TILLOL, s. m. Arbre. Écrivez et prononcez «Tilleul.» Les campagnards
disent: _Tillot_ (_o_ bref). Terme jurassien, berrichon, vieux
français, etc.
TINQUET, s. m. Gros morceau de quelque chose qui peut se manger à la
main. _Un tinquet de pain; un tinquet de châchaud; un tinquet de
saucisse._ A Neuchâtel on dit: _Un tanquin_.
TIOFFE ou TIAFFE, s. f. Nigaude, niaise, bécasse. _Cette grosse
tioffe ne vient-elle pas me marcher dessus!_
TIOFFU, UE, adj. et subst. Se dit des personnes et signifie: Lourd,
lourdaud, épais.
TIOLE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui est ivre: _Il a sa tiole_;
expression qui nous vient des campagnards. _Tiole_ ou _tieule_, en
patois, signifie: Tuile. En vieux français: _Tieule_.
TIOQUAND, ANDE, subst. Nom propre des habitants du pays de Gex, puis
dénomination injurieuse pour dire: Un gros paysan, un homme
grossier dans ses manières. _C'est un tioquand._
TIOQUE, s. f. Se dit d'une personne sotte et maladroite. _Que tu es
tioque, ma pauvre Thérèse! Tu as le talent de casser tout ce qui
te passe par les mains._
TIOQUER (SE), v. pron. Se choquer, se heurter; donner ou frapper
contre. _L'enfant se tioqua la tête contre un mur. Ces deux
personnes se sont tioquées dans l'obscurité._ Voyez TÔQUER.
TIOULÉE, s. f. Larmes abondantes.
TIOULER, v. n. Fondre en larmes.
TIOU-TIOU, s. m. Chevalier aboyeur, sorte de bécassine.
TIPE-TAPE (À), locut. adv. Beaucoup, abondamment, à foison; en
veux-tu, en voilà.
TIPONNER, v. a. Tirailler, chiffonner, manier une chose comme ferait
celui qui pétrit la pâte, _pitonner_.
TIRAGE, s. m. Tir, place où l'on s'exerce à tirer des armes à feu.
_Un tirage spacieux._ Terme suisse.
TIRAILLE, s. f. La _tiraille_ est un jeu d'écoliers, dans lequel,
rangés en deux camps plus ou moins nombreux, ils se tiraillent
violemment à l'envi, tâchant d'amener à eux, et de retenir
prisonniers, leurs adversaires. _Faire à la tiraille._
TIRANT, s. m. Courant d'air. _La fenêtre entr'ouverte formait un
tirant. C'est le tirant de la porte qui fait ce bruit._ Terme
vaudois.
TIRANT, s. m. Tiroir. _Le tirant de la table._ Terme vaudois.
TIRANTE, s. f. Se dit d'une femme qui est dure à la desserre, qui
_tire_ tout à elle, qui accapare et ne fait que des marchés à son
avantage. _Vous êtes bien tirante, ma bonne dame: si tout le monde
marchandait comme vous, où en serait-on?_
TIRE, s. f. File, rangée, suite, longue suite. _Une tire de hutains.
Voilà une bonne pluie, Monsieur Colas.--C'est vrai, Monsieur: mais
il nous en faudrait deux jours de tire_, c'est-à-dire: Deux jours
de suite.
TIRE, s. f. _Écrire à tire de plume_, c'est écrire aussi vite que la
plume peut aller. _Pourrais-tu écrire à tire de plume le discours
entier du prédicateur?_ On dirait en français: Pourrais-tu écrire
à trait de plume?
TIRÉE, s. f. Tire, traite, certaine quantité de chemin que l'on fait
sans se reposer. _Nos petits voyageurs firent cinq lieues tout
d'une tirée. De Genève à Douvaine il y a une forte tirée._
TIRÉE D'OREILLES, s. f. _Il a eu sa tirée d'oreilles, sa bonne tirée
d'oreilles_, c'est-à-dire: On lui a tiré vigoureusement les
oreilles.
TIRE-GOUINE, s. f. Mauvaise viande. On dit aussi: _Treguigne_.
TIRE-LÂCHE. _Faire à tire-lâche_, tirer et lâcher tour à tour. Sorte
de jeu ou d'exercice gymnastique entre jeunes garçons.
TIRE-LIGNU, s. m. Sobriquet des cordonniers. Voyez LIGNU.
TIRE-POILS, s. m. Gribouillette, sorte de divertissement d'enfants.
_Faire à tire-poils_, c'est jeter des _bonbons_, des dragées, de
l'argent, au milieu d'une troupe d'enfants, qui cherchent à s'en
saisir, et qui ont le droit de prendre aux cheveux ceux qui en
sont détenteurs. Terme savoisien et méridional.
TIRER, v. a. _Tirer son chapeau_ (se découvrir), est une expression
vicieuse, quoique très-usitée en Suisse, en Savoie et même en
France. _Sois poli, Janot, et tire ton chapeau à ces messieurs. Je
lui tirai poliment mon chapeau, mais il ne daigna pas me rendre le
salut._ Pour être correct, il faut dire: Ôter son chapeau. Je lui
ôtai mon chapeau. Nous faisons une faute semblable quand nous
disons: _Tirer son habit, tirer sa veste_. Il faut dire: Ôter son
habit, ôter sa veste.
TIRER, v. a. Aller, poursuivre. _Filez, petits drôles, et tirez bien
vite votre chemin._
TIRER À L'ARC. Cette expression n'est pas française. On doit dire:
Tirer de l'arc, tirer de l'arbalète.
TIRER AU PISTOLET. Les dictionnaires disent: Tirer le pistolet. Les
expressions _tirer au fusil, tirer à la carabine, tirer au canon_,
ne se trouvent non plus dans aucun dictionnaire français.
