AQUITAINE: Calagorris, Casères en Comminges.--Vasates et Basabocates,

de _Basoa_, forêt. De même le diocèse de Basas, entre la Garonne et

la Dordogne.--Iluro, comme la ville des Cosetans (Oléron).--Bigorra,

de _bi_, deux, _gora_, haut.--Oscara, Ousche.--Garites, pays de

Gavre, de _gora_, haut.--Garoceli... (Cæsar, de Bell. Gall., I, X,

et non _Graioceli_). Auscii, de eusken, esken, vesci (osci?)[23] nom

des Basques (leur ville est Elimberrum comme Illiberri).--Osquidates,

même racine, vallée d'Ossau, du pied des Pyrénées à Oléron.--Curianum

(cap de Buch, promontoire près duquel le bassin d'Arcachon s'enfonce

dans les terres), de _gur_, courbé.--Le rivage _Corense_ (en

Bétique).--Bercorcates, même racine; Biscarosse, bourg du district

de Born, frontières de Buch.--Les terminaisons celtiques sont

_dunum_[24], _magus_, _vices_ et _briga_ (p. 96), Segodunum apud

Rutenos appartient plus à la Narbonnaise qu'à l'Aquitaine. Lugdunum

apud Convenas est mixte, comme l'indique Convenæ, Comminges. On ne

les trouve pas, non plus que _briga_, chez les vrais Aquitains. La

terminaison en _riges_ paraît commune aux Celtes et aux Basques.

Chose remarquable: le seul peuple que Strabon nous désigne comme

étranger, dans l'Aquitaine, les _Bituriges_, ont un nom tout à fait

basque; de même les _Caturiges_, Celtes des Hautes-Alpes; ce sont des

établissements primitivement ibériens.

[Note 23: Osca, d'_eusi_, aboyer; parler? d'_olsa_, bruit? Chaque

peuple barbare se considérait comme parlant seul un vrai langage

d'homme. En opposition à _eus_caldunac, ils disent _er-d-al-dun-ac_;

de _arra_, _erria_, terre; ainsi _erdaldunac_, qui parlent la langue

du pays; les Basques français appellent ainsi les Français, les

Biscayens les Castillans.]

[Note 24: Toutefois dun (dun_a_, avec l'article) est une terminaison

commune de l'adjectif basque. De _arra_, ver; ar-duna, plein de

vers. De _erstura_, angoisse; _erstura dun-a_, plein d'angoisses.

_Eusc-al-dun-ac_, les Basques. Cala_dun_um peut signifier, en basque,

contrée riche en joncs.]

Côte méridionale de la Gaule: Illiberis Bebryciorum, Vasio

Vocontiorum (Vaison) en Narbonnaise. Bebryces rappelle _briges_,

et peut-être Allo-Broges (Étienne de Byzance écrit Allobryges;

selon lui, on trouve le plus souvent, chez les Grecs, Allobryges).

Cependant le scholiaste Juvénal dit ce mot celtique (Sat. VIII, v.

234, et signifiant terre, contrée).

Dans le reste de la Gaule, on rencontre peu de noms analogues au

basque, excepté Bituriges[25]. Cependant Gel_duba_, comme Corduba,

Salduba, Arverni, Arvii, Ga_durci_, Caracates, Carasa, Carcaso et

Ardyes dans le Valais, Carnutes, Carocotinum (Crotoy), Carpentoracte

(Carpentras), Corsisi, Carsis ou Cassis, Corbilo (Coiron-sur-Loire),

(Turones?) Ces analogies avec le basque sont probablement fortuites.

Le mot même de _Bri_tannia ne dériverait-il pas de cette racine

féconde? prydain, brigantes?

[Note 25: On peut cependant citer encore Mauléon en Gascogne et

en Poitou (Maulin en basque).--En Bretagne: Rennes, Batz, Alet,

Morlaix. (On trouve dans les Pyrénées: Rasez, Roedæ, pagus Redensis

ou Radensis, comme Redon, Redonas, Morlaas, etc. On trouve encore

en Bretagne un Auvergnac, un Montauban du côté de Rennes.)--Les

mots Auch, Occitanie, Gard, Gers, Garonne, Gironde, semblent aussi

d'origine basque.--Montesquieu, Montesquiou, de Eusken?]

