Vient ensuite dans le livre du docteur Moreau (p. 59) le récit de

l'aventure de Rose Keller mais avec des variantes. Des personnes,

passant dans une rue isolée de Paris, entendirent des gémissements,

pénétrèrent dans la maison, trouvèrent une femme nue, attachée sur une

table; le sang coulait de deux saignées faites aux bras; les seins

étaient légèrement tailladés, les parties sexuelles également incisées

et baignées de sang. Lorsque les premiers secours lui eurent été

prodigués, elle raconta qu'elle avait été attirée dans cette maison par

le marquis; le souper terminé, elle avait été dépouillée de ses

vêtements, étendue et liée sur une table. Un homme avec une lancette lui

avait ouvert les veines et pratiqué un grand nombre d'incisions sur le

corps, le marquis s'était ensuite livré sur elle à ses débauches

habituelles. Son intention, disait-il, n'était point de lui faire du

mal, mais comme elle ne cessait de crier, et qu'on entendait du bruit

dans les environs de la maison, le marquis de Sade disparut avec ses

gens (Brière de Boismont, _Gazette médicale de Paris_, 21 juillet,

1869.)

Nous avons fait mention d'un livre allemand intitulé: _Justine und

Juliette, oder die Gefahren der Tugend und die Wonne des Lasters

Kritische Ausgabe nach dem Franzosischen des marquis de Sade_. Leipzig,

Carl Minde. Druck von Ernst Sorge, in Armstadt in-12 de 150 p.

Cet ouvrage est extrêmement peu connu en France; il présente des choses

fort singulières; nous en donnerons une analyse rapide.

L'auteur débute par une généalogie fantastique; il donne à tort au héros

les prénom et surnom de Charles-Louis; sa famille remonte aux premières

invasions des Normands; elle a fourni à l'État, sous toutes les

dynasties de la France, des militaires, des ecclésiastiques du plus

grand mérite. Son père perdit une grande partie de sa fortune, dans les

spéculations qu'engendra le système de Law, ce qui l'amena à épouser en

secondes noces une femme d'un rang fort inférieur au sien, une juive

convertie, veuve d'un riche marchand d'Amsterdam.

Il avait de sa première femme qui appartenait à la famille ducale, de

Liancourt, deux enfants, un garçon voué à une déplorable célébrité, et

une fille, Camille, qui devint plus tard comtesse de Bray: il avait pris

part à la guerre de la Succession; il avait été grièvement blessé à

Ramillies; mécontent de ne pas être élevé au delà du grade de colonel,

il quitta le service et se retira dans ses terres. Il avait un frère

cadet qui embrassa la carrière ecclésiastique et entra dans l'ordre des

Jésuites; il jouit d'un grand crédit auprès de la marquise, de Prie, et

des ministres Bourbon et Fleury; intrigant habile, il se maintenait en

faveur. Son frère et lui étaient de très beaux hommes, auxquels peu de

belles résistaient, et la comtesse de Bray fut l'une des femmes les plus

galantes de tout Paris.

Le jeune Sade porta dans sa jeunesse le titre de vicomte; son oncle

discerna promptement chez lui des passions fougueuses et une

intelligence remarquable. Il le plaça au couvent des Jésuites à

Noisy-le-Sec. Le vicomte se distingua par ses progrès dans l'étude. Les

bons Pères cherchèrent à le faire entrer dans leur ordre; ils se

flattaient de trouver en lui une recrue qui leur serait utile. Son oncle

l'en dissuada: «Tu as tout ce qu'il faut pour réussir; c'est pour toi,

non pour d'autres qu'il faut travailler.»

L'oncle quitta Noisy-le-Sec lorsque son neveu eut fini ses études; il

avait eu des querelles avec ses confrères; le vicomte et lui

entreprirent ensemble de longs voyages; ils parcourent les Pays-Bas,

l'Angleterre, l'Espagne et l'Italie; la mort du père de notre héros les

ramena en France.

Il rencontra dans la diligence qui le conduisait à Paris, une jeune

fille d'une beauté remarquable, mademoiselle Aroult; elle était

protestante; ses parents avaient figuré parmi les victimes de la

révocation de l'Édit de Nantes; ils lui avaient fait prêter serment de

ne jamais épouser un catholique. Ce fut en vain que Sade, animé pour

elle de la passion la plus vive, lui offrit sa main; elle refusa, sans

nier toutefois l'impression qu'il avait produite sur son coeur. C'est

dans un sentiment de vengeance qu'il s'est plu à accumuler sur elle

outrages et infortunes, car les romans de Sade sont des autobiographies;

Justine, c'est mademoiselle Aroult; Juliette, c'est la comtesse de Bray;

l'oncle c'est le père Vitin.

