Rubens peignait comme Homère et Théocrite chantaient; il avait la
grandiosité dans le génie. Les luxuriantes et naïves Flamandes lui
rappelaient les formes héroïques des femmes de Sparte, de Lacédémone
et de Syracuse. Il est d'un grand aspect comme la mer, les tempêtes et
les montagnes. Il passe rapide comme la foudre, sans s'arrêter aux
ciselures ni aux mosaïques. Sous son pinceau la mer jaillit tout
entière et non vague par vague, les montagnes s'élèvent par grandes
lignes et non par rochers et par touffes d'herbes.
Rubens, quelque tableau qu'il fit, conservait, même à son insu, ce
style d'apparat qu'il avait emprunté à l'école de Venise, mais
surtout à Paul Véronèse. Il faut bien avouer qu'il y a un peu de
mouvement théâtral dans son talent; il n'est pas jusqu'au paysage
qu'il n'ait trop animé par la mise en scène. Ainsi, chez lui, la
nature est toujours aux prises avec l'orage ou la tempête; il parvient
sans cesse à altérer cette naïve et sublime simplicité dont Dieu l'a
revêtue. Dans les nues, il jette un arc-en-ciel; sur la prairie, il
précipite une cascade; dans la forêt, il chasse un coup de vent.
Comme l'a remarqué Reynolds, tout est en harmonie chez Rubens. «S'il
eût été plus parfait, ses ouvrages n'auraient pas eu cette perfection
d'ensemble qu'on y trouve. Par exemple, s'il avait mis plus de pureté
et de correction dans le dessin, son manque de simplicité dans la
composition, dans la couleur et dans le jet des draperies, nous
frapperait davantage;» mais la richesse de sa composition et l'harmonie
de sa palette éblouissent à tel point la vue, qu'on s'incline devant
ses défauts comme devant ses beautés.
Il y a trois espèces d'harmonie: la première a pour exemple _la
Transfiguration_; c'est la manière romaine; les couleurs en sont fortes
et fières. La seconde est la manière milanaise; elle est produite par
la rupture des couleurs[22]. Avant les Hollandais, Léonard de Vinci a
enseigné l'art de _cacher sa palette_, semblable au grand écrivain qui
ne détourne jamais l'attention du sujet pour l'attirer sur lui-même.
La troisième manière a pour exemple les Vénitiens et les Anversois.
C'est l'alliance des couleurs fières et tendres dans un ensemble
éclatant. Rubens est le vrai représentant de cette manière.
Il peignait d'un seul coup, en traits de feu; de là le charme tout
virginal de son coloris. Il savait trop bien qu'il perdrait cette magie
en fatiguant ses couleurs.
Quoique le génie de Rubens fût surtout dans sa palette, il avait aussi
l'art de _cacher sa palette_, comme Léonard de Vinci. Quelle fraîcheur
de ton! quel éclat! quelle énergie! C'est le rayon qui joue sur la
rosée. Rubens est toujours harmonieux comme un bouquet de fleurs dans
ses bouquets de chairs[23]; il allie merveilleusement les couleurs
fières aux couleurs tendres. Il a l'art de les distribuer, de les
fondre et de les rendre amies.
Rubens est une des plus puissantes individualités qui aient marqué
dans les arts. Sa grande figure est empreinte du caractère olympien.
Non-seulement il a régné souverainement dans les Flandres, mais il a
partagé la couronne des plus radieux artistes. Il a quelquefois saisi
la grâce adorable de Raphaël et la grandiosité terrible de
Michel-Ange, l'énergie robuste de Titien et la suavité voluptueuse du
Corrége. Il a lutté avec la nature et n'a pas été vaincu par elle.
Rien n'arrêtait ce fier et vaillant pinceau, qui passait, victorieux
toujours, de l'allégorie au bouquet de fleurs, de l'histoire sacrée à
la kermesse, du portrait au paysage[24].