_Brigan_tium en Espagne chez les Gallaïci, _Brigoe_tium en Asturie.

De même en Gaule _Brigan_tium et le port _Briva_tes.--En Bretagne,

les _Brigan_tes, et leur ville Isu_brigan_tum; le même nom de peuple

se trouve en Irlande.--_Brigan_tium, sur le lac de Constance,

_Brege_tium, en Hongrie, sur le Danube. En Gaule, sur la côte sud,

les Sego_briges_; dans l'Aquitaine propre, les Nitio_briges_ (Agen);

Samaro_briva_ (Amiens); Eburo_briva_ entre Auxerre et Troyes;

Baudo_brica_, au-dessus de Coblentz, Bonto_brice_ et ad Mageto_bria_,

entre Rhin et Moselle; en Suisse, les Lato_brigi_ et Lato_brogi_; en

Bretagne, Duro_brivoe_ et Ouro_brivoe_; Arto_briga_ (Ratisbonne) dans

l'Allemagne celtique.

Recherches de noms celtiques dans des noms de lieux ibériens (p.

83): _Ebura_ ou _Ebora_, en Bétique et chez les Turduli, Edetani,

Carpetani, Lusitani, et Ripe_pora_ en Bétique, _Eburo_britium chez

les Lusitani; en Gaule, _Eburo_brica, _Eburo_dunum; sur la côte

méridionale, les _Eburo_nes, sur la rive gauche du Rhin, Aulerci

_Eburo_vices en Normandie; en Bretagne, _Ebora_cum, _Ebura_cum;

en Autriche, _Eburo_dunum; en Hongrie, _Ebu_rum; en Lucanie, les

_Eburi_ni? le gaulois _Epore_dorix dans César?

Noms celtiques en Espagne.

Ebora, Ebura, Segobrigii (?), p. 85. Les _Segobriges_ sur la

côte sud de la Gaule. _Segobriga_, villes espagnoles des

_Celtibériens_; _Segontia_, Segedunum, en Bretagne, _Segodunum_,

en Gaule, _Segestica_, en Pannonie.--En Espagne, _Nemetobriga_,

_Nemetates_.--_Augustonemetum_, en Auvergne, _Nemetacum_,

_Nemetocenna_, et les _Nemètes_ dans la Germanie supérieure,

_Nemausus_, Nîmes; de l'irlandais _Naomhtha_ (V. Lluyd), sacré, saint?

* * * * *

Page 90. Recherches de noms _basques_ dans les noms de lieux

celtiques. En Bretagne: Le fleuve Ilas, Isca, Isurum, Verurium.

Le promontoire Ocelum ou Ocellum. Sur le Danube, entre le Norique

et la Pannonie, Astura et le fleuve Carpis. Urbate et le fleuve

Urpanus.--En Espagne: Ula, Osca, Esurir. Le mont Solorius. Ocelum

chez les Callaïci...

Noms _basques_ en Italie: _Iria_ apud Taurinos, comme Iria Flavia

Callaïcorum (_iria_, ville).--_Ilienses_, en Sardaigne, Troyens?