On sait quelle était l'immoralité qui régnait à la cour de Louis XV;

Sade se précipita avec ardeur dans tous les excès; son nom devint

célèbre; on parla de lui dans le boudoir de madame de Pompadour et aux

petits soupers du roi. Ce monarque que l'ennui dévorait, voulut

connaître le libertin déjà fameux; le cardinal de Fleury s'en mêla; Sade

vint prendre part à un souper auquel assistaient le roi, la maîtresse,

le maréchal de Richelieu, les ministres Choiseul et Sartiges (_sic_).

Le souper se termina, comme d'usage, par une orgie; Sade y joua un rôle

si brillant que le roi, étonné et charmé, voulut lui faire visiter le

Parc-aux-Cerfs, et lui demander ses conseils sur les perfectionnements à

introduire dans ce sérail. Plusieurs des scènes décrites dans les quatre

derniers volumes de l'oeuvre de Sade, sont un récit de ce qui se passait

parfois au Parc-aux-Cerfs.

Nous ne suivrons pas l'écrivain allemand dans tous les détails qu'il se

plaît à raconter. Il nous dit que mademoiselle Aroult épousa un

négociant nommé Sevrin; Sade veut se venger sur l'homme qui lui a été

préféré; il l'attire dans un guet à pens et lui fait subir une horrible

mutilation. Il entreprend ensuite un voyage en Italie, s'y livre à

toutes sortes d'infamies et de crimes, et revenu en France, trouve le

roi très empressé de le revoir. Le marquis raconte tout ce qu'il a fait,

sans rien omettre ni dissimuler. Louis XV est enchanté; il veut

réaliser, pour son compte, ce que Sade décrit si bien. Il s'adresse,

dans ce but, au ministre de la police qui lui procure tout ce qu'il

désire. Le roi se donne, entre autres distractions, celle d'assister à

l'exécution de quelques criminels, et l'auteur ajoute qu'on sait que

Louis XV, caché derrière une des fenêtres de l'Hôtel de ville, fut

témoin de l'horrible supplice infligé à Damiens en place de Grève.

Le roi nomme Sade son «maître secret des plaisirs.» Juliette lui a été

présentée; il l'accueille avec la plus vive satisfaction, et il lui fait

de riches cadeaux.

Quelque temps après, le marquis, son oncle et Juliette retournent en

Italie; ils s'y livrent à toutes sortes d'excès, et ils finissent par

être inquiétés par la police romaine, ce qui les engagea à revenir en

France. Ils trouvèrent de nouveau à Versailles l'accueil le plus

empressé; madame du Barry voulut, elle aussi, entendre le récit très

détaillé des aventures du marquis; quelques épisodes la choquèrent un

peu; l'histoire de la femme livrée aux bêtes féroces pour amuser le

marquis et son entourage lui causa quelques émotions; mais elle se remit

promptement, et elle prit une part brillante à de nouvelles orgies.

Arrivé à ce point, l'auteur allemand s'arrête dit qu'il a longtemps

manqué de renseignements sur le reste de la vie de son héros qui mourut,

à ce qu'il pense, vers 1775 ou 1776; heureusement, dans le cours d'un

voyage qu'il fit en Angleterre, il rencontra un vieil émigré français,

le marquis de M-ss-e qui, depuis 1792, n'avait pas quitté Londres, et

qui était très au fait de la chronique scandaleuse de l'ancien régime;

il connaissait l'histoire du marquis; il en présente le dénouement par

un aspect fort inattendu.

Fatigué de tant d'excès, cédant aux reproches d'une conscience fort

longtemps endormie, le marquis alla consulter son oncle, le père Vitin

qui était rentré dans le couvent des Jésuites à Noisy-le-Sec; le vieux

pécheur conseilla à son digne neveu d'entrer dans l'ordre des

Camaldules; il y fut fort bien accueilli; il y vécut en paix jusqu'à ce

que la mort vint le frapper à l'âge de 63 ans; son aménité l'avait rendu

cher à ses confrères; sa piété les édifia tellement qu'ils demandèrent

au pape de le canoniser. Il légua toute sa fortune au couvent. Sa soeur,

la comtesse de Bray, fut fort irritée; elle attaqua le testament: il en

résulta un procès qui traîna si bien en longueur qu'il n'était pas

terminé lorsque la révolution éclata; il n'en fut plus question.

