Au chapitre de la _Monomanie infanticide_, Pierquin de Gembloux cite

trois exemples de chattes âgées qui, se voyant délaissées par leurs

maîtres épris des gentillesses de leurs petits, montrèrent de la

jalousie, de la haine pour ces nouveau-nés & les mirent à mort.

«Une chatte d'Espagne, dit-il, a, durant toute sa vie, témoigné la plus

profonde horreur pour ses petits, qu'elle tuait; & si par hasard un

était épargné par chaque plénitude, c'était constamment un mâle.»

Observations qui auraient besoin d'être affirmées par un naturaliste

plus sérieux.

Il est certain que les chats sont jaloux: l'introduction d'un animal de

leur race dans le centre où ils vivent les remplit de tristesse. Ils en

perdent momentanément l'appétit; mais cette jalousie va-t-elle jusqu'à

faire étrangler leurs petits par les femelles?

Quelquefois les matous mangent les nouveaux-nés; ce fait a été

observé par tous ceux qui possèdent des chats. Le crime de monomanie

infanticide dont sont accusées les chattes ne devrait-il pas être porté

au compte des mâles? Aussi bien le motif est encore ignoré qui pousse

les matous à la destruction de leur propre espèce.

Dupont de Nemours croit que les _matous_ mangent les nouveau-nés «moins

comme une proie que comme un obstacle au renouvellement de leurs

plaisirs.»

J'ai dit au début de ce livre que cette opinion, quoique concordant

avec celle d'Hérodote, était difficile à admettre.

Les matous, à qui rien ne manque dans l'intérieur des maisons, ne

mangent jamais leurs nouveau-nés.

Des nichées de chats disparaissent seulement à la campagne, dans des

endroits écartés, où l'animal affamé devient fatalement, si on peut

risquer le mot, feliphage.

Quant à «l'obstacle au renouvellement des plaisirs,» dont parle Dupont

de Nemours, les époques d'ardeur chez les matous sont régulières, &

je ne les ai jamais vus émoustiller les chattes pendant la période

d'allaitement.

Il est bien entendu que je ne parle que des chats à l'intérieur des

appartements, c'est-à-dire d'animaux rendus doux & sociables par

l'éducation.

Une observation de Pierquin de Gembloux me semble plus juste. Un

angora voit entrer tout à coup un gros chien de Terre-Neuve. Aussitôt

les poils du chat se hérissent; il ne pousse aucun cri, se pelote,

paraît craindre de respirer. Sa physionomie exprime une profonde

terreur. Tremblant de tout son corps, les yeux constamment attachés

sur le chien, l'angora semble fasciné. Insensible aux caresses, sourd

à la voix de ses maîtres, il ne retrouve même pas le calme quand

l'ennemi est chassé. Le chat, longtemps immobile, regarde fixement la

place où se tenait le chien. Un air d'hébétude générale remplace son

intelligence habituelle. Les poils encore hérissés, il ne s'éloigne de

sa place que pas à pas, graduellement & à reculons. Reculant une patte

lentement l'une après l'autre, après avoir regardé autour de lui d'un

air effaré, le chat semble craindre que le plus léger bruit ne ramène

l'énorme animal.

«Sa terreur, dit le narrateur, ne cessa réellement que quelques heures

après; mais le chat ne retrouva jamais ses facultés intellectuelles

entières.»

Les voyageurs ont constaté de semblables effets de frayeur produits par

le lion sur des chiens, par le chameau sur des chèvres. Mais ce ne sont

pas là des cas de folie.

Un médecin a cité un fait de même nature, produit par d'autres causes.

Un jeune chat, étant tombé dans un puits, réussit à se cramponner à

une pierre formant saillie. Attirés par les cris de l'animal, ses

maîtres purent le soustraire à la mort; mais ce danger avait frappé

l'intelligence du chat, & dès lors il acheva tristement ses jours dans

une sorte d'imbécillité.

Ces faits sont vraisemblables; il en est certains qu'on peut laisser au

compte de Pierquin de Gembloux, entre autres l'anecdote suivante:

«Une jeune chatte, qui s'amusait constamment à faire vaciller la tête

mobile d'un lapin blanc en plâtre, mit bas, peu de temps après, un chat

exactement coloré comme cet animal imité, & qui, par la suite, branla

la tête comme l'automate.»

