Firmus, abandonné des Nègres, se réfugia avec Mazuca son frère, et
le reste de sa famille, dans le pays des Isafliens[1085]. C'était le
peuple le plus puissant de ces contrées[1086]. Le roi Igmazen était
guerrier, et célèbre par ses victoires[1087]. Le commerce qu'il
entretenait avec la province romaine lui avait procuré de grandes
richesses[1088]. Théodose lui envoya demander le rebelle, et, sur son
refus, il lui déclara la guerre. Il y eut une sanglante bataille, où
les Romains, enveloppés, furent obligés de faire face de toutes parts,
et malgré ce désavantage taillèrent les ennemis en pièces. Firmus
chargea lui-même à la tête des troupes: il s'exposa sans ménagement; et
ce ne fut qu'après les derniers efforts, qu'il se sauva par la force et
la vitesse de son cheval, accoutumé à courir sur les rochers et au bord
des précipices. Mazuca son frère, blessé à mort, fut fait prisonnier.
Comme on le conduisait à Césarée, où il avait laissé des marques de sa
fureur[1089], il s'arracha lui-même la vie en déchirant sa plaie. Sa
tête fut portée dans la ville; elle y fut reçue avec cette joie cruelle
que produit la vengeance. Théodose ravagea les terres des Isafliens.
Plusieurs habitants de la province romaine[1090], qui s'étaient liés
avec ces Barbares et retirés dans leur pays, tombèrent entre ses mains.
Convaincus d'avoir, par de sourdes pratiques, favorisé la rébellion,
ils furent condamnés au feu. De là Théodose s'avança jusque dans une
contrée nommée la Jubalène[1091]: c'était la patrie de Nubel, père
de Firmus[1092]; mais il fut arrêté dans sa marche par de hautes
montagnes, et quoiqu'il s'en fût ouvert le passage malgré les naturels
du pays qu'il tailla en pièces, cependant, craignant de s'engager dans
ces défilés dangereux, il tourna vers la forteresse d'Audia[1093], où
les Jésaliens[1094], nation féroce, vinrent lui offrir des secours de
troupes et de vivres.
[Note 1085: _Verus indicat explorator, confugisse ad Isaflensium
populum Firmum._ Amm. Marc. l. 29, c. 5. Ammien Marcellin est le seul
qui parle de ces _Isaflenses_.--S.-M.]
[Note 1086: Ammien Marcellin ne dit rien qui puisse faire croire que
les Isafliens fussent effectivement plus puissants qu'aucun des peuples
de ces régions.--S.-M.]
[Note 1087: _Rex eorum Igmazen vincere antehac assuetus._ Amm. Marc. l.
29, c. 5.--S.-M.]
[Note 1088: _Rex Igmazen nomine, spectatus per eos tractus opibusque
insignis._ Amm. Marc. l. 29, c. 5.--S.-M.]
[Note 1089: _Ubi sæva inusserat monumenta facinorum pessimorum._ Ammien
Marc. l. 29, c. 5.--S.-M.]
[Note 1090: C'étaient un magistrat appelé Évasius, _Evasium potentem
municipem_, son fils Florus et quelques autres.--S.-M.]
[Note 1091: _Exindeque pergens interius, nationem Iubalenam spiritu
adgressus ingenti._ Amm. Marc. l. 29, c. 5. Il serait possible que
cette contrée intérieure dût son nom à sa disposition physique, ou à
sa situation au milieu des montagnes. _Djebal_, en arabe et _Gabal_
en hébreu, signifient _montagne_. Ce serait, s'il en était ainsi un
sûr indice que la langue des Phéniciens ou des Carthaginois avait
pénétré assez avant dans le pays. Ce qui semble venir à l'appui de
cette conjecture, c'est que presqu'aussitôt Ammien Marcellin fait
mention des montagnes difficiles qui se trouvaient dans ce canton et
qui retardèrent la marche de Théodose: _Repulsus altitudine montium et
flexuosis angustiis stetit_. Au reste, il n'est question de ce pays
nulle part ailleurs que dans Ammien Marcellin.--S.-M.]
[Note 1092: _Ubi natum Nubelem patrem didicerat Firmi._ Amm. Marc. l.
29, c. 5.--S.-M.]
[Note 1093: _Revertit ad Audiense castellum._ Amm. Marc. l. 29, c. 5.
Cette place est mentionnée dans la _Notice de l'empire_.--S.-M.]
[Note 1094: _Iesalensium gens fera._ Amm. Marc. l. 29, c. 5. Le pays
occupé par cette nation n'est pas plus connu que les autres.--S.-M.]
[Note latérale: LXII.