espérer d'entrée avec des biens mal acquis, tombez d'accord avec
moi que nous en sommes exclus, si nous ne restituons publiquement
la réputation illégitime que ces deux pièces (la _Silvie_ et _le
Cid_) nous ont donnée.» (_Épître familière du sieur Mairet_, p.
12.)
[160] «J'essayerai néanmoins de lui justifier la _Silvanire_, _le
Duc d'Ossonne_; la _Virginie_ et la _Sophonisbe_, dans un ouvrage
plus considérable que cestui-ci.» (_Ibidem_, p. 8.)
[161] Ce n'est assurément pas Corneille qui a écrit ou même
inspiré ce passage, car il se défend avec énergie d'avoir accepté
des juges. Voyez ci-dessus, p. 47 et 48, et ci-après, p. 83.
V. AVERTISSEMENT AU BESANÇONNOIS MAIRET[162].
Il n'étoit nullement besoin, de vous donner la gêne deux mois durant à
fagoter une malheureuse lettre, pour nous apprendre que vous êtes
aussi savant en injures que votre ami Claveret et tous les crocheteurs
de Paris. Cette belle poésie que vous nous aviez envoyée du Mans ne
nous permettoit pas d'en douter; et bien que vous y fissiez parler un
auteur espagnol, dont vous ne saviez pas le nom, la foiblesse de votre
style vous découvroit assez. Ainsi vous aviez beau vous cacher sous ce
méchant masque, on ne laissoit pas de vous connoître, et le rondeau
qui vous répondit parloit de vous sans se contredire. Que si
l'épithète de _Fou solennel_ vous y déplaît, vous pouvez la changer,
et mettre en sa place _Innocent le Bel_, qui est le nom de guerre que
vous ont donné les comiques. Défaites-vous cependant de la pensée que
M. Corneille vous ait fait l'honneur d'écrire contre vos ouvrages:
s'il daignoit les entreprendre, il y montreroit bien d'autres défauts
que n'a fait celui qui s'en est raillé en passant; et certes en ce cas
il prendroit une peine bien superflue, puisque pour les trouver
mauvais, il ne faut que se donner la patience de les lire. C'est un
emploi trop indigne de lui pour s'y arrêter, et tous les vains efforts
de vos calomnies ne le sauroient réduire à cette honteuse nécessité
d'abaisser votre réputation pour soutenir la sienne. Un homme qui
écrit doit être en bien mauvaise posture quand il est forcé d'en venir
là. _Nemo_, dit Heinsius, dont l'observateur fait son évangéliste, _de
aliena reprehensione laudem quærit, nisi qui de propria
desperat_[163].
Mais vous ne vous contentez pas de lui attribuer les deux réponses au
libelle que vous désavouez: vous tâchez de lui faire des ennemis dans
sa province, en expliquant la première sur une personne de haute
condition que vous n'osez nommer de peur de ses ressentiments contre
une explication si impertinente. Ne recourez point à cette
artificieuse imposture; je puis assurer que j'ai vu depuis deux jours
écrit de sa main, qu'il n'a fait aucune des deux, et que non-seulement
il ne sait qui c'est que son ami dépeint dans la première, ni de qui
vous parlez dans la vôtre, mais qu'il tient même pour certain que
cette réponse n'attaque personne de la province.
Pour moi je ne puis soupçonner qu'elle s'adresse à un autre qu'à vous:
le galant homme dont elle est partie témoigne être particulièrement
instruit de vos qualités. Il vous taxe de jeunesse: c'est de quoi vous
vous vantez dans votre épître du _Duc d'Ossonne_[164]. Il vous accuse
de manque de jugement: il ne vous fait pas grand tort; ce seroit vous
flatter s'il vous traitoit d'autre façon. Vous ne refuserez pas la
compagnie du seigneur Claveret qu'il vous donne: c'est un homme à
chérir, il peut faire fortune, et son horoscope lui promet beaucoup,
puisque vous aspirez déjà à être un jour de ses domestiques. Sous
ombre de la soie dont la poésie vous a couvert, vous voulez passer
pour honnête homme d'origine: il faut de la foi pour le croire, vu
qu'on sait le contraire. Il vous donne avis de vous défaire de vos
belles figures: vous eussiez bien fait d'en user; on n'eût pas vu dans
votre lettre ces insolentes comparaisons de M. Corneille avec des
domestiques dont vous ne nommez point le maître, et avec votre ami
Claveret, qui me forcent à en faire maintenant de plus véritables, et
à vous dire que celui que vous offensez s'est assis sur les fleurs de
lis[165] avant que Claveret portât de manteau, et que vous n'êtes pas
de meilleure maison que son valet de chambre. Il vous avoit autrefois
honoré de son amitié, dont vous vous êtes montré fort indigne. On
n'entend rien de plus familier en vos discours, sinon que _le Cid_ est
un beau corps plein de plaies, un bel enchantement, la dupe des sots,
une beauté fardée, etc. Vous pouvez juger à toutes ces marques si le
galant homme vous connoissoit parfaitement.