Cependant d'habit et de moeurs libyens selon Pausanias.--_Uria_,

en Apulie, comme _Urium_ Turdulorum.--_D'ra_, eau: _Urba

Salovia_ Picenorum, _Urbinum_, _Urcinium_ de Corse, comme _Urce_

Bastetanorum.--_Urgo_, île entre Corse et Étrurie, comme _Urgao_

en Bétique.--_Usentini_ en Lucanie, comme _Urso_, _Ursao_, en

Bétique.--_Agurium_, en Sicile; _Argiria_, en Espagne; _Astura_,

fleuve et île près d'Antium.--D'_asta_, roche: _Asta_, en Ligurie, et

_Asta Turdetanorum_, etc., etc., en Espagne.--_Osci_ ne se rapporte

pas à _osca_, il est contracté d'_opici_, opci (mais pourquoi

_opici_ ne serait-il pas une extension de _osci_?)--_Ausones_,

analogue à l'espagnol _Ausa_ et _Ausetani_. Cependant il se lie

avec _Aurunci_.--_Arsia_, en Istrie; _Arsa_, en Boeturie.--_Basta_,

en Calabre; _Basti_ apud Bastetanos.--_Basterbini_ Salentinorum,

de _basoa_, montagne, et de _erbestatu_, émigrer, changer de

pays (erria).--_Biturgia_, en Étrurie; _Bituris_, chez les

Basques.--_Hispellum_, en Ombrie.--Le Lambrus, qui se jette dans le

Pô, Lambriaca et Flavia lambris Callaïcorum.--_Murgantia_, ville

barbare en Sicile; _Murgis_, en Espagne; _Suessa_ et _Suessula_,

comme les _Suessetani_ des Ilergètes.--_Curenses_ Sabinorum,

_Gurulis_, en Sardaigne, comme le littus _Corense_, en Bétique, et

le prom. Curianum en Aquitaine,--_Curia_, même racine que _urbs_;

urvus, curvus, urvare urvum aratri; [Grec: horos], [Grec: aroô],

[Grec: kurtos]; en allemand, aëren, labourer; en basque, ara-tu,

labourer ([Grec: arô], labourer); _gur_, courbe; _uria_, _iria_,

ville.--L'allemand _ort_ est encore de cette famille.--Les Basques et

les Romains seraient rattachés l'un à l'autre par l'intermédiaire

des Étrusques. «Je ne dis pas pour cela que les Étrusques soient

pères des Ibères ni leurs fils[26].»

[Note 26: L'aruspicine et la flûte des Vascons étaient célèbres,

comme celle des Étrusques et Lydiens. Lamprid. Alex. Sever.--_Vasca

tibia_ dans Solin, c. V:--Servius, XI Æn., et apud auctorem veteris

glossarii latino-græci. Aujourd'hui ils n'ont pas d'autre instrument

(comme les highlanders écossais la cornemuse). Strabon, l. III.]

Page 97.--C'est à tort que les Français et Espagnols confondent les

Cantabres et les Basques (Oihenart les distingue); les Cantabres en

étaient séparés par les Autrigons, et les tribus peu guerrières des

Caristii et Varduli. Chez les Cantabres commence ce mélange de noms

de lieux, que je ne trouve point chez les Basques. Les Cantabres

sont essentiellement guerriers, les Basques aussi, et même ils se

vantaient de ne pas porter de casques (Sil. It., III, 358. V. 197,

IX, 232). Ceci prouve cependant qu'ils avaient plus rarement la

guerre. Enfermés dans leurs montagnes, ils n'eurent point de guerres

contre les Romains, sauf la guerre désespérée de Calagurris (Juven.,

XV, 93-110).

Page 100.--Les noms basques se représentent surtout chez les Turduli

et Turdetani de la Bétique. Ainsi, il n'y avait aucune contrée de la

Péninsule où les noms de lieux n'indiquassent un peuple parlant et

prononçant comme les Basques d'aujourd'hui. Les formes infiniment

variées de la langue basque seraient inexplicables, si ce peuple

n'avait été formé de tribus très-nombreuses, et dispersées autrefois

sur un vaste territoire.--_Atzean_ signifie derrière, en arrière,

et _Atzea_ l'étranger; ainsi ce peuple pensait primitivement que

l'étranger n'était que derrière lui: ceci fait croire que, depuis un

temps immémorial, ils sont établis au bout de l'Europe.

Page 113.--Les Celtes et les Ibères sont deux races différentes

(Strab., IV, I, p. 176, c. II. 1. pag. 189). Niebuhr pense de même

contre l'opinion de Bullet, Vallancey, etc. Les Ibères étaient plus

pacifiques; en effet, les _Turduli_, _Turdetani_. Au lieu de faire

des expéditions, ils furent repoussés du Rhône à l'ouest. Ils ne

faisaient pas de ligues avec d'autres, par confiance en soi (Strab.,

III, 4, p. 138); aussi, point de grandes entreprises (Florus, II, 17,

3), seulement de petits brigandages; opiniâtres contre les Romains,

mais surtout les _Celtibères_; poussés par la tyrannie des préteurs,

par la fréquente stérilité des pays de montagnes, avec une population

croissante; obligés d'éloigner d'eux annuellement une partie des

hommes en âge de porter les armes; effarouchés par l'état de guerre

permanent en Espagne, sous les Romains.

