FAUNE D'AFRIQUE _Photographies du Dr Émile Gromier._

C'est une antilope facile à tuer, cependant, comme elle est puissante et

son cuir épais, le chasseur doit employer des balles pleines. Ayant tiré

au coeur, à trente mètres, un énorme et vieux taureau, celui-ci fit un

bond, décocha une ruade et resta immobile. Je tirai de nouveau: l'animal

fit une cinquantaine de mètres au trot. Outré de ma maladresse et

croyant avoir manqué le coeur malgré la proximité, je tirai une

troisième balle sans résultat. Un quatrième coup eut raison enfin de la

bête qui s'écroula; il était temps, mes hommes, goguenards,

chuchotaient, et mon prestige en souffrait. Mes quatre balles pleines

étaient au coeur où elles avaient opéré de simples pertuis, venant

ensuite s'arrêter contre la paroi costale opposée. Si la distance avait

été plus grande, les dégâts eussent été plus importants, bien entendu.

Si l'on veut enrayer la disparition de cette espèce, intéressante,

belle, et facile à domestiquer, il faudra employer des moyens

énergiques, car elle offre une cible large, elle est lourde dans la

fuite, peu méfiante, et sa reproduction est médiocre.

Dans les fourrés épineux de l'Est africain, du Cap à l'Abyssinie,

jusqu'à 3.000 mètres d'altitude, on trouve la plus belle de toutes les

antilopes: le coudou.

De grande taille, de formes élégantes, la robe d'un brun roux strié de

quelques lignes blanches parallèles, la tête petite surmontée de la plus

admirable paire de cornes spiralées qu'il existe, c'est un animal

magnifique.

Très furtif, on l'aperçoit rarement au clair et dans les bush épais où

il se tient le jour, sa recherche est malaisée et son approche très

difficile. Il se nourrit de feuilles et de bourgeons, et vient souvent,

le soir, paître l'herbe des clairières.

Il existe un petit échantillon de l'espèce, le lesser-kudu des Anglais,

_Strepsiceros imberbis_, assez abondant dans l'Est africain. Dans le

British-East-Africa notamment, il existe un peu partout entre les

stations de Tsavo et de Makindu. Je conseille au sportsman de s'arrêter

à la station de M'toto-Andeï, sur l'Uganda Railway, et de diriger ses

recherches avec un bon guide de la tribu des War Kàmba entre la voie

ferrée et la base du massif des Ongolea.

A côté de toutes ces antilopes, il ne faut pas oublier leur compagnon

presque inséparable: le zèbre. Il en existe plusieurs espèces qui

varient par la taille, par le nombre et la disposition des rayures,

nulle n'est plus belle que le zèbre de Grant coloré par les rayons si

riches du soleil équatorial. L'espèce la plus favorisée au point de vue

de la taille est le zèbre de Grévy, spécial au Somaliland et qui

n'atteint pas au sud l'Équateur. Son domaine est même curieusement

délimité par la rive gauche du fleuve Guaso-Nyiro, qui décrit un vaste

arc de cercle autour du puissant massif de Kénia et va se perdre dans un

immense marécage, le Lorian.

Le zèbre est si peu méfiant, si peu résistant à la balle, si lourd, et

offre une telle cible que le tirer n'est plus du sport, mais du

massacre, ce sont donc les novices ou les disciples de Costecalde qui se

livrent à cet exercice.

Cependant, un impérieux besoin de viande oblige quelquefois à en

sacrifier. La chair est rouge, semblable à celle du boeuf et excellente à

mon goût; les colons, pourtant, la dédaignent, en général.

Tous ces beaux animaux de la steppe ont actuellement une vie bien

précaire, constamment obligés de surveiller les quatre points de

l'horizon, le jour, à cause de l'homme acharné à leur perte, ils doivent

se garer encore, la nuit, des entreprises du lion.

L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913 · 第 18 / 51 题