Ce poëme a tant d'avantages du côté du sujet et des pensées brillantes

dont il est semé, que la plupart de ses auditeurs n'ont pas voulu voir

les défauts de sa conduite, et ont laissé enlever leurs suffrages au

plaisir que leur a donné sa représentation. Bien que ce soit celui de

tous mes ouvrages réguliers où je me suis permis le plus de licence,

il passe encore pour le plus beau auprès de ceux qui ne s'attachent

pas à la dernière sévérité des règles; et depuis cinquante ans[213]

qu'il tient sa place sur nos théâtres, l'histoire ni l'effort de

l'imagination n'y ont rien fait voir qui en aye effacé l'éclat. Aussi

a-t-il les deux grandes conditions que demande Aristote aux tragédies

parfaites, et dont l'assemblage se rencontre si rarement chez les

anciens ni chez les modernes[214]; il les assemble même plus fortement

et plus noblement que les espèces que pose ce philosophe. Une

maîtresse que son devoir force à poursuivre la mort de son amant,

qu'elle tremble d'obtenir, a les passions plus vives et plus allumées

que tout ce qui peut se passer entre un mari et sa femme, une mère et

son fils, un frère et sa soeur[215]; et la haute vertu dans un naturel

sensible à ces passions, qu'elle dompte sans les affoiblir, et à qui

elle laisse toute leur force pour en triompher plus glorieusement, a

quelque chose de plus touchant, de plus élevé et de plus aimable que

cette médiocre bonté, capable d'une foiblesse, et même d'un crime, où

nos anciens étoient contraints d'arrêter le caractère le plus parfait

des rois et des princes dont ils faisoient leurs héros, afin que ces

taches et ces forfaits, défigurant ce qu'ils leur laissoient de vertu,

s'accommodassent au goût et aux souhaits de leurs spectateurs, et

fortifiassent[216] l'horreur qu'ils avoient conçue de leur domination

et de la monarchie.

Rodrigue suit ici son devoir sans rien relâcher de sa passion; Chimène

fait la même chose à son tour, sans laisser ébranler son dessein par

la douleur où elle se voit abîmée par là; et si la présence[217] de

son amant lui fait faire quelque faux pas, c'est une glissade dont

elle se relève à l'heure même; et non-seulement elle connoît si bien

sa faute qu'elle nous en avertit, mais elle fait un prompt désaveu de

tout ce qu'une vue si chère lui a pu arracher. Il n'est point besoin

qu'on lui reproche qu'il lui est honteux de souffrir l'entretien de

son amant après qu'il a tué son père; elle avoue que c'est la seule

prise que la médisance aura sur elle. Si elle s'emporte jusqu'à lui

dire qu'elle veut bien qu'on sache qu'elle l'adore et le poursuit, ce

n'est point une résolution si ferme, qu'elle l'empêche de cacher son

amour de tout son possible lorsqu'elle est en la présence du Roi. S'il

lui échappe de l'encourager au combat contre don Sanche par ces

paroles:

Sors vainqueur d'un combat dont Chimène est le prix[218], elle ne se

contente pas de s'enfuir de honte au même moment; mais sitôt qu'elle

est avec Elvire, à qui elle ne déguise rien de ce qui se passe dans

son âme, et que la vue de ce cher objet ne lui fait plus de violence,

elle forme un souhait plus raisonnable, qui satisfait sa vertu et son

amour tout ensemble, et demande au ciel que le combat se termine

Sans faire aucun des deux ni vaincu ni vainqueur[219].

