MACHIN, s. m. MACHINE et MACHINANTE, s. f. Mots d'un grand secours
dans la conversation familière, et qui suppléent à tous les noms
quelconques d'objets ou de personnes qui ne se présentent pas
promptement à la mémoire. _Tends-moi ce machin. Donne-moi cette
machinante, pour faire un trou à la cloison._ Français populaire.
MÂCHURE, s. m. Nous appelons _taches de mâchure_, les taches que
l'on se fait autour des marmites. On les appelle aussi _mâchuron_
(_du mâchuron_). Terme connu chez nos proches voisins. Le verbe
«Mâchurer,» v. a., est français.
MADOTE, s. f. _Poire madote._ Dites: Poire amadote: terme formé par
corruption du mot Damoudot ou plutôt _dame Oudet_, «laquelle dame
était du village de Demigni, entre Beaune et Châlons, et eut la
première de ces fruits en ce pays-là.» [Voyez LACOMBE,
_Dictionnaire du Vieux langage_, t. Ier, p. 23.]
† MADOU, s. m. Amadou.
† MAGINER, v. a. Voyez ÉMAGINER.
MAGNIN, s. m. Drouineur, chaudronnier ambulant. Quand le temps est
très-sombre et le ciel très-chargé, nous disons figurément et
facétieusement: _Il va pleuvoir des magnins_. _Magnin_ est un
terme suisse, savoisien, franc-comtois et vieux français. En
Bourgogne on dit: _Maignier_; en Berry, _mignan_; à Metz, _magni_;
en Normandie, _magnan_. La première édition du dictionnaire de
l'Académie française [1694] dit: _Maignen_. En vieux français,
_magnan_ signifie: «Chaudron.»
MÂGNU ou MAGNU, s. m. Lourdaud, homme épais de corps et d'esprit,
butor. _Un gros mâgnu. Voyez donc ce mâgnu qui m'a brisé ce
miroir._
MAIGRIR, v. a. _La maladie t'a maigri. Les chagrins vous ont
beaucoup maigri._ «Maigrir» est un verbe neutre. Il faut dire:
«Amaigrir.» La maladie t'a amaigri.
MAIGROLET, ETTE, adj. Maigrelet. _La femme est une grosse pitaude;
le mari est écouairu et maigrolet._
MAIGRULE, s. f. Fille ou femme très-maigre.
MAILLER, v. neutre. Se dit de la viande qui a été cuite trop
fraîche, et qui s'aplatit, s'étend, s'écrase sous la dent plutôt
que de se couper. _Ce veau est d'une bonne qualité: c'est dommage
qu'il maille._
MAILLER, v. actif. Tordre, tortuer, fausser, froisser, marteler.
Mailler une clef. _Mailler une branche de chêne pour en faire une
rioute_ (un lien). _Tout en croyant plaisanter, il a fini par
mailler le bras de sa sœur._ Terme franc-comtois. R. _malleus_.
«Mailler» est français dans des acceptions différentes.
MAILLOT, s. m. Maillet, mailloche, gros marteau de bois. On dit à
Bordeaux: _Mailloc_.
MAIN, s. f. Nous disons figurément d'une personne ouverte et loyale:
_Elle a le cœur sur la main._ L'Académie dit: «Elle a le cœur
sur les lèvres.»
MAINS CHAUDES. Sorte de jeu. _Jouer à mains chaudes._ On dit en
France: Jouer à pied de bœuf.
MAINS NOIRES. Nous disons, sous forme d'encouragement, à un ouvrier
qui se rebute d'une occupation pénible: _Les mains noires font
manger le pain blanc_, c'est-à-dire: Le travail procure l'aisance.
† MAIRERIE, s. f. _L'hôtel de la mairerie._ Français populaire et
vieux français. On dit aujourd'hui: «Mairie.» Hôtel de la mairie.
MAIS, adv. Terme des campagnards. De nouveau, derechef, encore une
fois, en sus. _Voyez cette coffe qui a_ mais _sali sa robe_.
_Voilà beaucoup de niolles dans le Jura, il pleuvra_ mais. _Oh! la
maladroite, la voilà_ mais _par terre. Ton ouvrage est mal fait,
Joson, il faudra_ mais _le recommencer_. Ce sens n'est pas dans
les dictionnaires.
