l'empereur de Russie confirment, et, en tant que besoin, renouvellent
l'alliance conclue entre eux à Tilsitt, s'engageant non seulement à ne
faire avec l'ennemi commun aucune paix séparée, mais encore à n'entrer
avec lui dans aucune négociation et à n'écouter aucune de ses
propositions que d'un commun accord.
«ARTICLE II.--Résolues de rester inséparablement unies pour la paix
comme pour la guerre, les hautes parties contractantes conviennent de
nommer des plénipotentiaires pour traiter de la paix avec
l'Angleterre, et de les envoyer, à cet effet, dans celle des villes du
continent que l'Angleterre désignera.
«ARTICLE III.--Dans tout le cours de la négociation, si elle a lieu,
les plénipotentiaires respectifs des deux hautes parties contractantes
agiront invariablement avec le plus parfait concert; et il ne sera
permis à aucun d'eux, non seulement d'appuyer, mais même d'accueillir
ou d'approuver, contre l'avis de l'autre, aucune proposition ou
demande du plénipotentiaire anglais.
«ARTICLE IV.--Les deux hautes parties contractantes s'engagent chacune
à ne recevoir de la part de l'ennemi, pendant la durée des
négociations, aucune proposition, offre ou communication quelconque,
sans en faire immédiatement part aux plénipotentiaires respectifs.
«ARTICLE V.--Il sera proposé à l'Angleterre de traiter sur la base de
l'_uti possidetis_, en y comprenant l'Espagne; et la condition _sine
qua non_ dont les hautes parties contractantes s'engagent à ne se
départir jamais, sera que l'Angleterre reconnaisse, d'une part, la
réunion de la Valachie, de la Moldavie et de la Finlande à l'empire
russe, et de l'autre Joseph-Napoléon Bonaparte comme roi d'Espagne et
des Indes.
«ARTICLE VI.--La Porte ottomane ayant éprouvé depuis le traité de
Tilsitt plusieurs révolutions et changements qui semblent ne lui
laisser aucune possibilité de donner, et ne laissent, par conséquent,
aucune espérance d'obtenir d'elle, des garanties suffisantes pour les
personnes et les biens des habitants de la Valachie et de la Moldavie;
et Sa Majesté l'empereur de Russie qui, depuis la même époque, a
contracté envers eux des engagements particuliers, et qui, par une
conséquence des révolutions susdites, s'est vu forcé à d'énormes
dépenses pour garder ces provinces, étant, pour tous ces motifs,
résolu de ne s'en point dessaisir, d'autant plus que leur possession
seule peut donner à son empire une frontière naturelle et nécessaire,
Sa Majesté l'empereur Napoléon _ne s'opposera point_, en tant que cela
le concerne, à ce qu'elles soient réunies à l'empire russe, et Sadite
Majesté se désiste de la médiation par elle offerte, et acceptée par
la Russie dans le traité de Tilsitt.
(«--Je ne veux point de cet article-là; il est trop
positif.--Cependant, Sire, _ne s'opposera point_, est certainement une
des expressions qui engagent le moins; de plus, l'article suivant est
un grand correctif.»)
«ARTICLE VII.--Néanmoins, Sa Majesté l'empereur de toutes les Russies
se bornera, quant à présent, à occuper, comme par le passé, la
Valachie et la Moldavie, y laissant toutes choses sur le pied où elles
sont aujourd'hui, et proposera même d'entamer, soit à Constantinople,
soit dans une île du Danube, et sous la médiation de la France, une
négociation afin d'obtenir à l'amiable la cession de ces deux
provinces. Mais cette négociation ne devra réellement s'ouvrir que
lorsque les négociations avec l'Angleterre auront eu une issue
quelconque, afin de ne point donner lieu à de nouvelles discussions
qui puissent éloigner la paix.
(«--Cet article-là est bon; avec ma médiation, je reste le maître, et
l'article précédent inquiétera l'Autriche qui est ma véritable
ennemie.--Votre ennemie, Sire, momentanément peut-être; mais au fond,
sa politique n'est point en opposition avec celle de la France, elle
n'est point envahissante, elle est conservatrice.--Mon cher
Talleyrand, je sais que c'est là votre opinion; nous parlerons de cela
quand l'affaire d'Espagne sera finie.»)
«ARTICLE VIII.--Sa Majesté l'empereur Napoléon agira conjointement
avec Sa Majesté l'empereur Alexandre pour obtenir de la Porte ottomane
une cession amiable. Toutes les notes et toutes les démarches des deux
cours alliées pour atteindre ce but seront faites de concert et dans
le même esprit.
