi!» Childebert, à ces paroles,

repoussa l'enfant et le jeta à Clotaire, qui, le recevant, lui

enfonça son couteau dans le côté, et le tua comme il avait fait de

son frère. Ils tuèrent ensuite les serviteurs et les nourriciers; et

après qu'ils furent morts, Clotaire, montant à cheval, s'en alla

sans se troubler aucunement du meurtre de ses neveux, et se rendit,

avec Childebert, dans les faubourgs. La reine, ayant fait poser ces

petits corps sur un brancard, les conduisit, avec beaucoup de chants

pieux et un deuil immense, à l'église de Saint-Pierre, où on les

enterra tous deux de la même manière. L'un des deux avait dix ans et

l'autre sept[202].

[Note 202: Grégoire de Tours. Un troisième fils de Clodomir échappa,

et se réfugia dans un couvent. C'est saint Clodoald ou saint Cloud.]

Theuderic, qui n'avait pas pris part à l'expédition de Bourgogne,

mena les siens en Auvergne. «Je vous conduirai, avait-il dit à ses

soldats, dans un pays où vous trouverez de l'argent autant que vous

pouvez en désirer, où vous prendrez en abondance des troupeaux, des

esclaves et des vêtements.» C'est qu'en effet cette province avait

jusque-là seule échappé au ravage général de l'Occident. Tributaire

des Goths, puis des Francs, elle se gouvernait elle-même. Les anciens

chefs des tribus arvernes, les Apollinaires, qui avaient vaillamment

défendu ce pays contre les Goths, sentirent à l'approche des Francs

qu'ils perdraient au change, ils combattirent pour les Goths à

Vouglé. Mais là, comme ailleurs, le clergé était généralement pour

les Francs. Saint Quintien, évêque de Clermont, et ennemi personnel

des Apollinaires, semble avoir livré le château. Les Francs tuèrent

au pied même de l'autel un prêtre dont l'évêque avait à se plaindre.

Le plus brave de ces rois francs fut Theudebert, fils de Theuderic,

chef des Francs de l'Est, de ceux qui se recrutaient incessamment

dans tous les _Wargi_ des tribus germaniques. C'était l'époque où

les Grecs et les Goths se disputaient l'Italie. Toute la politique

des Byzantins était d'opposer aux Goths, aux barbares romanisés, des

barbares restés tout barbares; c'est avec des Maures, des Slaves et

des Huns, que Bélisaire et Narsès remportèrent leurs victoires. Les

Grecs et les Goths espérèrent également pouvoir se servir des Francs

comme auxiliaires. Ils ignoraient quels hommes ils appelaient. À

la descente de Theudebert en Italie, les Goths vont à sa rencontre

comme amis et alliés; il fond sur eux et les massacre. Les Grecs le

croient alors pour eux, et sont également massacrés. Les barbares

changèrent les plus belles villes de la Lombardie en un monceau

de cendres, détruisirent toute provision, et se virent eux-mêmes

affamés dans le désert qu'ils avaient fait, languissant sous le

soleil du Midi, dans les champs noyés qui bordent le Pô. Un grand

nombre y périt. Ceux qui revinrent rapportèrent tant de butin, qu'une

nouvelle expédition partit peu après sous la conduite d'un Franc et

d'un Suève. Ils coururent l'Italie jusqu'à la Sicile, gâtèrent plus

qu'ils ne gagnèrent, mais le climat fit justice de ces barbares[203].

Theudebert était mort aussi dans la Gaule, au moment où il méditait

de descendre la vallée du Danube[204], et d'envahir l'empire

d'Orient. Justinien était pourtant son allié; il lui avait cédé tous

les droits de l'Empire sur la Gaule du Midi.

[Note 203: L'expédition de Theudebert ne fut pas la dernière des

Francs en Italie. En 584 «le roi Childebert alla en Italie, ce

qu'apprenant les Lombards, et craignant d'être défaits par son armée,

ils se soumirent à sa domination, lui firent beaucoup de présents,

et promirent de lui demeurer fidèles et soumis. Le roi, ayant obtenu

d'eux ce qu'il désirait, retourna dans les Gaules, et ordonna de

mettre en mouvement une armée qu'il fit marcher en Espagne. Cependant

il s'arrêta. L'empereur Maurice lui avait donné, l'année précédente,

cinquante mille sols d'or pour chasser les Lombards de l'Italie.