MAL, adj. des 2 genres. Mauvais. _Ce vin n'est pas mal. Ton thème de
prix n'est pas mal._ En vieux français, _mal_ était adjectif. On
disait, par exemple, _male femme_, pour: Méchante femme: _male
bouche_, pour: Mauvaise bouche; _male mort_, pour: Mort funeste;
_male fortune_, pour: Infortune; et nous disons encore à Genève:
_Male vie_, pour: Mauvaise vie. Le mot «Malheur» n'est autre chose
que la réunion des deux mots _male heure_, mauvaise heure. En
provençal, _mal an_ signifie: Mauvaise année.
MAL, s. m. Nous disons: _Se faire mal_, pour: Se blesser. _Elle
s'était fait mal au doigt. Il s'est fait mal au pied._ Cette
expression, fort connue en Suisse, en Savoie, en Provence et
ailleurs, n'est pas mentionnée dans les dictionnaires.
MAL, s. m. Plaie, ulcère. _L'enfant du pauvre Doguet est plein de
mal._ Français populaire.
MALADIE, s. f. L'expression _faire une maladie_, est si répandue, si
claire et si commode, qu'elle mériterait presque d'être française.
Ce qu'il y a de certain, c'est que cette phrase: «J'ai _eu une_
maladie,» forme une cacophonie horrible, dont l'oreille délicate
du peuple ne s'accommodera jamais. J.-J. ROUSSEAU a dit: «Il est
singulier que je n'ai jamais fait de grandes maladies à la
campagne.» [_Confessions_, liv. VI.]
MALADIER, v. n. Être malade, languir, traîner. _La pauvre Alix ne
veut pas maladier longtemps._ T. des campagnards.
MALADISTE, adj. _Enfant maladiste; jeune fille maladiste._ Dites:
Maladif, maladive.
MALAGNOU ou MARAGNOU, s. m. Muscardin, petit mammifère rongeur, du
genre des loirs.
MALAISE, adj. Ne dites pas: _Je me sens tout malaise_; dites: J'ai
beaucoup de malaise, ou employez une expression équivalente. Voyez
AISE.
MALAISÉE, s. f. Dans le langage le plus familier, _faire danser à
quelqu'un la malaisée_ signifie: Lui administrer une correction,
le rosser, l'étriller.
† MALATRU, TRUE, substantif. Malotru, malotrue. _Un malatru nous
vint au rencontre et nous agonisa._
MALATRU, TRUE, adjectif. Se dit des choses et signifie: Usé,
délabré, en mauvais état. _Des malatrus souliers; un malatru
chapeau. Voyez, mon bon Monsieur, l'état misérable où je suis; je
n'ai que cette malatrue veste et ce crouye pantalon._ Dans le
vieux français, _malotru_ ou plutôt _malostru_ et _malestruz_,
adjectifs, signifiaient: Chétif, misérable. R. _malè structus_.
Dans le langage français actuel, «Malotru» n'est pas adjectif.
MALCOMMODE, adj. Incommode, peu commode. _Voiture malcommode;
fauteuil malcommode_.
MALCOMPLAISANT, ANTE, adj. et s. Peu complaisant, qui manque de
complaisance. _Tu es une malcomplaisante, Fanny.--Malcomplaisante
toi-même._ Terme généralement connu et usité, mais que nul
dictionnaire n'a encore admis.
MALCONTENT, ENTE, adj. Mécontent. L'Académie dit que le mot de
_malcontent_ a vieilli. Il est fort habituel chez nous.
MAL DU PAYS, s. m. Maladie du pays, nostalgie. _Avoir le mal du
pays; succomber au mal du pays._ Terme suisse-roman et savoisien.
C'est la traduction littérale du mot allemand: _Heimweh_.
MALEMPARÉE, s. f. Mauvaise tournure d'un événement, mauvaise
tournure d'une affaire. _Quand il a vu la malemparée, et que la
querelle s'échauffait, il a prudemment levé le pied._ Terme
vaudois, savoisien, etc.
MAL EN TRAIN, adj. Peu en train, mal disposé, détraqué, sans courage
au travail. _Je me sentais tout mal en train._ Voyez ENTRAIN, s.
m.