Il n'y a qu'un point qui me pourroit laisser quelque difficulté: c'est
qu'il vous fait plus riche que Claveret. Quoique vous soyez de loin,
on sait fort bien que la fortune ne vous a pas avantagé plus que lui,
et que les présents qu'elle vous a faits à votre naissance, ne sont
pas si grands qu'on ne les puisse cacher dans le creux d'un violon.
Aussi vous n'êtes point en peine de faire des caravanes de Besançon à
Paris: vos affaires ne vous rappellent point à votre pays, et vous
gouvernez aisément par procureur le bien que vous y avez laissé.
Pour confirmer ces vérités, je n'aurois qu'à nommer le maître que vous
voulûtes servir, lorsque après avoir importuné quatre jours les
comédiens pour votre _Chriséide_, ils vous jetèrent un écu d'or afin
de se défaire de vous; mais je m'en veux taire pour l'honneur des
vers. Passons à votre lettre.
Vous êtes toujours sur les comparaisons, et après avoir proposé ce
ridicule parallèle de la _Silvie_ et du _Cid_ vous ajoutez que quelque
éclat qu'elle ait eu quatre ans durant, vous ne l'avez point appelée
votre chef-d'oeuvre ni votre ouvrage immortel: vous avez bien fait
pis. Son succès vous enfla tellement, que vous eûtes l'effronterie de
prendre la chaire et de mettre un art poétique au devant de votre
_Silvanire_[166]. Jeune homme, il faut apprendre avant que
d'enseigner, et à moins que d'être un Scaliger ou un Heinsius, cela
n'est pas supportable. Il est vrai que vous en faites maintenant
réparation au public en avouant que toute cette belle doctrine n'est
qu'ignorance, puisque vous reconnoissez des défauts aux poëmes que
vous avez produits après; vous promettez toutefois de les justifier:
accordez-vous avec vous-même, beau poëte, et soutenez-les sans tache,
ou n'en entreprenez pas la justification. Mais donnons un coup d'oeil
à ce bel art poétique.
Dès le commencement vous vous échappez et faites une définition du
poëte à votre mode. «Le poëte, dites-vous, est proprement celui qui
doué d'une fureur divine, explique en beaux vers des pensées qui
semblent ne pouvoir être produites du seul esprit humain[167].» O
l'excellent philosophe, qui découvre bien la nature des choses! Je ne
m'étonne plus s'il ne fait point conscience de manquer de jugement en
toutes ses pièces: il croit la fureur de l'essence du poëte; voilà un
parfait raisonnement. Si je voulois bien l'empêcher, je lui
demanderois ce que c'est qu'une fureur divine; mais je me contenterai
de le prier, puisqu'il prétend avoir droit à l'héritage du Parnasse,
qu'il nous cite quelques-unes de ses pensées aussi hautes comme il
définit devoir être celles du véritable poëte. Quant à moi, j'en
remarque beaucoup dans ses livres qui ne peuvent être produites de
l'esprit humain, tant elles sont extravagantes, mais je n'y en ai
point encore découvert qui passent la portée d'un esprit médiocre,
foible et rampant comme le sien.