Si elle ne dissimule point qu'elle penche du côté de Rodrigue, de peur

d'être à don Sanche, pour qui elle a de l'aversion, cela ne détruit

point la protestation qu'elle a faite un peu auparavant, que malgré la

loi de ce combat, et les promesses que le Roi a faites à Rodrigue,

elle lui fera mille autres ennemis, s'il en sort victorieux. Ce grand

éclat même qu'elle laisse faire à son amour après qu'elle le croit

mort, est suivi d'une opposition vigoureuse à l'exécution de cette loi

qui la donne à son amant, et elle ne se tait qu'après que le Roi l'a

différée, et lui a laissé lieu d'espérer qu'avec le temps il y pourra

survenir quelque obstacle. Je sais bien que le silence passe

d'ordinaire pour une marque de consentement; mais quand les rois

parlent, c'en est une de contradiction: on ne manque jamais à leur

applaudir quand on entre dans leurs sentiments; et le seul moyen de

leur contredire avec le respect qui leur est dû, c'est de se taire,

quand leurs ordres ne sont pas si pressants qu'on ne puisse remettre à

s'excuser de leur obéir lorsque le temps en sera venu, et conserver

cependant une espérance légitime d'un empêchement, qu'on ne peut

encore déterminément prévoir.

Il est vrai que dans ce sujet il faut se contenter de tirer Rodrigue

de péril, sans le pousser jusqu'à son mariage avec Chimène. Il est

historique, et a plu en son temps; mais bien sûrement il déplairoit au

nôtre; et j'ai peine à voir que Chimène y consente chez l'auteur

espagnol, bien qu'il donne plus de trois ans de durée à la comédie

qu'il en a faite. Pour ne pas contredire l'histoire, j'ai cru ne me

pouvoir dispenser d'en jeter quelque idée, mais avec incertitude de

l'effet; et ce n'étoit que par là que je pouvois accorder la

bienséance du théâtre avec la vérité de l'événement.

Les deux visites que Rodrigue fait à sa maîtresse[220] ont quelque

chose qui choque cette bienséance de la part de celle qui les souffre;

la rigueur du devoir vouloit qu'elle refusât de lui parler, et

s'enfermât dans son cabinet, au lieu de l'écouter; mais permettez-moi

de dire avec un des premiers esprits de notre siècle, «que leur

conversation est remplie de si beaux sentiments, que plusieurs n'ont

pas connu ce défaut, et que ceux qui l'ont connu l'ont toléré.» J'irai

plus outre, et dirai que tous presque ont souhaité que ces entretiens

se fissent; et j'ai remarqué aux premières représentations qu'alors

que ce malheureux amant se présentoit devant elle, il s'élevoit un

certain frémissement dans l'assemblée, qui marquoit une curiosité

merveilleuse, et un redoublement d'attention pour ce qu'ils avoient à

se dire dans un état si pitoyable. Aristote dit qu'il y a des

absurdités qu'il faut laisser dans un poëme, quand on peut espérer

qu'elles seront bien reçues; et il est du devoir du poëte, en ce cas,

de les couvrir de tant de brillants, qu'elles puissent éblouir[221].

Je laisse au jugement de mes auditeurs si je me suis assez bien

acquitté de ce devoir pour justifier par là ces deux scènes. Les

pensées de la première des deux sont quelquefois trop spirituelles

pour partir de personnes fort affligées; mais outre que je n'ai fait

que la paraphraser de l'espagnol[222], si nous ne nous permettions

quelque chose de plus ingénieux que le cours ordinaire de la passion,

nos poëmes ramperoient souvent, et les grandes douleurs ne mettroient

dans la bouche de nos acteurs que des exclamations et des hélas. Pour

ne déguiser rien, cette offre que fait Rodrigue de son épée à Chimène,

et cette protestation de se laisser tuer par don Sanche, ne me

plairoient pas maintenant. Ces beautés étoient de mise en ce temps-là,

et ne le seroient plus en celui-ci. La première est dans l'original

espagnol, et l'autre est tirée sur ce modèle. Toutes les deux ont fait

leur effet en ma faveur; mais je ferois scrupule d'en étaler de

pareilles à l'avenir sur notre théâtre.

