Sévère ennemi des tyrans, tu votas courageusement la mort de celui qui

avait osé comploter celle de tout un peuple; un fanatique te frappa, et

son glaive homicide déchira tous nos coeurs; ses remords nous vengèrent,

il devint lui-même son bourreau: ce n'était point assez... Scélérat! que

ne pouvons-nous immoler tes mânes. Ah! ton arrêt est dans le coeur de

tous les Français. Citoyens, s'il était des hommes parmi vous qui ne

fussent pas encore assez pénétrés des sentiments que le patriotisme doit

à de tels amis de la liberté, qu'ils tournent un moment leurs regards

sur les derniers mots de Le Pelletier, et remplis à la fois d'amour et

de vénération, ils éprouveront plus que jamais la haine due à la mémoire

du parricide qui put trancher une si belle vie.

Unique déesse des Français, sainte et divine liberté, permets qu'aux

pieds de tels autels nous répandions encore quelques larmes sur la perte

de tes deux plus fidèles amis; laisse-nous enlacer des cyprès aux

guirlandes de chêne dont nous t'environnons. Ces larmes amères purifient

ton encens, et ne l'éteignent pas; elles sont un hommage de plus à tous

ceux que nos coeurs te présentent... Ah! cessons d'en répandre, citoyens;

ils respirent, ces hommes célèbres que nous pleurons; notre patriotisme

les revivifie; je les aperçois au milieu de nous... Je les vois sourire

au culte que notre civisme leur rend. Je les entends nous annoncer

l'aurore de ces jours sereins et tranquilles où Paris, plus superbe que

ne fut jamais l'ancienne Rome, deviendra l'asile des talents, l'effroi

des despotes, le temple des arts, la patrie de tous les hommes libres.

D'un bout de la terre à l'autre, toutes les nations envieront l'honneur

d'être alliées au peuple français. Remplaçant le frivole mérite de

n'offrir aux étrangers que nos costumes et nos modes, ce seront des

lois, des exemples, des vertus et des hommes que nous donnerons à la

terre étonnée, et si jamais les mondes bouleversés, cédant aux lois

impérieuses qui les meuvent, venaient à s'écrouler... à se confondre, la

déesse immortelle que nous encensons, jalouse de montrer aux races

futures le globe habité par le peuple qui l'aurait le mieux servie,

n'indiquerait que la France aux hommes nouveaux qu'aurait recréés la

nature.

SADE, _rédacteur_.

L'assemblée générale de la Section des Piques, applaudissant aux

principes et à l'énergie de ce discours, en arrête l'impression,

l'envoie à la Convention nationale, à tous les départements, aux armées,

aux autorités constituées de Paris, aux quarante-sept autres sections et

aux sociétés populaires.

Arrêté en assemblée générale, ce 29 septembre 1793, l'an II de la

République française, une et indivisible.

VINCENT, _président_.

GÉRARD, MANGIN, PARIS, _secrétaires_.

FIN.

TABLE

pages

_Avis des Éditeurs_ V

_Juliette et Raunai_ (Les Crimes de l'Amour) 1

_Idée sur les Romans_ 97

_L'auteur des Crimes de l'Amour à Villeterque, folliculaire_ 137

_Le Marquis de Sade._--L'Homme. 155

_Le Marquis de Sade._--Ses Écrits. 195

_Section des Piques._--Discours prononcé par SADE 265

Les crimes de l'amour Précédé d'un avant-propos, suivi des idées sur les romans, de l'auteur des crimes de l'amour à Villeterque, d'une notice bio-bibliographique du marquis de Sade: l'homme et ses écrits et du discours prononcé par le marquis de Sade à la section des piques. · 第 12 / 12 段