TIRER LES YEUX. Se dit d'un grand éclat de lumière, et signifie:
Éblouir, blesser, offenser les yeux. _La réverbération nous tirait
les yeux. Finis avec cette rataco, tu me tires les yeux._ _Se
tirer les yeux_, signifie: Se faire mal aux yeux en travaillant
sans clarté suffisante. _Il fait presque nuit, ne lis pas
davantage, tu vas te tirer les yeux._
TIRER (SE), v. pron. S'ôter, se retirer. _Tire-toi de là, Michel.
Jeunes gens, tirez-vous d'ici._ Terme méridional, etc.
TIREVOUGNER ou TRIVOUGNER, v. a. Secouer, tirailler. Dans le
dialecte fribourgeois, _A tire vougne_, adverbe, signifie: Avec
difficulté, péniblement.
TIRE-ZYEUX, s. m. C'est le nom que les campagnards donnent à
l'insecte que nous appelons en français: Demoiselle.
TOBIE (UN). Un niais, un nigaud, un _idoine_, un hébêté. _Tobie que
tu es! Oh! le tobie! Oh! le gros tobie!_ Terme berrichon, etc.
TOCANTE, s. f. Montre, petite horloge de poche.
TÔCHE ou TAUCHE, s. f. plur. Terme d'écolier. But qu'il faut
atteindre, dans certains jeux courants, pour être à l'abri de
poursuite. _Marquer les tôches; rester aux tôches; arriver aux
tôches. Ne frouille pas; j'étais aux tôches quand tu m'as pris._
TÔCHER, v. n. Terme d'écolier. Arriver au but, atteindre les
_tôches_, être aux _tôches_, toucher. _Tôché! tôché! On a tous
tôché!_
TÔFET, s. m. Sorte de petite pâtisserie. _Un plat de magdelaines et
de tôfets._ Terme jurassien, etc. R. _tôt fait_, vite fait. Dans
le dialecte rouchi, _toto fet_ est le nom d'une sorte de friture.
TOIL, s. m. Toit. _Monter sur le toil; réparer le toil._ Ce terme
appartient au langage le plus négligé.
TOILE, s. f. (fig.) _Avoir la toile sur les yeux_, signifie: Être
agonisant, être à l'article de la mort. Expression bordelaise,
etc.
TOISÉ, ÉE, adj. (fig.) Mort, fini, fait. _L'oncle Pierre vit-il
encore?--Ah! il y a longtemps qu'il est toisé. Après une telle
faillite, c'est un homme toisé. Quant à sa fortune, n'en parlons
pas, elle est toisée_ (mangée, dévorée). _Eh bien! c'est entendu,
c'est une affaire toisée._
TOJOTTE ou TEUJOTTE, s. f. Mauvaise taverne, cabaret borgne, cabaret
mal approvisionné. Terme vaudois.
TÔLÉE, s. f. Voyez TAULÉE.
TOMBÉE, s. f. Surcroît de convives, affluence de convives qui
n'étaient pas attendus. _Eh bien! femme, que dis-tu de cette
tombée d'hier? Heureusement qu'on avait des œufs et du jambon._
_Tombée_ se dit aussi des acheteurs qui arrivent en grand nombre à
une foire ou à un marché. Terme méridional.
TOMBÉE (UNE). La plus petite quantité possible d'une chose liquide,
un soupçon, un rien. _Vous offrirai-je du vin, Caroline?--J'en
prendrai une tombée, une apparence. Une tombée de vinaigre ne va
pas mal dans les pommes de terre au lait._
TOMBER, v. n. (fig.) _Sitôt qu'il l'eut aperçue, il en tomba
amoureux_, c'est-à-dire: Il en devint amoureux.
TOMBER, v. n. Arriver, parlant des personnes. _De la rue Verdaine on
tombe dans celle de Rive._ Cette expression n'est pas correcte.
Tomber ne se dit que de la rue elle-même ou du chemin. Ainsi l'on
dira: La rue du Terraillet tombe dans les Rues-basses. Le chemin
Vert tombe dans la route de Malagnou, etc.
† TOMBURE, s. f. Chute. _Une mauvaise tombure. Qu'as-tu au front,
Gautier?--Ce n'est rien, c'est la marque d'une ancienne tombure._
En provençal on dit: _Toumbaduro_.
TOMME, s. f. Petit fromage blanc fait avec du lait de chèvre. _Nous
déjeûnâmes tout uniment de pain et de tomme. La tomme est moins
pesante à l'estomac que le fromage. Un poulet d'horloger, c'est
une tomme._ Terme suisse, savoisien et jurassien, dauphinois,
limousin, provençal et languedocien. _Faire la tomme_, se dit des
enfants à la mamelle, lorsqu'ils vomissent leur lait.
TON, s. m. Nous disons proverbialement: _C'est le ton qui fait la
chanson._ Les dictionnaires français disent: C'est le ton qui fait
la musique.
TON, s. m. (fig.) Vanité, manières hautaines, goûts de dépense et de
faste. _Avoir du ton. Prendre du ton. La jeune Octavie est fort
simple; sa mère au contraire a beaucoup de ton. Dès que cette
famille a été dans une sorte d'aisance, elle a pris du ton._
«Prendre un ton» est français, et signifie: Prendre des airs de
supériorité.
TONNERRE, s. m. Nous disons: _Il fait du tonnerre; il a fait un gros
tonnerre; nous aurons des tonnerres._ On le dit ainsi en Suisse,
en Savoie, dans le Midi et sans doute ailleurs. Mais les
dictionnaires se taisent sur ces locutions qu'ils remplacent par
les suivantes: Le tonnerre gronde; il a fait un coup de tonnerre;
il tonnera.