Le monde ibérien est antérieur au monde celtique... On n'en connaît

que la décadence. Les Vaccéens (Diod., V, 34) faisaient chaque année

un partage de leurs terres, et mettaient les fruits en commun, signe

d'une société bien antique.

Nous ne trouvons pas chez les Ibères l'institut des Druides et

Bardes. Aussi point d'union politique (les Druides avaient un chef

unique). Aussi moins de régularité dans la langue basque pour revenir

des dérivés aux racines.

On accuse les Gaulois, et non les Ibères, de pédérastie (Athen. XIII,

79. Diod., V, 31); au contraire, les Ibères préfèrent l'honneur et

la chasteté à la vie (Strab., III, 4, p. 164). Les Gaulois, et non

les Ibères, bruyants, vains, etc. (Diod., V, 31, p. 157), les Ibères

méprisent la mort, mais avec moins de légèreté que les Gaulois, qui

donnaient leur vie pour quelque argent ou quelques verres de vin

(Athen. IV, 40).

Diodore assimile les Celtibères aux Lusitaniens. Les uns et les

autres semblent avoir déployé dans la guerre la ruse, l'agilité,

caractère des Ibères (Strab., III). Mais les Celtibères craignaient

moins les batailles rangées; ils avaient conservé le bouclier

gaulois; les Lusitaniens en portaient un moins long (Scutatæ

citerioris provinciæ, et cetratæ ulterioris Hispaniæ cohortes, Cæs.

de B., lib. I, 39. Cependant id. I, 48).

Les Celtibères avaient (sans doute d'après les Ibères) des bottes

tissues de cheveux (Diodore: [Grec: Trichinas eilousi chnêmidas]).

Les Biscayens d'aujourd'hui ont la jambe serrée de bandes de laine,

qui vont joindre l'_abarca_, sorte de sandale.

Les montagnards vivaient deux tiers de l'année d'un pain de gland

(nourriture des Pélages, Dodone, etc.; glandem ructante marito. Juv.

VI, 10). Les Celtibères mangeaient beaucoup de viande; les Ibères

buvaient une boisson d'orge fermentée; les Celtibères de l'hydromel.

Les ressemblances entre les Ibères et les Celtibères sont nombreuses,

exemple: tout soin domestique abandonné aux femmes; force et

endurcissement de celles-ci, qu'on retrouve en Biscaye et provinces

voisines (et dans plusieurs parties de la Bretagne, comme à

Ouessant).

Chez les Ibères et les Celtes (Aquitaine?) hommes qui dévouent

leur vie à un homme (Plut. Sertor., 14, Val. Max., VII, 6, ext.

3.--Cæs. de B. Gall.). Val. Max., II, 6, 11, dit expressément que ces

dévouements étaient particuliers aux Ibères.

Page 121.--Les Gaulois aimaient les habits bariolés et voyants; les

Ibères, même les Celtibères, les portaient noirs, de grosse laine,

comme des cheveux, leurs femmes des voiles noirs. En guerre, par

exemple à Cannes (Polyb., III, 114, Livius, XXII, 46), vêtements de

lin blanc, et par-dessus habits rayés de pourpre (c'est un milieu

entre le bariolé gaulois et la simplicité ibérienne).