«ARTICLE IX.--Dans le cas où un refus de la Porte ottomane ferait
reprendre les hostilités et continuer la guerre, l'empereur Napoléon
n'y prendra aucune part, et se bornera à aider la Russie de ses bons
offices. Mais, s'il arrivait que l'Autriche ou toute autre puissance
fît cause commune avec la Porte ottomane dans ladite guerre, Sa
Majesté l'empereur Napoléon ferait immédiatement cause commune avec la
Russie, devant regarder ce cas comme étant celui de l'alliance
générale qui unit les deux empires.
(«--Cet article-là est incomplet; toute mon idée n'y est pas;
continuons; je vous dirai ce qu'il faut y ajouter.»)
«ARTICLE X.--Les hautes parties contractantes s'engagent d'ailleurs à
maintenir l'intégrité des autres possessions de l'empire ottoman, ne
voulant, à leur égard, rien déterminer et entreprendre elles-mêmes, ni
souffrir qu'il soit rien entrepris par qui que ce soit, qu'elles n'en
soient préalablement convenues.
«ARTICLE XI.--Dans les négociations avec l'Angleterre, Sa Majesté
l'empereur Napoléon fera cause commune avec la Russie, pour faire
reconnaître la réunion de la Valachie et de la Moldavie à l'empire
russe, que la Porte ottomane y ait ou non consenti.
«ARTICLE XII.--En retour du désistement fait par l'empereur Napoléon
dans l'article ci-dessus, Sa Majesté l'empereur Alexandre se désiste
de l'engagement éventuel pris envers lui par le cinquième des articles
secrets du traité de Tilsitt, et ledit article demeure nul et comme
non avenu.»
«--C'est à peu de chose près tout ce que je vous ai dit; laissez-moi
cela, je l'arrangerai. Il faut ajouter à un des derniers articles, à
celui où je vous ai arrêté: Que dans le cas où l'Autriche donnerait
des inquiétudes à la France, l'empereur de Russie, sur la première
demande qui lui en serait faite, s'engage à se déclarer contre
l'Autriche et à faire cause commune avec la France; ce cas étant
également un de ceux auxquels s'applique l'alliance qui unit les deux
puissances.--C'est là l'article essentiel, comment avez-vous oublié
cela? Vous êtes toujours Autrichien!--Un peu, Sire, mais je crois
qu'il serait plus exact de dire que je ne suis jamais Russe, et que je
suis toujours Français.--Faites vos dispositions pour partir: il faut
que vous soyez à Erfurt un jour ou deux avant moi. Pendant le temps
que durera le voyage, vous chercherez les moyens de voir souvent
l'empereur Alexandre. Vous le connaissez bien, vous lui parlerez le
langage qui lui convient. Vous lui direz qu'à l'utilité dont notre
alliance peut être pour les hommes, on reconnaît une des grandes vues
de la Providence. Ensemble, nous sommes destinés à rétablir l'ordre
général en Europe. Nous sommes jeunes l'un et l'autre, il ne faut pas
nous presser. Vous insisterez beaucoup sur cela, car le comte de
Romanzoff est ardent dans la question du Levant. Vous direz qu'on ne
fait rien sans l'opinion publique, et qu'il faut que, sans être
effrayée de notre puissance réunie, l'Europe voie avec plaisir se
réaliser la grande entreprise que nous méditons. La sûreté des
puissances limitrophes, l'intérêt bien entendu du continent, sept
millions de Grecs rendus à la liberté, etc.. voilà un beau champ pour
faire de la philanthropie; je vous donne sur cela carte blanche; je
veux seulement que ce soit de la philanthropie lointaine. Adieu.»
Je retournai chez moi, je mis mes papiers en ordre, j'emportai tous
ceux dont je prévoyais que j'aurais besoin et je montai en voiture.
J'arrivai à Erfurt le samedi 24 septembre à dix heures du matin. M. de
Canouville m'avait logé dans une maison qui était près de celle que
l'empereur devait occuper. Peu de moments après mon arrivée, M. de
Caulaincourt vint chez moi. Cette première journée, que je passai avec
lui, me fut fort utile. Nous parlâmes de Pétersbourg et de la
disposition dans laquelle les deux empereurs venaient à l'entrevue.
Nous mîmes en commun ce que nous savions, et bientôt nous fûmes
parfaitement d'accord sur tous les points.
