[159] «S'il est du Parnasse comme du paradis, où l'on ne peut

espérer d'entrée avec des biens mal acquis, tombez d'accord avec

moi que nous en sommes exclus, si nous ne restituons publiquement

la réputation illégitime que ces deux pièces (la _Silvie_ et _le

Cid_) nous ont donnée.» (_Épître familière du sieur Mairet_, p.

12.)

[160] «J'essayerai néanmoins de lui justifier la _Silvanire_, _le

Duc d'Ossonne_; la _Virginie_ et la _Sophonisbe_, dans un ouvrage

plus considérable que cestui-ci.» (_Ibidem_, p. 8.)

[161] Ce n'est assurément pas Corneille qui a écrit ou même

inspiré ce passage, car il se défend avec énergie d'avoir accepté

des juges. Voyez ci-dessus, p. 47 et 48, et ci-après, p. 83.

V. AVERTISSEMENT AU BESANÇONNOIS MAIRET[162].

Il n'étoit nullement besoin, de vous donner la gêne deux mois durant à

fagoter une malheureuse lettre, pour nous apprendre que vous êtes

aussi savant en injures que votre ami Claveret et tous les crocheteurs

de Paris. Cette belle poésie que vous nous aviez envoyée du Mans ne

nous permettoit pas d'en douter; et bien que vous y fissiez parler un

auteur espagnol, dont vous ne saviez pas le nom, la foiblesse de votre

style vous découvroit assez. Ainsi vous aviez beau vous cacher sous ce

méchant masque, on ne laissoit pas de vous connoître, et le rondeau

qui vous répondit parloit de vous sans se contredire. Que si

l'épithète de _Fou solennel_ vous y déplaît, vous pouvez la changer,

et mettre en sa place _Innocent le Bel_, qui est le nom de guerre que

vous ont donné les comiques. Défaites-vous cependant de la pensée que

M. Corneille vous ait fait l'honneur d'écrire contre vos ouvrages:

s'il daignoit les entreprendre, il y montreroit bien d'autres défauts

que n'a fait celui qui s'en est raillé en passant; et certes en ce cas

il prendroit une peine bien superflue, puisque pour les trouver

mauvais, il ne faut que se donner la patience de les lire. C'est un

emploi trop indigne de lui pour s'y arrêter, et tous les vains efforts

de vos calomnies ne le sauroient réduire à cette honteuse nécessité

d'abaisser votre réputation pour soutenir la sienne. Un homme qui

écrit doit être en bien mauvaise posture quand il est forcé d'en venir

là. _Nemo_, dit Heinsius, dont l'observateur fait son évangéliste, _de

aliena reprehensione laudem quærit, nisi qui de propria

desperat_[163].

Mais vous ne vous contentez pas de lui attribuer les deux réponses au

libelle que vous désavouez: vous tâchez de lui faire des ennemis dans

sa province, en expliquant la première sur une personne de haute

condition que vous n'osez nommer de peur de ses ressentiments contre

une explication si impertinente. Ne recourez point à cette

artificieuse imposture; je puis assurer que j'ai vu depuis deux jours

écrit de sa main, qu'il n'a fait aucune des deux, et que non-seulement

il ne sait qui c'est que son ami dépeint dans la première, ni de qui

vous parlez dans la vôtre, mais qu'il tient même pour certain que

cette réponse n'attaque personne de la province.

Pour moi je ne puis soupçonner qu'elle s'adresse à un autre qu'à vous:

le galant homme dont elle est partie témoigne être particulièrement

instruit de vos qualités. Il vous taxe de jeunesse: c'est de quoi vous

vous vantez dans votre épître du _Duc d'Ossonne_[164]. Il vous accuse

de manque de jugement: il ne vous fait pas grand tort; ce seroit vous

flatter s'il vous traitoit d'autre façon. Vous ne refuserez pas la

compagnie du seigneur Claveret qu'il vous donne: c'est un homme à

chérir, il peut faire fortune, et son horoscope lui promet beaucoup,

puisque vous aspirez déjà à être un jour de ses domestiques. Sous

ombre de la soie dont la poésie vous a couvert, vous voulez passer

pour honnête homme d'origine: il faut de la foi pour le croire, vu

qu'on sait le contraire. Il vous donne avis de vous défaire de vos

belles figures: vous eussiez bien fait d'en user; on n'eût pas vu dans

votre lettre ces insolentes comparaisons de M. Corneille avec des

domestiques dont vous ne nommez point le maître, et avec votre ami

Claveret, qui me forcent à en faire maintenant de plus véritables, et

à vous dire que celui que vous offensez s'est assis sur les fleurs de

lis[165] avant que Claveret portât de manteau, et que vous n'êtes pas

de meilleure maison que son valet de chambre. Il vous avoit autrefois

honoré de son amitié, dont vous vous êtes montré fort indigne. On

n'entend rien de plus familier en vos discours, sinon que _le Cid_ est

un beau corps plein de plaies, un bel enchantement, la dupe des sots,

une beauté fardée, etc. Vous pouvez juger à toutes ces marques si le

galant homme vous connoissoit parfaitement.

Il n'y a qu'un point qui me pourroit laisser quelque difficulté: c'est

qu'il vous fait plus riche que Claveret. Quoique vous soyez de loin,

on sait fort bien que la fortune ne vous a pas avantagé plus que lui,

et que les présents qu'elle vous a faits à votre naissance, ne sont

pas si grands qu'on ne les puisse cacher dans le creux d'un violon.

Aussi vous n'êtes point en peine de faire des caravanes de Besançon à

Paris: vos affaires ne vous rappellent point à votre pays, et vous

gouvernez aisément par procureur le bien que vous y avez laissé.

Pour confirmer ces vérités, je n'aurois qu'à nommer le maître que vous

voulûtes servir, lorsque après avoir importuné quatre jours les

comédiens pour votre _Chriséide_, ils vous jetèrent un écu d'or afin

de se défaire de vous; mais je m'en veux taire pour l'honneur des

vers. Passons à votre lettre.

Vous êtes toujours sur les comparaisons, et après avoir proposé ce

ridicule parallèle de la _Silvie_ et du _Cid_ vous ajoutez que quelque

éclat qu'elle ait eu quatre ans durant, vous ne l'avez point appelée

votre chef-d'oeuvre ni votre ouvrage immortel: vous avez bien fait

pis. Son succès vous enfla tellement, que vous eûtes l'effronterie de

prendre la chaire et de mettre un art poétique au devant de votre

_Silvanire_[166]. Jeune homme, il faut apprendre avant que

d'enseigner, et à moins que d'être un Scaliger ou un Heinsius, cela

n'est pas supportable. Il est vrai que vous en faites maintenant

réparation au public en avouant que toute cette belle doctrine n'est

qu'ignorance, puisque vous reconnoissez des défauts aux poëmes que

vous avez produits après; vous promettez toutefois de les justifier:

accordez-vous avec vous-même, beau poëte, et soutenez-les sans tache,

ou n'en entreprenez pas la justification. Mais donnons un coup d'oeil

à ce bel art poétique.

Dès le commencement vous vous échappez et faites une définition du

poëte à votre mode. «Le poëte, dites-vous, est proprement celui qui

doué d'une fureur divine, explique en beaux vers des pensées qui

semblent ne pouvoir être produites du seul esprit humain[167].» O

l'excellent philosophe, qui découvre bien la nature des choses! Je ne

m'étonne plus s'il ne fait point conscience de manquer de jugement en

toutes ses pièces: il croit la fureur de l'essence du poëte; voilà un

parfait raisonnement. Si je voulois bien l'empêcher, je lui

demanderois ce que c'est qu'une fureur divine; mais je me contenterai

de le prier, puisqu'il prétend avoir droit à l'héritage du Parnasse,

qu'il nous cite quelques-unes de ses pensées aussi hautes comme il

définit devoir être celles du véritable poëte. Quant à moi, j'en

remarque beaucoup dans ses livres qui ne peuvent être produites de

l'esprit humain, tant elles sont extravagantes, mais je n'y en ai

point encore découvert qui passent la portée d'un esprit médiocre,

foible et rampant comme le sien.