Cependant il nous étale pour poèmes dramatiques parfaitement beaux: le
_Pastor fido_, la _Filis de Scire_, et cette malheureuse _Silvanire_
que le coup d'essai de M. Corneille terrassa dès sa première
représentation[168]. Il excuse encore fort adroitement la longueur du
cinquième acte de cette admirable pièce, sur ce qu'elle étoit faite
pour l'hôtel de Montmorency plutôt que pour celui de Bourgogne, comme
si les mauvaises choses y étoient mieux reçues[169]. Sans doute il
s'est imaginé qu'elle seroit immortelle, parce qu'il n'y pouvoit
trouver de fin; et c'est sur cette croyance que pour conserver la
mémoire d'un homme illustre, il a fait planter sur le frontispice de
ce grand ouvrage un marmouset qui lui ressemble, et graver autour de
cette vénérable médaille: JEAN MAIRET DE BESANÇON. C'est ce qu'il a
fait de plus à propos en sa vie, que de nous avertir par là qu'il
n'est pas né François[170], afin qu'on lui pardonne les fautes qu'il
fait à tous moments contre la langue.
Revenons à votre lettre, Monsieur Mairet. N'est-ce pas une belle chose
que l'histoire que vous nous contez d'un libraire de Rouen qui mourut,
à votre très-grand regret, pour avoir imprimé votre _Chriséide_[171]?
Nous espérions qu'ensuite vous nous en donneriez l'épitaphe, pour
témoignage de cette violente affliction: vous avez frustré le lecteur
de ce consentement; mais pour suppléer à votre défaut, en voici un
dont les vers ne valent guère mieux que les vôtres:
Ci-dessous gît Jacques Besogne,
Qui s'étant mis trop en besogne
Pour le beau poëte Jean Mairet,
Mourut à son très-grand regret.
Après cette belle histoire vous perdez tellement le respect et le sens
commun, que vous avez l'insolence de préférer votre _Silvie_ aux
oeuvres de MM. de Racan et Théophile, au dernier desquels vous êtes si
étroitement obligé, que sans lui vous suivriez encore la déplorable
condition des vôtres. Ce n'est pas faire en homme généreux que de
payer d'ingratitude tant de bienfaits reçus. On sait que le dialogue
qui a tant plu à la cour et qui avoit couru plus de deux ans avant
qu'on sût qu'il y eût une _Silvie_ au monde, étoit de la façon de
Théophile; ainsi vous vous pariez d'un habillement emprunté, et ce bel
enchantement que vous nommez le _Pastor fido_ des Allemands, doit à ce
grand homme si peu qu'il eut de grâce.
C'est à ces mêmes Allemands que vous pensez parler, quand vous nous
assurez si magnifiquement que _le Cid_ a perdu à la lecture une bonne
partie de l'estime qu'il avoit acquise à la représentation. Quelle
impudence! Les extravagances de Virginie, les impudicités du duc
d'Ossonne et les coquetteries de Sophonisbe ont mérité l'impression,
si l'on vous en croit, et celle du _Cid_ devoit être différée pour
cent et un an! Ne donnez point à M. Corneille les mauvais conseils de
vos tailles-douces, qui n'ont servi dans votre _Silvanire_ qu'à
incommoder votre libraire[172], et ne faites plus sonner si haut ces
grands coups d'épée que M. de Scudéry a donnés au _Cid_ tout au
travers du corps. Après en avoir reçu deux mille de pareils, on se
porte encore fort bien, et ceux que ses raisons de paille ont
convertis (si toutefois elles ont converti quelques-uns) avoient
grande envie de l'être.
Au reste, nous voyons maintenant ce qui vous pique: vous vous fâchez
de ce qu'on a découvert vos brigues et les artifices que vous mettez
en usage pour mendier un peu de réputation. Vous vous plaignez de ce
que dit M. Corneille:
Que son ambition pour faire plus de bruit
Ne quête point les voix de réduit en réduit[173].
On sait le petit commerce que vous pratiquez, et que vous n'avez
point d'applaudissements que vous ne gagniez à force de sonnets et de
révérences. Si vous envoyiez vos pièces de Besançon, comme M.
Corneille envoie les siennes de Rouen, sans intéresser personne en
leur succès, vous tomberiez bien bas, et je m'assure que quelque
adresse que vous apportiez à faire valoir votre traduction du
_Soliman_ italien, qui a déjà couru les ruelles dix-huit mois et qu'on
réserve pour cet hiver, le bruit de cette importante pièce de batterie
ne fera point faire retraite au _Cid_[174].
