ouvrages modernes un prix plus élevé, inscrivent au bas d'une statue
de marbre, le nom de Praxitèle, ou celui de Myron, sur une statue
d'argent."[192]
[Note 192: Pour avoir une idée de la perfection que les artistes
anciens savaient donner à leur travail, voir l'anecdote rapportée par
_Pline_, livre xxxvi., chap. 5, au sujet d'une Vénus, et _Ausone_,
épigram 57, au sujet d'une vache en airain de Myron.]
Chez nous ce n'est guère qu'à la Renaissance que ce système a
recommencé à se développer.
Tous ceux qui ont visité l'Italie, la contrée par excellence pour cette
espèce de duperie, n'ignorent pas les nombreux pastiches d'antiques, en
marbre, en fonte, en terre cuite, etc., qu'on y rencontre.
_Andreini_ imitait les plats de faïence à reflet métallique, le
fabricant _Minghetti_ de Bologne, les vases à arabesques, sur fond
bleu, du 16me siècle, au point d'induire en erreur les commissaires des
expositions publiques.
_Jean Bastianini_ était d'une telle habileté, que plusieurs bustes et
bas-reliefs, taillés par son ciseau, ornent aujourd'hui des Musées
d'Europe, comme œuvre du moyen-âge. Un buste du poète florentin _Jérôme
Benivieni_, acheté à l'hôtel Drouot à Paris, pour treize mille six cent
francs, par le Comte _de Nieuwekerke_, Directeur Général des Musées
du Louvre, et un buste en terre cuite, représentant le fameux moine
_Jérôme Savonarola_, vendu à dix mille francs, comme une œuvre d'art du
15me siècle, et jugée telle par d'éminents artistes de l'Europe, sont
dus au travail de ce sculpteur.
Tous ces faits et bien d'autres, sont rappelés dans un livre assez peu
connu[193] d'_Alexandre Foresi_, où l'on trouve nombre d'anecdotes sur
des amateurs de curiosités qui, quoique très instruits, sont trompés
chaque jour dans tous les genres d'antiquités.[194]
[Note 193: Tour de Babel, ou objets d'art faux pris pour vrais. 1
vol 8º. Florence: A. Bettini, 1868.]
[Note 194: Les émaux forment une exception, lorsqu'ils contiennent
du rouge, parce que l'émail rouge ancien n'a jamais pu être imité par
les modernes.]
Ces supercheries artistiques remontent assez haut en Italie. _Vasari_
raconte que _l'Amorino_, sculpté à Florence par _Michel-Ange_, fut
acheté à Rome, comme une œuvre grecque, par le Cardinal Saint George,
qui était pourtant un fin connaisseur.
Cette anecdote a été souvent racontée, et de plusieurs manières
différentes. Voici en quels termes elle est rapportée par l'auteur
d'une dissertation latine sur la nécessité et les moyens d'imiter
l'antiquité dans la littérature et les arts: "Michel-Ange fit une
statue de Cupidon endormi, qu'il enterra dans un endroit où il savait
qu'on devait creuser. Lorsqu'on la découvrit, on la trouva si belle
qu'on la considéra comme le produit d'un ancien sculpteur grec, et
en présence de Michel-Ange on la mit bien au dessus des sculptures
modernes. L'artiste sourit, et montra à ces connaisseurs son nom
inscrit dans un coin du marbre." (Les Matanasiennes.)
Le peintre _Mignard_ fit acheter, par _Monsieur_, frère de Louis XIV.,
un prétendu tableau de _Guido_, qui avait été peint par _Boullogne_,
et que celui-ci affirma être authentique. _Mignard_ ne se vengea
de cette surprise qu'en engageant le trompeur à faire toujours des
_Guido_, et à ne plus peindre de _Boullogne_.
_Luca Giordano_ a inondé les galeries de l'Europe de ses pastiches.
Enfin on ne sait pas encore bien assurément lequel est l'original du
_Léon X. degli Uffizi_, ou de celui du Musée de Naples.