J'ai dit ailleurs ma pensée touchant l'Infante et le Roi[223]; il

reste néanmoins quelque chose à examiner sur la manière dont ce

dernier agit, qui ne paroît pas assez vigoureuse, en ce qu'il ne fait

pas arrêter le Comte après le soufflet donné, et n'envoie pas des

gardes à don Diègue et à son fils. Sur quoi on peut considérer que don

Fernand étant le premier roi de Castille, et ceux qui en avoient été

maîtres auparavant lui n'ayant eu titre que de comtes, il n'étoit

peut-être pas assez absolu sur les grands seigneurs de son royaume

pour le pouvoir faire. Chez don Guillen de Castro, qui a traité ce

sujet avant moi, et qui devoit mieux connoître que moi quelle étoit

l'autorité de ce premier monarque de son pays, le soufflet se donne en

sa présence et en celle de deux ministres d'État[224], qui lui

conseillent, après que le Comte s'est retiré fièrement et avec

bravade, et que don Diègue a fait la même chose en soupirant, de ne le

pousser point à bout, parce qu'il a quantité d'amis dans les Asturies,

qui se pourroient révolter, et prendre parti avec les Maures dont son

État est environné. Ainsi il se résout d'accommoder l'affaire sans

bruit, et recommande le secret à ces deux ministres, qui ont été seuls

témoins de l'action. C'est sur cet exemple que je me suis cru bien

fondé à le faire agir plus mollement qu'on ne feroit en ce temps-ci,

où l'autorité royale est plus absolue. Je ne pense pas non plus qu'il

fasse une faute bien grande de ne jeter point[225] l'alarme de nuit

dans sa ville, sur l'avis incertain qu'il a du dessein des Maures,

puisqu'on faisoit bonne garde sur les murs et sur le port; mais il est

inexcusable de n'y donner aucun ordre après leur arrivée, et de

laisser tout faire à Rodrigue. La loi du combat qu'il propose à

Chimène avant que de le permettre à don Sanche contre Rodrigue, n'est

pas si injuste que quelques-uns ont voulu le dire, parce qu'elle est

plutôt une menace pour la faire dédire de la demande de ce combat,

qu'un arrêt qu'il lui veuille faire exécuter. Cela paroît en ce

qu'après la victoire de Rodrigue il n'en exige pas précisément l'effet

de sa parole, et la laisse en état d'espérer que cette condition

n'aura point de lieu.

Je ne puis dénier que la règle des vingt et quatre heures[226] presse

trop les incidents de cette pièce. La mort du Comte et l'arrivée des

Maures s'y pouvoient entre-suivre d'aussi près qu'elles font, parce

que cette arrivée est une surprise qui n'a point de communication, ni

de mesures à prendre avec le reste; mais il n'en va pas ainsi du

combat de don Sanche, dont le Roi étoit le maître, et pouvoit lui

choisir un autre temps que deux heures après la fuite des Maures. Leur

défaite avoit assez fatigué Rodrigue toute la nuit, pour mériter deux

ou trois jours de repos, et même il y avoit quelque apparence qu'il

n'en étoit pas échappé sans blessures, quoique je n'en aye rien dit,

parce qu'elles n'auroient fait que nuire à la conclusion de l'action.

Cette même règle presse aussi trop Chimène de demander justice au Roi

la seconde fois. Elle l'avoit fait le soir d'auparavant, et n'avoit

aucun sujet d'y retourner le lendemain matin pour en importuner le

Roi, dont elle n'avoit encore aucun lieu de se plaindre, puisqu'elle

ne pouvoit encore dire qu'il lui eût manqué de promesse. Le roman lui

auroit donné sept ou huit jours de patience avant que de l'en presser

de nouveau; mais les vingt et quatre heures ne l'ont pas permis[227]:

c'est l'incommodité de la règle.