J'ai été témoin deux fois, à la campagne, de crises nerveuses de jeunes

chats, qui me paraissent rentrer, plus que ces phénomènes d'_envies_

bizarres, dans une sorte de trouble mental.

Tout à coup, sans motif apparent, mon chat parcourut la chambre avec

l'emportement d'un cheval qui a pris le mors aux dents, traversa

le jardin comme une flèche, grimpa à un arbre, s'aventura sur une

brindille élevée, & là resta collé pendant des heures entières, le

corps tressaillant, l'œil hagard.

[Illustration: Étude de chat d'après nature.

_Fac-simile_ d'un dessin d'Eugène Delacroix.]

On appelait l'animal sans qu'il écoutât; la nourriture qu'on déposait

au pied de l'arbre ne le tentait pas. Il était dans une prostration

inquiète & tellement hors d'état de raisonner, qu'un moment le chat,

sous le coup de cet accès bizarre, tomba du haut de l'arbre, la

brindille sur laquelle il s'était aventuré offrant à peine un appui

pour un oiseau.

Ce trouble mental fut observé, à diverses époques, chez deux individus

de sexe différent, âgés d'à peu près six mois, bien portants, qui

pouvaient s'ébattre en toute liberté dans un parc, & que leur jeune âge

éloignait des penchants sexuels.

Rien à opposer à ces crises, rien qui pût les prévenir, nul symptôme ne

les annonçant.

Le chat qui se sent devenir _possédé_ cherche un endroit désert ou

élevé, une cave, un arbre où personne ne troublera ses étranges

émotions.

Je n'ai pas remarqué ce phénomène à l'intérieur des appartements, sauf

quelques courses un peu vives de l'animal vers le milieu de la journée,

& principalement lorsqu'au dehors souffle la bise.

[Illustration: _Fac-simile_ d'un croquis japonais.]

CHAPITRE XXIII.

DE L'ÉGOÏSME DES CHATS.

Au moment de terminer ces études, je tombe sur un passage de Plutarque

qui donne à réfléchir.

L'historien conte que César voyant, à Rome, de riches étrangers qui

allaient partout, portant dans leur giron de petits chiens & de petits

singes, & les caressant avec tendresse, s'informa si dans le pays de

ces voyageurs les femmes ne faisaient pas d'enfants. «C'était, dit

Plutarque, une façon tout impériale de reprendre ceux qui dépensent,

sur des bêtes, ce sentiment d'amour & d'affection que la nature a mis

dans nos cœurs, & dont les hommes doivent être l'objet.»

Que dirait aujourd'hui César des kings-charles adorés, à qui les femmes

à la mode font prendre l'air du bois de Boulogne, de quatre à six

heures? Mais ces affections bizarres pour certains animaux de grand

prix sont les passe-temps de gens désœuvrés; & tout en reconnaissant

dans le passage de Plutarque la raison habituelle à l'auteur des _Vies

des hommes illustres_, on peut dire que l'homme a été assez étudié &

glorifié depuis l'antiquité, & que l'attention qu'on porte aujourd'hui

aux animaux méconnus & trop maltraités prouve en faveur des idées

d'humanité du XIXe siècle.

Des mauvais traitements les tribunaux font aujourd'hui justice. L'étude

des sciences naturelles donne des notions plus exactes sur la nature

des animaux & je ne crois pouvoir mieux terminer qu'en traitant du

prétendu égoïsme des chats.

«Ne croyez pas que le chat vous caresse, il se caresse,» dit

spirituellement Champfort.

Ce joli mot toutefois doit être discuté, & pourrait au besoin se

retourner contre l'homme.

Quand le chat a faim & que, pour solliciter sa pâture, il _ronronne_,

frotte son corps contre les jambes de la personne qui a l'habitude de

lui donner à manger, il est certain que ces vives démonstrations sont

destinées à l'être dont il a besoin. Si, dans ce moment, il se caresse

par la même occasion, des marques d'affection n'en sont pas moins

prodiguées à son maître.

Le chat est _naturel_, c'est ce qui le fait calomnier. Jouant

naturellement dans le monde sa partie, quand il a faim, il le dit.

Veut-il dormir? Il s'étend. S'il a besoin de sortir, il le demande.