MALET, s. m. Convulsions nerveuses des enfants au maillot. _Le
malet bleu; le malet blanc. Le rire du malet. Sirop pour le
malet._ Terme suisse-roman et savoisien.
MALEVIE, s. f. Ce mot signifie littéralement: Mauvaise vie, et se
dit de certaines choses qui sont à la fois très-mauvaises et
excessives dans leur genre. Ainsi, _un vacarme de malevie_, est:
Un vacarme épouvantable. _Une faim de malevie_, est: Une faim
dévorante. On dit de même: _Une colère de malevie, un désordre de
malevie_, etc. On se sert aussi du mot de _malevie_ pour éviter
celui de «diable.» _Cet enfant a la malevie pour faire tout ce
qu'on lui défend. C'est bien la malevie si je ne viens pas à bout
de ce travail. Faire ces tours d'escamotage, ce n'est pas la
malevie._ Terme suisse-roman.
MALHONNÊTE, substantif des 2 genres. Impoli, indiscret. _Vous êtes
un malhonnête, Monsieur: passez votre chemin. Voyez ces deux
malhonnêtes, qui ne daignent pas nous saluer._ «Malhonnête» n'est
jamais substantif.
MALICE, s. f. _Donner une malice_, signifie, dans le langage des
campagnards: Donner un sort, jeter un sort, ensorceler. Les
paysans, non-seulement de notre canton, mais encore de toute
l'Europe, croient qu'on peut ensorceler eux, leur bétail et leurs
récoltes, au moyen de paroles, de drogues ou de plantes. [P. G.]
MALIN, LIGNE, adj. Difficile, en parlant des choses. _Grimper au
haut de cet arbre, voilà qui est malin!_ c'est-à-dire: Voilà une
belle prouesse!... Français populaire.
MALINE, adj. et s. f. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
«Maligne.» _La fièvre maline._ Terme français populaire et vieux
français. Nous disons de même: _Consiner, manifique, companie,
cliner les yeux_, etc.
MALLE, s. f. Nous disons trivialement d'un homme ivre: _Il a sa
malle_.
MALMÛR, ÛRE, adj. Qui n'est pas assez mûr. _Fruit malmûr._ Terme de
la Suisse romane, etc.
MALOTTE, s. f. Motte de terre. En Savoie, _malotte_ se dit
non-seulement des mottes de terre, mais aussi des boules de neige
que font les enfants.
MANCHE, s. f. Nous disons proverbialement d'un homme ferme, habile,
résolu et qui sait ce qu'il se veut: _Il ne se mouche pas de la
manche_. L'Académie dit: Il ne se mouche pas SUR la manche.
MANCHE, s. m. Queue. (fig.) Nous disons figurément: _Tenir le manche
de la poêle_, pour signifier: Conduire une affaire, en avoir la
direction principale. _C'est Monsieur tel qui est le grand meneur;
c'est lui qui tient le manche de la poêle._ On dirait en français:
C'est Monsieur tel qui tient la queue de la poêle.
MANCHE DE VESTE, s. f. _Avoir les jambes en manche de veste_, est
une expression burlesque qui signifie: Avoir les jambes torses et
contrefaites; être mal bâti; «avoir les jambes en faucille,» comme
s'exprime le _Dictionnaire du Bas langage_, t. Ier, p. 378.
MANCHETTES, s. f. pl. Nous disons proverbialement d'un vêtement,
d'un ajustement quelconque qui est trop beau pour la personne qui
en est parée: _Cela lui va comme des manchettes à un cochon_.
MANDEMENT (LE). _Habiter le Mandement. S'établir dans le Mandement.
Les principaux villages du Mandement sont: Bourdigny, Peney,
Satigny, Dardagny et Russin._ Voici l'origine de ce terme. Au
commencement du seizième siècle, l'évêque de Genève possédait à
quelques lieues de sa résidence trois petits territoires ou
_mandements_, savoir ceux de Thiez, de Jussy et de Peney, et
chacun d'eux avait son châtelain qui administrait au nom du
prélat. Le mandement de Thiez fut perdu après la Réformation. Ceux
de Jussy et de Peney sont restés à la république; celui de Peney
seul a conservé le nom de _mandement_. Ainsi l'expression de
_mandement_ signifie: District, juridiction, territoire confié
par l'évêque à l'administration d'un châtelain ou d'un bailli.