Ce qu'on sait de la religion des Ibères s'applique aussi aux Celtes,

sauf une exception: _Quelques-uns_, dit Strabon (III, 4, p. 164)

_refusent aux Galliciens toute foi dans les dieux, et disent qu'aux

nuits de pleine lune les Celtibères et leurs voisins du Nord font

des danses et une fête devant leurs portes avec leurs familles, en

l'honneur d'un Dieu sans nom_. Plusieurs auteurs (dont Humboldt

semble adopter le sentiment) croient voir un croissant et des étoiles

sur les monnaies de l'ancienne Espagne. Florez (Medallas, 1) remarque

que dans les médailles de la Bétique (et non des autres provinces),

le taureau est toujours accompagné d'un croissant (le croissant est

phénicien et druidique; la vache est dans les armes des Basques, des

Gallois, etc.). Dans les autres provinces, on trouve le taureau, mais

non le croissant.

Nulle mention du temple, si ce n'est dans les provinces en rapport

avec les peuples méridionaux (cependant quelques noms celtiques:

exemple, Nemeto_briga_).--Strab. (III, 1, p. 138), dans un passage

obscur où il donne les opinions opposées d'Artémidore et d'Éphore

sur le prétendu temple d'Hercule au promontoire Cuneus, parle de

certaines pierres qui, dans plusieurs lieux, se trouvent trois ou

quatre ensemble, et qui ont un rapport à des usages religieux (trad.

fr., I, 385, III, 4, 5.). Un voyageur anglais en Espagne dit qu'aux

frontières de Gallice on rencontre deux grands tas de pierres, la

coutume étant que tout Gallicien qui émigre pour trouver du travail y

mette une pierre au départ et au retour. Arist. Polit. VII, 2, 6: Sur

la tombe du guerrier ibérien autant de lances ([Grec: obelischous])

qu'il a tué d'ennemis.

Nous ne trouvons pas chez les Ibères, comme chez les Gaulois, l'usage

de jeter de l'or dans les lacs ou de le placer dans les lieux

sacrés, sans autre garde que la religion. Au temple d'Hercule, à

Cadix, il y avait des offrandes que César fit respecter après la

défaite des fils de Pompée (Dio, c. XLIII, XXXIX); mais le culte de

ce temple était encore phénicien, même au temps d'Appien, VI, II,

35.--Justin, XLIV, 3: «La terre est si riche chez les Galliciens, que

la charrue y soulève souvent de l'or; ils ont une montagne sacrée

qu'il est défendu de violer par le fer; mais si la foudre y tombe, on

peut y recueillir l'or qu'elle a pu découvrir, comme un présent des

dieux.» Voilà bien l'or propriété des dieux.

Page 123.--Pour les noms de lieux, point de traces des Ibères dans

la Gaule non aquitanique, ni dans la Bretagne [cependant voyez

plus haut], quoique Tacite (Agric., II) croie les reconnaître dans

le teint des Silures, dans leurs cheveux frisés et leur position

géographique. (Mannert croit les trouver en Calédonie.) Il faut

attendre qu'on ait comparé le basque avec les langues celtiques.

Espérons, ajoute M. de Humboldt, qu'Ahlwardt nous fera connaître ses

travaux...

Page 126.--Les anciennes langues celtiques ne peuvent avoir différé

du breton et gallois actuel; la preuve en est dans les noms de lieux

et de personnes, dans beaucoup d'autres mots, dans l'impossibilité de

supposer une troisième langue qui eût entièrement péri...

Page 131.--On peut dire des _Ibères_ ce que dit Mannert des

_Ligures_, avec beaucoup de sagacité, qu'ils ne dérivent pas des

Celtes que nous connaissons dans la Gaule, mais que pourtant ils

pourraient être une branche soeur d'une tige orientale plus ancienne.

Page 132.--Parenté fort douteuse du basque et des langues américaines.

* * * * *

Nous n'avons pas cru qu'on pût nous blâmer de donner un extrait de

cet admirable petit livre, qui n'est pas encore traduit.

CHAPITRE II

ÉTAT DE LA GAULE DANS LE SIÈCLE QUI PRÉCÈDE LA

CONQUÊTE--DRUIDISME--CONQUÊTE DE CÉSAR

58-51 avant Jésus-Christ

Ce grand événement de l'invasion cimbrique n'eut qu'une influence

fort indirecte sur les destinées de la Gaule, qui en fut le principal

théâtre. Les Kymry-Teutons étaient trop barbares pour s'incorporer

avec les tribus gauloises que le druidisme avait déjà tirées de leur

grossièreté primitive. Examinons avec quelque détail cette religion

druidique[27] qui commença la culture morale de la Gaule, prépara

l'invasion romaine, et fraya la voie au christianisme. Elle devait

avoir atteint tout son développement, toute sa maturité, dans le

siècle qui précéda la conquête de César; peut-être même penchait-elle

vers son déclin; l'influence politique des druides avait du moins

diminué.