C'est surtout dans la _Montée an Calvaire_, dans les grandes pages
allégoriques, dans l'_Adoration des Mages_[25], que le génie de Rubens
éclate jusqu'à la fureur. Quelle force orgueilleuse! quelle
sublimité! quelle splendeur et quelle magnificence! La _Descente de
croix_, ce miracle de la cathédrale d'Anvers où l'on va comme à un
pèlerinage d'art de tous les coins du globe, est la page où Rubens a
fondu le plus harmonieusement toutes les richesses de sa palette, toute
la fierté de sa main, tout le sentiment de son âme. Jamais on n'a
été plus expressif et plus douloureux, jamais cette page sublime du
poëme de la Passion n'a été traduite par un art plus divin; la Vierge
n'est plus une femme, c'est la mère de Dieu; Jésus n'est plus un
homme, c'est le Fils de Dieu. Quoique la couleur éclate sur cette toile
comme dans toutes les œuvres de Rubens, elle n'y étouffe pas la ligne
et le sentiment. Rubens est là tout entier. Et là du moins on sent
bien que la main profane d'un élève n'est pas venue refroidir
l'inspiration du maître.
Ce grand génie, qui voulait être le dernier mot de l'Italie et de la
Flandre, a un peu abusé de ses forces; il a pris quelquefois la fureur
pour l'inspiration ou la verve. Dans sa fougueuse énergie, il a çà et
là dépassé le but, car tout ce tumulte, tout ce fracas, toutes ces
splendeurs, frappent souvent plus les yeux que la pensée. Ne
s'adressent-elles pas aussi à quelques-unes des œuvres de Rubens, ces
paroles de Shakespeare: «Une fable contée par un fou, pleine de
redondances et de grands mots[26]?» Avec un peu moins d'éclat et un
peu plus de poétique grandeur, qu'eût-il manqué à Rubens? Au lieu
d'adorer à Venise le style un peu théâtral des coloristes, que
n'a-t-il adoré à Rome la ligne éloquente des dessinateurs?
Comme Michel-Ange, Rubens fut le peintre du mouvement; il aimait le
mouvement jusqu'au désordre: aussi ses attitudes sont-elles un peu
outrées dans leur énergie. La chaleur et l'enthousiasme
l'entraînaient trop loin, même dans la peinture héroïque, hormis
pourtant dans ces admirables chefs-d'œuvre, la _Chute des Anges
rebelles_ et le _Combat des Amazones._ Ses hommes sont toujours des
hommes par la force et par la grandeur; mais, dans sa manière trop
large et trop puissante, les femmes qu'il crée ne sont plus assez des
femmes.
Rubens a dignement lutté avec Michel-Ange dans son _Jugement dernier_;
il n'atteint pas à la sauvage mélancolie ni à la science de dessin du
peintre de la chapelle Sixtine; mais Rubens, avec la poésie du symbole,
avec la magie du clair-obscur et toutes les pompes du coloris, s'élève
à la hauteur de Michel-Ange.
Les critiques, qui ne veulent jamais de taches au soleil, reprochent à
Rubens de n'avoir rien compris à cette ligne sévère, idéal du
sculpteur antique reconquis par Raphaël, de ne pas s'être passionné
pour le contour pur, si correct et si expressif d'Euphranor,--Euphranor,
qui représentait à la fois dans Paris le juge des déesses, l'amant
d'Hélène et le vainqueur d'Achille, sans les ressources d'un beau
coloris, avec la ligne seule, qui est une langue complète. Rubens a
tout compris, mais il a dit que la couleur aussi était une langue
complète. Quand donc acceptera-t-on le génie avec ses dons divins et
ses imperfections humaines? Nos défauts sont les ombres de nos vertus.
Ce qui a surtout frappé Rubens, c'est l'éclat et la grandiosité.
Comme Michel-Ange, il a oublié que les Grâces ne sont pas des
Amazones. Mais qu'importe, s'il est arrivé victorieusement jusqu'au
sommet de l'art? Tout en négligeant trop les leçons des maîtres de
l'antiquité, il a saisi à la nature des beautés qu'eux-mêmes,
peut-être, n'avaient pas découvertes. Le génie n'est-il pas souvent
le don de voir l'œuvre de Dieu sous un aspect nouveau?
