Toutes ces marches diverses avaient pour objet la poursuite de Firmus.
Il fuyait de contrée en contrée sur cette frontière sauvage. Enfin,
Théodose, voulant délasser ses troupes, campa près du château de
Médianum[1095]: il y demeura quelques jours sans cesser d'agir auprès
des Barbares, pour les engager à lui livrer le fugitif. Il apprit qu'il
était retourné chez les Isafliens: il marcha aussitôt de ce côté-là.
Comme il entrait dans le pays, le roi Igmazen vint hardiment à sa
rencontre: _Qui es-tu_, dit-il à Théodose, _et quel dessein t'amène
ici?_ Le général romain le regardant avec fierté: _Je suis_, lui
dit-il, _un des officiers de Valentinien, maître de toute la terre: il
m'envoie pour arrêter un brigand: si tu ne le remets entre mes mains
sans différer, tu périras avec toute ta nation_[1096]. Un discours si
menaçant irrita le prince barbare: il ne répondit que par des injures,
et se retira plein de colère. Le lendemain, dès que le jour parut, les
Barbares vinrent avec une contenance assurée présenter la bataille.
Le front de leur armée était composé de près de vingt mille hommes;
la seconde ligne, encore plus nombreuse, devait peu à peu s'étendre
pendant le combat, et enfermer les Romains qui n'étaient guère plus
de trois mille[1097]. Les Jésaliens, malgré les promesses faites à
Théodose, s'étaient joints à eux. Les Romains animés par le souvenir de
leurs victoires, resserrant leurs bataillons, et se couvrant de toutes
parts de leurs boucliers, soutinrent, sans s'ébranler, les efforts
des ennemis. Le combat dura tout le jour. Vers le soir on vit paraître
Firmus, qui monté à l'avantage, déployant son manteau de couleur
de pourpre[1098], criait aux soldats romains que _s'ils voulaient
éviter une mort certaine, ils n'avaient point d'autre ressource que
de livrer Théodose, ce tyran inhumain, cet inventeur de supplices
cruels_. Ces paroles n'inspirèrent que de l'indignation à la plupart
des soldats, et redoublèrent leur courage. Mais il y en eut qui en
furent effrayés, et qui cessèrent de combattre. Enfin la nuit sépara
les deux armées; et Théodose, profitant des ténèbres retourna à la
forteresse d'Audia[1099]. Il y passa ses troupes en revue, et punit
ceux qui s'étaient déshonorés par leur lâcheté; il leur fit couper la
main droite: quelques-uns furent brûlés vifs. Il s'arrêta quelques
jours en ce lieu, veillant sans cesse pour éviter les surprises.
Cette précaution n'était pas inutile. Quelques Barbares étant venus
attaquer son camp pendant une nuit fort obscure, il les repoussa, et
en fit prisonniers plusieurs qui avaient déjà forcé le retranchement.
Il marcha ensuite en diligence vers les Jésaliens, et ayant pris pour
pénétrer dans leur pays des routes détournées, par lesquelles on ne
l'attendait pas, il se vengea de leur infidélité par le massacre et
le ravage. Après avoir ainsi terminé l'expédition de cette année, il
traversa la Mauritanie Césarienne et revint à Sitifis, où il fit mourir
dans la torture, et brûler après leur mort, Castor et Martinianus, les
principaux ministres des rapines et des forfaits du comte Romanus. Il
attendait des ordres de l'empereur pour instruire le procès du comte
même; mais Valentinien mourut avant la fin de cette affaire.
[Note 1095: _Propè munimentum nomine Medianum._ Amm. Marc. l. 29, c.
5.--S.-M.]
[Note 1096: _Comes, ait, Valentiniani sum, orbis terrarum domini, ad
opprimendum latronem funereum missus: quem nisi statim reddideris, ut
invictus statuit imperator, peribis funditùs cum gente quam regis._
Amm. Marc. l. 29, c. 5.--S.-M.]
[Note 1097: _Admodum pauci._ Amm. Marc. l. 29, c. 5. Cet auteur ne
détermine pas quel était le nombre des Romains.--S.-M.]
[Note 1098: _Firmus equo celsiori insidens, sago puniceo porrectius
panso_, etc. Amm. Marc. l. 29, c. 5. Cette indication pourrait donner
lieu de croire que Firmus avait pris effectivement la pourpre et qu'il
s'était fait déclarer empereur, comme le pensent quelques auteurs, et
comme je l'ai déja remarqué. Voyez ce qui est dit ci-devant § 51, p.
466, n. 4.--S.-M.]
[Note 1099: Le texte d'Ammien Marcellin, l. 29, c. 5, porte _ad
Duodiense castellum_, mais il est évident qu'il y a une erreur et qu'il
faut lire _ad castellum Audiense_; car c'est effectivement de ce fort
que Théodose était parti pour marcher contre Igmazen.--S.-M.]
[Note latérale: LXIII.