Criez tant qu'il vous plaira, et donnez aux acteurs ce qui n'est dû
qu'au poëte; servez-vous du témoignage de M. de Balzac, il ne vous
sera point avantageux. Ne traite-t-il pas Massinisse et Brutus de même
que Jason, qu'il nomme le premier, pour montrer qu'il estime plus son
auteur que vous[175]? Et véritablement vous avez été toujours
tellement au-dessous de lui, dès qu'il a pris la plume, qu'il n'avoit
pas besoin de faire un _Cid_ pour passer devant vous: tant de beaux
poëmes dont il a enrichi le théâtre vous laissoient déjà loin
derrière. Parlez en homme désintéressé, et on vous écoutera. Si le
malheur a voulu que la _Mariane_ et _le Cid_ aient étouffé le débit de
toutes vos rimes, il faut prendre patience, et ne murmurer point
contre les nouvelles grâces qu'on a trouvées au _Cid_ depuis qu'il a
été imprimé.
Vous vous plaignez de ce que M. Corneille ne s'est pas soumis au
jugement de l'Académie. Pour le mettre en tort, il faudroit que vous
et l'observateur y soumissiez vos ouvrages; ce n'est pas la raison
qu'il soit censuré tout seul, jamais il ne refusera de prendre ces
Messieurs pour juges entre _Médée_ et _Sophonisbe_, et même entre
_Clitandre_ et _Virginie_, mais non pas entre _le Cid_ et un libelle.
Je finirois si vous ne m'aviez obligé à lire votre épître du _Duc
d'Ossonne_: vous nous y renvoyez pour y voir votre modestie qui est si
grande, que dès le titre vous traitez le procureur général de votre
parlement comme vous feriez un procureur fiscal de quelqu'une de vos
hautes justices[176]. Cette arrogante familiarité avec un des
principaux magistrats de votre pays débutoit assez bien, et vous eût
fait passer pour homme de marque, si dans votre épître la bassesse de
votre inclination n'eût découvert celle de votre naissance. Ce souhait
famélique d'être reçu au Louvre avec des hécatombes de Poissy[177],
tient fort de votre pauvreté originelle; et puisque vous êtes si
affamé, vous serez aisé à accorder sur ce point avec M. Corneille, qui
se contentera toujours de ces honorables fumées du cabinet dont vous
êtes si dégoûté, cependant qu'on vous envoyera dans les offices vous
soûler de cette viande délicate pour qui vous avez tant d'appétit.
Le reste de cette épître n'est que vanité: vous vous perdez dans la
réflexion de vos grandes productions, et vous vantez d'avoir été
l'idée universelle des grands génies que vous nommez, comme s'il étoit
à croire qu'ils vous eussent considéré[178]. Mais n'avez-vous pas
bonne grâce un peu après de traiter d'inférieurs, et quasi de petits
garçons, les auteurs de _Cléopatre_[179] et de _Mithridate_[180], pour
qui vous faites une classe à part? Vous ne sauriez nier que cette
_Cléopatre_ a enseveli la vôtre, que le _Mithridate_ a paru sur le
théâtre autant qu'aucune de vos pièces, et que l'une et l'autre à la
lecture l'emportent bien haut sur tout ce que vous avez fait. Votre
style n'est qu'une jolie prose rimée, foible et basse presque partout,
et bien éloignée de la vigueur des vers de ces Messieurs, sur qui M.
Corneille seroit bien marri de prétendre aucune prééminence.
Cet acte de la pastorale héroïque qui vous fut donné à faire il y a
quelque temps[181], est la preuve indubitable de la foiblesse de style
que je vous reproche: votre or (pour user de vos termes) y fut trouvé
de si bas aloi et votre poésie si chétive, que même on ne vous jugea
pas capable de la corriger. La commission en fut donnée à trois
Messieurs de l'Académie, qui n'y laissèrent que vingt-cinq de vos
vers. C'est un préjugé fort désavantageux pour vous, et qui vous doit
empêcher, si vous êtes sage, d'exposer vos fureurs divines au jugement
de cette illustre compagnie.