Juliette était devenue vieille et laide; elle chercha à se mettre en

rapport avec les hommes que les événements élevaient au pouvoir,

Barnave, Petion, Robespierre, mais ils ne firent aucune attention à

elle. De dépit, elle changea de parti, elle se mêla d'intrigues

contre-révolutionnaires, elle se lia avec Madame du Barry, et traduite

devant le redoutable tribunal révolutionnaire, elle périt sur l'échafaud

le même jour que l'ancienne favorite de Louis XV.

Une lettre de Sade faisait partie de la collection d'autographes de M.

Michelot, (de Bordeaux) vendue à Paris en mai 1880: elle est adressée

au gouverneur de Vincennes (prison de Vincennes, 2 nov. 1763, 6 p. pl.

in-4), lettre fort curieuse, écrite à l'âge de vingt-deux ans, et très

importante pour la biographie qu'elle rectifie sur plusieurs points.

Emprisonné pour des excès commis dans une petite maison (peut-être celle

d'Arcueil), Sade demande qu'on instruise sa femme de son arrestation,

donne l'adresse de sa belle-mère, la présidente de Montreuil, et

sollicite la permission de voir un prêtre. «Tout malheureux que je me

trouve ici, Monsieur, je ne me plains point de mon sort. Je méritais la

vengeance de Dieu, je l'éprouve: pleurer mes fautes, détester mes

erreurs, est mon unique occupation.» Il demande son valet de chambre et

le prie de ne pas instruire sa famille du sujet de sa détention. «Je

serais, dit-il, perdu sans ressources dans leur esprit.» La date de son

mariage, d'après cette lettre, serait du 17 mai 1763, et non 1766, comme

l'ont dit certains biographes. On a joint à cette curieuse épitre une

minute de lettre du gouverneur de Vincennes qui invite le Père Griffet à

aller voir un jeune homme de vingt-deux ans, le marquis de Sade, qui a

bien besoin de son ministère.

Un volume publié en 1861 (_Paris, Techener_, in-8º) sous le titre de:

_Mélanges curieux et anecdotiques tirés d'une collection de lettres

autographes ayant appartenu à M. Fossé d'Arcosse_, nous offre (nº 1003,

p. 416) une lettre autographe adressée à un négociant de Lyon (16

pluviose an VI) pour intérêts particuliers, et 6 pages in-4º, de

_Fragments_ autographes paraissant se rapporter soit au _Journal_ de sa

détention à la Bastille ou à Vincennes, soit à ses mémoires... temps

divisé en 12 parties... Supposition... la première division de 33, sans

air, ni lettre, ni encre, ni quoi que ce soit au monde... la deuxième de

34, une heure de promenade et permission d'écrire une seule fois la

semaine. Celui sur lequel sont les mots: _Histoire de ma détention_ est

particulièrement curieux.

Un de nos amis, bibliophile fervent, nous adresse la lettre suivante que

nous croyons devoir reproduire:

«Vous avez bien voulu me communiquer les épreuves de votre étude sur le

marquis de Sade; vous me demandez si je n'aurais pas quelques

communications à vous faire à cet égard. J'en aurai sans doute, mais en

ce moment, éloigné de mes livres et fort occupé d'ailleurs, je dois me

borner à quelques notes rapides.

«L'auteur de _Justine_ offre à la psychologie un objet d'études des plus

curieux; pour bien le comprendre, il ne faut pas l'isoler de l'époque

qu'il traversa. Les derniers de ses écrits n'auraient pas eu le

caractère de férocité qu'ils présentent, s'il n'avait pas vu les excès

du régime de la Terreur; en inventant les _Mariages républicains_ et les

bateaux à soupapes, Carrier n'offrait-il pas la réalité de quelques-unes

des inventions du marquis?

«Sade n'a point, de nos jours, manqué d'imitateurs parmi nos écrivains.

Sans aller aussi loin que lui, des romanciers ont montré des héros et

des héroïnes de la perversité la plus raffinée. Quant aux principes de

la philosophie _sadesque_, quant à sa négation de toute morale, quant à

son athéisme, on retrouve tout cela partout aujourd'hui.

«Proudhon, entre autres, a beaucoup emprunté à Sade; il s'en est inspiré

en maint endroit; il serait facile d'enregistrer, à cet égard, les

rapprochements les plus frappants.

