On voit que déjà David ne prenait pas beaucoup le _roi_ au sérieux.]

[Note 53: «Le goût du temps, dit Charles Blanc, ne tarda pas à lui

emprunter toutes les modifications de l'ameublement et du costume. C'est

depuis l'exposition du _Serment des Horaces_ que les ornements antiques

devinrent à la mode. On voulut voir le mobilier de Tarquin le Superbe,

boire dans les patères d'Herculanum, que sais-je? s'éclairer par les

lampes de la villa Albani. Les robes des femmes furent taillées en

chlamydes, leurs souliers se changèrent en cothurnes.»

David, consulté par les comédiens, se contenta de leur donner des vases

étrusques. Les comédiens jetèrent les hauts cris. La tragédie subit

une rude secousse. Aucune femme n'y voulait plus jouer. J'ai toujours

pensé qu'on avait trop d'esprit railleur et pas assez de sentiment

antique au dix-huitième siècle pour prendre la tragédie au sérieux.

Elle n'était admise qu'avec des babils et des jupes à la française,

comme une savante curiosité de carnaval. Les Français ont toujours

aimé l'anachronisme en littérature. Aussi, depuis qu'on a restitué à

la tragédie son péplum majestueux, on n'a pas fait une seule œuvre

immortelle.

Parmi les élèves de David il ne faut pas oublier le Kain ni Talma. Ce

fut dans l'atelier du maître qu'ils apprirent le style des mouvements

et le style des habits.]

[Note 54: Dans son Salon de 1822, M. Thiers revient sur cette

composition avec tout le respect qu'inspire un chef-d'œuvre: «Socrate

dans sa prison, assis sur un lit, montre le ciel, ce qui indique la

nature de son intention; reçoit la coupe, ce qui rappelle sa

condamnation; tâtonne pour la saisir, ce qui annonce sa préoccupation

philosophique et son indifférence pour la mort.» Pour la composition,

ce tableau est un chef-d'œuvre que Poussin seul, de tous les peintres

modernes, aurait pu trouver; mais David, sentant qu'il avait sous la

main un chef-d'œuvre, s'y complut trop et oublia cette autre maxime,

qu'il faudrait inscrire a la porte de tous las ateliers: _Le fini ne

finit pas._]

[Note 55: Il commença à montrer ses forces au Salon de 1781. Il y

exposa _Bélisaire reconnu par un soldat qui avait servi sous lui, au

moment où une femme lui fait l'aumône._ Au salon de 1783, il reparut

avec son tableau de réception à l'Académie: la _Douleur et les

regrets d'Andromaque sur le corps d'Hector_, et le dessin d'une frise

dans le goût antique. Au Salon de 1785, il exposa le _Serment des

Horaces_ et une petite répétition du _Bélisaire._ Au salon de 1787:

_Socrate au moment de prendre la ciguë_, et une répétition des

_Horaces_ que Girodet aurait pu signer si le disciple signait les

tableaux du maître quand il les peint. Au salon de 1789 (la Révolution

allait s'annonçant partout, jusque dans les ateliers): 1° _Brutus,

premier consul, de retour en sa maison après avoir condamné ses deux

fils qui s'étaient unis aux Tarquins et avaient conspiré contre la

liberté romaine; des licteurs rapportent leurs corps pour leur donner

la sépulture_; 2° les _Amours de Pâris et d'Hélène_; 3° une

_Vestale_; 4° _Psyché abandonnée_; 5° _Louis XVI entrant à

l'Assemblée constituante_; 6° le _Serment du Jeu de Paume_, dessin à

la plume lavé au bistre, œuvre capitale.]

[Note 56: Ceux qui n'ont pas vu le tableau s'imaginent que c'est la

représentation d'un odieux spectacle. En effet, il y a là, dans une

pièce nue et grise, le couteau ensanglanté et le billot de bois,

l'écritoire de plomb et la plume brisée.--Cette plume plus terrible

qu'un seing royal du moyen âge.--Par terre, le billet de Charlotte est

ouvert: «Il suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à

votre bienveillance.--15 juillet 1703.--Deux 13.

--Charlotte à Marat.» Et comme contraste, au-dessous: «David à

Marat.» Eh bien, cet odieux spectacle est beau dans ce chef-d'œuvre de

David que nous admirions tous hier encore, à une fête du prince

Napoléon, entre un bataille d'Yvon et une page antique de Gérôme.

Quand Robespierre avait la dictature politique, David était le

dictateur des arts.]

[Note 57: David laissait le temps de compter ses œuvres. Il était trop

savant pour être fécond. J'ai indiqué tous ses tableaux jusqu'à la

Révolution; je vais indiquer ses œuvres depuis 1789 jusqu'à l'Empire,

depuis l'Empire jusqu'à son exil, et depuis son exil jusqu'à sa mort.

David signa, en 1793, 1° les _Derniers moments de Lepelletier de

Saint-Fargeau_; 2° _portrait_ de mademoiselle Lepelletier, fille

adoptive de la nation française; 3° _Marat assassiné dans sa

baignoire_; 4° la _Mort du jeune Barra_; 5° _portraits_ de Grégoire,

de Robespierre, de Saint-Just, de Boissy d'Anglas, de Jean Bon

Saint-André, de Prieur (de la Marne), de Bailly, de Marie-Joseph

Chénier. Au Salon de 1795, nous voyons le citoyen David exposer le

portrait d'une _Femme et son enfant._ De 1795 au Salon de 1808, le

citoyen David peignit: 1° une répétition de _Sapho et Phaon_; 2° une

variante des _Sabines_, avec un autre fond; 3° un portrait quatre fois

répété du _Premier Consul gravissant le Saint-Bernard_; 4° les

_portraits_ de madame Verninhac, de madame de Pastoret, de madame de

Trudaine, une _ébauche_ de madame Récamier; 5° _Pie VII et le

Cardinal Caprara_; 6° le _portrait_ de Pie VII. Au Salon de 1808,

David, premier peintre de l'Empereur, exposa: 1° le _Couronnement_; 2°

le _portrait_ en pied de l'Empereur; 3° les _Sabines._ Au Salon de

1810: 1° la _Distribution des aigles au Champ de Mars_; 2° l'_Empereur

debout, dans son cabinet._ Au Salon de 1814: 1° les _Thermopyles_; 2°

_portraits_ des gendres de David, les généraux Meunier et Jeannin, de

madame Daru, de Français de Nantes. Dans l'exil de 1810 à 1824, David

a peint: 1° l'_Amour quittant Psyché au lever de l'aurore_; 2°

_Télémaque et Eucharis_; 3° la _Colère d'Achille contre Agamemnon_;

4° _Bohémienne disant la bonne aventure à une jeune fille_; 5° _Mars

désarmé par Vénus et les Grâces_; 6° _Apelles peignant Campaspe

devant Alexandre_; 7° des _portraits_, celui de David, ceux de

quelques-uns de ses compagnons d'exil, comme Sieyès; 8° des

_dessins._]

Les Dieux et les Demi-Dieux de la Peinture · 第 45 / 50 题