Mais pourquoi cette constante ingratitude, reprochée sans cesse au

chat, ne lui a-t-elle pas aliéné le cœur de pauvres gens qui ont

reporté toutes leurs affections sur la tête d'un animal si égoïste? Car

le culte du chat, pour n'être plus une religion, n'a pas été interrompu

depuis l'Égypte ancienne; & si aujourd'hui on ne l'enveloppe plus de

bandelettes après sa mort, il est entouré pendant sa vie de soins qu'il

préfère à coup sûr à l'embaumement.

Dans les palais & les mansardes, le chat est traité sur un pied

d'égalité par le riche & le pauvre.

Ce n'est ni un «serviteur infidèle» ni «un serviteur inutile», comme

Buffon l'a écrit[34]: l'animal travaille suivant sa mesure avec un

dévouement d'esclave[35].

[Note 34: Voir aux Appendices.]

[Note 35: En ceci je ne suis pas tout à fait d'accord avec la

devise _libertas sine labore_, dont un maître semble vouloir décorer le

blason de la race féline.]

Voilà dans la cour un chat tapi près d'un tuyau de plomb qui sort d'une

maison. On peut appeler l'animal, il est à son poste & ne lèvera pas la

tête. Accroupi sur le pavé, de temps en temps il fourre sa patte dans

le tuyau & l'en retire avec des signes de vive contrariété.

Le chat a vu un rat disparaître par ce tuyau. De lui-même il s'est

condamné à guetter pendant des heures entières le rat qui finira par

succomber.

Ainsi un animal qualifié d'égoïste aura _rendu service_ ce jour-là.

Pour débarrasser un appartement de souris, il ne demande rien, se

contentant de manger les ennemis du logis. Et si la maison est privée

de souris, la présence seule du chat les empêche de s'y introduire:

même par son apparente fainéantise, l'animal est une sentinelle

vigilante qui, du moment où il a planté sa tente dans un endroit, en

écarte les rongeurs.

Faut-il accuser le matou, qui a subi l'opération des chapons, de son

indolence pendant que les souris commettent des dégâts à sa barbe? Il

est désarmé. Ce n'est pas lui, on le pense, qui a sollicité l'inhumaine

castration qui l'empêche à jamais d'obéir aux instincts de sa race.

L'homme a voulu la société du chat.

Le chat n'a pas recherché la société de l'homme.

Laissez l'animal courir en paix dans les bois ou les jardins, il se

moquera de la desserte & ne viendra pas s'étendre sur les tapis des

salons. Le chat saura suffire à ses besoins, trouvera sa nourriture,

couchera dans un arbre: huit jours de liberté lui rendront son

indépendance naturelle.

L'homme, pour faire oublier ses vices, aime à faire croire à ceux des

êtres qui l'entourent.

--Le chat est la personnification de l'égoïsme, répètent

sentencieusement de graves messieurs à qui je ne voudrais pas demander

le plus léger service.

[Illustration: D'après un dessin de M. Viollet-Le-Duc.]

APPENDICES

I

TRAITEMENT DES CHATS DANS LES MALADIES.

Ce qu'on appelle _la maladie_ chez les chats, quoique le cas soit moins

fréquent que chez les jeunes chiens, provient habituellement d'un état

inflammatoire.

L'animal devient triste & somnolent; la tête peut à peine se porter; la

queue est tombante; la voix s'altère; la pupille est extraordinairement

dilatée; la respiration courte & gênée. Tels sont les premiers

symptômes. De plus en plus, l'animal deviendra paresseux & frileux; le

poil perd son lustre; les oreilles sont chaudes. Le chat répond à peine

aux caresses, se cache dans le coin le plus sombre de l'appartement,

fait à peine entendre son ronron & ne mange plus.

S'il avale avec difficulté ou refuse de manger, on peut être certain

que la langue est devenue pâle, verte ou jaunâtre, & il est prudent de

veiller à cet état. Pour arrêter les progrès d'une inflammation qui

peut devenir dangereuse, il convient de donner au chat une cuillerée à

bouche du purgatif appelé sirop de nerprun.

L'animal, dans sa faiblesse, se laissera ingurgiter ce purgatif &

se sauvera avec quelques traces de dégoût; mais il faut le laisser

tranquille dans l'endroit qu'il a choisi & lui disposer une corbeille,

s'il lui convient de s'y étendre. Surtout ne pas gêner son indépendance

dans cet état.