Le caractère du génie humain est d'étonner par des beautés et non
pas d'être sans défaut. Saluons sans critique celui qui, comme Dieu,
créait son monde en six jours. Il avait la rapidité de la foudre, non
pour détruire, mais pour répandre la vie dans ses tableaux[27].
Saluons Rubens, inclinons-nous devant son sceptre, car celui-là fut un
roi, le roi glorieux des Flandres. Quel est celui qui, en s'élevant sur
son trône, pourrait atteindre à sa taille?
[Note 16: Cependant Rubens, tout imprégné de naturalisme, peut-être
à son insu, car la nature était chez lui plus forte encore que la
science, a trop chargé ses figures de chair. Zeuxis, d'après l'exemple
d'Homère, donnait à ses femmes une certaine forme héroïque; mais il
possédait au même degré la force et la grâce. Aussi, tout
héroïques qu'elles fussent, ses femmes étaient toujours des femmes,
et même, selon les témoignages de l'antiquité, les plus belles de la
Grèce. Théocrite a créé son Hélène d'après ces majestueux
modèles.]
[Note 17: «Il naquit à Cologne et mourut à Anvers, comme pour toucher
à la fois au berceau et à la tombe de l'art flamand.» H. FORTOUL.]
[Note 18: Bien que Sneyders ait étudié comme Van Dyck sous Van Balen,
on peut dire qu'il fut son maître à lui-même, car Van Balen lui
enseignait la peinture historique, lorsqu'un jour il reconnut qu'il
n'était pas né pour peindre des hommes, mais pour peindre des bêtes.
Il débuta par une chasse au cerf qui fit sa fortune. Jusque-là on
n'avait jamais représenté avec tant d'éclat et tant de vie les meutes
ardentes et les chevaux éperdus. Philippe III ayant vu ce tableau
voulut avoir vingt chasses de Sneyders; l'archiduc Albert le nomma son
premier peintre, et Rubens, l'empereur de la peinture, l'appela pour
peindre les animaux et les fruits de ses tableaux, déclarant qu'il
saurait bien le payer en monnaie d'artiste. En effet, Rubens peignit
presque toutes les figures des tableaux de Sneyders. Ces œuvres faites
à deux semblent, par leur admirable harmonie, appartenir au même
maître; c'est que Rubens et Sneyders avaient la même touche libre et
fière, riche et variée, la même couleur ferme, chaude et dorée.
Sneyders vivait sans doute familièrement avec les animaux; il les a
présentés dans leurs passions, dans leurs fureurs, dans leurs larmes.
Quelle vérité naïve et saisissante! Ses combats de chiens et de
sangliers, ses duels de lions et de tigres, respirent une énergie
sauvage qui vous monte à la tête. Ses forêts répandent je ne sais
quelle amère et verte odeur qui révèle un paysagiste vivement épris
de la nature. Il a laissé quelques figures, entre autres son portrait,
qui témoignent que sans Rubens il aurait pu faire un tableau complet.
Il avait accepté la collaboration de Jordaens et de quelques autres aux
conditions faites par Rubens. Mais pourtant ses plus beaux sont ceux
dont Rubens a peint les figures, témoin celui de l'ancien archevêché
de Bruges, où une femme enceinte touche des fruits avec plus d'avidité
encore qu'Ève, sa première mère. On ne saurait dire où est le
chef-d'œuvre. Les fruits sont admirables: la rosée la plus fraîche a
roulé sur eux ses perles embaumées, le soleil le plus doux les a
dorés et empourprés; mais cette femme qui les touche est si vivante,
que déjà on voit jaillir le lait de ses mamelles fécondes.
Sneyders ne quitta point Anvers. Il y était né en 1579, il y mourut en
1657. Dans ses portraits gravés on le représente entre un chien qui le
regarde avec intelligence et une hure de sanglier. Sneyders porte un
beau front et une barbe inculte.]