[Note 27: Ce sujet a été renouvelé par le progrès des études

celtiques et l'interprétation remarquable de MM. J. Reynaud, Henri

Martin, Gatien-Arnoult (1860).]

Il semble que les Galls aient d'abord adoré des objets matériels,

des phénomènes, des agents de la nature: lacs, fontaines, pierres,

arbres, vents, en particulier le terrible _Kirk_. Ce culte grossier

fut, avec le temps, élevé et généralisé. Ces êtres, ces phénomènes,

eurent leurs génies; il en fut de même des lieux et des tribus. De

là, le dieu _Tarann_, esprit du tonnerre; _Vosège_, déification

des Vosges; _Pennin_, des Alpes; _Arduinne_, des Ardennes. De

là, le _Génie des Arvernes_; _Bibracte_, déesse et cité des

Édues; _Aventia_, chez les Helvètes; _Nemausus_ (Nîmes), chez les

Arécomikes, etc., etc.

Par un degré d'abstraction de plus, les forces générales de la

nature, celles de l'âme humaine et de la société furent aussi

déifiées. _Tarann_ devint le dieu du ciel, le moteur et l'arbitre du

monde. Le soleil, sous le nom de _Bel_ ou _Belen_, fit naître les

plantes salutaires et présida à la médecine; _Heus_ ou _Hesus_ à la

guerre; _Teutatès_ au commerce et à l'industrie; l'éloquence même et

la poésie eurent leur symbole dans _Ogmius_, armé comme Hercule de

la massue et de l'arc, et entraînant après lui des hommes attachés

par l'oreille à des chaînes d'or et d'ambre qui sortaient de sa

bouche[28].

[Note 28: KIRK. Maxim. Tyr., Serm. 18.--Senec., Quæst. nat. l. V.

c. XVII.--Posidon., ap. Strab., l. IV.--P. Oros., l. V, c. XVI.

Greg. Turon., de Glor. confess., c. V. Dans le moine de Saint-Gall,

_Circinus_ est synonyme de _Boréas_.--TARANIS. Lucan., l. 1.--VOSÈGE.

Inscrip. Grut., p. 94.--PENNIN, liv. XXI, c. XXXVIII.--ARDOINNE.

Inscrip. Grut.--GENIO ARVERNORUM. Reines., app. 5.--BIBRACTE. Inscr.

ap. Scr., rer. Fr., l. 24.--NEMAUSUS. Grut. p. 111. Spon., p.

169.--AVENTIA. Grut., p. 110.--BELENUS. Auson., carm. II.--Tertull.,

Apolog. c. XXIV.--HESUS. Dans un bas-relief trouvé sous l'église de

Notre-Dame de Paris, en 1711, on voit Hésus couronné de feuillage, à

demi-nu, une cognée à la main, et le genou gauche appuyé sur un arbre

qu'il coupe.--OGMIUS. L'écriture sacrée des Irlandais s'appelait

_Ogham_. Voy. Tolland, O'Halloran, et Vallancey et Beaufort, dans les

_Collectanea de Rebus Hibernicis_, etc.]

On voit qu'il y a ici quelque analogie avec l'Olympe des Grecs et

des Romains[29]. La ressemblance se changea en identité, lorsque la

Gaule, soumise à la domination de Rome, eut subi quelques années

seulement l'influence des idées romaines. Alors le polythéisme

gaulois, honoré et favorisé par les empereurs, finit par se fondre

dans celui de l'Italie, tandis que le druidisme, ses mystères, sa

doctrine, son sacerdoce, furent cruellement proscrits.

[Note 29: Cæsar.]

