[842] Voyez plus haut, p. 271 et 272, le discours du vieil Horace

dans Tite Live.

[843] _Var._ Dis, Valère, dis-nous, puisqu'il faut qu'il périsse.

(1641-48 et 55 A.)

[844] _Var._ Et Rome avec ses pleurs y mettra trop d'obstacle.

(1641-60)

[845] L'édition de 1682 porte _vous le préviendrez_, pour _vous

les préviendrez_; c'est sans doute une erreur.

[846] _Var._ Ce qu'il a fait pour elle, il le peut encor faire:

Il la peut garantir encor d'un sort contraire. (1641-60)

[847] Ces deux vers rappellent, bien que la pensée soit toute

différente, la fin de cette phrase de Malherbe (voyez l'édition

de M.L. Lalanne, tome I, p. 188):

Apollon à portes ouvertes

Laisse indifféremment cueillir

Les belles feuilles toujours vertes

Qui gardent les noms de vieillir;

Mais l'art d'en faire les couronnes

N'est pas su de toutes personnes....

[848] _Var._ Ta chaleur généreuse a produit ton forfait.

(1647 et 55 A.)

_Var._ Sa chaleur dangereuse a produit ton forfait.

(1656)

[849] _Var. Le Roi se lève, et tous le suivent hormis Julie._

SCÈNE IV.

JULIE.

Camille, ainsi le ciel t'avoit bien avertie

Des tragiques succès qu'il t'avoit préparés;

Mais toujours du secret il cache une partie

Aux esprits les plus nets et les mieux éclairés.

Il sembloit nous parler de ton proche hyménée,

Il sembloit tout promettre à tes voeux innocents;

Et nous cachant ainsi ta mort inopinée,

Sa voix n'est que trop vraie en trompant notre sens:

«Albe et Rome aujourd'hui prennent une autre face;

Tes voeux sont exaucés, elles goûtent la paix;

Et tu vas être unie avec ton Curiace,

Sans qu'aucun mauvais sort t'en sépare jamais[849-a].»

(1641-56)

[849-a] Ce commentaire de Julie sur le sens de l'oracle, dit

Voltaire, est visiblement imité de la fin du _Pastor fido_.

CINNA

TRAGÉDIE

1640

NOTICE.

« .... Par les envieux un génie excité

Au comble de son art est mille fois monté;

Plus on veut l'affoiblir, plus il croît et s'élance:

Au _Cid_ persécuté _Cinna_ doit sa naissance,»

dit Boileau dans son _Épître à Racine_ (vers 49-52). L'effort que fit

le génie de Corneille pour répondre dignement à ses détracteurs, est

peut-être en effet une des causes de la perfection de _Cinna_; mais

quel motif a porté le poëte à choisir ce sujet, à le développer avec

un soin si curieux, à conseiller avec tant d'autorité la clémence au

souverain et l'oubli aux conjurés?... C'est ce qu'aucun contemporain

ne nous a dit; on en est donc réduit sur ce point aux conjectures, et,

le premier, M. Édouard Fournier en a présenté tout récemment qui ont

le double mérite, assez rare, d'être à la fois fort ingénieuses et

très-plausibles.

«C'est en 1640 que _Cinna_ fut joué d'abord, et c'est par conséquent

en 1639 qu'il fut écrit. Or que s'était-il passé cette année-là dans

la ville de Rouen, où Corneille menait la vie laborieuse et retirée

que vous connaissez déjà[850]? De sinistres événements l'avaient

agitée, ainsi que toute la province dont elle était la tête et le

coeur. Les habitants des campagnes, surchargés des taxes mises sur le

sel, sur le cuir, et même jusque sur le pain, avaient refusé de payer.

«On avait arrêté les plus mutins; ils en avaient appelé devant le

parlement de Rouen et la cour des aides; le parlement les avait fait

mettre en liberté, et par suite la révolte se croyant ainsi autorisée

et se trouvant avoir un point d'appui, s'était étendue dans toute la

province. On avait couru sus aux commis, démoli leurs maisons, et

pendu même ceux qu'on avait pu trouver. Un chef mystérieux, que

personne n'avait vu, mais que tout le monde nommait et chantait,

conduisait cette jacquerie normande. C'était _Jean-va-nu-pieds_,

descendant direct du _Jacques Bonhomme_ des temps féodaux, et comme

lui personnification terrible de la misère furieuse[851].