Cependant il nous étale pour poèmes dramatiques parfaitement beaux: le

_Pastor fido_, la _Filis de Scire_, et cette malheureuse _Silvanire_

que le coup d'essai de M. Corneille terrassa dès sa première

représentation[168]. Il excuse encore fort adroitement la longueur du

cinquième acte de cette admirable pièce, sur ce qu'elle étoit faite

pour l'hôtel de Montmorency plutôt que pour celui de Bourgogne, comme

si les mauvaises choses y étoient mieux reçues[169]. Sans doute il

s'est imaginé qu'elle seroit immortelle, parce qu'il n'y pouvoit

trouver de fin; et c'est sur cette croyance que pour conserver la

mémoire d'un homme illustre, il a fait planter sur le frontispice de

ce grand ouvrage un marmouset qui lui ressemble, et graver autour de

cette vénérable médaille: JEAN MAIRET DE BESANÇON. C'est ce qu'il a

fait de plus à propos en sa vie, que de nous avertir par là qu'il

n'est pas né François[170], afin qu'on lui pardonne les fautes qu'il

fait à tous moments contre la langue.

Revenons à votre lettre, Monsieur Mairet. N'est-ce pas une belle chose

que l'histoire que vous nous contez d'un libraire de Rouen qui mourut,

à votre très-grand regret, pour avoir imprimé votre _Chriséide_[171]?

Nous espérions qu'ensuite vous nous en donneriez l'épitaphe, pour

témoignage de cette violente affliction: vous avez frustré le lecteur

de ce consentement; mais pour suppléer à votre défaut, en voici un

dont les vers ne valent guère mieux que les vôtres:

Ci-dessous gît Jacques Besogne,

Qui s'étant mis trop en besogne

Pour le beau poëte Jean Mairet,

Mourut à son très-grand regret.

Après cette belle histoire vous perdez tellement le respect et le sens

commun, que vous avez l'insolence de préférer votre _Silvie_ aux

oeuvres de MM. de Racan et Théophile, au dernier desquels vous êtes si

étroitement obligé, que sans lui vous suivriez encore la déplorable

condition des vôtres. Ce n'est pas faire en homme généreux que de

payer d'ingratitude tant de bienfaits reçus. On sait que le dialogue

qui a tant plu à la cour et qui avoit couru plus de deux ans avant

qu'on sût qu'il y eût une _Silvie_ au monde, étoit de la façon de

Théophile; ainsi vous vous pariez d'un habillement emprunté, et ce bel

enchantement que vous nommez le _Pastor fido_ des Allemands, doit à ce

grand homme si peu qu'il eut de grâce.

C'est à ces mêmes Allemands que vous pensez parler, quand vous nous

assurez si magnifiquement que _le Cid_ a perdu à la lecture une bonne

partie de l'estime qu'il avoit acquise à la représentation. Quelle

impudence! Les extravagances de Virginie, les impudicités du duc

d'Ossonne et les coquetteries de Sophonisbe ont mérité l'impression,

si l'on vous en croit, et celle du _Cid_ devoit être différée pour

cent et un an! Ne donnez point à M. Corneille les mauvais conseils de

vos tailles-douces, qui n'ont servi dans votre _Silvanire_ qu'à

incommoder votre libraire[172], et ne faites plus sonner si haut ces

grands coups d'épée que M. de Scudéry a donnés au _Cid_ tout au

travers du corps. Après en avoir reçu deux mille de pareils, on se

porte encore fort bien, et ceux que ses raisons de paille ont

convertis (si toutefois elles ont converti quelques-uns) avoient

grande envie de l'être.

Au reste, nous voyons maintenant ce qui vous pique: vous vous fâchez

de ce qu'on a découvert vos brigues et les artifices que vous mettez

en usage pour mendier un peu de réputation. Vous vous plaignez de ce

que dit M. Corneille:

Que son ambition pour faire plus de bruit

Ne quête point les voix de réduit en réduit[173].

On sait le petit commerce que vous pratiquez, et que vous n'avez

point d'applaudissements que vous ne gagniez à force de sonnets et de

révérences. Si vous envoyiez vos pièces de Besançon, comme M.

Corneille envoie les siennes de Rouen, sans intéresser personne en

leur succès, vous tomberiez bien bas, et je m'assure que quelque

adresse que vous apportiez à faire valoir votre traduction du

_Soliman_ italien, qui a déjà couru les ruelles dix-huit mois et qu'on

réserve pour cet hiver, le bruit de cette importante pièce de batterie

ne fera point faire retraite au _Cid_[174].