A la suite de _la maladie_, on devra servir à l'animal du lait &, plus

tard, de petites quantités de mou ou de foie. Plus sage que les hommes,

le chat ne commet pas d'imprudence & s'en tient habituellement à l'eau

pure pendant la convalescence.

La _maladie_ s'empare quelquefois des femelles privées de la société

des mâles. Si la chatte tombe dans un état d'abattement & de langueur,

qu'on la laisse sortir.

Il est également dangereux d'enlever, aussitôt après leur naissance,

les petits à leur mère; le lait restant inactif dans les mamelles de la

chatte peut causer des désordres dans sa santé.

Un certain nombre de personnes croient faire passer le lait des chattes

en leur attachant au cou un collier de bouchons. Quel rapport peuvent

avoir des rondelles de liége avec le travail des mamelles? C'est un

ancien usage, comme de mettre une affiche de bière de mars à la porte

d'un cabaretier. On a toujours vu orner le cou des mères chattes d'un

pareil collier; on s'imagine alors que le lait suit son cours.

Il est un remède moins naïf pour rendre un cours naturel au lait des

mères séparées de leurs petits.

On fera une sorte d'onguent, composé de carbonate de chaux & de

vinaigre convenablement battus & délayés; avec cet onguent frictionnez

les mamelles de l'animal soir & matin, & en même temps faites-lui boire

une tisane de décoction de persil bouilli dans du lait.

Friction & tisane doivent durer dix jours, après quoi purgez la chatte

pendant deux jours avec vingt grammes chaque fois d'huile de riccin;

mais pour ne pas fatiguer l'animal, il convient de laisser vingt-quatre

heures de repos entre les deux purgations.

Lady Cust, une Anglaise qui a écrit un livre sur les chats, donne des

conseils aux personnes qui n'ont jamais soigné de chats malades.

Il est bon d'entourer doucement le chat dans une serviette assez grande

pour que tout le corps disparaisse & que l'opérateur soit protégé

contre les griffes.

L'animal étant placé entre les genoux de celui qui doit administrer la

médecine, on passe un mouchoir sous le cou du chat, afin que sa robe ne

soit pas salie.

«D'une main gantée, dit l'Anglaise, vous ouvrez largement, mais avec

douceur & d'un seul effort, la bouche du chat, & vous y faites entrer

la médecine au moyen d'une cuiller à thé, goutte à goutte, pour que

le malade l'avale sans s'étouffer & par petites doses. Ne lui mettez

pas la cuiller entre les dents, sinon il la mordra & en répandra le

contenu. Enlevez avec une éponge & de l'eau tiède toute souillure;

essuyez à sec avec un linge propre; démaillotez le patient, tenez-le

pendant une heure & demie dans un lieu chaud & tranquille; ne lui

donnez ni à boire ni à manger.

«Bref, surveillez l'effet de la médecine, comme chez un malade de

l'espèce humaine.

«Organisez un hôpital temporaire, quelque chambre inhabitée, sans

tapis, mais où vous entretenez un bon feu, car la chaleur fait la

moitié de la cure, & tout animal malade en a particulièrement besoin.

«Ayez pour votre patient un lit confortable; laissez-lui de l'eau en

cas qu'il ait soif; & que nul, hormis vous, n'entre près de lui, car la

tranquillité est, avec la chaleur, l'auxiliaire par excellence de la

bonne nature[36].»

[Note 36: _Revue britannique_, mars 1868.]

Quelques personnes également croient délivrer le chat du ver en lui

coupant le bout de la queue qui est censé le contenir. Des ciseaux ou

une pelle à feu rougie à blanc privent l'animal d'une partie de cette

libre queue serpentine dont le jeu s'associe si bien aux mouvements &

aux sensations du chat.

C'est encore un préjugé barbare qui cause une telle mutilation. Mais

que faut-il penser de l'écrivain qui entretient un tel préjugé dans

les esprits & en fait l'objet d'un chapitre: _Quand il faut couper la

queue des chats_, donnant à cette opération le pouvoir de diminuer

l'intensité de leurs maladies[37].