«Richelieu veillait. Le danger, qui eût été grand partout, l'était là

plus qu'ailleurs, à cause du voisinage de l'Anglais toujours prompt à

profiter de nos troubles, et en raison aussi de certain désir mal

déguisé que les pays normands avaient toujours eu de se donner à un

duc[852].

«Il fallait donc un remède énergique et sûr. Le Cardinal n'était pas

homme à le faire attendre ni à l'employer mollement, une fois qu'il

l'aurait trouvé. Comme la première cause de cette révolte venait d'une

rébellion du parlement de Rouen, il voulut que cette magistrature

insubordonnée fût punie par la main d'un magistrat. Le chancelier

Seguier fut chargé de ses ordres. Il partit avec une armée, et

quelques jours après, Rouen était occupé militairement.

«Le parlement, qui prévoyait ce qu'il devait attendre de la colère

d'un homme comme Richelieu, lui avait en hâte envoyé deux de ses

principaux magistrats pour supplier et demander pardon. Ils ne purent

rien obtenir. Rouen fut traité comme une ville prise d'assaut. On la

frappa d'une taxe d'un million quatre-vingt-cinq mille livres; son

conseil municipal fut dissous; le parlement, la cour des aides, le

lieutenant général du bailliage furent interdits. Ce n'est pas tout.

Il fallait du sang dans toutes les rigueurs qu'ordonnait Richelieu. Un

grand nombre d'habitants furent arrêtés; on leur fit leur procès, et

quarante-six furent condamnés: quatre à être rompus vifs, vingt au

gibet, vingt-deux au bannissement perpétuel.

«Le chancelier, qui réglait toutes ces représailles sur la

connaissance qu'il avait des sévérités ordinaires à celui dont il

était l'exécuteur, ne se croyait pas satisfait encore. Après avoir

décimé la population, il voulait décapiter la ville elle-même, et

rêvait pour cela la démolition de sa maison commune. C'était trop de

zèle. Le Cardinal, à qui il envoya le menu de ses rigueurs, fit écrire

en marge: «Bon, à l'exception du rasement de l'hôtel de ville[853].»

En sa qualité d'avocat aux siéges généraux de l'amirauté, Corneille

faisait partie du parlement; il comptait parmi les proscrits, des

amis, des parents peut-être, et devait avoir à coeur de calmer les

ressentiments de Richelieu. Est-ce à dire que nous ne voyions dans

_Cinna_ qu'un éloquent plaidoyer? Dieu nous en garde! A coup sûr,

Corneille voulait avant tout faire une belle tragédie; mais

rencontrant dans Sénèque le magnifique exemple de clémence qu'il a si

bien mis en scène, ne peut-il point, par un retour bien naturel sur

son temps, avoir souhaité pour sa ville natale un souverain aussi

magnanime qu'Auguste? S'il a eu cette idée, la Rome antique s'est tout

à coup animée à ses yeux, et l'émotion que lui avaient causée les

troubles dont il venait d'être le témoin fut la source de cette

inspiration passionnée avec laquelle il peignit, en contemporain, en

spectateur fidèle, les agitations qui accompagnèrent l'établissement

de l'empire.

Le public était du reste admirablement préparé à goûter une oeuvre de

ce genre: «Les premiers spectateurs, dit Voltaire, furent ceux qui

combattirent à la Marfée, et qui firent la guerre de la Fronde. Il y a

d'ailleurs dans cette pièce un vrai continuel, un développement de la

constitution de l'empire romain qui plaît extrêmement aux hommes

d'État, et alors chacun voulait l'être[854].»