Passons à celle de l'unité de lieu, qui ne m'a pas donné moins de gêne

en cette pièce. Je l'ai placé dans Séville, bien que don Fernand n'en

aye jamais été le maître; et j'ai été obligé à cette falsification,

pour former quelque vraisemblance à la descente des Maures, dont

l'armée ne pouvoit venir si vite par terre que par eau. Je ne voudrois

pas assurer toutefois que le flux de la mer monte effectivement

jusque-là[228]; mais comme dans notre Seine il fait encore plus de

chemin qu'il ne lui en faut faire sur le Guadalquivir pour battre les

murailles de cette ville, cela peut suffire à fonder quelque

probabilité parmi nous, pour ceux qui n'ont point été sur le lieu

même.

Cette arrivée des Maures ne laisse pas d'avoir ce défaut que j'ai

marqué ailleurs[229], qu'ils se présentent d'eux-mêmes, sans être

appelés dans la pièce, directement ni indirectement, par aucun acteur

du premier acte. Ils ont plus de justesse dans l'irrégularité de

l'auteur espagnol: Rodrigue, n'osant plus se montrer à la cour, les va

combattre sur la frontière[230]; et ainsi le premier acteur les va

chercher, et leur donne place dans le poëme, au contraire de ce qui

arrive ici, où ils semblent se venir faire de fête exprès pour en être

battus, et lui donner moyen de rendre à son roi un service

d'importance[231], qui lui fasse obtenir sa grâce. C'est une seconde

incommodité de la règle dans cette tragédie.

Tout s'y passe donc dans Séville, et garde ainsi quelque espèce

d'unité de lieu en général; mais le lieu particulier change de scène

en scène, et tantôt c'est le palais du Roi, tantôt l'appartement de

l'Infante, tantôt la maison de Chimène, et tantôt une rue ou place

publique. On le détermine aisément pour les scènes détachées; mais

pour celles qui ont leur liaison ensemble, comme les quatre dernières

du premier acte, il est malaisé d'en choisir un qui convienne à

toutes[232]. Le Comte et don Diègue se querellent au sortir du palais;

cela se peut passer dans une rue; mais après le soufflet reçu, don

Diègue ne peut pas demeurer en cette rue à faire ses plaintes,

attendant que son fils survienne, qu'il ne soit tout aussitôt

environné de peuple, et ne reçoive l'offre de quelques amis. Ainsi il

seroit plus à propos qu'il se plaignît dans sa maison, où le met

l'Espagnol[233], pour laisser aller ses sentiments en liberté; mais en

ce cas il faudroit délier les scènes comme il a fait. En l'état où

elles sont ici, on peut dire qu'il faut quelquefois aider au théâtre,

et suppléer favorablement ce qui ne s'y peut représenter. Deux

personnes s'y arrêtent pour parler, et quelquefois il faut présumer

qu'ils marchent, ce qu'on ne peut exposer sensiblement à la vue, parce

qu'ils échapperoient aux yeux avant que d'avoir pu dire ce qu'il est

nécessaire qu'ils fassent savoir à l'auditeur. Ainsi, par une fiction

de théâtre, on peut s'imaginer que don Diègue et le Comte, sortant du

palais du Roi, avancent toujours en se querellant, et sont arrivés

devant la maison de ce premier lorsqu'il reçoit le soufflet qui

l'oblige à y entrer pour y chercher du secours. Si cette fiction

poétique ne vous satisfait point, laissons-le dans la place publique,

et disons que le concours du peuple autour de lui après cette offense,

et les offres de service que lui font les premiers amis qui s'y

rencontrent, sont des circonstances que le roman ne doit pas oublier;

mais que ces menues actions ne servant de rien à la principale, il

n'est pas besoin que le poëte s'en embarrasse sur la scène. Horace

l'en dispense par ces vers:

_Hoc amet, hoc spernat promissi carminis auctor;

Pleraque negligat_[234].

Et ailleurs:

_Semper ad eventum festinet_[235].