Aucun dictionnaire usuel, ni même le _Glossaire roman_ de
ROQUEFORT, n'ont signalé cette signification, assez notable, du
mot _mandement_. Le district d'Aigle (canton de Vaud), était
anciennement divisé en quatre _mandements_. Dans le latin du moyen
âge, on disait: _Mandamentum_.
MANGEOIRE, s. f. Auget de cage, petit bocal où l'on place la
mangeaille d'un oiseau. «Mangeoire,» en français, ne se dit que de
l'auge où mangent les chevaux. En languedocien, _manjhadou_ a le
sens de notre mot _mangeoire_.
MANGER, v. a. Nous disons proverbialement d'une personne fort riche:
_Elle mange l'or à la cuiller_. On dit en français: «Elle remue
l'argent à la pelle,» expression moins énergique peut-être que la
nôtre.
MANGER, v. a. (fig.) Mordre, piquer, dévorer. Se dit de certains
insectes qui s'attachent à la peau de l'homme et des animaux. _La
pauvre enfant était mangée des puces._ Expression méridionale,
etc.
MANGER, v. a. (fig.) Employer, faire perdre. _Je renoncerai à cette
excursion: elle me mangerait trop d'argent. La fête d'Interlaken
fut brillante; mais elle nous mangea environ trois jours._ Ce
sens, un peu trivial, du verbe _manger_, n'est pas dans les
dictionnaires.
MANGER UN ORDRE. Oublier un ordre, oublier une commission. _Je lui
avais prescrit de m'attendre au débarcadère, mais il a mangé
l'ordre._ Français populaire.
MANGER (SE), v. pron. Se ruiner en folles dépenses. _C'est un homme
qui se mange, et auquel il ne restera bientôt pas un écu._
MANGER (SE), v. réc. Se quereller. _Les entendez-vous qui se
mangent? Ils ne se rencontrent jamais sans se manger._
MANIANCE, s. f. Maniement, administration, jouissance. Ne s'emploie
guère que dans cette expression: _Avoir en maniance_,
c'est-à-dire: Manier, avoir le maniement de, administrer. _Du
moment que ce jeune homme eut toute sa fortune en maniance, il se
dérangea._ Terme vieux français, etc.
MANICLE, s. f. Gabegie, manigance, mystère, manœuvre secrète et
artificieuse. _Être dans la manicle_, veut dire: Être dans le
secret, être initié à l'intrigue. On dit dans le même sens:
_Connaître la manicle, savoir la manicle_.
MANIÈRE (DE). Ne dites pas: _De manière à ce que_, dites: «De
manière que,» ou: «De sorte que.» _De manière à ce que_ est un
barbarisme qui a passé insensiblement du langage populaire dans le
style des romanciers et des feuilletonistes, et qui est
aujourd'hui installé et achalandé. Dire que M. BESCHERELLE, si
indulgent pour les néologismes, condamne absolument cette
expression traînarde, c'est en faire, il me semble, une suffisante
critique.
† MANIFIQUE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
«Magnifique,» dont l'articulation _gn_ est mouillée. _On nous
servit une fricassée manifique._ Cette faute, qui se fait en
Lorraine et sans doute ailleurs, est une tradition du vieux
français.
MANILLE, s. f. (_ll_ mouillés.) Anse. _La manille d'un pot. La
manille lui est demeurée à la main._ Terme suisse-roman,
savoisien, languedocien et vieux français. En Dauphiné on dit:
_Maneille_; à Lyon, _manillon_; en provençal, _maneyo_; en rouchi,
_manique_. R. _manus_.
MANNE, s. f. Drogue purgative. On doit prononcer _mâne_.
† MANQUABLEMENT, adv. Immanquablement.
MANQUE À TOUCHE, s. m. (fig.) Manque à toucher, manque de tact,
gaucherie. _Faire un manque à touche. Son manque à touche le mit
dans un embarras cruel._ Au sens propre, les dictionnaires disent:
«Un manque de touche,» ou: «Un manque à toucher;» mais
l'expression _manque à touche_ n'est jamais française.