La tragédie eut donc un grand succès; mais l'éloquente et indirecte

supplique qui, suivant l'hypothèse que nous avons adoptée, s'y

trouvait contenue, fut loin d'en avoir autant. Aucun des Rouennais

proscrits ne fut rappelé, et les rigueurs ordonnées suivirent leur

cours. Le destin de cette pièce, comme de presque tous les

chefs-d'oeuvre dramatiques, fut de causer une vive impression, mais

sans changer les coeurs, sans fléchir les volontés. D'après une

anecdote fort douteuse, Louis XIV, après avoir constamment refusé la

grâce du chevalier de Rohan, aurait été si ému en assistant à une

représentation de _Cinna_ la veille du jour où le chevalier de Rohan

devait être exécuté, que si on lui avait alors parlé de nouveau en

faveur du condamné, il n'eût pu, aurait-il dit lui-même, s'empêcher

d'accorder en ce moment la grâce qu'il avait jusqu'alors constamment

refusée[855]. Quoi qu'il en soit de cette émotion attribuée à Louis

XIV, il est certain que l'exemple d'Auguste ne tenta pas un instant

Richelieu.

Suivant les frères Parfait[856], _Cinna_ aurait été joué pour la

première fois vers la fin de 1639. Mais cette pièce succéda à

_Horace_, qui, le 9 mars 1640, ainsi que nous l'avons vu plus

haut[857], venait à peine d'être joué; la première représentation de

_Cinna_ est donc sans contredit postérieure à cette date.

L'auteur d'une _Lettre sur la vie et les ouvrages de Molière et sur

les comédiens de son temps_, publiée au mois de mai 1740[858],

s'exprime ainsi en parlant de Pierre Mercier, dit Bellerose: «On croit

que c'est lui qui a joué d'original le rôle de Cinna dans la tragédie

de ce nom;» et ce qui est avancé ici d'une manière dubitative est

établi par un témoignage formel de Chapuzeau, qui dit dans son

_Théâtre françois_[859]: «Comme les talents sont divers, l'un n'est

propre que pour le sérieux, l'autre que pour le comique; et Jodelet

auroit aussi mal réussi dans le rôle de Cinna, que Bellerose dans

celui de don Japhet d'Arménie[860].»

Ce renseignement est d'autant plus précieux que Bellerose étant alors

chef de la troupe de l'hôtel de Bourgogne, nous apprenons ainsi à quel

théâtre _Cinna_ fut représenté.

Nous savons de plus qu'en 1657 Floridor et Beauchâteau alternaient

dans ce même rôle[861]. Quant aux autres, nous ignorons par qui ils

étaient remplis. M. Aimé Martin affirme, mais sans en apporter de

preuves, que Baron père jouait Auguste, et la Beaupré Émilie.

_Cinna_, pendant fort longtemps, a subi à la représentation des

mutilations analogues à celles qui ont encore lieu aujourd'hui pour

_le Cid_. Plusieurs actrices ne disaient point le monologue qui ouvre

la pièce; c'est à Voltaire qu'on en doit le rétablissement[862].

D'autres altérations, encore plus graves, ont subsisté jusqu'à nos

jours. En 1746 les frères Parfait nous disent que d'ordinaire on

retranche au théâtre le rôle de Livie[863]. Dans son édition de

Corneille de 1764, Voltaire fait observer que cette suppression

remonte à plus de trente ans.

Corneille cependant avait insisté à bon droit, dans le _Discours du

poëme dramatique_, sur l'importance de ce rôle: «La consultation

d'Auguste au second de _Cinna_, les remords de cet ingrat, ce qu'il en

découvre à Émilie, et l'effort que fait Maxime pour persuader à cet

objet de son amour caché de s'enfuir avec lui, ne sont que des

épisodes; mais l'avis que fait donner Maxime par Euphorbe à

l'Empereur, les irrésolutions de ce prince, et les conseils de Livie,

sont de l'action principale[864].»

Ces suppressions non-seulement tronquaient la pièce, mais amenaient

des contre-sens inévitables. A l'occasion de ces deux vers:

Vous ne connoissez pas encor tous les complices;

Votre Émilie en est, Seigneur, et la voici[865],

Voltaire fait la remarque suivante: «Les acteurs ont été obligés de

retrancher Livie, qui venait faire ici le personnage d'un exempt, et

qui ne disait que ces deux vers. On les fait prononcer par Émilie,

mais ils lui sont peu convenables.»