C'est ce qui m'a fait négliger, au troisième acte, de donner à don

Diègue, pour aide à chercher son fils, aucun des cinq cents amis qu'il

avoit chez lui. Il y a grande apparence que quelques-uns d'eux l'y

accompagnoient, et même que quelques autres le cherchoient pour lui

d'un autre côté; mais ces accompagnements inutiles de personnes qui

n'ont rien à dire, puisque celui qu'ils accompagnent a seul tout

l'intérêt à l'action, ces sortes d'accompagnements, dis-je, ont

toujours mauvaise grâce au théâtre, et d'autant plus que les comédiens

n'emploient à ces personnages muets que leurs moucheurs de chandelles

et leurs valets, qui ne savent quelle posture tenir.

Les funérailles du Comte étoient encore une chose fort embarrassante,

soit qu'elles se soient faites avant la fin de la pièce, soit que le

corps aye demeuré en présence dans son hôtel, attendant qu'on y donnât

ordre[236]. Le moindre mot que j'en eusse laissé dire, pour en prendre

soin, eût rompu toute la chaleur de l'attention, et rempli l'auditeur

d'une fâcheuse idée. J'ai cru plus à propos de les dérober à son

imagination par mon silence, aussi bien que le lieu précis de ces

quatre scènes du premier acte dont je viens de parler; et je m'assure

que cet artifice m'a si bien réussi, que peu de personnes ont pris

garde à l'un ni à l'autre, et que la plupart des spectateurs, laissant

emporter leurs esprits à ce qu'ils ont vu et entendu de pathétique en

ce poëme, ne se sont point avisés de réfléchir sur ces deux

considérations.

J'achève par une remarque sur ce que dit Horace, que ce qu'on expose à

la vue touche bien plus que ce qu'on n'apprend que par un récit[237].

C'est sur quoi je me suis fondé pour faire voir le soufflet que reçoit

don Diègue, et cacher aux yeux la mort du Comte, afin d'acquérir et

conserver à mon premier acteur l'amitié des auditeurs, si nécessaire

pour réussir au théâtre. L'indignité d'un affront fait à un

vieillard, chargé d'années et de victoires, les jette aisément dans le

parti de l'offensé; et cette mort, qu'on vient dire au Roi tout

simplement sans aucune narration touchante, n'excite point en eux la

commisération qu'y eût fait naître le spectacle de son sang, et ne

leur donne aucune aversion pour ce malheureux amant, qu'ils ont vu

forcé par ce qu'il devoit à son honneur d'en venir à cette extrémité,

malgré l'intérêt et la tendresse de son amour.

NOTES:

[213] VAR. (édit. de 1660-1663): et depuis vingt-trois

ans;--(édit. de 1664) et depuis vingt-huit ans;--(édit. de 1668)

et depuis trente-cinq ans.--Ces dates sont peu précises: en 1682

il y avait, non pas cinquante ans, mais seulement quarante-six,

que _le Cid_ avait été représenté. Il y a d'autres inexactitudes

de ce genre dans les écrits de Corneille. Nous avons vu Claveret

lui reprocher de s'être vanté en 1637, dans la _Lettre

apologétique_, de ses «trente années d'études.» Voyez tome I, p.

129 et 130.

[214] VAR. (édit. de 1660-1668): chez les anciens et les

modernes.

[215] VAR. (édit. de 1660-1664): entre un mari et une femme, une

mère et un fils, un frère et une soeur.--Voyez tome I, p. 65.

[216] Toutes les éditions, jusqu'à celle de 1692, qui, la

première, met les deux verbes au pluriel, donnent

_s'accommodast.... et fortifiast_.

[217] VAR. (édit. de 1660): par la douleur où il l'abîme; et si

la présence, etc.

[218] Vers 1556.

[219] Vers 1667.

[220] Voyez la scène IV de l'acte III, et la scène I de l'acte V.

[221] Voyez la _Poétique_, fin du chapitre XXIV.

