TÔPER DANS ou DEDANS. Donner dans. _Es-tu bête, Jean-Pierre! Il t'a
poussé une bourde et tu as tôpé dedans._
TÔPER (SE), v. pron. Se heurter. _Se tôper_, v. récip. Se battre.
_Ils se rencontrèrent à la nuit tombante et se tôpèrent._
TOPETTE, s. f. Petite fiole, petite bouteille en verre blanc. _Une
topette de sirop. Une topette de ratafia._ Terme français
populaire.
TOQUE, s. f. Terme du jeu de _mâpis_. Petite butte, petite
élévation. _Jouer à la toque. Une bonne toque._
TÔQUÉE, s. f. Rossée, distribution de coups. _Recevoir une tôquée.
Donner une tôquée._ Voyez TAUQUÉE.
TÔQUER, v. a. Frapper. Se dit des personnes et de certains animaux,
des bœufs, par exemple, des vaches, des béliers et des moutons.
_Retirez-vous, mes enfants, cette vache tôque; elle pourrait vous
tôquer. Voyez ces moutons, comme_ _ils se tôquent. La nuit était
sombre, je me tôquai contre le mur._ Nos campagnards de la rive
droite disent: _Tiôquer_. En vieux français, _toquer_ signifie:
Heurter, frapper. Terme normand. Voyez TAUQUER.
TORCHE, s. f. Coussinet, bourrelet, tortillon, linge tortillé en
rond, que les femmes se mettent sur la tête quand elles portent un
vase, une corbeille, une seille, etc. Terme suisse, savoisien et
franc-comtois.
TORCHE, s. f. Terme culinaire. Hachis auquel on donne la forme d'une
_torche_. Voyez ce mot. Nous appelons aussi _torche_ une sorte de
pain rond.
TORCHÉE, s. f. Rossée, gifle, volée de coups. Terme vaudois.
_Torcher_ est français, dans le sens de «Battre.»
TORCHE-MIRAUD. Voyez GIRAUD, t. I, p. 231.
TORCHER, v. a. Pour exprimer qu'un homme n'aura pas ce qu'il désire,
nous disons figurément et proverbialement: _Il peut bien en
torcher son couteau_. Les dictionnaires disent: «Il n'a qu'à s'en
torcher le bec.»
TORCHETTE, s. f. Petit torchon. Nous disons d'une assiette bien
_amassée_, ou d'un plat où l'on n'a rien laissé, qu'_il est net
comme torchette_, comme si la _torchette_ y avait passé. Puis
adverbialement, _net comme torchette_, veut dire: Sans faute, sans
hésiter, rondement. _Tu crois qu'il badine? Détrompe-toi, il le
fera net comme torchette._
TORCHON DE PAILLE, s. m. Le terme français est: Bouchon de paille.
TORCHONNER, v. a. Frotter avec un torchon. Terme vaudois et
neuchâtelois.
TORCHONNER, v. a. Chiffonner, faire maladroitement ou par accident
des plis à sa robe. _Ne torchonne pas cette cravate. Voyez la
petite sotte, comme elle s'est torchonnée._
TORDRE L'OREILLE, (fig.) _Tordre l'oreille à un enfant_, signifie:
«Sevrer un enfant.» _C'est aujourd'hui qu'on tord_ _l'oreille à
notre petite Lili._ Cette expression, qui appartient au langage le
plus familier, fait peut-être allusion au déplaisir, au chagrin
extrême qu'éprouve le petit enfant lorsqu'on le sépare de sa
nourrice.
TORNIOLE, s. f. Taloche, étrillée. _Flanquer une torniole. Il ne se
vante pas de la torniole qu'il a reçue._ Terme berrichon, etc.
TORTILLER (SE). Se dit quelquefois des personnes et signifie:
Marcher avec un mouvement, avec un balancement trop marqué des
hanches, affecter une démarche vive, dégagée et gracieuse. _Cette
jeune ouvrière se donne des airs, elle se tortille en marchant._
TORTOLION, s. m. Craquelin, sorte de pâtisserie en forme de collier.