Que de bustes, que de portraits des grands hommes, ne sont rien moins
que les personnages qu'ils sont censés représenter.
A l'époque du conclave, d'où sortit l'élection de _Léon XII._ un
iconographe bien connu, voulant spéculer sur le portrait du Pape futur
et devancer tous les autres artistes, copia la face du maître de
l'hôtel où il se trouvait, et la grava. Aussitôt que l'élection fut
connue, il mit le nom, on tira, et la postérité croit encore à ce beau
portrait de Léon XII.!
Le peintre flamand _David Teniers_ avait un talent rare pour le
pastiche. Il fit des _Rubens_ et des _Bassano_, que l'on prit longtemps
pour des originaux.
Parfois cette manie devient une violente passion. L'artiste _Terenzio_,
connu dans les annales des arts pour la supériorité avec laquelle il
contrefaisait les peintures anciennes, ne put survivre au chagrin
d'avoir été découvert.
_Nodier_ fait observer avec raison qu'il ne faut pas appeler pastiche,
la copie exacte d'un tableau ou d'une sculpture, espèce de travail très
utile aux élèves. Cette imitation ne mérite ce nom, généralement pris
en mauvaise part, que lorsqu'elle est accompagnée de la prétention de
tromper l'opinion publique.
Pour se sauvegarder contre ces supercheries, un anglais proposa en 1858
de former une société d'assurance pour la découverte et la prévention
de ces faux dans les arts; mais la proposition n'eut pas de suite,[195]
et c'est fâcheux, car ils sont souvent chose sérieuse, tant pour les
artistes, que pour les antiquaires et les archéologues.
[Note 195: _Notes and Queries_ du 13 Novembre 1870, et 2me série,
vol. vi., page 395. Aussi vol. xi., pages 191 et 230.]
Un portrait de _Montaigne_, et ses portraits sont rares, figure avec
honneur dans une galerie célèbre de Londres. Le docteur _Payen_,
si connu par ses travaux relatifs au philosophe Périgourdin, eut
connaissance de ce portrait, et à sa demande, le ministre de Belgique
en Angleterre, Monsieur _Van de Weyer_, lui en fit parvenir une copie
exacte. Après examen, _Payen_ désappointé, se convainquit que ce
portrait était celui de _François de Médicis_, père de la célèbre
_Marie_.[196]
[Note 196: Voir les _Causeries d'un Curieux_, par Feuillet de
Conches, tome iii., pages 36 et suiv., où l'on trouve des détails
intéressants à ce sujet.]
Un statuaire fut chargé par la municipalité de Paris, de faire pour
l'Hôtel-de-ville une statue de _Guillaume Budée_. Elle était encore en
place, avant le sac de Paris par les _Communistes_. Les portraits qu'on
présenta à l'artiste, ne lui plurent pas, et il moula la tête de son
portier. Pauvre _Budée_!
On pourrait citer cent exemples pareils; néanmoins le public croit, et
est satisfait.[197]
[Note 197: Pour voir jusqu'où peut aller la passion dans les
querelles d'objets d'art faux, pris pour vrais, on n'a qu'à lire les
pièces à l'appui produites par M. _Alexandre Foresi_, au sujet des
bustes de _Jean Bastianini_, achetés comme étant du 16me siècle par le
Comte _de Nieuwekerke_.]
Toutes les branches des beaux arts ont été l'objet de ces sortes de
supercheries.
Les numismates recherchent les monnaies ou médailles romaines en or,
connues en Angleterre, sous le nom de _Bekker forgeries_. Plusieurs
sont des compositions entièrement fictives, d'autres sont frappées
d'après des types anciens connus. Pendant un certain temps ces fausses
pièces trompèrent les connaisseurs et trouvèrent place dans des
cabinets renommés, sans exciter le moindre soupçon. _Sestini_ fut le
premier qui, en 1823, les déclara fausses.
Les matrices en existent encore; _Bekker_ lui-même publia une liste de
ces pastiches, lorsque la fraude eut été découverte, liste qui comprend
plus de trois cent pièces.