[222] Voyez _las Mocedades del Cid_, au premier tiers de la

seconde journée; la pièce n'est pas divisée en scènes distinguées

par des chiffres.

[223] Corneille a remarqué dans le _Discours du Poëme dramatique_

(tome I, p. 48) que l'amour de l'Infante est un épisode détaché,

et dans l'_Examen_ de _Clitandre_ (tome I, p. 272), que don

Fernand agit seulement en qualité de juge et que ce roi «remplit

assez mal la dignité d'un si grand titre.» Il revient encore sur

ces deux personnages dans l'_Examen_ d'_Horace_.

[224] Voyez _las Mocedades del Cid_, au premier tiers de la

première journée.

[225] VAR. (édit. de 1660-1663): Je ne pense pas non plus qu'il

manque beaucoup à ne jeter point, etc.

[226] VAR. (édit. de 1660): que la règle des vingt-quatre heures.

[227] VAR. (édit. de 1660): mais les vingt-quatre heures ne l'ont

pas permis.

[228] Corneille aurait pu l'assurer. Madoz dit que le flux se

fait sentir jusqu'à dix ou douze lieues au-dessus de Séville.

(_Diccionario geografico-estadistico-historico de España._

Madrid, 1847, gr. in-8º, tome IX, p. 22.)

[229] Voyez tome I, p. 43.

[230] Voyez _las Mocedades del Cid_, deuxième journée.

[231] VAR. (édit. de 1660 et de 1663); de rendre un service

d'importance à son roi.

[232] Ailleurs Corneille a déjà dit la même chose, mais en

précisant un peu plus: «_Le Cid_ multiple encore davantage les

lieux particuliers sans quitter Séville; et comme la liaison de

scènes n'y est pas gardée, le théâtre, dès le premier acte, est

la maison de Chimène, l'appartement de l'Infante dans le palais

du Roi, et la place publique; le second y ajoute la chambre du

Roi; et sans doute il y a quelque excès dans cette licence.»

(_Discours des trois unités_, tome I, p. 120.) On doit bien

penser que Scudéry ne manqua pas d'insister sur cette

irrégularité: «Le théâtre, dit-il, en est si mal entendu, qu'un

même lieu représentant l'appartement du Roi, celui de l'Infante,

la maison de Chimène et la rue, presque sans changer de face, le

spectateur ne sait le plus souvent où en sont les acteurs.»

(_Fautes remarquées dans la tragi-comédie du Cid_, p.

29.)--Actuellement on change les décorations. Voyez la _Notice_,

p. 52.

[233] Voyez _las Mocedades del Cid_, au deuxième tiers de la

première journée.

[234] Voici le vrai texte de ce passage (_Art poétique_, vers 44

et 45):

_Pleraque differat, et præsens in tempus omittat;

Hoc amet, hoc spernat promissi carminis auctor._

[235] Ici Corneille a changé le mode du verbe pour faire mieux

concorder les deux citations. Il y a dans l'_Art poétique_ (vers

148):

_Semper ad eventum festinat._

[236] Scudéry revient à deux reprises sur ce point: «Rodrigue y

paroît d'abord (_dans le troisième acte_) chez Chimène, avec une

épée qui fume encore du sang tout chaud qu'il vient de faire

répandre à son père; et par cette extravagance si peu attendue,

il donne de l'horreur à tous les judicieux qui le voient, et qui

savent que ce corps est encore dans la maison.» (_Fautes

remarquées_, p. 22.)--«Rodrigue vient en plein jour revoir

Chimène.... Si je ne craignois de faire le plaisant mal à propos,

je lui demanderois volontiers s'il a donné de l'eau bénite en

passant à ce pauvre mort qui vraisemblablement est dans la

salle.» (P. 27.)

[237] _Segnius irritant animos demissa per aurem,

Quam quæ sunt oculis subjecta fidelibus...._

(_Art poétique_, vers 180 et 181.)