[Note 19: Il a commencé plus d'un livre, il a écrit un ouvrage sur la
_Peinture et les couleurs_, qui n'est point imprimé, quoi qu'en disent
l'abbé Ponce de Léon et le _Dictionnaire de Moréri_, qui ont confondu
avec le manuscrit de Rubens un livre intitulé: _Rubenius, de Re
Vestiaria_ (de l'Art de peindre les draperies), _Conversations_ de de
Piles, page 216, et _Abrégé des vies des Peintres_, page 391. Il a
aussi paru dans les journaux une lettre sur ce sujet, écrite d'Anvers
le 15 septembre 1769.]
[Note 20: Entre autres épitaphes, on a remarque celle du chevalier
Bullart:
Ipsa suos Iris, dédit ipsa Aurora colores,
Nox umbras, Titan lumina clara tiui.
Das te Rubenius vitam, mentemque figuris.
Et per te vivit lumen, et urubra, color;
Quid te, Rubeni, nigro mors funere volvit?
Vivit, victa tuo, picta colore rubet.
«C'est surtout à la modeste église Saint-Jacques que doivent se
rendre en pieux pèlerinage les admirateurs du grand peintre d'Anvers.
Là se trouvent son tombeau, son portrait et l'un de ses chefs-d'œuvre.
Le tombeau, dessiné d'après Rubens lui-même, remplit une petite
chapelle derrière le chœur de l'église. Son corps repose au centre de
cette chapelle, sous une vaste pierre tumulaire que foulent aux pieds
les dévots et les touristes, et qu'on a surchargée d'une longue
inscription latine où sont rappelés en style lapidaire tous les noms,
titres et mérites du défunt, tandis qu'il suffisait d'inscrire ce seul
mot: Rubens. Le tableau qui orne l'autel présente, sous prétexte
d'_une Sainte Famille_, toute la famille du peintre. Saint George le
guerrier est Rubens lui-même, saint Jérôme son père, le Temps son
grand-père, un ange son fils, Marthe et Madeleine ses deux femmes.
Quant à la Vierge, on croit que c'est une demoiselle Lunden, qui lui
servit de modèle en plusieurs occasions, et qu'on appelait communément
_le chapeau de paille_, depuis que Rubens l'avait peinte avec la
coiffure qu'indique ce surnom. Cette prétendue _Sainte Famille_, qui,
par le nombre des personnages, sort beaucoup des dimensions ordinaires,
est un tableau magnifique, d'une composition ingénieuse et facile,
d'une couleur incomparable, d'un effet ravissant et d'une conservation
parfaite. De toutes les œuvres de Rubens que j'ai vues dans les
Flandres, en France, en Angleterre, en Italie, en Espagne, je n'en
connais pas de supérieure à cette simple réunion de portraits.
Cependant Rubens ne mit que dix-sept jours à la peindre. C'était
quinze ans avant sa mort, arrivée en 1640.» L. VIARDOT.]
[Note 21: Au musée d'Anvers on montre sa chaise,--un trône--conservée
sous verre «vieux meuble que son souvenir a rendu sacré. Elle est
garnie en cuir et piquée de clous dorés, avec des dorures en relief,
comme sur les reliures. Elle annonce un grand état. On a mis sur le
siège une couronne d'immortelles flétries, symbole d'immortalité
moins solide que la sienne. C'est sur cette chaise que le merveilleux
coloriste s'est assis. Pourquoi n'y fait-on pas asseoir tous les jeunes
peintres lauréats, comme à Montpellier on fait endosser à tous les
docteurs en médecine la prétendue robe de Rabelais? Le contact de la
vieille relique leur donnerait peut-être, sinon le génie de Rubens, du
moins le respect de l'art, qui est déjà du talent. » D. NISARD.]
[Note 22: Expression des anciens. «On les rompt jusqu'à ce qu'il y ait
une harmonie générale dans les tons, sans qu'on y remarque rien qui
rappelle la palette du peintre.» REYNOLDS.]