Je trouvai tout Erfurt en mouvement; il n'y avait pas une maison
passable qui n'eût à loger quelque souverain avec sa suite. L'empereur
de Russie y arrivait avec le grand-duc Constantin, le comte Romanzoff,
le comte Tolstoï, grand maréchal, le général Tolstoï, ambassadeur en
France, le prince Wolkonski, le comte Oszarowski[510], le prince
Troubetzkoï, le comte Ouwaroff[511], le comte Schouwaloff[512], le
prince Gagarin, le prince Galitzin, M. Speransky, M. Labenski, M.
Bethmann, le général Hitroff, le conseiller d'État Gervais, le
conseiller d'État Creidemann, M. de Schröder, le prince Léopold de
Saxe-Cobourg[513]. Je crois que je nomme là à peu près toutes les
personnes qui avaient l'honneur d'accompagner l'empereur Alexandre. On
l'attendait un jour plus tard que l'empereur Napoléon, parce qu'il
devait s'arrêter pendant vingt-quatre heures à Weimar.
[510] Le comte Adam d'Alkantara Oszarowski, issu d'une
vieille famille polonaise ralliée à la Russie. Il était aide
de camp de l'empereur Alexandre.
[511] Le comte Théodore Ouwaroff, commandant en chef de la
garde impériale, et premier aide de camp général de
l'empereur. Il avait été au nombre des conjurés qui
assassinèrent le czar Paul.
[512] Le général comte Paul Schouwaloff (1775-1823), aide de
camp de l'empereur, eut des commandements importants dans
toutes les guerres de l'époque. Il fut, en 1814, un des
commissaires chargés d'accompagner Napoléon à Fréjus.
[513] Le prince Léopold de Saxe-Cobourg-Saafeld, né en 1790,
fils de François duc de Saxe-Cobourg, et de Caroline comtesse
de Reuss, entra tout jeune dans l'armée russe avec le grade
de général. En 1810, il dut quitter le service russe sur
l'injonction de Napoléon, rentra dans les rangs en 1813, fit
les campagnes d'Allemagne et de France et entra à Paris avec
les souverains alliés en 1814 et en 1815. L'année suivante,
il épousa la princesse Charlotte, petite-fille du roi
d'Angleterre George III et héritière de la couronne. Léopold
fut naturalisé anglais, mais la princesse mourut l'année
suivante. En 1830, il fut élu roi des Belges. Deux ans après,
il épousa la princesse Louise d'Orléans, fille aînée du roi
Louis-Philippe. Il mourut en 1865.
Un chambellan du roi de Saxe vint me dire que son maître coucherait à
Erfurt le 25, et qu'il était suivi de M. de Bose[514], ministre du
cabinet, du comte Marcolini[515], grand écuyer, du baron de
Funck[516], du baron de Gutschmidt, du major Thielemann, du chambellan
de Gablenz, et de MM. de Marxhansky et de Schönberg. M. de
Bourgoing[517], ministre de France à Dresde, avait eu aussi la
permission de suivre le roi.
[514] Frédéric-Guillaume, comte de Bose (1753-1809), fut
ministre de Saxe à Stockholm, puis maréchal de la cour à
Dresde, et grand chambellan. En 1806, il signa la paix avec
Napoléon et devint ministre des affaires étrangères.
[515] Le comte Marcolini (1739-1814) était grand chambellan
et grand écuyer du roi de Saxe. Il devint ministre d'État en
1809. Partisan dévoué de l'alliance française, il nous resta
fidèle jusqu'à sa mort.
[516] Le baron de Funck, général saxon (1761-1828), prit une
part active à la guerre de 1806. En 1812, il fit dans nos
rangs la campagne de Russie à la tête de la cavalerie
saxonne. En 1813, il fut chargé de missions diplomatiques au
nom des souverains alliés, et fut ministre à Londres en 1818.
[517] Jean-François, baron de Bourgoing, né en 1748 à Nevers,
fut d'abord officier, puis secrétaire d'ambassade. En 1787,
il devint ministre de France à Hambourg, puis à Madrid
(1791), et fut en 1795 chargé de négocier la paix de Bâle.
Ministre à Copenhague, puis à Stockholm sous le consulat, il
vint plus tard en Saxe et mourut en 1811.