[Note 37: Voir _Traité d'éducation physique & morale des chats_,

par Catherine Bernard, portière, 1828, in-12. Cette portière, on le

pense, est le masque d'un barbouilleur de livres qui, flattant les

passions & les usages populaires, n'a osé donner son véritable nom.]

Quelques affections cutanées des chats sont d'autant plus dangereuses,

qu'elles se communiquent à l'espèce & peuvent atteindre les enfants &

les hommes.

Hurtrel d'Arboval, savant médecin-vétérinaire, a donné, dans son

_Dictionnaire de médecine & de chirurgie_, une description de maladies

cutanées avec des moyens curatifs pour les guérir.

L'auteur du livre actuel a élevé nombre de chats & n'a pu heureusement

constater ces sortes de maladies qui doivent provenir du manque de

soins, à moins qu'un courant épidémique ne circule, comme en 1673, où

la plupart des chats de Westphalie moururent.

En tout cas, dès qu'apparaîtront les premières pustules, il est bon de

lotionner pendant quelques jours la partie malade avec une décoction

de mauve, de guimauve ou de graine de lin, à laquelle on ajoute des

lavages composés de feuilles de tabac bouillies dans la lessive, ou

d'une dissolution de deutoxyde de potassium.

Exposez l'animal à un soleil ardent & frictionnez-le avec la

composition antisporique suivante: deux onces d'huile de lin dans

laquelle a été fondu un dixième d'onguent citrin. Le tout bien mêlé,

étendez une couche épaisse sur les parties affectées; ajoutez-y, comme

traitement interne, quelques infusions de sureau, de fumeterre & de

lait. L'animal guérira bientôt, s'il a été purgé préalablement avec

quelques grains de jalap délayés dans un peu d'eau miellée.

Les médecins de chats emploient un remède plus prompt pour combattre

l'inflammation; mais l'animal a besoin d'un fort tempérament pour

résister à un si énergique traitement.

Ces praticiens font vomir le chat au moyen de la staphisaigre, de

l'euphorbe & du tabac. Deux fois par jour l'animal est trempé dans une

décoction de pieds de griffon ou de tabac. Traitement sommaire, mais

dangereux.

Il en est un plus doux lorsque l'éruption est déclarée. Il faut tenir

le chat dans un endroit chaud, lui faire prendre quelque boisson

sudorifique laxative & le frictionner avec une lotion de nitrate

d'argent fondu (quatre gros) & d'eau naturelle (une livre).

Mais cette grave maladie qui décime la race féline se compte comme les

invasions de choléra, & depuis l'année 1779, où succombèrent la plupart

des chats de France, d'Allemagne, d'Italie & de Danemark, la science

n'a pas enregistré de nouvelles épidémies.

Quant aux fractures des chats, la science du vétérinaire doit être

invoquée.

J'ai vu un chat dont la colonne vertébrale avait été cassée se promener

plus tard avec quelques difficultés, il est vrai. Sa chute du haut d'un

toit élevé, quoiqu'elle lui eût enlevé l'agilité, n'avait modifié en

rien l'affabilité de son caractère.

II.

LE CHAT CHEZ LES HÉBREUX ET DANS L'ANTIQUITÉ.

Il n'est pas question de chat domestique dans la Bible, & si le

prophète, au nombre des animaux qui viendront crier la nuit dans les

ruines de Babylone, évoque les _Tsym_[38] que certains commentateurs

ont pris pour des chats, il est plus présumable qu'il s'agit des

chacals.

[Note 38: Le chat est appelé _Tsy_ en hébreu, au pluriel _Tsyim_,

d'après Bochart.]

Itobades, imité par Pilpai dans les Fables indiennes, appelle le chat

«le mangeur de souris.» Pilpai copie Itobades, Ésope copie Pilpai,

Phèdre copie Ésope, & c'est ainsi qu'à travers les siècles se présente

le chat à La Fontaine, qui, lui aussi, admet la caractéristique perfide

de l'animal félin, telle que l'ont donnée les fabulistes ses aïeux.

M. Dureau de Lamalle croit que dans le _Combat des grenouilles_

attribué à Homère, le vieux poëte parle du chat domestique qu'il

appelle _galé_.

Il est plus certain que le mot _ailuros_ employé par Hérodote &

Aristote s'applique au chat domestique.