Dans le Dauphiné on dit: _Tourtillon_. En français, «Tortillon»
signifie: Linge tortillé.
TÔTU-BÔTU (UN). Un bloc. _Faisons de toutes ces marchandises un
tôtu-bôtu._ Voyez AUTU-BÔTU, t. I, p. 29.
TOUILLER, v. n. Être rassasié, ne pouvoir plus avaler. Ne s'emploie
qu'à l'infinitif.
TOUILLON, s. m. Femme malpropre, femme repoussante par la saleté et
le désordre de ses vêtements. _Un vieux touillon._ Terme vieux
français. Dans le Jura on dit: _Tolion_. Dans le patois picard,
_touillon_ signifie: Torchon. A Reims, _touiller_, v. a., salir.
TOUNIAUD (UN). Nous disons d'une personne qui est habituellement
salement vêtue: _C'est un touniaud. Votre écureuse est un vrai
touniaud._ Dans le canton de Vaud, _touni_ veut dire: Idiot,
hébété, bélître. En Normandie, _tounieux_ ou _touonious_
signifient: Fainéant, vagabond. [Voyez le _Dictionnaire normand_
de MM. DUMÉRIL, p. 207.]
TOUPIN, s. m. Cruche, jarre, pot de terre. Ce mot n'est plus guère
employé, à Genève, que dans cette expression figurée: _Être sourd
comme un toupin_, c'est-à-dire: Être sourd comme un pot, être
excessivement sourd. Terme suisse et méridional. Dans le Jura on
dit: _Tepin_; en Savoie, _topin_; dans l'Anjou, _tupin_. Chez nos
campagnards, _toupin_ ou _tepin_ est le nom de la cloche des
vaches.
TOUPINAMBOU, s. m. Sorte de plante. Écrivez et prononcez
«Topinambour.»
TOUPINE, s. f. Cruche, jarre, grande terrine avec ou sans anse. _Une
toupine de beurre cuit; une toupine de graisse molle. La toupine
glissa de dessus la table et fut ébriquée._ Terme suisse et
savoisien. En Languedoc, _toupine_ se dit d'un pot à faire nicher
les moineaux. Nous disons figurément et très-populairement d'une
personne morte depuis un certain temps, qu'_elle fait des
toupines_, c'est-à-dire: Que sa cendre, confondue avec la terre,
est redevenue argile. En Languedoc, _faire terre_ signifie:
Mourir. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes corrigés_, t. II, p.
379.]
TOUPINER, v. n. Thésauriser, entasser des écus dans une _toupine_.
TOUR, s. m. Nous disons: _Celle nouvelle m'a donné le tour_, pour:
Cette nouvelle m'a troublé, m'a bouleversé, m'a tourné le sang.
_La vue de ce cadavre livide m'a donné le tour._
TOUR, s. m. Nous disons: _Donner le tour_, pour: Faire le tour. _Par
où dois-je passer pour arriver facilement à ton logis?--Il te faut
donner le tour par la cathédrale._
TOUR, s. m. _Faire le tour, donner le tour_, signifient: Suffire à
la dépense de l'année, joindre les deux bouts. _Eh bien, Jacques,
les affaires vont-elles mieux?--Oui, un peu mieux; avec beaucoup
d'économie j'ai pu faire le tour._
TOUR, s. m. _S'en donner deux tours_, ou _s'en donner deux tours et
la revirée_, signifie: S'en donner à outrance, se divertir à fond,
se livrer à ce qu'on fait complétement et sans arrière-pensée.
Voyez REVIRÉE.
TOURMENTE, s. f. (fig.) Le dernier degré de l'ivresse.
TOURMENTE-CHRÉTIEN, s. m. Celui qui obsède, importune, tourmente
quelqu'un. _Laisse-moi tranquille, tu n'es qu'un
tourmente-chrétien._ On retrouve la même forme dans: _Un
tourmente-enfants, un gâte-enfants_.
TOURNE (LA). La retourne. Terme du jeu de cartes. _Quelle est la
tourne?--Il tourne pique._ Français populaire.