Il existait en Angleterre, et peut-être existe-t-il encore, pour
l'exportation en Turquie, en Grèce et à Rome une sorte de fabrique de
copies de médailles et d'anciennes monnaies étrangères, lesquelles ont
souvent trompé les collectionneurs.
Les contrefaçons sont parfois si parfaites, que le doute existe encore
aujourd'hui. Par exemple la monnaie connue sous le nom de _Didrachmes
d'or_, ou _Staters d'Athènes_, est regardée par les uns comme un
pastiche, et par les autres comme authentique.
Quant aux articles d'antiquité, Etrusques, Egyptiens, Grecs ou Romains,
le curieux doit être bien plus encore sur ses gardes, car on en trouve
en Europe, des manufactures bien connues.
En 1843, on vendit publiquement à Londres, une collection d'ornements
Etrusques en or, venue, disait-on, de Gênes, mais probablement
fabriquée dans la première de ces villes.
Le Grec _Giovanni d'Athanasi_ était l'agent chargé de les faire
vendre. Au bout d'un certain temps, ces divers articles furent reconnus
comme étant tout-à-fait modernes.
Vers la même époque, un Italien, du nom de _Castellari_, voyant combien
il était facile de faire passer pour antiques, des ouvrages qui ne
l'étaient pas, se mit à fabriquer une autre collection d'objets en or,
en imitation des ornements trouvés dans les tombeaux de l'ancienne
Etrurie. Il serait facile d'étendre beaucoup la liste de ces sortes de
supercheries; mais mentionnons d'autres branches des Beaux-Arts.
Nous avons déjà cité plus haut quelques faits relatifs à la gravure. On
sait que de temps à autre, on est parvenu à imiter merveilleusement les
estampes de maîtres anciens.
Les faux _Marc Antoine Raimondi_, _Lucas van Leyden_, _Albert Durer_,
_Hollar_ et autres, sont très nombreux. La plupart sont gravés
avec l'intention de tromper les collectionneurs. Il y a pourtant de
ces gravures-pastiches qui ne furent composées que comme études;
entr'autres la collection de vingt-deux estampes par _Vivant-Denon_,
qui voulut, par ces pastiches de quelques célèbres graveurs, acquérir
la facilité d'exécution et l'habitude de rendre exactement le style des
diverses écoles, et l'originalité des différents maîtres.[198]
[Note 198: Monuments des arts du dessin chez les peuples tant
anciens que modernes, recueillis par le Baron Denon, pour servir à
l'histoire des arts, etc. etc. 4 vol. in fol., avec 315 pl. Paris:
Firmin Didot. 1829.]
On en trouve les détails dans plusieurs ouvrages bien connus, qui
traitent de la gravure. Le lecteur peut y recourir.
Les pastiches en peinture sont peut-être encore plus abondants.
Les voyageurs savent qu'à Rome il y en a des fabriques régulières.
Les amateurs anglais se rappellent qu'il a existé à Lambeth, pendant
assez longtemps, une manufacture de tableaux, lancés dans le commerce,
comme sortis du pinceau de _Morland_.
Si _Van Dyck_ n'était pas mort à quarante et un ans, mais avait vécu
aussi longtemps que _Titien_, encore n'aurait-il pas eu le temps de
peindre la moitié des portraits qu'on lui attribue. Les faux _Raphaël_
et _Titien_ se rencontrent fréquemment à Londres.
Terminons notre Essai sur les Pastiches par ces mots de _Pline_ le
jeune:--
"Verum de his plura fortasse quam debui, sed pauciora quam volui."
viii. 16.
FIN.
REMARQUES.
PAGE 9.