«La _Biographie_ Michaud avance que le marquis fit hommage à chacun des

cinq directeurs de la République française, d'un exemplaire de ses

monstrueuses productions; ce fait a été révoqué en doute comme tout à

fait invraisemblable; il est cependant exact, et des recherches

persévérantes ont fait découvrir quel avait été le sort de quelques-uns

de ces exemplaires, notamment de celui de Barras; le journal

l'_Intermédiaire_, habituellement si riche en faits curieux, a donné à

cet égard des détails piquants.

«Un mot et je finis, Madame Tallien, dont parle une de vos notes, ne

jouissait pas, fort peu de temps après la publication de _Zoloé_, d'une

excellente réputation, puisque c'est à elle que fut adressée, selon le

_Catalogue_ imprimé de la _Bibliothèque nationale_ (_Histoire de

France_, tom. X. p. 273 nº 19331), une _Lettre du diable à la plus

grande putain de Paris. La reconnaissez-vous?_»

Ce libellé est signé BEELZBUD. L'administration de l'immense dépôt de la

rue Richelieu a placé cet opuscule dans la _réserve_ où elle range ce

qu'elle possède de plus précieux.

Nous ne nous dissimulons pas d'ailleurs combien notre étude reste

incomplète; une biographie complète du marquis de Sade, ayant pour point

d'appui des documents authentiques est encore à faire; ces documents

existent, ils sont dans des mains qui en connaissent le prix; un jour

viendra, nous l'espérons du moins, où ils seront livrés au public.

Au moment de mettre sous presse on nous signale un article de la _Revue

des deux Mondes_ où il est question des diplomates étrangers résidant à

Madrid vers 1840; le ministre des États-Unis est signalé comme un

négociateur fort habile, mais se livrant parfois à des excentricités

d'un goût douteux: ne s'avisa-t-il pas un jour, imitateur trop fidèle du

marquis, d'inviter à souper une vingtaine de _manolas_, auxquelles il

distribua des substances par trop irritantes?

[Note 19: Sotades, auteur fort licentieux, grec contemporain de Ptolémée

Philadelphe. On dit qu'ayant imprudemment attaqué de puissants

personnages, il fut enfermé dans un coffre et jeté à la mer. Il en est

fait mention dans Athénée; _Deipnos_. XIV, dans Suidas; dans Plutarque.

Il ne reste de ses écrits que quelques faibles débris. Voir Hermana:

_Élement. doct. met. (Leipzig.)_ 1816, p. 144, et Fabricius, _Bibl.

groec._ II. 495.]

[Note 20: Parmi les autres publications de Bertrandet, nous trouvons la

traduction des _Nouvelles galantes_ de B..., (Batachi) par un

académicien des Arcades de Rome (Louet de Chaumont) _Paris_, an XII. Ce

recueil est devenu peu commun; un bel ex. payé 44 frs., vente J. D. L.

M. janvier 1866. À l'égard des diverses éditions italiennes de ces

contes, voir G. Passano: _I Novellieri italiani in verso_. Bologna. 1868

p. 137.]

[Note 21: Voir sur ce personnage trop célèbre une notice de M. Armand

Guiraud. 1836, in-8º, et un article de M. Vallet de Viriville: 495.

_Nouvelle-Biographie générale._ XLI, 496.]

[Note 22: On comprend sans peine que _Justine_ ne figure guère sur les

catalogues des livres publiés en France; un exemplaire de l'édition de

1791, 2 vol. in-8º (gravures ajoutées), se montra cependant au catalogue

Pixérécourt, numéro 1239, mais il ne passa pas aux enchères. Nous

trouvons aussi les dix volumes sur le catalogue de la bibliothèque (non

destinée à la vente) de M. Joachim Gomez de la Cortina, à Madrid (1855,

nº 3908); ces dix volumes sont indiqués comme ayant coûté trois mille

réaux, (750 francs). Ils se montrent aussi au catalogue d'une importante

collection qu'un libraire fort connu à Paris, M. Techener, avait envoyée

à Londres pour y être livrée aux enchères et qu'un incendie a détruite

le 29 juin 1865.

Le comte Tullio Dandolo, dans ses _Reminisence fantasie, scherzi

litterari_ (Turin, 1840), avance que l'empereur Napoléon défendit, sous

peine de mort, la lecture de _Justine_ aux militaires de ses armées.

Nous n'avons trouvé nulle autre part l'indication de cette prohibition

qui nous paraît dénuée de vérité historique.]