Napoléon, qui avait pour Corneille une si vive admiration, voulut

qu'on représentât à Saint-Cloud _Cinna_, avec Livie, le 29 mai 1806,

et Mlle Raucourt fut chargée de remplir ce rôle; mais cette heureuse

tentative, ainsi que celle qui fut également faite à Saint-Cloud, à

quelques jours de là, pour rétablir le personnage de l'Infante dans

_le Cid_[866], n'eut aucune influence sur les représentations

ordinaires, et ce fut seulement le 21 novembre 1860, sous la direction

de M. Édouard Thierry, que le rôle de Livie fut définitivement remis

au théâtre. A cette époque, l'habile directeur fit pratiquer dans

_Cinna_ des changements de décors analogues à ceux que le public avait

déjà accueillis favorablement dans _le Cid_[867]. L'_Examen_ de

_Cinna_ renferme sur ce point d'excellentes indications[868], un peu

contredites il est vrai par un passage d'un des _Discours_[869] qui

montre que Corneille n'était pas trop d'avis qu'on variât les

décorations pour marquer la diversité des lieux. Au reste ces

modifications n'eurent lieu alors qu'à la Comédie-Française; et

l'Odéon, qui deux jours après représentait _Cinna_ pour le début de

Mlle Karoly dans le rôle d'Émilie, ne rétablissait pas celui de Livie

et ne changeait rien à la décoration.

_Cinna_ est la première pièce dont Corneille ait obtenu le privilége

en son nom avant d'avoir traité avec un libraire. Ce privilége, daté

de Fontainebleau, le 1er août 1642, est ainsi conçu: «Il est permis à

notre amé et féal Pierre Corneille, notre conseiller et avocat général

à la table de marbre des eaux et forêts de Rouen, de faire imprimer

une tragédie de sa composition intitulée: _Cinna ou la Clémence

d'Auguste...._» Il est suivi d'une mention de «la cession et

transport» fait par Corneille à Toussaint Quinet, et l'on trouve dans

les _Mémoires de Mathieu Molé_[870] l'arrêt du 16 juin qui autorise

Quinet à jouir de l'effet du privilége, et du transport fait à son

profit par Corneille.

L'édition originale a pour titre: CINNA OV LA CLEMENCE D'AVGVSTE,

TRAGEDIE. _Imprimé à Roüen aux despens de l'Autheur et se vendent à

Paris chez Toussainct Quinet_.... M.DC.XLIII. _Auec priuilege du Roy._

Sur le titre se trouvent comme épigraphe les vers 40 et 41 de l'_Art

poétique_ d'Horace:

.... _Cui lecta potenter erit res,

Nec facundia deseret hunc, nec lucidus ordo._

Ce titre est précédé d'un frontispice gravé représentant Auguste sur

un trône, et Cinna, Maxime et Émilie à ses pieds; cette dernière lui

baise la main. Le volume, de format in-4º, se compose de 7 feuillets

et 110 pages. L'achevé d'imprimer est du 18 janvier; la cession à

Quinet, seulement du 27, comme on le voit dans l'arrêt du 16 juin; ce

qui explique la présence sur le titre de la formule: _Imprimé aux

despens de l'Autheur_.

En tête de _Cinna_ se trouve le passage de Sénèque qui a donné à

Corneille l'idée de sa tragédie[871], et la traduction libre de ce

passage par Montaigne[872]. Cette coutume de rapprocher ainsi des

poëmes dramatiques nouveaux leurs origines historiques, fut imitée par

quelques poëtes et blâmée par d'autres, qui sans doute ne

s'astreignaient pas à une exactitude bien rigoureuse dans le récit des

événements et la peinture des caractères. C'est ce que nous apprend un

auteur fort inconnu et fort digne de l'être, qui cependant, si nous

l'en croyons, a eu la gloire d'être l'ami de Corneille. Ce poëte, qui

se nomme le Vert et qui avait le bonheur, fort grand alors pour un

poëte dramatique, d'appartenir à la Normandie[873], a fait imprimer

trois pièces: _le Docteur amoureux_, comédie, en 1638; _Aristotime_,

tragédie, en 1642; _Aricidie_, _ou le Mariage de Tite_, tragi-comédie,

en 1646. Dans l'avis _au Lecteur_ de ce dernier ouvrage, le Vert

s'exprime ainsi: «Les préfaces, que j'aime quand elles ne sont pas

trop longues, ne me semblent point absolument inutiles,

particulièrement dans les histoires peu connues, où le moindre

avertissement donne quelquefois beaucoup de lumière et d'intelligence.