F. A. WOLFF. DE L'ORIGINE DES EPOPÉES HOMÉRIQUES.
L'académicien Ste. Croix a publié en 1798, une "Réfutation du Paradoxe
littéraire de Fred. Aug. Wolff, sur les poésies d'Homère." Il affirme,
dans cette brochure de 60 pages, que l'usage de l'écriture précéda chez
les Grecs, la guerre de Troie, de plus de trois siècles; que l'Iliade
et l'Odyssée furent écrits dès l'origine; que l'unité d'action et la
gradation d'intérêt, sont sensibles, et prouvent l'intégrité de l'un et
de l'autre poème; enfin, que les plus célèbres critiques de l'antiquité
n'ont pas hésité à attribuer ces œuvres à Homère.
PAGE 12.
PASTICHE DE _CICÉRON_ PAR _DION_.
Dans le No. du mois d'avril 1818, de l'_Hermes Romanus_, page 1320,
on trouve une notice sommaire des étranges discussions dont les
œuvres oratoires de Cicéron ont été l'objet, chez les Anglais et les
Allemands, durant les vingt premières années de ce siècle.
M. _Guillaume Duvair_ a composé une assez curieuse Anti-Milonienne en
français.
PAGE 13.
Les réflexions de M. Van de Weyer ont une grande conformité avec celles
du vieux _A. Baillet_, dans son "Traité des auteurs déguisés," et avec
celles de _J. Christ_. _Mylius_, dans la préface de sa "Bibliotheca
Anonymorum," etc., Hambourg, 1740.
PAGE 16.
CORRESPONDANCE DE ST PAUL ET DE SÉNÈQUE.
L'antiquité nous a légué des doutes, en assez grand nombre, sur ce
qui regarde ces sortes de pastiches. Elle possédait les lettres de
_Cornélie_, la mère des _Gracchi_, dont _Cicéron_ faisait grand cas,
comme on le voit dans le _Brutus_.
Il s'est trouvé naturellement des savants Allemands pour contester
l'authenticité de celles de ces lettres que nous avons encore, et
d'autres savants pour les défendre.
_Victor Cucheval_ dans son "Histoire de l'Éloquence Latine," cite deux
de ces lettres, œuvre de Cornélie, dit-il, ou de quelque déclamateur
ancien.
Le même écrivain démontre aussi qu'on ne saurait trop répéter qu'il
faut résolument regarder comme pastiches, toutes les harangues que
_Tite-Live_ et les autres historiens placent dans la bouche des rois,
des consuls, des sénateurs, et des tribuns, avant l'époque de _Caton
l'ancien_. Ce ne sont que de véritables exercices de rhéteurs, qui ne
reposent sur aucun document authentique.
Ce n'est qu'à partir de _Caton_ que l'art oratoire a ses monuments
vrais, soit par fragments, soit complets.
PAGE 19.
HERMÈS TRISMÉGISTE.
_L'Histoire de la Philosophie Hermétique_ (3 vol. 12º) nous dit qu'il
y eut au moins deux _Hermès_, _Mercure_, ou _Thot_, tous deux rois
d'Egypte, le premier fils d'Osiris et d'Isis, nommé _Athotis_, le
second, _Siphoas_, qui vivait environ 800 après _Athotis_, et 1900
avant l'ère chrétienne. A cause de sa science extraordinaire, il
fut surnommé le second _Thot_. Les Grecs le connurent sous le nom de
_Hermès_ ou _Mercure Trismégiste_, c'est à dire _Très Grand_.
C'est celui-ci auquel on attribuait, dans les premiers siècles du
christianisme, tous les ouvrages que l'on écrivait sur les sciences.
PAGE 26.
PERVIGILIUM VENERIS.
Il y a peu de pièce ancienne de vers, qui nous soit parvenue d'une
manière plus incorrecte que celle-ci, et les nombreuses variantes et
explications des commentateurs sont sans fin. Aussi ce poème qui n'a
pas cent vers, a-t-il donné lieu à une édition _Variorum_ de 208 pages,
et un index des auteurs cités, comprenant deux cent quatre-vingt-dix
noms!
PAGE 28.
LE P. HARDOUIN.