Diodore de Sicile, parlant des conquêtes d'Agatoche de Numidie, dit

qu'il fit passer son armée à travers des montagnes élevées, habitées

par un si grand nombre de chats, qu'aucun oiseau n'y fait son nid.

Élien prouve également que l'_ailuros_ des Grecs est notre chat

domestique, en faisant figurer cet animal au nombre de ceux que l'on

peut apprivoiser par la nourriture & des caresses; il ajoute (sans

doute Élien avait en vue les chats sauvages) que les singes, pour leur

échapper, se réfugient à l'extrémité des branches.

L'_ailuros_ des Grecs devint _felis_ chez les Latins. Pline s'en est

occupé particulièrement, & un écrivain de la décadence, Palladius, dans

son ouvrage sur l'agriculture, parle du _Cattus_ ou _Catus_ comme d'un

animal utile dans les greniers pour détruire les souris.

«Il semblerait donc, dit M. de Blainville, que c'est vers cette époque

que le chat est devenu domestique, puisqu'il paraît certain qu'il ne

l'était pas si anciennement chez les Grecs, ni même chez les Romains,

quoiqu'il le fût chez les Égyptiens.»

En effet, le naturaliste français, qui, dans son beau traité

d'_Ostéographie_ a cherché la confirmation par les monuments anciens de

la domestication des animaux, ne trouve de représentations du chat ni

en Grèce ni dans l'ancienne Rome.

M. de Blainville parle d'un chat momifié dont le squelette fut

dépouillé de ses bandelettes pour les collections du Muséum. «M. E.

Geoffroy, dit-il, a reconnu, ainsi que M. G. Cuvier, un animal ne

différant en aucune manière de notre chat domestique en Europe, _ce

qui n'est pas exactement vrai_. Depuis lors, M. Ehrenberg, qui a eu

également l'occasion de voir ces momies de chats, a assuré qu'elles

provenaient d'une espèce encore actuellement sauvage & également

domestique en Abyssinie.»

Diverses autres momies de chats amènent M. de Blainville à conclure que

les Égyptiens avaient plusieurs espèces de chats: «On peut donc assurer

que les anciens Égyptiens possédaient trois espèces ou variétés de

chats que les modernes connaissent encore aujourd'hui, _en Afrique_, à

l'état sauvage aussi bien qu'à l'état domestique.»

Le chat n'était pas un animal domestique chez les peuples

scytho-celtiques, car dans les tumulus fouillés en Europe & dans l'Asie

boréale, où sont amassés de nombreux ossements de bœufs, de cerfs,

de moutons, de cochons & de chiens, M. de Blainville n'en a trouvé

aucun se rapportant au chat.

III.

RECHERCHES SUR LA DOMESTICATION DES CHATS ET L'ANCIENNETÉ DE LEUR RACE,

PAR DARWIN.

Dans son livre de l'_Origine des espèces_, Darwin s'était déjà occupé

des chats. On lui doit cette observation, que les chats qui ont les

yeux bleus sont presque toujours sourds. Il a fait remarquer encore

que les chats ont l'oreille droite, parce qu'étant perpétuellement aux

aguets, les muscles de l'oreille sont, dès le plus bas âge, sans cesse

en exercice, tandis que les animaux domestiques apathiques ont les

oreilles lâches & pendantes.

Dans un nouvel ouvrage _De la variation des animaux & des plantes sous

l'action de la domestication_[39], le naturaliste est revenu avec plus

de détails sur les chats. J'emprunte à ce livre quelques recherches

historiques & quelques observations:

[Note 39: Traduit par J.-J. Moulinié, t. I, in-8º. Paris, Reinwald,

1868.]

«Le chat a été domestiqué déjà fort anciennement en Orient; M. Blyth

m'apprend qu'il en est fait mention dans un écrit sanscrit datant de

deux mille ans...

«... Les chats sans queue de l'île de Man diffèrent du chat commun

non-seulement par l'absence de queue, mais par la longueur de leurs

membres postérieurs, la grandeur de leur tête & par leurs mœurs...

«Desmarets a décrit un chat du cap de Bonne-Espérance, remarquable par

une bande rouge sur le dos...

Les chats: Histoire; Moeurs; Observations; Anecdotes. · 第 7 / 9 段