C'est une antilope facile à tuer, cependant, comme elle est puissante et
son cuir épais, le chasseur doit employer des balles pleines. Ayant tiré
au coeur, à trente mètres, un énorme et vieux taureau, celui-ci fit un
bond, décocha une ruade et resta immobile. Je tirai de nouveau: l'animal
fit une cinquantaine de mètres au trot. Outré de ma maladresse et
croyant avoir manqué le coeur malgré la proximité, je tirai une
troisième balle sans résultat. Un quatrième coup eut raison enfin de la
bête qui s'écroula; il était temps, mes hommes, goguenards,
chuchotaient, et mon prestige en souffrait. Mes quatre balles pleines
étaient au coeur où elles avaient opéré de simples pertuis, venant
ensuite s'arrêter contre la paroi costale opposée. Si la distance avait
été plus grande, les dégâts eussent été plus importants, bien entendu.
Si l'on veut enrayer la disparition de cette espèce, intéressante,
belle, et facile à domestiquer, il faudra employer des moyens
énergiques, car elle offre une cible large, elle est lourde dans la
fuite, peu méfiante, et sa reproduction est médiocre.
Dans les fourrés épineux de l'Est africain, du Cap à l'Abyssinie,
jusqu'à 3.000 mètres d'altitude, on trouve la plus belle de toutes les
antilopes: le coudou.
De grande taille, de formes élégantes, la robe d'un brun roux strié de
quelques lignes blanches parallèles, la tête petite surmontée de la plus
admirable paire de cornes spiralées qu'il existe, c'est un animal
magnifique.
Très furtif, on l'aperçoit rarement au clair et dans les bush épais où
il se tient le jour, sa recherche est malaisée et son approche très
difficile. Il se nourrit de feuilles et de bourgeons, et vient souvent,
le soir, paître l'herbe des clairières.
Il existe un petit échantillon de l'espèce, le lesser-kudu des Anglais,
_Strepsiceros imberbis_, assez abondant dans l'Est africain. Dans le
British-East-Africa notamment, il existe un peu partout entre les
stations de Tsavo et de Makindu. Je conseille au sportsman de s'arrêter
à la station de M'toto-Andeï, sur l'Uganda Railway, et de diriger ses
recherches avec un bon guide de la tribu des War Kàmba entre la voie
ferrée et la base du massif des Ongolea.
A côté de toutes ces antilopes, il ne faut pas oublier leur compagnon
presque inséparable: le zèbre. Il en existe plusieurs espèces qui
varient par la taille, par le nombre et la disposition des rayures,
nulle n'est plus belle que le zèbre de Grant coloré par les rayons si
riches du soleil équatorial. L'espèce la plus favorisée au point de vue
de la taille est le zèbre de Grévy, spécial au Somaliland et qui
n'atteint pas au sud l'Équateur. Son domaine est même curieusement
délimité par la rive gauche du fleuve Guaso-Nyiro, qui décrit un vaste
arc de cercle autour du puissant massif de Kénia et va se perdre dans un
immense marécage, le Lorian.
Le zèbre est si peu méfiant, si peu résistant à la balle, si lourd, et
offre une telle cible que le tirer n'est plus du sport, mais du
massacre, ce sont donc les novices ou les disciples de Costecalde qui se
livrent à cet exercice.
Cependant, un impérieux besoin de viande oblige quelquefois à en
sacrifier. La chair est rouge, semblable à celle du boeuf et excellente à
mon goût; les colons, pourtant, la dédaignent, en général.
Tous ces beaux animaux de la steppe ont actuellement une vie bien
précaire, constamment obligés de surveiller les quatre points de
l'horizon, le jour, à cause de l'homme acharné à leur perte, ils doivent
se garer encore, la nuit, des entreprises du lion.