Je ne parlerai point de l'irrévérence avec laquelle vous déclamez dans
cette épître contre les grands du siècle, qui ne reconnoissent pas
assez votre mérite, ni du repentir que vous témoignez de leur avoir
dédié vos chefs-d'oeuvre; le mal que je vous veux ne va pas jusqu'à
vous faire criminel. Je vous donnerai seulement un mot d'avis avant
que d'achever, qui est de ne mêler plus d'impiétés dans les
prostitutions de vos héroïnes; les signes de croix de votre Flavie et
les anges de lumière de votre Duc[182] sont des profanations qui font
horreur à tout le monde.
Adieu, beau lyrique, et souvenez-vous que M. Corneille montrera
toujours par véritables effets sur le théâtre, qu'il en sait mieux les
règles et la bienséance que ceux qui lui en veulent faire leçon; que
malgré vos impostures _le Cid_ sera toujours _le Cid_, et que tant
qu'on fera des pièces de cette force, vous ne serez prophète que parmi
vos Allemands[183].
FLAVIE.
O ma soeur! sous quelle étrange forme
Abusez-vous mes yeux et mes sens à la fois?
LE DUC.
Madame, réservez tous ces signes de croix
Pour l'apparition de ces mauvais fantômes,
Qui meuvent, ce dit-on, des corps d'air et d'atomes.
FLAVIE.
Dieu! c'est bien un démon véritable et trompeur,
Puisqu'il m'ôte la voix.
LE DUC.
Non, n'ayez point de peur.
Si j'étois un esprit de l'infernale suite,
Tant de signes de croix m'eussent donné la fuite,
Et puis étant vous-même un ange de clarté,
Votre divin aspect m'eût-il pas écarté?
(Acte III, scène II.)
NOTES:
[162] Attribué à Corneille par les frères Parfait, qui
considèrent à tort cet _Avertissement_ comme une réponse à
l'_Apologie pour M. Mairet_ (_Histoire du Théâtre françois_, tome
V, p. 270). Voyez ci-dessus, p. 41.
[163] «Personne ne cherche à tirer sa gloire de la critique
d'autrui, si ce n'est celui qui désespère de sa gloire propre.»
[164] «J'ai commencé de si bonne heure à faire parler de moi,
qu'à ma vingt-sixième année je me trouve aujourd'hui le plus
ancien de tous nos poëtes dramatiques.» Voyez encore ci-dessus,
p. 60, note 147.
[165] Voyez la _Notice biographique_, et ci-dessus, p. 10, note
16.
[166] La _Silvanire_ est précédée d'une _Preface en forme de
discours poetique_, à Monsieur le comte de Carmail.
[167] La première division de cette préface, intitulée: _Du poete
et de ses parties_, commence ainsi: «Poëte proprement est
celui-là qui doué d'une excellence d'esprit et poussé d'une
fureur divine, explique en beaux vers des pensées qui semblent ne
pouvoir pas être produites du seul esprit humain.»
[168] «Disons donc que les anciens nous ont laissé des poëmes
beaucoup moins remplis à la vérité que ne sont les nôtres, tant
pour la raison que je viens d'apporter, que pour quelque autre à
nous inconnue, et qu'on n'infère pas de là que la rigueur de
notre règle en ait été la principale cause, comme veulent
quelques-uns de ces Messieurs, qui n'ont point envie de la
recevoir. D'autant que nous ne pouvons croire cela sans faire
tort à ces grands esprits de l'antiquité, qui sembleroient avoir
eu moins d'invention en la composition de leurs sujets, que nos
modernes dramatiques, qui, nonobstant la difficulté de cette loi,
n'ont pas laissé d'en imaginer de parfaitement beaux et
parfaitement agréables, tels que sont par exemple le _Pastor
fido_, la _Filis de Scire_ et, sans aller plus loin, la
_Silvanire ou la Morte vive_.»
[169] «Pour son étendue, il est vrai qu'elle passe un peu au delà
de l'ordinaire, et que l'ayant plutôt faite pour l'hôtel de
Montmorency que pour l'hôtel de Bourgogne, je ne me suis pas
beaucoup soucié de la longueur, qui paroît principalement au
dernier acte, à cause de la foule des effets qu'il y faut
nécessairement démêler: si c'est un défaut, c'est pour les
impatients et non pour les habiles.» La _Silvanire_ est dédiée à
Madame la duchesse de Montmorency.
[170] Voyez p. 76, note 183.