TOURNELLE, s. f. Petite tour, tourelle. _Un château à quatre
tournelles._ Terme franc-comtois, berrichon, etc.
TOURNEMENT DE TÊTE, s. m. Tournoiement de tête, vertige. _Être sujet
aux tournements de tête._ «C'est ainsi que l'on peut s'accoutumer
à voir sans crainte et sans _tournement de tête_, les abîmes les
plus profonds.» [DE SAUSSURE, _Voyages dans les Alpes_, t. Ier, p.
366.] Terme suisse, savoisien et méridional. J.-J. ROUSSEAU a dit
correctement: «Les lieux escarpés me font tourner la tête, et
j'aime beaucoup ce tournoiement.» [_Confessions_, livre IV.]
TOURNER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. _Que tourne-t-il?_
Dites: De quoi tourne-t-il?--Il tourne cœur, il tourne carreau.
TOURNER, v. a. _Tourner les moutons, tourner les vaches_, etc. Les
ramener du lieu où ils ne doivent pas paître à celui qui leur est
destiné et d'où ils s'étaient écartés. On dit en patois: _V'ri_;
et dans le patois limousin, _vira_ (virer, tourner).
TOURNER, v. n. Au lieu de: _La langue lui a tourné_, on dit en
français: La langue lui a fourché, la langue lui a manqué,
c'est-à-dire: Il a prononcé par méprise un mot pour un autre.
TOURNER UN HABIT. Est une expression gasconne et incorrecte. Ne
dites donc pas: _Habit tourné, pantalon tourné, redingotte
tournée_. Dites: Habit retourné, pantalon retourné, etc.
TOURNER (SE), v. pron. S'altérer, changer en mal, se cailler,
tourner. _Notre lait s'est tourné. Ce vin se tournera si l'on n'y
prend garde._ Nous disons aussi, par exagération, d'une personne
qui a éprouvé une forte émotion, un saisissement violent et
pénible: _Son sang s'est tourné_. Il faut dire: Le sang lui a
tourné, c'est-à-dire: Il s'est fait dans son corps une révolution
subite.
TOURNER (SE), v. pron. Nous disons figurément de quelqu'un qui est
perplexe, embarrassé dans une affaire et qui ne sait quel parti
prendre: _Il ne sait de quel côté se tourner_. On doit dire: Il ne
sait de quel côté tourner.
† TOURNER (S'EN), v. pron. S'en retourner. _Tourne-t'en, Gaspard:
on serait en peine chez toi. Voici la nuit, tournons-nous-en._
Expression languedocienne.
TOURNICOTER ou TOURNILLER, v. n. Tournailler, tourner fréquemment,
rôder, virer, faire cent tours et détours. _As-tu assez tournillé,
assez viré, et t'asseyeras-tu enfin?_ Le dictionnaire de
BESCHERELLE et le _Complément_ de l'Académie disent que
_tourniller_ est peu usité en France. A Genève il est fort connu.
TOURPIN-TOURPINANT, loc. adv. Clopin-clopant. _Aller
tourpin-tourpinant_, signifie: Manquer d'aplomb dans sa démarche,
chanceler.
On voyait des trous à ses bas,
Ses souliers acculés.... Mais le plus ridicule
C'est qu'à chaque talon il avait une _mule_
Qui le faisait aller tout _tourpin-tourpinant_,
Ce qui lui donnait l'air d'un _étieurne_ en marchant.
[CH.]
Dans le patois vaudois, _touerpin_ ou _touarpeun_, s. m., se dit
d'une personne qui a le pied bot ou tordu, ou dont la démarche est
gênée.
TOUSSILLER ou TOUSSOTER, v. n. Diminutif de «Tousser.» Tousser
légèrement, avoir un peu de toux.
† TOUSSIR, v. n. _Mon pauvre Joson a toussi depuis hier à soir
jusqu'à ce matin._ Terme français populaire et vieux français.
Dans notre patois on dit: _T'ci_, et dans le patois de l'Isère,
_tussi_.
TOUT, adj. Ne dites pas: _Une fois pour tout_; dites: Une fois pour
toutes, c'est-à-dire: Une fois pour toutes les fois subséquentes.