Les druides enseignaient que la matière et l'esprit sont éternels,

que la substance de l'univers reste inaltérable sous la perpétuelle

variation des phénomènes où domine tour à tour l'influence de l'eau

et du feu; qu'enfin l'âme humaine est soumise à la métempsycose.

À ce dernier dogme se rattachait l'idée morale de peines et de

récompenses; ils considéraient les degrés de transmigration

inférieurs à la condition humaine comme des états d'épreuve et

de châtiment. Ils avaient même un _autre monde_[30], un monde

de bonheur. L'âme y conservait son identité, ses passions, ses

habitudes. Aux funérailles, on brûlait des lettres que le mort

devait lire ou remettre à d'autres morts. Souvent même ils prêtaient

de l'argent à rembourser dans l'autre vie.

[Note 30: Voy., à la fin de ce chapitre, les Éclaircissements sur les

traditions religieuses des Gallois et des Irlandais. J'ai rapporté

ces traditions; toutes récentes qu'elles peuvent paraître, elles

portent un caractère profondément indigène. Le mythe du castor et du

lac a bien l'air d'être né à l'époque où nos contrées occidentales

étaient encore couvertes de forêts et de marécages.]

Ces deux notions combinées de la métempsycose et d'une vie future

faisaient la base du système des druides. Mais leur science ne se

bornait pas là; ils étaient de plus métaphysiciens, physiciens,

médecins, sorciers, et surtout astronomes. Leur année se composait

de lunaisons, ce qui fit dire aux Romains que les Gaulois mesuraient

le temps par nuits et non par jours; ils expliquaient cet usage par

l'origine infernale de ce peuple, et sa descendance du dieu Pluton.

La médecine druidique était uniquement fondée sur la magie. Il

fallait cueillir le _Samolus_ à jeun et de la main gauche, l'arracher

de terre sans le regarder, et le jeter de même dans les réservoirs

où les bestiaux allaient boire; c'était un préservatif contre leurs

maladies. On se préparait à la récolte de la sélage par des ablutions

et une offrande de pain et de vin; on partait nu-pieds, habillé de

blanc; sitôt qu'on avait aperçu la plante, on se baissait comme

par hasard, et, glissant la main droite sous son bras gauche, on

l'arrachait sans jamais employer le fer, puis on l'enveloppait d'un

linge qui ne devait servir qu'une fois. Autre cérémonial pour la

verveine. Mais le remède universel, la panacée, comme l'appelaient

les druides, c'était le fameux _gui_. Ils le croyaient semé sur le

chêne par une main divine, et trouvaient dans l'union de leur arbre

sacré avec la verdure éternelle du gui un vivant symbole du dogme de

l'immortalité. On le cueillait en hiver, à l'époque de la floraison,

lorsque la plante est le plus visible, et que ses longs rameaux

verts, ses feuilles et les touffes jaunes de ses fleurs, enlacés à

l'arbre dépouillé, présentent seuls l'image de la vie, au milieu

d'une nature morte et stérile.

C'était le sixième jour de la lune que le gui devait être coupé; un

druide en robe blanche montait sur l'arbre, une serpe d'or à la main,

et tranchait la racine de la plante, que d'autres druides recevaient

dans une saie blanche; car il ne fallait pas qu'elle touchât la

terre. Alors on immolait deux taureaux blancs dont les cornes étaient

liées pour la première fois.

Les druides prédisaient l'avenir d'après le vol des oiseaux et

l'inspection des entrailles des victimes. Ils fabriquaient aussi

des talismans, comme les chapelets d'ambre que les guerriers

portaient sur eux dans les batailles, et qu'on retrouve souvent à

leur côté dans les tombeaux. Mais nul talisman n'égalait l'_oeuf

de serpent_[31]. Ces idées d'oeuf et de serpent rappellent l'oeuf

cosmogonique des mythologies orientales, ainsi que la métempsycose et

l'éternelle rénovation dont le serpent était l'emblème.

[Note 31: Cet oeuf prétendu paraît n'avoir été autre chose qu'une

échinite, ou pétrification d'oursin de mer.

Histoire de France (Volume 1/19) · 第 5 / 30 段