Il me semble que l'on sera bien aise de savoir tout de suite le nom
des personnes considérables qui, d'heure en heure, arrivaient à
Erfurt[518]. Le duc de Saxe-Gotha[519], accompagné du baron de
Thümmel, de M. de Studnitz, de M. de Zigesar, du baron de Herda, du
baron de Wangenheim et de M. de Hoff[520]; le duc de Saxe-Weimar, avec
le prince héréditaire[521], le baron d'Egloffstein[522], le baron
d'Einsiedel, M. Goethe et M. Wieland[523], l'un et l'autre conseillers
intimes de Weimar; le duc d'Oldenbourg[524], avec le baron de
Hammerstein[525] et le baron de Gall; le duc de
Mecklembourg-Schwerin[526], le prince héréditaire de
Mecklembourg-Strelitz[527], le prince de Dessau[528], le prince de
Waldeck, le prince de Hesse-Hombourg, le prince de Reuss-Greiz, le
prince de Reuss-Ebersdorff, le prince de Reuss-Lobenstein[529], la
duchesse de Saxe-Hildburghausen[530]; le prince de
Schwarzburg-Rudolstadt[531], avec M. de Kettelhutt, M. de Weisse et M.
de Gleichen; le prince et la princesse de la Tour et Taxis[532], avec
M. de Leikam; le prince de Hesse-Rothenburg; le prince de
Hohenzollern-Sigmaringen[533], avec le prince de Reuss-Schleiz et le
major de Falkenstein; le duc Guillaume de Bavière; le prince
primat[534] (M. de Dalberg) à qui chaque habitant de la ville offrait
son logement; il en avait été gouverneur et s'y était fait aimer de
tout le monde; le prince de Hohenzollern-Hechingen[535], avec le
prince héréditaire, M. de Hövel, M. de Bauer; le prince héréditaire de
Bade avec la princesse Stéphanie Napoléon[536], madame de Venningen et
mademoiselle de Bourjolly; le baron de Dalberg, ministre de Bade à
Paris[537], le prince de Reuss XLI, le prince héréditaire de
Darmstadt[538], le comte de Keller[539], le prince Dolgorouki[540], le
comte de Lerchenfeld, le prince de la Leyen[541], le prince Guillaume
de Prusse[542], le comte de Goltz, ministre des affaires étrangères de
Prusse, M. Le Cocq, M. de Dechen; le roi de Westphalie Jérôme Napoléon
avec la reine, née princesse de Wurtemberg; le prince de
Hesse-Philippsthal[543], le comte et la comtesse de Bucholz, le comte
de Truchsess, le comte de Wintzingerode, le roi de Bavière[544], le
baron de Montgelas[545], le comte de Wurtemberg, le comte de Reuss, le
roi de Wurtemberg[546], le prince de Hohenlohe, la duchesse de
Wurtemberg, le comte de Taube, le baron de Gorlitz, le baron de
Moltke, le comte de Salm-Dyck[547].J'oublie sûrement quelques
personnes; je leur en demande pardon.
[518] Dans la longue énumération qui va suivre, il entre un
grand nombre de personnages qui n'ont laissé aucune trace
dans l'histoire, et sur lesquels nous n'avons pu nous
procurer aucun renseignement. Nous n'avons relevé les noms
que des plus marquants d'entre eux. Quant aux princes
souverains, nous ne nous sommes occupés que de ceux qui, soit
par leur notoriété, soit par leurs alliances de famille
méritaient une mention particulière.
[519] Auguste duc de Saxe-Gotha et Altembourg (1772-1822),
membre de la confédération du Rhin (15 déc. 1806).
[520] Charles de Hoff (1771-1837), secrétaire d'ambassade
au service du duc de Saxe-Gotha, puis conseiller aulique et
ministre d'État. Il a laissé de nombreux ouvrages de
politique et d'histoire.
[521] Charles-Auguste de Saxe-Weimar (1757-1828), membre de
la confédération du Rhin (15 déc. 1806). Son fils, le prince
Charles-Frédéric, avait épousé la princesse Marie, fille du
czar Paul.
[522] Auguste baron d'Egloffstein (1771-1834), officier au
service de la Prusse, puis du duc de Saxe-Weimar. En 1807, il
devint général de brigade, et commanda le contingent saxon au
service de la France, en Autriche, en Espagne, en Russie, et
durant le siège de Dantzig (1814).
[523] Christophe-Martin Wieland, né en 1733, devint en 1792
le précepteur des princes de Weimar, puis conseiller intime.