[171] «Pour la _Chriséide_, il me suffira de lui dire qu'elle n'a
jamais vu le jour de mon consentement; qu'étant pleine des
propres fautes de mon enfance et de celles que le peu de soin de
l'imprimeur y laissa glisser, je fis ce que je pus pour en
empêcher la distribution, jusque-là même qu'un de vos
compatriots, nommé Jacques Besongne, qui l'avoit mise sous la
presse, fut obligé par les poursuites de François Targa, votre
libraire, à qui j'en avois laissé procuration, de faire un voyage
en cette ville, où le pauvre homme mourut subitement, à mon
très-grand regret; ce sont des circonstances assez remarquables
pour vérifier ce que je dis.» (_Épître familière du Sr Mairet_,
p. 9.)
[172] _La Silvanire_ est ornée d'un frontispice gravé, avec
portrait de _J. Mairet de Besançon_, et de cinq planches de
Michel Lasne.
[173] _Excuse à Ariste_, vers 39 et 40. Le texte exact est:
Et mon ambition, pour faire plus de bruit,
Ne les va point quêter (_les voix_) de réduit en réduit.
[174] En 1639 a paru: _Le grand et dernier Solyman ou la Mort de
Mustapha_, tragédie par M. Mairet. Représenté par la troupe
Royalle, _Paris, A. Courbé_, in-4º. On lit dans l'_Avertissement
au lecteur_: «Je t'avertis que le _Solyman_ qu'on mit en lumière
il y a deux ans n'est pas de moi.» En effet, le _Soliman_ publié
en 1637 est de d'Alibray. Les deux ouvrages sont imités de la
pièce italienne du comte Bonarelli de la Rovère.
[175] Voyez la Notice sur _Médée_, tome II, p. 330 et 331, et
ci-dessus, p. 8 et 9, et note 11 de cette dernière page.
[176] Cette dédicace est intitulée: «_A tres-docte et
tres-ingénieux Anthoine Brun, procureur general au Parlement de
Dole, epitre dedicatoire, comique et familiere_,» et elle
commence par ces mots: «Monsieur mon tres-cher ami.»
[177] «Il est vrai qu'on nous fait au Louvre des sacrifices de
louanges et de fumées, comme si nous étions les dieux de
l'antiquité les plus délicats, où nous aurions besoin qu'on nous
traitât plus grossièrement, et qu'on nous offrît plutôt de bonnes
hécatombes de Poissy, avec une large effusion de vin d'Arbois, de
Beaune et de Coindrieux.»
[178] «Il est très-vrai que si mes premiers ouvrages ne furent
guère bons, au moins ne peut-on nier qu'ils n'ayent été
l'heureuse semence de beaucoup d'autres meilleurs, produits par
les fécondes plumes de MM. de Rotrou, de Scudéry, Corneille et du
Ryer, que je nomme ici suivant l'ordre du temps qu'ils ont
commencé d'écrire après moi, et de quelques autres, dont la
réputation ira quelque jour jusques à vous; particulièrement de
deux jeunes auteurs des tragédies de _Cléopatre_ et de
_Mithridate_, de qui l'apprentissage est un demi-chef-d'oeuvre
qui donne de merveilleuses espérances des belles choses qu'ils
pourront faire à l'avenir.»
[179] _Cléopatre_, tragédie de Benserade, représentée en 1635.
[180] _La Mort de Mithridate_, tragédie de la Calprenède,
représentée en 1635.
[181] Nous ne savons de quel ouvrage il s'agit ici. Serait-ce de
_la Grande Pastorale_ qui, suivant Pellisson, renfermait cinq
cents vers de la façon du Cardinal, et à l'impression de laquelle
il renonça après avoir pris connaissance des observations de
Chapelain, que lui communiqua Boisrobert (voyez _la Relation
contenant l'histoire de l'Académie françoise_, p. 179 et
suivantes)? C'est probable; remarquons toutefois que Pellisson ne
dit mot de la collaboration de Mairet.
[182] Voici le passage des _Galanteries du duc d'Ossonne_ auquel
il est fait allusion ici.
[183] On sait que Besançon, patrie de Mairet, et la Franche-Comté
tout entière n'étaient pas encore françaises: elles avaient
appartenu à l'empire d'Allemagne et faisaient alors partie des
possessions de la ligne espagnole de la maison d'Autriche.
A MADAME DE COMBALET[184]
MADAME,