_Fais bien attention, Albin: je te le dis une fois pour tout, et
je ne le répéterai plus._ Français populaire.
TOUT, adj. masc. _Dans le tout commencement de son mariage, Alexis
avait eu quelques égards pour sa femme. As-tu dansé hier à ce
bal?--Un peu au commencement, au tout commencement._ Cette
expression, si fréquente chez nous, n'a point d'équivalent en
français.
TOUT DE MÊME, loc. adv. Oui, d'accord, à la bonne heure, volontiers.
_Eh bien, Messieurs, faisons-nous la partie de billard?--Tout de
même._
TOUT DE MÊME, loc. adv. Nonobstant cela, d'ailleurs. _Je ne vous
conseille pas d'aller au théâtre ce soir: tout de même il est déjà
tard. Renoncez à ce grand voyage: tout de même la mauvaise saison
n'est pas loin._ Français populaire.
TOUT PREMIER (LE). _Mes enfants, vous êtes des indiscrets, et toi,
Mathurin, le tout premier. À quelle place es-tu dans ton école,
Philippine?--Je suis la toute première._ Dites: Et toi, Mathurin,
tout le premier: Je suis la première. [Voyez le dictionnaire de
l'Académie, au mot PREMIER.]
TOUT NOUVEAU, etc. Pour exprimer que les esprits légers et
inconstants s'enthousiasment d'abord de tout ce qui est nouveau,
mais s'en dégoûtent non moins vite, nous disons proverbialement:
_Tout nouveau, tout beau_, ou _tout est beau_. En français on dit:
Au nouveau, tout est beau.
TRAFI, s. m. Prononciation vicieuse du mot _trafic_, dont le _c_
doit se faire entendre.
TRAGAL, s. m. Sorte de filet, appelé aussi _monte_.
TRAGIVERSER ou TRÉGIVERSER, v. n. Tergiverser.
TRÂGUE, s. m. Aide-maçon, porte-mortier.
TRÂGUER, v. a. Porter, traîner, trôler. _Se trâguer d'une promenade
à une autre. Qu'as-tu fait hier, Lamboteau, qu'on ne t'a pas vu au
sarcle?--Ma fiste, hier c'était Pâques, et j'ai fait comme les
autres: j'ai trâgué ma cauque et mes ourious._ Terme suisse. En
allemand on dit: _Tragen_.
TRAÎNARD, ARDE, adj. _Accent traînard, voix traînarde._ Dites:
Accent traînant, voix traînante.
TRAÎNASSER, v. a. Augmentatif de traîner; transporter sans soin et
malproprement. _Tu as une belle poupée toute neuve, et tu la
traînasses partout._ _Se traînasser_ signifie: 1º Se salir en se
traînant par terre; 2º Se trimbaler, flâner. En français,
Traînasser, v. n., veut dire: Traîner en longueur. Ce mariage a
bien traînassé.
TRAÎNE, s. f. État de santé languissant, indisposition qui se
prolonge, maladie lente, abattement de force après un gros rhume.
_Notre Thérèse n'a pas ce qui s'appelle une maladie: elle a une
traîne. Depuis cette mauvaise traîne, je n'ai jamais pu me
rétablir comme il faut._ Terme vaudois.
TRAÎNE-GAÎNE, s. f. Tout ce qui embarrasse la marche et qu'il faut
traîner après soi. _Ce qui m'ennuie à la promenade, c'est cette
traîne-gaîne d'enfants._ Dans le Jura, _traîner la gaîne_
signifie: Porter les livrées de la misère. Dans le français
populaire, _traîne-gaîner_, v. n., battre le pavé avec l'épée au
côté.
TRAIN-TRAIN, s. m. _Le train-train des affaires_, c'est: Le cours
ordinaire des affaires, la manière la plus ordinaire de les
conduire. On dit de même: _Le train-train de la maison; le
train-train du bureau; le train-train du commerce_. A Gap on dit:
_Le trintran_. L'expression française est: Le trantran. Le
trantran des affaires, etc.