Ayant appris qu'il avait fait la paix avec eux, il redemanda son

argent; mais le roi, se confiant en ses forces, ne voulut pas

seulement lui répondre là-dessus.» Greg, Tur. l. VI, c. XLII.]

[Note 204: Blessé par un taureau sauvage.]

La mort de Theudebert et la désastreuse expédition d'Italie, qui

suivit de près, furent le terme des progrès des Francs. L'Italie,

bientôt envahie par les Lombards, se trouva dès lors fermée à leurs

invasions. Du côté de l'Espagne ils échouèrent toujours[205]. Les

Saxons ne tardèrent pas à rompre une alliance sans profit, et

refusèrent le tribut de cinq cents vaches qu'ils avaient bien voulu

payer. Clotaire, qui l'exigeait, fut battu par eux.

[Note 205: La première fois qu'ils l'envahirent, Childebert et

Clotaire prétendaient venger leur soeur, maltraitée par son mari

Amalaric, roi des Wisigoths, qui voulait la convertir à l'arianisme.

Elle avait envoyé à ses frères un mouchoir teint de son sang.

(Grégoire de Tours.)]

Ainsi les plus puissantes tribus germaniques échappèrent à l'alliance

des Francs. Là commence cette opposition des Francs et des Saxons,

qui devait toujours s'accroître et constituer pendant tant de siècles

la grande lutte des barbares. Les Saxons, auxquels les Francs ferment

désormais la terre du côté de l'Occident, tandis qu'ils sont poussés

à l'Orient par les Slaves, se tourneront vers l'Océan, vers le Nord;

associés de plus en plus aux hommes du Nord, ils courront les côtes

de France[206], et fortifieront leurs colonies d'Angleterre.

[Note 206: Sidon Apollin., l. VIII, Epist. IX: «Istic (à Bordeaux)

Saxona cærulum videmus assuetum ante sala, solum timere.» Carmen VIII:

Quin et Aremoricus piratam Saxona tractus

Sperabat, cui pelle salum sulcare Britannum

Ludus, et assuto, glaucum mare findere lembo.]

Il était naturel que les vrais Germains devinssent hostiles pour un

peuple livré à l'influence romaine, ecclésiastique. C'est à l'Église

que Clovis avait dû en grande partie ses rapides conquêtes. Ses

successeurs s'abandonnèrent de bonne heure aux conseils des Romains,

des vaincus[207]. Et il devait en être ainsi; sans compter qu'ils

étaient bien plus souples, bien plus flatteurs, eux seuls étaient

capables d'inspirer à leurs maîtres quelques idées d'ordre et

d'administration, de substituer peu à peu un gouvernement régulier

aux caprices de la force, et d'élever la royauté barbare sur le

modèle de la monarchie impériale. Nous voyons déjà sous Theudebert,

petit-fils de Clovis, le ministre romain Parthenius, qui veut imposer

des tributs aux Francs, et qui est massacré par eux à la mort de ce

roi.

[Note 207: Clovis lui-même choisit des Romains pour les envoyer en

ambassade, Aurelianus en 481, Paternus en 507 (Greg. Tur. Epist. c.

XVIII, XXV). On rencontre une foule de noms romains autour de tous

les rois germains: un Aridius est le conseiller assidu de Gondebaud

(Greg. Tur., l. II, c. XXXII).--Arcadius, sénateur arverne, appelle

Childéric Ier dans l'Auvergne et s'entremet pour le meurtre des

enfants de Clodomir (Id., l. III, c. IX, XVIII).--Asteriolus et

Secundinus, «tous deux sages et habiles dans les lettres et la

rhétorique,» avaient beaucoup de crédit (en 547) auprès de Theudebert

(Ibid., c. XXXIII).--Un ambassadeur de Gontran se nomme Félix (Greg.

Tur., l. VIII, c. XIII); son _référendaire_, Flavius, (l. V, c.

XLVI). Il envoie un Claudius pour tuer Éberulf dans Saint-Martin de

Tours (l. VIII, c. XXIX).--Un autre Claudius est _chancelier_ de

Childebert II (Greg. de Mirac. S. Martini, l. IV).--Un _domestique_

de Brunehaut se nomme Flavius (Greg. Tur., l. IX, c. XIX). À son

favori Protadius succède «le Romain Claudius, fort lettré et agréable

conteur» (Fredegar., c. XXVIII). Dagobert a pour ambassadeurs

Servatus et Paternus, pour généraux Abundantius et Venerandus, etc.