Le savant pyrrhonisme de cet écrivain a suscité au dogme classique
qu'il attaquait, de nombreux et ardents défenseurs. Ce fut une
véritable réaction, et _Burmann_ se vit bientôt le chef d'un parti qui
pouvait prendre pour mot d'ordre, "Réhabilitation de l'Antiquité."
En parlant des folles visions de Hardouin, on ne peut manquer de
signaler un Belge contemporain, _Peerlkamp_, qui déclare interpolé
et apocryphe, le tiers environ des vers que dix-huit siècles avaient
admis comme d'Horace. Ce même écrivain que _Sainte Beuve_ appelle
l'ingénieux, l'osé, le téméraire en conjectures, enlève aussi à Virgile
non seulement des vers çà et là, mais des épisodes tout entières. Voir
tome onze des _Nouveaux Lundis_.
PAGE 34.
LA PHILOMÈLE D'OVIDE.
Ch. Nodier publia ce poème en 1828, avec la grotesque version de
_Marolles_, et il adopta sur son auteur, l'opinion de _Wernsdorff_,
lequel veut que ce soit l'ouvrage d'un _Albius Ovidius Juventinus_.
PAGE 39.
Au sujet d'_Astruc_, disons que son livre, ayant pour titre
"Conjectures sur les Mémoires originaux dont Moïse s'est servi pour la
Composition de la Genèse," peut donner lieu à une quasi-mystification,
vu que ce titre alléchant se réduit à soutenir la thèse, que des
écrivains antérieurs à Moïse lui ont fourni des documents historiques
sur les temps voisins de la création. Quant à ces chroniqueurs
primitifs, il n'en désigne aucun, et pour cause. Il ne traite pas non
plus, la question de l'invention de l'écriture. On s'attendrait à une
plus piquante révélation.
PAGE 41.
ANNIUS DE VITERBE.
Quoiqu'on ait accusé ce fameux Jacobin d'imposture littéraire, on a
quelquefois outré les choses, comme _Pineda_, le Père _André Schot_ et
_Goropius_, qui l'ont traité de la manière du monde la plus indigne et
la plus passionnée. Notre siècle paraît être un peu mieux disposé à son
égard, comme le montrent quelques passages de l'ouvrage de _Salverte_,
sur les noms d'hommes, de peuples et de lieux.
Dans la note A. du 1er volume se trouve une dissertation de 63 pages
sur le degré probable d'authenticité du recueil publié par _Annius de
Viterbe_.
On dit qu'Annius fut empoisonné en 1502 par le Duc de Valentinois. Il
avait été fort attaché au Pape _Alexandre VI_, mais il eut le malheur,
la dernière année de sa vie, de s'attirer l'inimitié de _Borgia_, en
disant quelquefois à ce prince, des vérités qui ne lui faisaient pas
plaisir.
On trouve sur _Annius_ des détails, que ne donne pas _Bayle_, dans
"Fragments d'histoire et de littérature," un volume in 12º, la Haye, A.
Moetiens, 1706.
M. _F. Lenormant_ vient de publier à Paris un "Essai de Commentaire
des Fragments de _Bérose_," où entr'autres recherches très curieuses,
on trouve des renseignements sur les Bibliothèques de Ninive, dont
les livres étaient une collection de briques, et les parchemins, des
surfaces de terre cuite.
PAGE 50.
BOXHORN.
Dans l'édition complète des _Carmina Michaelis Hospitalii_, d'Amsterdam
1732, l'éditeur s'égaie un peu dans la préface sur la méprise du savant
belge _Boxhornius_, et il en transcrit le commentaire qui a pour
titre, "Ad satyram anonymi _de Lite_, animadversiones." Ce sont trois
pages assez plaisantes.
PAGE 53.
QUICHERAT.
Ce savant académicien a fait plus tard, amende honorable au sujet
des deux ou trois imprudentes citations qui accusaient un excès de
déférence pour les témérités de _Wernsdorff_.