LISTE DES ÉDITIONS QUI ONT ÉTÉ COLLATIONNÉES POUR LES VARIANTES DU

_CID_.

ÉDITIONS SÉPARÉES.

1637 in-4º, Paris, F. Targa

(Bibliothèque impériale, Y,

5664 + A);

1637 in-4º, Paris, A. Courbé

(Bibliothèque impériale, Y,

5664 ++[**] A);

1637 in-4º, Paris, F.

Targa (Bibliothèque de l'Institut

et Bibliothèque de Versailles[238]);

1637 in-12 (deux exemplaires

identiques);

1638 in-12, Paris;

1638 in-12, Leyden, édition

précédée d'un avis _Aux amateurs

du langage françois_, signé

J. P.[239];

1639 in-4º;

1644 in-4º;

1644 in-12;

NOTES:

[238] Nous avons confronté plusieurs exemplaires de l'édition

originale, parce qu'ils ne sont pas tous identiques: en les

comparant, nous avons constaté, comme on pourra le voir aux

variantes, plusieurs différences, dont une est très-notable:

voyez vers 312-314, p. 122.

[239] Nous avons fait réimprimer cet avis à la fin de notre

_Appendice du Cid_.

RECUEILS.

1648 in-12;

1652 in-12;

1654 in-12;

1655 in-12;

1656 in-12;

1660 in-8º;

1663 in-fol.;

1664 in-8º;

1668 in-12;

1682 in-12.

_N.B._--Quand il sera besoin de distinguer les uns des autres les

divers exemplaires de l'édition de 1637, in-4º, nous désignerons ceux

de la Bibliothèque impériale de Paris par la lettre P., ceux des

Bibliothèques de l'Institut et de Versailles par un I. (Les deux

exemplaires de la Bibliothèque impériale sont constamment identiques;

l'exemplaire de Versailles est partout semblable à celui de

l'Institut.)--Nous distinguerons de même par les lettres P. et L. nos

deux éditions in-12 de 1638, de Paris et de Leyde.

ACTEURS.

DON FERNAND[240], premier roi de Castille.

DONA URRAQUE, infante de Castille.

DON DIÈGUE, père de don Rodrigue.

DON GOMÈS, comte de Gormas, père de Chimène.

DON RODRIGUE, amant de Chimène[241].

DON SANCHE, amoureux de Chimène.

DON ARIAS, }

DON ALONSE, } gentilshommes castillans.

CHIMÈNE, fille de don Gomès[242].

LÉONOR, gouvernante de l'Infante.

ELVIRE, gouvernante de Chimène[243].

UN PAGE de l'Infante.

La scène est à Séville.

LE CID,

TRAGÉDIE[244].

ACTE I.

SCÈNE PREMIÈRE[245].

CHIMÈNE, ELVIRE[246].

CHIMÈNE.

Elvire, m'as-tu fait un rapport bien sincère?

Ne déguises-tu rien de ce qu'a dit mon père?

ELVIRE.

Tous mes sens à moi-même en sont encor charmés:

Il estime Rodrigue autant que vous l'aimez,

Et si je ne m'abuse à lire dans son âme, 5

Il vous commandera de répondre à sa flamme.

CHIMÈNE.

Dis-moi donc, je te prie, une seconde fois

Ce qui te fait juger qu'il approuve mon choix:

Apprends-moi de nouveau quel espoir j'en dois prendre;

Un si charmant discours ne se peut trop entendre; 10

Tu ne peux trop promettre aux feux de notre amour

La douce liberté de se montrer au jour.

Que t'a-t-il répondu sur la secrète brigue

Que font auprès de toi don Sanche et don Rodrigue?

N'as-tu point trop fait voir quelle inégalité 15

Entre ces deux amants me penche d'un côté?

ELVIRE.

Œuvres de P. Corneille, Tome 03 · 第 8 / 38 段