[Note 23: C'est, à ce qu'il paraît, l'exemplaire qui se trouvait dans la

bibliothèque de M. Cigongne, acquise en bloc par le duc d'Aumale, qui

rétrocéda ce volume.]

[Note 24: Le titre porte par le citoyen S***. La marque des frontispices

est une lyre surmontée d'une couronne avec des rameaux de laurier de

chaque côté et les mots VERITAS IMPAVIDA. Une autre édition,

très-probablement la même avec un frontispice renouvelé, porte l'adresse

de la veuve Girouard, 1795. Le nom de Sade et la marque ont disparu;

l'ouvrage est précédé d'une épigraphe de sept vers latins empruntés à

Lucrèce et énonçant la pensée qu'il faut faire avaler aux enfants des

breuvages amers, mais salutaires: «Nam veluti pueris absinthia tetra

medentes...»]

[Note 25: Signalons encore ici une lettre autographe fort curieuse

écrite par Napoléon 1er, lorsqu'il n'était sans doute que premier

consul, et adressée à Joséphine; elle a été insérée dans un catalogue

d'autographes publié au mois d'octobre 1865, par le libraire Charavay et

reproduite dans la _Petite Revue_, numéro du 4 novembre 1865, pages 170

et 171, lettre signée _N._ avec paraphe, lundi à midi.

Dans cette lettre fort curieuse, Napoléon défend à sa femme de voir

madame Tallien sous aucun prétexte. «Si tu tiens à mon estime, et si tu

veux me plaire, ne transgresse jamais le présent ordre... Un misérable

l'a épousée avec huit bâtards. Je la méprise elle-même plus qu'avant.

Elle était une fille aimable; elle est devenue une femme d'horreur et

infâme. Je serai à Malmaison bientôt. Je t'en préviens pour qu'il n'y

ait point d'amoureux la nuit; je serais fâché de les déranger.....»

Née à Saragosse vers 1775, Mme Tallien divorça et épousa en 1805, M. de

Caraman, qui devint peu après Prince de Chimay; elle mourut le 15

janvier 1835; M. Arsène Houssaye, lui a consacré sous le titre de

_Notre-Dame de Termidor_, un volume où la fantaisie tient plus de place

que la vérité historique.]

[Note 26: Joséphine, née en 1763, avait près de trente-huit ans lorsque

_Zoloé_ fut livrée à l'impression.]

[Note 27: Le comte François de Cabarus, né à Bayonne, mort en 1810,

célèbre par ses opérations financières en Espagne.]

[Note 28: Il existe divers manuscrits du procès fait à ce monstre

exécrable, qui subit, le 25 octobre 1440, le dernier supplice, peine

bien douce de tant de forfaits. Voir, Desessarts, _Procès fameux_, la

_Bibliographie universelle, etc._]

[Note 29: Voir les Fous littéraires. Bruxelles, Gay et Doucé, 1680, p.

171.]

SECTION DES PIQUES

DISCOURS

_Prononcé à la fête décernée par la Section des Piques, aux mânes de

MARAT et de LE PELLETIER, par Sade, citoyen de cette section, et

membre de la Société populaire._

CITOYENS,

Le devoir le plus cher à des coeurs vraiment républicains, est la

reconnaissance due aux grands hommes; de l'épanchement de cet acte sacré

naissent toutes les vertus nécessaires au maintien et à la gloire de

l'État. Les hommes aiment la louange, et toute nation qui ne la refusera

pas au mérite, trouvera toujours dans son sein des hommes envieux de

s'en rendre dignes; trop avares de ces nobles tributs, les Romains, par

une loi sévère, exigeaient un long intervalle entre la mort de l'homme

célèbre et son panégyrique; n'imitons point cette rigueur: elle

refroidirait nos vertus; n'étouffons jamais un enthousiasme dont les

inconvénients sont médiocres et dont les fruits sont si nécessaires:

Français, honorez, admirez toujours vos grands hommes. Cette

effervescence précieuse les multipliera parmi vous, et si jamais la

postérité vous accusait de quelque erreur, n'auriez-vous pas votre

sensibilité pour excuse?

Marat! Le Pelletier! ils sont à l'abri de ces craintes ceux qui vous

célèbrent en cet instant, et la voix des siècles à venir ne fera

qu'ajouter aux hommages que vous rend aujourd'hui la génération qui

fleurit. Sublimes martyrs de la liberté, déjà placés au temple de

mémoire, c'est de là que, toujours révérés des humains, vous planerez

au-dessus d'eux, comme les astres bienfaisants qui les éclairent, et

qu'également utiles aux hommes, s'ils trouvent dans les uns la source

de tous les trésors de la vie, ils auront aussi dans les autres

l'heureux modèle de toutes les vertus.