Criez tant qu'il vous plaira, et donnez aux acteurs ce qui n'est dû

qu'au poëte; servez-vous du témoignage de M. de Balzac, il ne vous

sera point avantageux. Ne traite-t-il pas Massinisse et Brutus de même

que Jason, qu'il nomme le premier, pour montrer qu'il estime plus son

auteur que vous[175]? Et véritablement vous avez été toujours

tellement au-dessous de lui, dès qu'il a pris la plume, qu'il n'avoit

pas besoin de faire un _Cid_ pour passer devant vous: tant de beaux

poëmes dont il a enrichi le théâtre vous laissoient déjà loin

derrière. Parlez en homme désintéressé, et on vous écoutera. Si le

malheur a voulu que la _Mariane_ et _le Cid_ aient étouffé le débit de

toutes vos rimes, il faut prendre patience, et ne murmurer point

contre les nouvelles grâces qu'on a trouvées au _Cid_ depuis qu'il a

été imprimé.

Vous vous plaignez de ce que M. Corneille ne s'est pas soumis au

jugement de l'Académie. Pour le mettre en tort, il faudroit que vous

et l'observateur y soumissiez vos ouvrages; ce n'est pas la raison

qu'il soit censuré tout seul, jamais il ne refusera de prendre ces

Messieurs pour juges entre _Médée_ et _Sophonisbe_, et même entre

_Clitandre_ et _Virginie_, mais non pas entre _le Cid_ et un libelle.

Je finirois si vous ne m'aviez obligé à lire votre épître du _Duc

d'Ossonne_: vous nous y renvoyez pour y voir votre modestie qui est si

grande, que dès le titre vous traitez le procureur général de votre

parlement comme vous feriez un procureur fiscal de quelqu'une de vos

hautes justices[176]. Cette arrogante familiarité avec un des

principaux magistrats de votre pays débutoit assez bien, et vous eût

fait passer pour homme de marque, si dans votre épître la bassesse de

votre inclination n'eût découvert celle de votre naissance. Ce souhait

famélique d'être reçu au Louvre avec des hécatombes de Poissy[177],

tient fort de votre pauvreté originelle; et puisque vous êtes si

affamé, vous serez aisé à accorder sur ce point avec M. Corneille, qui

se contentera toujours de ces honorables fumées du cabinet dont vous

êtes si dégoûté, cependant qu'on vous envoyera dans les offices vous

soûler de cette viande délicate pour qui vous avez tant d'appétit.

Le reste de cette épître n'est que vanité: vous vous perdez dans la

réflexion de vos grandes productions, et vous vantez d'avoir été

l'idée universelle des grands génies que vous nommez, comme s'il étoit

à croire qu'ils vous eussent considéré[178]. Mais n'avez-vous pas

bonne grâce un peu après de traiter d'inférieurs, et quasi de petits

garçons, les auteurs de _Cléopatre_[179] et de _Mithridate_[180], pour

qui vous faites une classe à part? Vous ne sauriez nier que cette

_Cléopatre_ a enseveli la vôtre, que le _Mithridate_ a paru sur le

théâtre autant qu'aucune de vos pièces, et que l'une et l'autre à la

lecture l'emportent bien haut sur tout ce que vous avez fait. Votre

style n'est qu'une jolie prose rimée, foible et basse presque partout,

et bien éloignée de la vigueur des vers de ces Messieurs, sur qui M.

Corneille seroit bien marri de prétendre aucune prééminence.

Cet acte de la pastorale héroïque qui vous fut donné à faire il y a

quelque temps[181], est la preuve indubitable de la foiblesse de style

que je vous reproche: votre or (pour user de vos termes) y fut trouvé

de si bas aloi et votre poésie si chétive, que même on ne vous jugea

pas capable de la corriger. La commission en fut donnée à trois

Messieurs de l'Académie, qui n'y laissèrent que vingt-cinq de vos

vers. C'est un préjugé fort désavantageux pour vous, et qui vous doit

empêcher, si vous êtes sage, d'exposer vos fureurs divines au jugement

de cette illustre compagnie.

Je ne parlerai point de l'irrévérence avec laquelle vous déclamez dans

cette épître contre les grands du siècle, qui ne reconnoissent pas

assez votre mérite, ni du repentir que vous témoignez de leur avoir

dédié vos chefs-d'oeuvre; le mal que je vous veux ne va pas jusqu'à

vous faire criminel. Je vous donnerai seulement un mot d'avis avant

que d'achever, qui est de ne mêler plus d'impiétés dans les

prostitutions de vos héroïnes; les signes de croix de votre Flavie et

les anges de lumière de votre Duc[182] sont des profanations qui font

horreur à tout le monde.