Je n'ignore pas que cette mienne opinion ne puisse être condamnée de

quelques-uns; mais je sais bien aussi qu'elle est suivie de beaucoup

d'autres, et que j'ai pour modèle et pour partisan (comme pour ami et

pour compatriote, dont je ne tire pas une petite vanité) le grand

maître de l'art qui dans le _Cinna_ et le _Polyeucte_ n'a pas jugé

hors de propos de préparer ses lecteurs par des commencements

semblables.»

Après _le Cid_, _Cinna_ est de toutes les pièces de Corneille celle

qui, de son vivant, a fait le plus de bruit. Il revient lui-même à

plusieurs reprises sur «les illustres suffrages» qu'elle a

obtenus[874]. Ne pas la bien connaître était une des plus grandes

marques d'ignorance que l'on pût donner; et en 1661, Dorimon, dans sa

_Comédie de la comédie_, faisait rire aux dépens d'un sot qui, pour

trancher de l'entendu, vantait la prose de _Cinna_.

Nous avons dit à combien de parodies _le Cid_ avait donné lieu, et à

quel point Corneille s'irritait des moindres plaisanteries de ce

genre[875]. Pour _Cinna_, nous n'en trouvons aucune qui ait été

représentée. Seulement, à une époque bien postérieure à celle de la

représentation, l'abbé de Pure fit, ou du moins distribua une brochure

intitulée: _Boileau, ou la Clémence de M. Colbert_; c'est une

imitation burlesque de la scène où Auguste déclare à Cinna qu'il

connaît tous les détails du complot tramé contre lui. Gilles Boileau y

est convaincu par le ministre Colbert d'avoir composé des libelles. Si

ombrageux que fût Corneille, cette plaisanterie fort médiocre, qui

n'était d'ailleurs nullement dirigée contre son oeuvre, ne dut lui

causer aucun chagrin.

NOTES:

[850] Voyez la _Notice biographique_.

[851] M. Rathery, _Des anciennes institutions judiciaires de la

Normandie_, dans la _Revue française_ du mois de mars 1839, p.

269.--Voyez aussi l'_Introduction_ du _Diaire, ou Journal du

chancelier Seguier en Normandie après la sédition des nu-pieds,

et documents relatifs à ce voyage et à la sédition_, publiés pour

la première fois par A. Floquet. Rouen, 1842, in-8º.

[852] Tallemant des Réaux, tome II, p. 47.

[853] M. Rathery, p. 271.--M. Édouard Fournier, _Notes sur la vie

de Corneille_, p. CXVII-CXIX, en tête de _Corneille à la Butte

Saint-Roch_.

[854] _Remarques sur Cinna_, acte V, scène III, vers 1701.

[855] _Anecdotes dramatiques_, p. 103.

[856] _Histoire du Théâtre françois_, tome V, p. 92.

[857] Voyez la Notice d'_Horace_, p. 249 et 250.

[858] _Mercure de France_, p. 847.

[859] Page 123.

[860] Pièce de Scarron, représentée en 1653.

[861] Voyez ci-dessus, p. 251.

[862] Voyez ci-après, p. 385, note 906.

[863] Tome VI, p. 94, note _a_.

[864] Tome I, p. 47.

[865] Acte V, scène II, vers 1562 et 1563.

[866] Voyez ci-dessus, p. 51.

[867] Voyez ci-dessus, p. 52.

[868] Voyez ci-après, p. 379 et 380.

[869] Voyez tome I, p. 120.

[870] Tome III, p. 66 et 67.

[871] Le récit de Sénèque est traduit en entier dans l'_Histoire

romaine_ de Coeffeteau (1621), fort goûtée au temps de Corneille,

et de l'autorité de laquelle il s'appuie à la fin de

l'avertissement de _Polyeucte_. Voyez plus loin, p. 478.

[872] Ces extraits, contrairement à l'usage ordinaire de

Corneille, se trouvent en tête de l'édition originale. La

première édition du _Cid_ n'a point les romances; ni la première

d'_Horace_, l'extrait de Tite Live.

[873] Voyez tome II, p. 4.

[874] Voyez plus loin, p. 378 et note 892.

[875] Voyez ci-dessus, p. 17 et 107 note 250.