(Gesta Dagoberti, _passim_)... etc., etc.--Sans doute plus d'un

roi Mérovingien perdit dans ce contact avec les vaincus la rudesse

barbare, et voulut apprendre avec ses favoris l'élégance latine:

Fortunat écrit à Charibert:

Floret in eloquio lingua latina tuo.

Qualis es in propria docto sermone loquela

Qui nos Romano vincis in eloquio!

--«Sigebertus erat elegans et versutus.»--Sur Chilpéric, _V._ plus

bas.--Les Francs semblent avoir eu de bonne heure la perfidie

byzantine: «Franci mendaces, sed hospitales (sociables?...)»

Salvian., l. VII, p. 169. «Si pejeret Francus, quid novi faceret;

qui perjurium ipsum sermonis genus esse putat, non criminis.»

Salvian., l. IV, c. XIV.--«Franci, quibus familiare est ridendo fidem

frangere.» Flav. Vopiscus in Proculo.]

Un autre petit-fils de Clovis, Chramme, fils de Clotaire, avait

pour confident le Poitevin Léon; pour ennemi, l'évêque de Clermont,

Cantin, créature des Francs; pour amis, les Bretons, chez lesquels il

se retira, lorsque, ayant échoué dans une tentative de révolte, il

fut poursuivi par son père. Le malheureux se réfugia avec toute sa

famille dans une cabane, où son père le fit brûler.

Clotaire, seul roi de la Gaule (558-561) par la mort de ses trois

frères, laissait en mourant quatre fils. Sigebert eut les campements

de l'Est, ou, comme parlent les chroniqueurs, le royaume d'Ostrasie;

il résida à Metz: rapproché ainsi des tribus germaniques, dont

plusieurs restaient alliées des Francs, il semblait devoir tôt

ou tard prévaloir sur ses frères. Chilpéric eut la Neustrie et

fut appelé roi de Soissons. Gontran eut la Bourgogne; sa capitale

fut Châlon-sur-Saône. Pour le bizarre royaume de Charibert, qui

réunissait Paris et l'Aquitaine, la mort de ce roi répartit ses États

entre ses frères. L'influence romaine fut plus forte encore sous ces

princes. Nous les voyons généralement livrés à des ministres gaulois,

goths ou romains. Ces trois mots sont alors presque synonymes. Dans

le commerce des barbares, les vaincus ont pris quelque chose de leur

énergie. «Le roi Gontran, dit Grégoire de Tours, honora du patriciat

Celsus, homme élevé de taille, fort d'épaules, robuste de bras,

plein d'emphase dans ses paroles, d'à-propos dans ses répliques,

exercé dans la lecture du droit; il devint si avide, qu'il spolia

fréquemment les églises, etc.» Sigebert choisit un Arverne pour

envoyé à Constantinople. Nous trouvons parmi ses serviteurs un

Andarchius, «parfaitement instruit dans les oeuvres de Virgile, dans

le code Théodosien et l'art des calculs[208].»

[Note 208: Grégoire de Tours.]

C'est à ces Romains qu'il faut désormais attribuer en grande partie

ce qui se fait de bien et de mal sous les rois des Francs. C'est à

eux qu'on doit rapporter la fiscalité renaissante[209]; nous les

voyons figurer dans la guerre même, et souvent avec éclat. Ainsi,

tandis que le roi d'Ostrasie est battu par les Avares, et se laisse

prendre par eux, le Romain Mummole, général du roi de Bourgogne, bat

les Saxons et les Lombards, les force d'acheter leur retour d'Italie

en Allemagne, et de payer tout ce qu'ils prennent sur la route[210].

[Note 209: Frédégaire parle de la tyrannie fiscale d'un Protadius,

maire du palais en 605, sous Theuderic, et favori de Brunehaut.]