Adieu, beau lyrique, et souvenez-vous que M. Corneille montrera

toujours par véritables effets sur le théâtre, qu'il en sait mieux les

règles et la bienséance que ceux qui lui en veulent faire leçon; que

malgré vos impostures _le Cid_ sera toujours _le Cid_, et que tant

qu'on fera des pièces de cette force, vous ne serez prophète que parmi

vos Allemands[183].

FLAVIE.

O ma soeur! sous quelle étrange forme

Abusez-vous mes yeux et mes sens à la fois?

LE DUC.

Madame, réservez tous ces signes de croix

Pour l'apparition de ces mauvais fantômes,

Qui meuvent, ce dit-on, des corps d'air et d'atomes.

FLAVIE.

Dieu! c'est bien un démon véritable et trompeur,

Puisqu'il m'ôte la voix.

LE DUC.

Non, n'ayez point de peur.

Si j'étois un esprit de l'infernale suite,

Tant de signes de croix m'eussent donné la fuite,

Et puis étant vous-même un ange de clarté,

Votre divin aspect m'eût-il pas écarté?

(Acte III, scène II.)

NOTES:

[162] Attribué à Corneille par les frères Parfait, qui

considèrent à tort cet _Avertissement_ comme une réponse à

l'_Apologie pour M. Mairet_ (_Histoire du Théâtre françois_, tome

V, p. 270). Voyez ci-dessus, p. 41.

[163] «Personne ne cherche à tirer sa gloire de la critique

d'autrui, si ce n'est celui qui désespère de sa gloire propre.»

[164] «J'ai commencé de si bonne heure à faire parler de moi,

qu'à ma vingt-sixième année je me trouve aujourd'hui le plus

ancien de tous nos poëtes dramatiques.» Voyez encore ci-dessus,

p. 60, note 147.

[165] Voyez la _Notice biographique_, et ci-dessus, p. 10, note

16.

[166] La _Silvanire_ est précédée d'une _Preface en forme de

discours poetique_, à Monsieur le comte de Carmail.

[167] La première division de cette préface, intitulée: _Du poete

et de ses parties_, commence ainsi: «Poëte proprement est

celui-là qui doué d'une excellence d'esprit et poussé d'une

fureur divine, explique en beaux vers des pensées qui semblent ne

pouvoir pas être produites du seul esprit humain.»

[168] «Disons donc que les anciens nous ont laissé des poëmes

beaucoup moins remplis à la vérité que ne sont les nôtres, tant

pour la raison que je viens d'apporter, que pour quelque autre à

nous inconnue, et qu'on n'infère pas de là que la rigueur de

notre règle en ait été la principale cause, comme veulent

quelques-uns de ces Messieurs, qui n'ont point envie de la

recevoir. D'autant que nous ne pouvons croire cela sans faire

tort à ces grands esprits de l'antiquité, qui sembleroient avoir

eu moins d'invention en la composition de leurs sujets, que nos

modernes dramatiques, qui, nonobstant la difficulté de cette loi,

n'ont pas laissé d'en imaginer de parfaitement beaux et

parfaitement agréables, tels que sont par exemple le _Pastor

fido_, la _Filis de Scire_ et, sans aller plus loin, la

_Silvanire ou la Morte vive_.»

[169] «Pour son étendue, il est vrai qu'elle passe un peu au delà

de l'ordinaire, et que l'ayant plutôt faite pour l'hôtel de

Montmorency que pour l'hôtel de Bourgogne, je ne me suis pas

beaucoup soucié de la longueur, qui paroît principalement au

dernier acte, à cause de la foule des effets qu'il y faut

nécessairement démêler: si c'est un défaut, c'est pour les

impatients et non pour les habiles.» La _Silvanire_ est dédiée à

Madame la duchesse de Montmorency.

[170] Voyez p. 76, note 183.