TRAIT, s. m. Traite, étendue de chemin que l'on fait d'un lieu à un
autre sans s'arrêter. _Nous allâmes tout d'un trait de Genève à
Bonneville._ Terme méridional.
TRAITER POUR. _Les médecins le traitaient pour un engorgement au
foie: c'était un anévrisme du cœur._ Dites: Les médecins le
traitaient D'UN engorgement au foie, c'était, etc.
TRAÎTRISE, s. f. L'action de trahir, trahison. Terme franc-comtois,
méridional, etc.
TRALAISON, s. f. Travée, travaison, rang de solives. Terme vaudois.
TRÂLÉE, s. f. Ribambelle, séquelle, quantité. _Une trâlée de gamins.
Une trâlée de mendiants. Une trâlée d'injures. Il nous lâcha une
trâlée de sottises._ Terme vaudois et fribourgeois.
TRANCANAGE, s. m. Changement de vase inutile et fâcheux. _Quel
trancanage me fais-tu? As-tu bientôt fini tous ces trancanages?_
TRANCANER, v. a. Transvaser inutilement un liquide, et par là le
perdre ou le gâter. _Laisse-moi ce vin dans cette bouteille et ne
le trancane pas tant. Que trancanes-tu là?_ _Se trancaner_, v.
pron. Se trimbaler, aller sans but et par flânerie d'un lieu à un
autre.
TRANCHER, v. n. Tourner, se cailler. _Cette crême est tranchée. La
sauce a tranché. Les tonnerres font trancher le lait._ Terme
suisse, savoisien, berrichon, etc.
TRANCIZION, s. f. Orthographe et prononciation vicieuse du mot
«Transition,» lequel se prononce _tran-zi-cion_.
TRANSPERCER, v. a. Mouiller d'outre en outre, mouiller jusqu'aux os,
percer entièrement. _Cette pluie battante nous a transpercés._
Dans le nord de la France on dit: _Trapercer_.
TRANSVASAGE, s. m. Soutirage, remuage. _Le transvasage du vin blanc
se fait chez nous au mois de mars._ Terme suisse, lorrain, etc.
Transvaser est français.
TRANZI, ZIE, part. Prononciation vicieuse du mot «Transi» (transi de
froid), que l'on prononce _tran-cy_, comme _Nancy_.
TRAPE, adj. Trapu, court et gros, courtaud. En Dauphiné et en
Languedoc on dit: _Trapet_; à Lyon, _trapot_.
TRAS ou TRÀ, s. m. Terme des campagnards. Solive, poutre, grosse
pièce de bois. _Placer un tras; changer un tras; remuer un tras._
Terme vaudois, fribourgeois, savoisien et lyonnais. Dans le patois
de l'Isère: _Trau_; dans le patois lorrain, _trais_; en vieux
français, _trabe_. R. lat. _trabs_.
TRAVAILLER QUELQU'UN. Se prend en mauvaise part et signifie:
Solliciter quelqu'un, chercher à le gagner, à le capter, à le
retourner. _Travailler un juge. Le sieur N**, proche parent du
président de la Cour, l'avait longtemps travaillé._ Expression
énergique, inconnue aux dictionnaires, mais usitée en Dauphiné, en
Lorraine et sans doute ailleurs.
TRAVAILLER DE. _Il travaille d'horlogerie. Elle travaille de
couturière. Notre cousine travaille de lingère. Mr Mathieu
travaille de gypier_, etc. Dites: Il travaille en horlogerie; elle
travaille en couture; notre cousine travaille en linge, en
broderie, etc.
TRAVAILLER SUR. _Travailler sur l'or; travailler sur le diamant_,
etc. Dites: Travailler en or, travailler en diamant, etc.
TRAVERS (LE). Se dit des étoffes et signifie: L'envers. _Le_
_travers de ce drap est aussi beau que le droit. Voilà le droit,
voilà le travers._ Dites: Voilà l'endroit, voilà l'envers.
TRAVERSE, s. f., ou VENT DE TRAVERSE, s. m. Le vent d'ouest.