Quicherat fit insérer en Septembre 1869, dans le Journal de
l'Instruction Publique, un article très développé sur le prétendu
fragment du poète _Turnus_, qui avait mis, disait-il, sa critique en
défaut.
PAGE 52.
BURMANN.
Il y a deux savants de ce nom, que de graves auteurs ont confondus. Il
est vrai que l'oncle et le neveu, homonymes en tous sens, paraissent
avoir résolu d'embarrasser la postérité, par la conformité de leurs
travaux.
PAGE 70.
PÉTRONE.
L'on publia en 1687 une traduction de ce poète-romancier, dans laquelle
le traducteur trouva le secret d'en faire un écrivain grave et un
philosophe austère, qui peut même être lu par les dévotes dans leurs
moments de délassement. Cela rappelle qu'il y a peu de temps, on publia
en Angleterre une traduction de _l'âne d'or_, pour les dames.
PAGE 86.
LA GUERRE DE GENÈVE.
Voltaire publia un cinquième chant; mais il ne fit jamais le sixième.
Voici un autre extrait du pastiche de Cazotte, qui aurait dû ouvrir de
suite, les yeux du public:
Dans le château l'on n'entend point de bruit;
Le philosophe était encore au lit.
Pressé de vivre et plus pressé d'écrire,
Il s'amusait à se voler sa nuit,
Qu'il employait trop souvent à médire.
Au point du jour il s'endormit enfin.
Saint Athanase et Messer Arétin,
Deux in-quarto lui servaient de coussin.
Mais la paupière était à peine close,
Que la Déesse aux doigts couleur de rose,
Ouvrait la porte aux songes du matin.
Sous un berceau de fleurs et de verdure,
Où l'art discret fait valoir la nature,
Il est couché sur l'œillet et le thym.
Trois déités apparaissent soudain:
C'est Idamé, c'est Jocaste et Zaïre,
C'est le Couvreur, c'est Clairon, c'est Gaussin,
Que des amours environne l'essaim,
Autour de qui tout s'embrase et soupire.
"Viens," lui dit-on, avec un doux sourire,
Auteur charmant, dont le pinceau divin
Sur tous les cœurs nous a donné l'empire;
Viens te livrer à l'amoureux délire!"
Le vieil Athlète en voyant tant d'appas,
Des premiers feux ressentait la puissance.
Vers le plaisir qui l'appelle, il s'élance.
Pour l'arrêter on lui fait violence!
Il se récrie: Eh! quel est l'inhumain...?
C'est Jean Fréron, la férule à la main:
"Retire-toi, galant sexagénaire,
Et laisse-là ce prestige de l'art,
Ces oripeaux, ces grimaces, ce fard."
C'est sur ce ton que parlait le pendard!
"Eh! que veux-tu, bourreau de ma vieillesse?"
* * * * *
C'est ce passage qui fit qu'un homme de lettres s'écria: "Voyez, comme
le grand homme ne craint pas de plaisanter de lui-même!" _Cazotte_
était présent et entendit ce propos.
PAGE 97.
MARIE STUART ET M. MIGNET.
On peut consulter avec fruit sur cette malheureuse reine:
1º Histoire de Marie Stuart, avec pièces justificatives et remarques,
(par Fréron et de Marsy). 2 vol. in 12º, Londres, 1742.
2º Histoire de Marie Stuart, décapitée à Londres le 18 Février 1587,
rédigée sur des pièces originales, par Mercier de Compiègne. 1795, 2
parties en un volume in 8º, figures.
3º De Maria Stuarta conscripsit P. Ad. Chéruel. Rotomagi, 1849, in 8º.
4º Mémoires de Melvil.
Il était le ministre et l'ami de la reine d'Ecosse, et ses mémoires
sont un des plus précieux monuments historiques de ce règne.
5º The Castles, Palaces, and Prisons of Mary of Scotland, by Charles
Mackie. London, 1849, un fort volume, gr. in 8º, avec de nombreuses
gravures.