[Note 210: Lorsque les Saxons rentrèrent dans leur pays, ils

trouvèrent la place prise: «Au temps du passage d'Alboin en Italie,

Clotaire et Sigebert avaient placé, dans le lieu qu'il quittait, des

Suèves et d'autres nations; ceux qui avaient accompagné Alboin, étant

revenus du temps de Sigebert, s'élevèrent contre eux et voulurent les

chasser et les faire disparaître du pays; mais eux leur offrirent

la troisième partie des terres, disant: Nous pouvons vivre ensemble

sans nous combattre.» Les autres, irrités parce qu'ils avaient

auparavant possédé ce pays, ne voulaient aucunement entendre à la

paix. Les Suèves leur offrirent alors la moitié des terres, puis les

deux tiers, ne gardant pour eux que la troisième partie. Les autres

le refusant, les Suèves leur offrirent toutes les terres et tous

les troupeaux, pourvu seulement qu'ils renonçassent à combattre;

mais ils n'y consentirent pas, et demandèrent le combat. Avant de le

livrer, ils traitèrent entre eux du partage des femmes des Suèves, et

de celle qu'aurait chacun après la défaite de leurs ennemis qu'ils

regardaient déjà comme morts; mais la miséricorde de Dieu, qui agit

selon sa justice, les obligea de tourner ailleurs leurs pensées;

le combat ayant été livré, sur vingt-six mille Saxons, vingt mille

furent tués, et des Suèves, qui étaient six mille quatre cents,

quatre-vingts seulement furent abattus, et les autres obtinrent la

victoire. Ceux des Saxons qui étaient demeurés après la défaite

jurèrent, avec des imprécations, de ne se couper ni la barbe ni les

cheveux jusqu'à ce qu'ils se fussent vengés de leurs ennemis; mais

ayant recommencé le combat, ils éprouvèrent encore une plus grande

défaite, et ce fut ainsi que la guerre cessa.» Greg. Tur., l. V, c.

XV. _V._ aussi Paul Diacre, De Gestis Langobardorum, ap. Muratori, I.]

L'origine de ces ministres gaulois des rois francs était souvent

très-basse. Rien ne les fait mieux connaître que l'histoire du serf

Leudaste, qui devint comte de Tours. «Leudaste naquit dans l'île de

Rhé, en Poitou, d'un nommé Léocade, serviteur chargé des vignes du

fisc. On le fit venir pour le service royal, et il fut placé dans les

cuisines de la reine; mais comme il avait dans sa jeunesse les yeux

chassieux, et que l'âcreté de la fumée leur était contraire, on le

fit passer du pilon au pétrin. Quoiqu'il parût se plaire au travail

de la pâte fermentée, il prit la fuite et quitta le service. On le

ramena deux ou trois fois, et, ne pouvant l'empêcher de s'enfuir,

on le condamna à avoir une oreille coupée. Alors, comme il n'était

aucun crédit capable de cacher le signe d'infamie dont il avait été

marqué en son corps, il s'enfuit chez la reine Marcovèfe, que le roi

Charibert, épris d'un grand amour pour elle, avait appelé à son lit

à la place de sa soeur. Elle le reçut volontiers, et l'éleva aux

fonctions de gardien de ses meilleurs chevaux. Tourmenté de vanité

et livré à l'orgueil, il brigua la place de comte des écuries, et

l'ayant obtenue, il méprisa et dédaigna tout le monde, s'enfla

de vanité, se livra à la dissolution, s'abandonna à la cupidité,

et, favori de sa maîtresse, il s'entremit de côté et d'autre dans

ses affaires. Après sa mort, engraissé de butin, il obtint par

ses présents, du roi Charibert, d'occuper auprès de lui les mêmes

fonctions; ensuite, en punition des péchés accumulés du peuple, il

fut nommé comte de Tours. Là, il s'enorgueillit de sa dignité avec

une fierté encore plus insolente, se montra âpre au pillage, hautain

dans les disputes, souillé d'adultère, et par son activité à semer

la discorde et à porter des accusations calomnieuses, il amassa des

trésors considérables. «Cet intrigant, que nous ne connaissons,

il est vrai, que par les récits de Grégoire de Tours, son ennemi

personnel, essaya, dit-il, de le perdre en le faisant accuser d'avoir

mal parlé de la reine Frédégonde. Mais le peuple s'assembla en grand

nombre, et le roi se contenta du serment de l'évêque, qui dit la

messe sur trois autels. Les évêques assemblés menaçaient même le roi

de le priver de la communion. Leudaste fut tué quelque temps après

par les gens de Frédégonde.

Histoire de France (Volume 1/19) · 第 19 / 30 段