ÉPÎTRE.

A MONSIEUR DE MONTORON[876].

MONSIEUR,

Je vous présente un tableau d'une des plus belles actions

d'Auguste. Ce monarque étoit tout généreux, et sa générosité n'a

jamais paru avec tant d'éclat que dans les effets de sa clémence

et de sa libéralité. Ces deux rares vertus lui étoient si

naturelles et si inséparables en lui, qu'il semble qu'en cette

histoire que j'ai mise sur notre théâtre, elles se soient tour à

tour entre-produites dans son âme. Il avoit été si libéral envers

Cinna, que sa conjuration ayant fait voir une ingratitude

extraordinaire, il eut besoin d'un extraordinaire effort de

clémence pour lui pardonner; et le pardon qu'il lui donna fut la

source des nouveaux bienfaits dont il lui fut prodigue, pour

vaincre tout à fait cet esprit qui n'avoit pu être gagné par les

premiers; de sorte qu'il est vrai de dire qu'il eût été moins

clément envers lui s'il eût été moins libéral, et qu'il eût été

moins libéral s'il eût été moins clément. Cela étant[877], à qui

pourrois-je plus justement donner le portrait de l'une de ces

héroïques vertus, qu'à celui qui possède l'autre en un si haut

degré, puisque, dans cette action, ce grand prince les a si bien

attachées et comme unies l'une à l'autre, qu'elles ont été tout

ensemble et la cause[878] et l'effet l'une de l'autre? Vous avez

des richesses, mais vous savez en jouir, et vous en jouissez

d'une façon si noble, si relevée, et tellement illustre, que vous

forcez la voix publique d'avouer que la fortune a consulté la

raison quand elle a répandu ses faveurs sur vous, et qu'on a plus

de sujet de vous en souhaiter le redoublement que de vous en

envier l'abondance. J'ai vécu si éloigné de la flatterie, que je

pense être en possession de me faire croire quand je dis du bien

de quelqu'un; et lorsque je donne des louanges (ce qui m'arrive

assez rarement), c'est avec tant de retenue, que je supprime

toujours quantité de glorieuses vérités, pour ne me rendre pas

suspect d'étaler de ces mensonges obligeants que beaucoup de nos

modernes savent débiter de si bonne grâce. Aussi je ne dirai rien

des avantages de votre naissance, ni de votre courage, qui l'a si

dignement soutenue dans la profession des armes[879], à qui vous

avez donné vos premières années: ce sont des choses trop connues

de tout le monde. Je ne dirai rien de ce prompt et puissant

secours que reçoivent chaque jour de votre main tant de bonnes

familles, ruinées par les désordres de nos guerres: ce sont des

choses que vous voulez tenir cachées. Je dirai seulement un mot de

ce que vous avez particulièrement de commun avec Auguste: c'est

que cette générosité qui compose la meilleure partie de votre âme

et règne sur l'autre, et qu'à juste titre on peut nommer l'âme de

votre âme, puisqu'elle en fait mouvoir toutes les puissances;

c'est, dis-je, que cette générosité, à l'exemple de ce grand

empereur, prend plaisir à s'étendre sur les gens de lettres, en un

temps où beaucoup pensent avoir trop récompensé leurs travaux

quand ils les ont honorés d'une louange stérile[880]. Et

certes[881], vous avez traité quelques-unes de nos muses avec tant

de magnanimité, qu'en elles vous avez obligé toutes les autres, et

qu'il n'en est point[882] qui ne vous en doive un remercîment.

Trouvez donc bon[883], Monsieur, que je m'acquitte de celui que je

reconnois vous en devoir, par le présent que je vous fais de ce

poëme, que j'ai choisi comme le plus durable des miens, pour

apprendre plus longtemps à ceux qui le liront que le généreux

Monsieur de Montoron, par une libéralité inouïe en ce siècle[884],

s'est rendu toutes les muses redevables, et que je prends tant de

part aux bienfaits dont vous avez surpris quelques-unes d'elles,

que je m'en dirai toute ma vie,

MONSIEUR,

Votre très-humble et très-obligé serviteur[885],

CORNEILLE.

NOTES:

Œuvres de P. Corneille, Tome 03 · 第 26 / 38 段