MANQUER, v. n. _Ils ont manqué être pris. Il a manqué tomber; elle a
manqué s'estropier. Un cheval a manqué l'écraser._ Tous les
dictionnaires et la majorité des grammairiens veulent qu'on ajoute
la préposition _de_, et qu'on dise: Il a manqué DE tomber. Elle a
manqué DE s'estropier.
MANQUER (SE). Manquer, se tromper, faillir. _Notre jeune écolier
s'est manqué deux fois en récitant sa leçon. Suivez ce chemin, mes
amis, vous ne pouvez pas vous manquer._ Terme suisse-roman,
savoisien et méridional.
MANQUER (SE). Manquer, être de moins. _Quand le commissionnaire fut
parti, et que je voulus reconnaître la somme, il s'y manquait dix
francs._
MANTEAU, s. m. _Le manteau d'un chat, le manteau d'un cheval, le
manteau d'un chien._ On dit en français: «La robe.»
MANTILLAGE, s. m. Linge de table, assortiment de linge de table. _Un
beau mantillage; un mantillage usé._ En vieux français, _mantil_
ou _mantiz_ ont le même sens. Dans le canton de Vaud, en Savoie et
à Besançon, _manti_ signifie: «Nappe.» En latin, _mantile_ veut
dire: Essuie-mains, serviette.
MÂPELU, s. m. Malotru, bélître. Ce terme, qui nous vient du patois,
signifie: «Mal pelé.» En vieux français, _pelu_ ou _pellu_ veut
dire: Rempli de poils, sale, malpropre.
MÂPIS ou MÂPI, s. m. Bille, gobille, chique, petite boule de grès ou
de marbre dont s'amusent les jeunes enfants. _Jouer aux mâpis. Le
jeu des mâpis._ A Genève, ceux qui veulent mieux parler disent:
_Marbron_.
MÂPU, s. m. Butor, lourdaud, malotru.
MARAGNOU, s. m. Muscardin. Voyez MALAGNOU.
MARAIN, s. m. Gravois, plâtras. _Un tombereau de marain._ Terme
lyonnais, etc.
MARATAGE, s. m. Brocantage, troc.
MARATER, v. a. Brocanter, troquer, échanger. En provençal, _barata_
a le même sens. En vieux français, _barater_ signifie: Tromper,
frauder.
MARATEUR, MARATEUSE, s. Brocanteur, brocanteuse.
MARBRON, s. m. Bille, gobille, _mâpis_. _Jouer aux marbrons. Le jeu
des marbrons._
MARC DE CAFÉ, MARC DE RAISIN, s. m. Le _c_ final du mot _marc_ ne se
prononce pas, et la syllabe _ar_ est très-brève.
MARCHANDEUR, MARCHANDEUSE, s. Celui ou celle qui dispute sur le prix
d'une marchandise. _Il est très-riche, et pourtant très-grand
marchandeur._
MARCHER, v. a. Quand une Genevoise dit à quelqu'un: _Vous me
marchez_, ou: _Vous me marchez dessus_, cela signifie: Vous
marchez sur ma robe. L'expression: _Vous me marchez_, est un peu
étrange, mais elle n'est pas particulière à notre ville. [Voyez
les Glossaires méridionaux.]
MARCORET, s. m. Mercuriale, plante. Dans le canton de Vaud on dit:
_Mercoret_.
MARGALLE, s. f. Sorte de petite cerise noire.
MARGOT, s. f. Femme ou fille inepte, sotte, stupide. S'emploie
quelquefois adjectivement. _Votre Marianne est plus margot que je
ne sais quoi._ En français, «Une margot» signifie: 1º Une bavarde;
2º Une éhontée.
MARGOTTE, s. f. Marcotte. _Une margotte d'œillet; planter des
margottes._ Français populaire.
MARGOTTER, v. a. Marcotter.
MARGUERITES, s. f. pl. (fig.) Cheveux grisonnants.
MARIAGE, s. m. _Au mariage et à la mort, le diable fait son effort._
Proverbe genevois qui signifie qu'à chaque _mariage_ et à chaque
_mort_ les caquets et les médisances vont grand train.