TRAVERSER UN PONT. Dites: Passer un pont. _Le cheval s'abattit en
traversant le pont de Carouge_ (en passant le pont de Carouge).
TREDAINE ou TRIDAINE, s. f. Tiretaine, drap grossier. _Un habit de
tredaine._ Terme vaudois, jurassien, etc.
TREDON ou TREDAN, s. m. Bruit de désordre, tapage, tumulte.
_Entendez-vous ce tredon? C'est un tredon à essourdeler._ Terme
suisse. Selon CH. NODIER, _trudon_ signifie: Tambour.
[_Dictionnaire des onomatopées_, 2e édition, p. 278.]
TREGUIGNE ou TIRE-GOUINE, s. f. Viande dure et filandreuse, viande
de très-mauvaise qualité. Au sens figuré, _treguigne_ est
l'équivalent des mots canaille, crapule, objet de rebut, chose de
néant. On dit aussi: _Tregougne_.
† TREMBLE, s. m. Tremblement, frisson. _Quand je pense à cet
horrible espectacle, le tremble me prend. Sa maladie commença par
un grand tremble._
TREMBLER, v. a. Secouer, hocher. _Trembler un arbre_, c'est: Le
secouer pour en faire tomber les fruits. _On leur abandonna deux
pommiers qu'ils tremblèrent à outrance._
TREMPE, adj. Trempé, extrêmement mouillé. _Elle arriva toute trempe
de sueur._ Français populaire.
TREMPE, s. f. Volée de coups, rossée. _Donner une trempe. Recevoir
une trempe._
TREMPÉE, s. f. Terme des campagnards. Pluie abondante, pluie de
durée qui trempe la terre. _Il a fait une bonne trempée._ Terme
lorrain, etc.
TREMPOTTE, s. f. Mouillette, pain trempé dans du vin pur. _Faire la
trempotte._ Terme jurassien. Dans diverses provinces de France on
dit: _Faire la trempette_; ailleurs, _faire la trempinette, faire
la trempusse_.
TRENTE-SIX. _Vous en avez trente-six_, veut dire: Vous en avez
menti. _Il en a trente-six_, il en a menti.
TRÉPER, v. a. Terme des campagnards. Marcher sur. _Tu me trèpes_ (tu
marches sur ma robe). Dans le patois limousin: _Trepa lo terro_,
piétiner la terre, etc. En Lorraine, _tripler_ signifie: Fouler
aux pieds. En vieux français on disait: _Triper_ et _trepper_. R.
lat. _tripudio_.
TRÈS, adv. C'est mal parler que de dire: _J'ai très-faim; j'ai
très-soif; j'ai très-sommeil; j'ai eu très-peur; tu as
très-raison; elle a très-mal au pied. Ce pauvre Nicolin aurait
très-besoin d'un chapeau. Je te prête mon joli parapluie, mais tu
en auras très-soin. Vos petites friandises ont fait très-plaisir.
Tu as très-tort de désobéir, Ferdinand. C'est très-dommage de
chapler ce morceau d'étoffe_, etc. L'adverbe _très_ ne doit pas
modifier un substantif. Les phrases suivantes sont donc aussi
incorrectes: _Ce jeune homme fait très-l'aimable; il fait très-le
gentil et sa sœur fait très-la savante_.
TRESSAUT, s. m. Tressaillement. _À ce coup de canon, je fis un
tressaut._ «Je redoublai de sommeil, après avoir été secoué par un
énorme tressaut.» [TÖPFFER, _Le Presbytère_, p. 36.] En vieux
français, _tressault_ signifie: Action de sauter, action
d'enjamber. Tressauter est dans quelques dictionnaires.
TRIAILLE, s. f. Triage. _Faire une triaille. Ce n'est que de la
triaille_ (ce n'est que du rebut). Terme méridional.
TRICOTER, v. a. Bâtonner, rosser. Terme vieux français. «Tricot,»
gros bâton, est français.
TRIÉGE, s. m. Toile ouvrée. _Triége uni, triége façonné._ Terme
suisse, savoisien et franc-comtois.