[171] «Pour la _Chriséide_, il me suffira de lui dire qu'elle n'a

jamais vu le jour de mon consentement; qu'étant pleine des

propres fautes de mon enfance et de celles que le peu de soin de

l'imprimeur y laissa glisser, je fis ce que je pus pour en

empêcher la distribution, jusque-là même qu'un de vos

compatriots, nommé Jacques Besongne, qui l'avoit mise sous la

presse, fut obligé par les poursuites de François Targa, votre

libraire, à qui j'en avois laissé procuration, de faire un voyage

en cette ville, où le pauvre homme mourut subitement, à mon

très-grand regret; ce sont des circonstances assez remarquables

pour vérifier ce que je dis.» (_Épître familière du Sr Mairet_,

p. 9.)

[172] _La Silvanire_ est ornée d'un frontispice gravé, avec

portrait de _J. Mairet de Besançon_, et de cinq planches de

Michel Lasne.

[173] _Excuse à Ariste_, vers 39 et 40. Le texte exact est:

Et mon ambition, pour faire plus de bruit,

Ne les va point quêter (_les voix_) de réduit en réduit.

[174] En 1639 a paru: _Le grand et dernier Solyman ou la Mort de

Mustapha_, tragédie par M. Mairet. Représenté par la troupe

Royalle, _Paris, A. Courbé_, in-4º. On lit dans l'_Avertissement

au lecteur_: «Je t'avertis que le _Solyman_ qu'on mit en lumière

il y a deux ans n'est pas de moi.» En effet, le _Soliman_ publié

en 1637 est de d'Alibray. Les deux ouvrages sont imités de la

pièce italienne du comte Bonarelli de la Rovère.

[175] Voyez la Notice sur _Médée_, tome II, p. 330 et 331, et

ci-dessus, p. 8 et 9, et note 11 de cette dernière page.

[176] Cette dédicace est intitulée: «_A tres-docte et

tres-ingénieux Anthoine Brun, procureur general au Parlement de

Dole, epitre dedicatoire, comique et familiere_,» et elle

commence par ces mots: «Monsieur mon tres-cher ami.»

[177] «Il est vrai qu'on nous fait au Louvre des sacrifices de

louanges et de fumées, comme si nous étions les dieux de

l'antiquité les plus délicats, où nous aurions besoin qu'on nous

traitât plus grossièrement, et qu'on nous offrît plutôt de bonnes

hécatombes de Poissy, avec une large effusion de vin d'Arbois, de

Beaune et de Coindrieux.»

[178] «Il est très-vrai que si mes premiers ouvrages ne furent

guère bons, au moins ne peut-on nier qu'ils n'ayent été

l'heureuse semence de beaucoup d'autres meilleurs, produits par

les fécondes plumes de MM. de Rotrou, de Scudéry, Corneille et du

Ryer, que je nomme ici suivant l'ordre du temps qu'ils ont

commencé d'écrire après moi, et de quelques autres, dont la

réputation ira quelque jour jusques à vous; particulièrement de

deux jeunes auteurs des tragédies de _Cléopatre_ et de

_Mithridate_, de qui l'apprentissage est un demi-chef-d'oeuvre

qui donne de merveilleuses espérances des belles choses qu'ils

pourront faire à l'avenir.»

[179] _Cléopatre_, tragédie de Benserade, représentée en 1635.

[180] _La Mort de Mithridate_, tragédie de la Calprenède,

représentée en 1635.

[181] Nous ne savons de quel ouvrage il s'agit ici. Serait-ce de

_la Grande Pastorale_ qui, suivant Pellisson, renfermait cinq

cents vers de la façon du Cardinal, et à l'impression de laquelle

il renonça après avoir pris connaissance des observations de

Chapelain, que lui communiqua Boisrobert (voyez _la Relation

contenant l'histoire de l'Académie françoise_, p. 179 et

suivantes)? C'est probable; remarquons toutefois que Pellisson ne

dit mot de la collaboration de Mairet.

[182] Voici le passage des _Galanteries du duc d'Ossonne_ auquel

il est fait allusion ici.

[183] On sait que Besançon, patrie de Mairet, et la Franche-Comté

tout entière n'étaient pas encore françaises: elles avaient

appartenu à l'empire d'Allemagne et faisaient alors partie des

possessions de la ligne espagnole de la maison d'Autriche.

A MADAME DE COMBALET[184]

MADAME,

Œuvres de P. Corneille, Tome 03 · 第 6 / 38 段