MARIAUDER ou MARIAUTER, v. a. Ne s'emploie guère que dans cette
phrase: _Mariauder un enfant_, c'est-à-dire: Le manier, le porter
sans précaution, le faire sauter brusquement. _Ne lui donnez pas
cette petite fille à mariauder._
MARIER, v. a. Se marier avec, épouser. _Sais-tu que Jacques, le
célibataire, va marier la fille à Truchet?_ Français populaire.
MARMANGER (SE), v. réc. Se quereller vivement, s'entre-manger. _Nos
deux voisines sont toujours à se marmanger._ Terme peu noble, mais
énergique.
MARMOTTEUR, MARMOTTEUSE, s. Celui ou celle qui a l'habitude de
marmotter, de répliquer, de se plaindre sans raison. _Tu es une
marmotteuse, Jenny, et je te punirai._
MARMOTTINE, s. f. Terme de modiste. Marmotte, sorte de mouchoir qui
enveloppe la tête.
MARMOUNER, v. n. Marmonner, marmotter, marronner.
MAROQUIN, s. m. (fig.) _En vouloir au maroquin_, signifie:
Ambitionner, convoiter les hautes places de la République.
Expression figurée qui se prend d'ordinaire en mauvaise part.
MARQUAINE ou MARQUÉE, s. f. Craie rouge ou blanche.
MARTEAU, s. m. Dent mâchelière, grosse dent. _Souffrir d'un marteau;
se faire tirer un marteau._ Terme populaire, fort usité dans la
Suisse française, en Savoie, à Lyon et en Franche-Comté, mais qui
n'a été recueilli jusqu'à présent par aucun dictionnaire français.
MARTEAU, s. m. Capron, grosse fraise ronde que l'on cultive dans nos
jardins. [P. G.]
MARTÉRISER, v. a. Martyriser. _Elle se martérise pour gagner
quelques pauvres sous._ A Neuchâtel on dit: _Marturiser_.
MARTINATIER, s. m. Propriétaire ou directeur d'un martinet,
c'est-à-dire, d'une usine.
MARTIN VIT, s. m. Sorte de jeu qu'on appelle en France: «Petit
bonhomme vit encore.» _Martin vit.--Vit-il toujours?--Toujours il
vit._
MARTIROLET ou MARTIROLAT, s. m. Martelet, martinet de murailles,
espèce d'hirondelle.
MARTYRE, s. m. (fig.) Nous disons, en retranchant l'article:
_Souffrir martyre. Son bavardage incessant nous faisait souffrir
martyre._ Les dictionnaires disent: «Souffrir LE martyre.»
MAS, s. m. Ce que nous appelons _Mas de maisons_ s'appelle en
français: «Île.» Et quand nous disons: _Trente poses de vigne en
un seul mas_, les Français disent: «----en un même clos.» Dans le
vieux français, _mas_ signifiait: Territoire appartenant à un même
seigneur.
MÂSILLES, s. f. pl. Voyez MÂZILLES.
MAT (prononcez _matt_), MATTE, adj. Se dit surtout du linge et
signifie: «Qui a quelque humidité, qui est un peu mouillé.» _Des
serviettes mattes. Les draps restent mats, lorsque, après la
lessive, ils n'ont pas été suffisamment exposés au soleil._ Nous
le disons aussi de la peau. _La transpiration commence, et la peau
devient un peu matte._ En français, _mat_, adjectif, n'a aucun de
ces deux sens. Dans le pays d'Enhaut (canton de Vaud), _matzo_
signifie: «Humide.»
MATAFAN, s. m. Lourdaud, bélître. _Matafan que tu es, feras-tu une
fois en ta vie quelque chose de bien?_ Voyez MATE-FAIM.
MATAGASSE, s. f. Pie-grièche, et au figuré: Femme dont l'humeur est
aigre et querelleuse. Dans le canton de Vaud on dit: _Matagasse_
et _montagasse_; en Languedoc, _amargasse_; en Provence,
_darnagasse_. R. _agasse_ (pie).
MATE ou MATTE, s. f. Terme des campagnards. Tas, monceau. _Une matte
de foin._ Voyez MATOLLE. En Languedoc, _mate_ signifie: Une
touffe, une fane.