Il était membre de l'académie de cette ville, qui comprenait
alors les hommes les plus distingués, et les plus illustres
savants de l'Allemagne. Il a laissé de nombreux ouvrages, des
poèmes, des romans, des pièces de théâtre, etc. Il mourut en
1813.
[524] Pierre Frédéric, prince de Lübeck, régent du duché
d'Oldenbourg au nom de son cousin. Son fils, héritier
présomptif du duché, avait épousé la grande-duchesse
Catherine, fille du czar Paul.
[525] Hans Detlef, baron de Hammerstein (1768-1826), ministre
du duc d'Oldenbourg. Plus tard, il passa en Hanovre et devint
membre du conseil privé de la guerre, et plénipotentiaire à
la diète de Francfort.
[526] Frédéric-François, duc de Mecklembourg-Schwerin, né en
1756. Son fils avait épousé la grande-duchesse Hélène, fille
du czar Paul. Il eut d'un second mariage la princesse Hélène,
qui épousa le duc d'Orléans.
[527] Georges-Frédéric, né en 1779, succéda à son père en
1816. Il était le frère de la reine Louise de Prusse.
[528] Léopold prince d'Anhalt-Dessau (1740-1817), un des plus
fidèles alliés de la France, membre de la confédération du
Rhin.
[529] La maison de Reuss était divisée en quatre branches
régnantes: les Greitz, Ebersdorff, Lobenstein et Schleiz.
Tous ces princes étaient entrés dans la confédération du Rhin
(avril 1807).
[530] Membre de la confédération du Rhin (15 décembre 1806).
[531] Membre de la confédération du Rhin (avril 1807).
[532] Charles-Alexandre prince de la Tour et Taxis, né en
1770, conseiller privé de l'empire d'Autriche. Il était grand
maître des postes impériales, charge qui était dans sa maison
depuis 1695. Il avait épousé en 1773 la princesse Thérèse,
fille du grand-duc de Mecklembourg-Strelitz.
[533] Antoine prince de Hohenzollern-Sigmaringen, né en 1762,
membre de la confédération du Rhin (12 juillet 1806). Les
princes des différentes branches de la maison de Hohenzollern
ayant abdiqué en faveur de la branche des
Hohenzollern-Braudenburg qui occupe le trône de Prusse, le
roi de Prusse a réuni à sa couronne la souveraineté de ces
principautés.
[534] Charles, prince de Dalberg, né en 1744, entra dans les
ordres, et devint en 1772 conseiller intime de l'électeur de
Mayence, puis gouverneur d'Erfurt, coadjuteur de l'archevêque
de Mayence, auquel il succéda en 1802. Il fut ensuite nommé
archichancelier de l'empire. En 1806, il dut se démettre de
cette dignité, fut en compensation nommé par Napoléon prince
primat de la confédération du Rhin, prince souverain de
Ratisbonne, grand-duc de Fulde et de Hanau. Il mourut en
1817.
[535] Membre de la confédération du Rhin (12 juillet 1806).
[536] Charles-Louis Frédéric, prince héréditaire de Bade,
marié à Stéphanie Tascher de la Pagerie, cousine de
l'impératrice Joséphine, et fille adoptive de Napoléon. Il
devint grand-duc en 1811 et mourut en 1818. Il était membre
de la confédération du Rhin.
[537] Émeric-Joseph, baron de Dalberg, né en 1773, entra dans
la diplomatie au service du prince primat, son oncle. En
1803, il devint ministre de Bade à Paris. C'est de cette
époque que date sa liaison avec M. de Talleyrand. En 1809, il
devint ministre des affaires étrangères de Bade, mais
n'abandonna pas sa situation à Paris. La même année, il se
fit naturaliser Français, fut créé par Napoléon duc et
conseiller d'État avec une dotation de quatre millions. En
1814, il devint membre du gouvernement provisoire, puis pair
de France et ministre d'État en 1815. Il mourut en 1833.
[538] Il était le fils du prince Louis, qui prit le titre de
grand-duc en entrant dans la confédération du Rhin (12
juillet 1806). Il succéda à son père en 1830, et abdiqua en
1840.
[539] Louis-Christophe, comte de Keller (1757-1827), d'abord
chambellan et conseiller d'ambassade du roi Frédéric II,
ministre de Prusse à Stockholm (1779), à Pétersbourg, puis à
Vienne. En 1811, il devint ministre du grand-duché de
Francfort à Paris.