Il est curieux d'observer qu'_Edouard-Marie-Oettinger_, dans son grand
ouvrage de 2137 pages: "Bibliographie Biographique Universelle, etc.,"
ait oublié de faire mention des ouvrages relatifs à Marie Stuart.
PAGE 103.
Charles Brunet, par erreur, à l'article _Clotilde_, date ainsi la
première édition de ses poésies: "Paris, an IX (1803);" mais il y a là
sans doute une faute d'impression. Au lieu de _an IX_, il fallait _an
XI_, année qui correspond à 1803.
Il y a un article assez curieux sur le _Journal Littéraire de
Lausanne_, dans le 3me volume, page 91, des _Soirées Littéraires_ de
_Coupé_.
PAGE 146.
ARRÊT DU PARLEMENT DE GRENOBLE.
Arrêt, rendu le 13 Février 1637, en faveur de la Dame d'Aiguemère, sur
la naissance d'un sien fils, arrivée quatre ans après l'absence de son
mari, et sans avoir eu connaissance d'aucun homme;
Soutenant la dite Dame qu'encore que véritablement le sieur d'Aiguemère
n'ait été de retour d'Allemagne, et ne l'ait vue ni connue depuis
quatre ans, néanmoins la vérité est telle que, s'étant imaginé en
songe, la personne et l'attouchement du sieur d'Aiguemère, elle reçut
les mêmes sentiments de conception et de grossesse qu'elle eut pu
recevoir en sa présence.
Vu en la dite Cour les attestations, avis et raisons de plusieurs
médecins de Montpellier, sages-femmes, matrones, et autres personnes de
qualité, sur la possibilité et la réalité des faits que dessus;
Informations faites à la requête du Procureur-Général;
Tout considéré;
La Cour ordonne que l'enfant dont est question, sera déclaré fils
légitime et vrai héritier du sieur d'Aiguemère;
Condamne les sieurs de la Forge et de Bourg-le-Mont, appelans et
demandeurs, à tenir la dite Dame d'Aiguemère, pour femme de bien et
d'honneur, dont ils lui donneront acte, après la signification du
présent, etc.
(Guy Pape, annoté par Chorier.)
A l'époque de ce jugement, plusieurs savants argumentèrent sur la
puissance de l'imagination, croyant à l'arrêt et au fait qu'il avait
établi.
PAGE 148.
LA GUZLA, CHANTS ILLYRIQUES.
Le pasticheur a pris toutes les précautions pour cacher sa supercherie.
En tête de la notice sur la vie imaginaire d'Hyacinthe Maglanovich,
est placée une gravure du barde slave qui joue de la Guzla, espèce de
guitare n'ayant qu'une seule corde. Puis il nous apprend qu'il est
Italien et sa mère une Morlaque; qu'il a traduit ces chants de la
Dalmatie, de la Bosnie, et de la Croatie, en français, parce qu'il est
habitué à considérer la France comme sa patrie; enfin il entremêle ses
compositions, de ballades dont les sujets sont pris dans les ouvrages
où il est question de véritables poésies illyriques. Ce livre, malgré
son succès, est tombé dans l'oubli, quoique très bien fait, et on le
trouve difficilement.
Nous avons dit que c'était, vers cette époque, un véritable cacothymie,
de composer des pastiches. Des professeurs d'histoire, même à
l'Académie de Paris, s'en mêlaient.
M. Auguste Trognon publia "l'Histoire admirable du Franc Harderad et de
la vierge Aurélia, Légende du 7me siècle, retrouvée en 1800 à Aurillac
et traduite par un amateur d'antiquités françaises."
Ce livre ayant été très bien accueilli du public, l'auteur donna peu de
temps après: "Le Livre des Gestes du Roi Childebert III., Chronique du
8me siècle; découvert à l'abbaye de Saint Julien, à Brioude."
Ce pastiche-ci, qui est bien fait, était difficile, car une douzaine
de lignes nous restent à peine dans toute la collection des savants
Bénédictins, sur les Rois Fainéants et leur présence aux assemblées du
Champ-de-Mai.