Étonnante bizarrerie du sort! Marat, c'était du fond de cet antre obscur

où ton ardent patriotisme combattait les tyrans avec autant d'ardeur,

que le génie de la France indiquait ta place dans ce temple où nous te

révérons aujourd'hui.

L'égoïsme est, dit-on, la première base de toutes les actions humaines;

il n'en est aucune, assure-t-on, qui n'ait l'intérêt personnel pour

premier motif, et, s'appuyant de cette opinion cruelle, les terribles

détracteurs de toutes les belles choses en réduisent à rien le mérite. Ô

Marat! combien tes actions sublimes te soustrayent à cette loi générale!

Quel motif d'intérêt personnel t'éloignait du commerce des hommes, te

privait de toutes les douceurs de la vie, te reléguait vivant dans une

espèce de tombeau! Quel autre que celui d'éclairer tes semblables et

d'assurer le bonheur de tes frères? Qui te donnait le courage de braver

tout... jusques à des armées dirigées contre toi, si ce n'était le

désintéressement le plus entier, le plus pur amour du peuple, le

civisme le plus ardent dont on ait encore vu l'exemple!

Scévole, Brutus, votre seul mérite fut de vous armer un moment pour

trancher les jours de deux despotes, une heure au plus votre patriotisme

a brillé; mais toi, Marat, par quel chemin plus difficile tu parcourus

la carrière de l'homme libre! Que d'épines entravèrent ta route avant

que d'atteindre le but. C'était au milieu des tyrans que tu nous parlais

de liberté; peu faits encore au nom sacré de cette déesse, tu l'adorais

avant que nous la connussions; les poignards de Machiavel s'agitaient en

tout sens sur ta tête sans que ton front auguste en parût altéré;

Scévole et Brutus menaçaient chacun leurs tyrans: ton âme, bien plus

grande, voulut immoler à la fois tous ceux qui surchargeaient la terre,

et des esclaves t'accusaient d'aimer le sang! Grand homme, c'était le

leur que tu voulais répandre; tu ne te montrais prodigue de celui-là que

pour épargner celui du peuple; avec autant d'ennemis, comment ne

devais-tu pas succomber? Tu désignais les traîtres, la trahison devait

te frapper.

Sexe timide et doux, comment se peut-il que vos mains délicates ayent

saisi le poignard que la sédiction aiguisait?... Ah! votre empressement

à venir jeter des fleurs sur le tombeau de ce véritable ami du peuple,

nous fait oublier que le crime put trouver un bras parmi vous. Le

barbare assassin de Marat, semblable à ces êtres mixtes auxquels on ne

peut assigner aucun sexe, vomi par les enfers pour le désespoir de tous

deux, n'appartient directement à aucun. Il faut qu'un voile funèbre

enveloppe à jamais sa mémoire; qu'on cesse surtout de nous présenter,

comme on ose le faire, son effigie sous l'emblème enchanteur de la

beauté. Artistes trop crédules, brisez, renversez, défigurez les traits

de ce monstre, ou ne l'offrez à nos yeux indignés qu'au milieu des

furies du Tartare!

Ames douces et sensibles! Le Pelletier, que tes vertus viennent un

instant adoucir les idées qu'ont aigries ces tableaux. Si tes heureux

principes sur l'éducation nationale se suivent un jour, les crimes dont

nous nous plaignons ne flétriront plus notre histoire. Ami de l'enfance

et des hommes, que j'aime à te suivre dans les moments où ta vie

politique se consacre tout entière au personnage sublime de représentant

du peuple; tes premières opinions tendirent à nous assurer cette liberté

précieuse de la presse sans laquelle il n'est plus de liberté sur la

terre; méprisant le faux éclat du rang où des préjugés absurdes et

chimériques te plaçaient alors, tu crus, tu publias que s'il pouvait

exister des différences entre les hommes, ce n'était qu'aux vertus,

qu'aux talents qu'il appartenait de les établir.

Les crimes de l'amour Précédé d'un avant-propos, suivi des idées sur les romans, de l'auteur des crimes de l'amour à Villeterque, d'une notice bio-bibliographique du marquis de Sade: l'homme et ses écrits et du discours prononcé par le marquis de Sade à la section des piques. · 第 11 / 12 段