MATE-FAIM, s. m. Terme culinaire. Sorte de crêpe fort nourrissante,
et qui, par conséquent, _mate la faim_. _Mate-faim aux pommes._
Terme suisse-roman, savoisien et français populaire. En patois on
dit: _Matafan_.
MATERAT, s. m. Bécassine sourde. Quelques-uns écrivent _matras_.
MATIN, s. m. C'est parler mal que de dire: _J'irai grand matin; on
se lèvera bon matin_. Il faut dire: «J'irai DE grand matin; on se
lèvera DE bon matin.» C'est parler mal aussi que de dire: _Venez
du matin; on partira du matin_. [Voyez t. Ier, p. 159.]
MATINIER, IÈRE, adj. Matinal. _Tu es bien matinier, Victor._
«Matinier» est français, mais dans une acception un peu
différente.
MATOLLE, s. f. Masse de beurre ordinairement ronde. _Une grosse
matolle; une petite matolle. Le beurre destiné à être fondu se
vend en matolles._ Terme connu aussi dans la Suisse romane, en
Chablais et dans le Faucigny. A Aigle (canton de Vaud), à
Chambéry, et ailleurs sans doute, on dit: _Malotte_. Or, ce mot de
_malotte_ est notre mot de _matolle_, dont les lettres sont
transposées. Dans le Jura, _matolle_ signifie: Boule de neige
façonnée entre les mains. R. _matte_, terme patois, qui veut dire:
Tas, monceau.
MATOQUE, s. f. et adj. Nigaude, sotte, bécasse. _Tu es bien matoque,
ma pauvre Thérèse, de croire tous les contes que ce jeune homme
vient te faire. Oh! la matoque de fille, qui ne sait pas
distinguer un lapin d'un lièvre!_ Terme connu en Suisse et en
Savoie. Quelquefois _matoque_ se dit en parlant des choses. _Voyez
cette matoque de cafetière, qui met une heure de temps à cuire!_ A
Reims, _mastoque_ signifie: Lourdaud, grossier.
MATRAS, s. m. Engrais, fumier, [P.G.] Terme usité aussi dans le
Jura. [Voyez MONNIER, _Vocabulaire de la langue rustique du
Jura_.]
MATRASSER, v. a. Fumer un terrain, y épandre de l'engrais ou du
fumier, [P. G.]
MAUVAIS, MAUVAISE, adj. Cet adjectif, pris dans le sens de
«méchant,» se dit quelquefois des animaux, et surtout des bêtes à
cornes. _Prenez garde, Messieurs: cette vache est mauvaise, elle
donne._
MAUVAISES RAISONS. Paroles offensantes, propos injurieux. _Dire des
mauvaises raisons. Je lui parlais avec douceur et sans me fâcher;
mais lui, il s'est monté, et a fini par me dire un tas de
mauvaises raisons._ Expression dauphinoise, etc.
MAYÔLE, s. f. (Prononcez _maïôle_.) Exclamation ironique, terme de
moquerie, usité surtout parmi les enfants. _Oh! la mayôle, qui
s'est laissé battre par une petite fille! Faites-lui tous mayôle!_
Ce mot vient par corruption de _mariole_, qui, dans plusieurs
dialectes de France, signifie: Un homme dont on ne fait point de
cas, un homme de rien, un témoin peu digne de foi. En vieux
français, _mariolet_ voulait dire: Enfant inepte, jeune homme
inconséquent. [Voyez le _Dictionnaire roman-wallon_ de DON
FRANÇOIS, et le _Dictionnaire français-latin_ de ROBERT ESTIENNE,
1605, in-4º.]
MAZILLES ou MAZILS, s. f. pl. L'argent que possède une personne.
_Avoir des mazilles. Compter ses mazilles._ Le peuple parisien
dit: _Avoir de la mazille_. Dans le Berry et en Picardie,
_mazille_ signifie: Mauvaise monnaie de cuivre.
MÉCANIQUE (UN). _Le mécanique de l'horloge s'est dérangé._ «_Le
mécanique_ est palpable.» [CH. BONNET, _Contemplation de la
nature_, XIe partie, ch. 27.] Ce mot est féminin.