[540] Il y avait alors plusieurs princes de la famille
Dolgorouki. Celui qui apparaît ici est sans doute le prince
Georges, général et diplomate russe, qui commanda en Finlande
(1795), et à Corfou (1804), fut ambassadeur à Vienne et en
Hollande; ou son cousin, le prince Michel, aide de camp de
l'empereur, et général-major, tué peu après en Finlande.
[541] Membre de la confédération du Rhin.
[542] Le prince Guillaume de Prusse, quatrième fils du roi
Frédéric-Guillaume II, était général dans l'armée prussienne
et prit une part active aux guerres de 1806, 1813, 1814. En
1831, il fut gouverneur des provinces rhénanes.
[543] François de Hesse-Philippsthal, mort en 1810. Il était
le frère de Louis de Hesse-Philippsthal, général au service
du roi des Deux-Siciles qui soutint le mémorable siège de
Gaëte en 1806.
[544] Maximilien-Joseph (1756-1825), duc de Bavière en 1799,
roi le 26 décembre 1805. Il était membre de la confédération
du Rhin. Sa fille avait épousé le prince Eugène.
[545] Maximilien Garnerin, baron de Montgelas (1759-1838),
conseiller aulique de Bavière, ministre des affaires
étrangères (1799), puis des finances et de l'intérieur
(1806). Allié sincère de la France, il sut en profiter et
obtenir de Napoléon de grands avantages pour son pays. Il se
retira en 1814.
[546] Frédéric (1754-1816), duc de Wurtemberg en 1797,
électeur en 1803, roi en 1805, membre de la confédération du
Rhin en 1806. Il avait épousé une princesse d'Angleterre. Une
de ses filles, la princesse Frédérique-Sophie-Dorothée,
épousa le roi Jérôme Napoléon.
[547] Joseph comte de Salm-Reiferscheid-Dyck, issu d'une
branche cadette de la maison de Salm. Ses États, situés près
de Cologne, furent réunis à la France en 1801, puis à la
Prusse en 1814. Il reçut en échange une pension de vingt-huit
mille florins et le titre de prince (1816). Il avait épousé
en premières noces Marie-Thérèse, comtesse de Hatzfeld, et en
deuxièmes, Constance-Marie de Theis, fille d'un maître des
eaux et forêts de Nantes. Celle-ci a laissé un nom connu dans
les lettres.
Les pages de l'empereur étaient déjà arrivés et se promenaient dans la
ville, en grande tenue. Le service militaire se faisait par un
bataillon de grenadiers de la garde impériale, un détachement des
gendarmes d'élite, le 6e régiment de cuirassiers, le 1er
régiment de hussards, le 17e régiment d'infanterie légère.
L'empereur entra dans Erfurt le 27 septembre 1808, à dix heures du
matin. Une foule immense entourait dès la veille les avenues de son
palais. Chacun voulait voir, voulait approcher celui qui dispensait
tout: trônes, misères, craintes, espérances. Les trois hommes qui ont
reçu sur la terre le plus de louanges sont: Auguste, Louis XIV et
Napoléon. Les époques et le talent ont donné à ces louanges des
rédactions différentes; mais, au fond, c'est la même chose. Ma place
de grand chambellan me faisant voir de plus près les hommages forcés,
simulés ou même sincères qui étaient rendus à Napoléon, leur donnait à
mes yeux une proportion que je pourrais appeler monstrueuse. La
bassesse n'avait jamais eu autant de génie; elle fournit l'idée de
donner une chasse sur le terrain même où l'empereur avait gagné la
fameuse bataille d'Iéna. Une boucherie de sangliers et de bêtes fauves
était là pour rappeler aux yeux du vainqueur les succès de cette
bataille. Plusieurs fois j'ai été forcé de remarquer que plus on
devait avoir de rancune contre l'empereur, plus on souriait à sa
fortune, plus on applaudissait aux hautes destinées qui, disait-on,
lui étaient départies par le ciel.
Je suis tenté de croire, et cette idée m'est venue à Erfurt, qu'il y a
des secrets de flatterie révélés aux seuls princes, non pas descendus
du trône, mais qui ont soumis leur trône à un protectorat toujours
menaçant; ils savent en faire l'emploi le plus habile, lorsqu'ils se
trouvent placés autour de la puissance qui les domine et qui peut les
détruire. J'ai souvent entendu citer ce vers de je ne sais quelle
mauvaise tragédie:
Tu n'as su qu'obéir, tu serais un tyran.
Je ne rencontrais pas un prince à Erfurt, que je ne trouvasse mieux de
dire:
Tu n'as su que régner; tu serais un esclave.