[Note 23: Ses chairs, on l'a dit, ressemblent à la couleur vermeille
des doigts de la main quand on les tient vers le soleil.]
[Note 24: Il existe de fort beaux paysages de Rubens: j'en ai vu un tout
couvert de vaches que Sneyders seul aurait oser signé avec Rubens. Le
grand peintre se faisant paysagiste cherchait toujours à animer la
nature par quelque idylle flamande, comme une fenaison troublée par
l'orage, une forêt pendant la chasse, des pêcheurs sur le lac. Les deux
grands paysages du palais Pitti sont des chefs-d'œuvre où il a
imprimé l'art et la vie.]
[Note 25: Quelques critiques préfèrent l'_Adoration des Mages_, même
à l'_Assomption de la Vierge_ et à la _Descente de croix._ «La Vierge
est à droite, tournée vers la gauche, où se tiennent les mages. Il y
a un de ces mages qui dépasse toute imagination, et je n'ai jamais vu
dans aucun tableau une figure si étrange et si majestueuse. Il est
debout, le corps de profil, la tête presque de face et un peu
inclinée. Il est enveloppé d'un manteau écarlate, couleur de
founiaise, avec quelques étoiles d'or. L'étoffe de cette draperie est
épaisse et lourde, et fait quelques grands plis sévères. Un des pans
traîne sur le sol, mais on voit cependant les jambes nues du colosse et
les pieds aux vigoureuses articulations, chaussés de sandales nouées
à la cheville par des cothurnes. La tête est effrayante, un crâne nu
et ferme comme le roc; sous la caverne des sourcils, qui s'avancent
comme des broussailles au bord d'un précipice, un regard perçant et
inflexible; un nez d'aigle et une cascade de barbe blanche qui
bouillonne jusque sur sa poitrine. Oh! le beau Jupiter Olympien pour
ébranler le monde a la seule ride de son front! Le Moïse de
Michel-Ange n'est pas si terrible que le mage de Rubens.» T. THORÉ.
Au palais Pitti, un des tableaux qui m'ont le plus frappé est la
célèbre allégorie, Mars partant pour la guerre. Rubens donne ainsi
l'explication de son œuvre dans une de ses lettres: «Le principal
personnage est Mars, qui sort du temple de Janus. Le dieu des combats,
armé de l'épée sanglante et du bouclier, menace les peuples des plus
grands désastres; il résiste aux instances de Vénus qui, accompagnée
des Amours, s'efforce de le retenir par de tendres caresses. La furie
Alecto, le flambeau à la main, entraine Mars aux combats; elle est
précédée de deux monstres, qui désignent la peste et la famine,
compagnes inséparables de la guerre,» etc. Mais la prose du peintre
n'a pas l'éloquence de sa palette; Homère seul était digne
d'expliquer ce tableau qui vous attire et vous épouvante, où l'on
entend les bruits de la guerre, où l'on voit les palpitations du beau
sein de Vénus. C'est l'art, c'est la vie.]
[Note 26: A tale told by an idiot, full of sound and fury, signifying
nothing.]
[Note 27: C'était la vie qui faisait battre son cœur plutôt que sa
vie qui entraînait son imagination; aussi ses hyperboles habitaient
toujours la terre. «Un certain accent humain semble être nécessaire
pour donner l'apparence de la vie. La représentation de nos pareils
dans le _Jugement dernier_ de Michel-Ange, ou dans la _Chute des
Damnés_ de Rubens, nous inspire plus d'horreur que si ces êtres
étaient peints sous les formes imaginaires que Milton leur prête. Dans
les régions de la fiction et de l'allégorie, cette vérité de
représentation est d'autant plus essentielle, qu'elle porte les images
à l'esprit avec plus de force; par exemple, les satyres, les Silènes
et les faunes de Rubens semblent avoir existé en effet, tellement ils
paraissent être vrais en tout ce qui constitue les passions sensuelles,
effrénées et mauvaises de la nature humaine quand elle est privée
d'intelligence.» VAN GEEL.]