Le rebelle, découragé par ces mauvais succès, députa des évêques pour
offrir des otages et demander la paix[1052]. C'étaient apparemment
des évêques Donatistes. Théodose exigea des vivres pour son armée.
Firmus accepta la condition, et ayant envoyé des présents, il alla
lui-même avec confiance trouver Théodose. A la vue de l'armée romaine
et de la contenance fière du général, il affecta de paraître effrayé;
il descendit de cheval et se prosterna aux pieds de Théodose, avouant
avec larmes sa témérité et demandant grace. Le vainqueur le releva
et le rassura en l'embrassant[1053]. Firmus remit les vivres qu'il
avait promis, laissa plusieurs de ses parents pour otages, donna
parole de rendre les prisonniers, et se retira. Deux jours après il
renvoya à Icosium[1054] plusieurs enseignes militaires, et une partie
du butin[1055] qu'il avait fait dans ses courses. Théodose reprit la
route de Césarée. Après de longues marches, comme il entrait dans la
ville de Tipasa[1056], colonie maritime entre Icosium et Césarée, il
rencontra les députés des Maziques[1057], qui venaient implorer sa
clémence. Cette nation belliqueuse s'était liguée avec le rebelle. Le
général romain leur répondit avec fierté, qu'il irait incessamment les
chercher lui-même pour tirer raison de leur perfidie. Ils se retirèrent
en tremblant, et Théodose arriva à Césarée[1058]. Cette ville lui
offrit un déplorable spectacle: il n'y restait plus que des masures et
des monceaux de pierres calcinées par les flammes. La première et la
seconde légion eurent ordre d'enlever les cendres et les décombres,
de rebâtir cette belle ville, et d'y demeurer en garnison. Firmus
avait enlevé les deniers du fisc. Quelques années après, les officiers
de l'empereur prétendirent en rendre les magistrats responsables.
Mais l'évêque Clément arrêta par ses représentations cette injuste
poursuite; et le zèle de ce charitable prélat fut appuyé du crédit de
Symmaque, et loué des païens même.
[Note 1052: _Christiani ritus antistites oraturos pacem cum obsidibus
misit._ Amm. Marc. l. 29, c. 5.--S.-M.]
[Note 1053: Parce que l'intérêt de la république l'exigeait, dit Ammien
Marcellin, l. 29, c. 5. _Quoniam id reipublicæ conducebat._--S.-M.]
[Note 1054: Il paraît que cette ville où Vespasien avait établi une
colonie romaine, est le lieu appelé par les modernes _Sarsal_. On y
trouve des ruines très-considérables, et souvent mentionnées dans les
auteurs arabes, à cause de leur extrême magnificence. Elles ont été
visitées et décrites, mais avec trop peu de détails, par le voyageur
Shaw, t. 1, p. 49-55.--S.-M.]
[Note 1055: Parmi ces objets était une couronne sacerdotale, _coronam
sacerdotalem_, c'est-à-dire une de ces couronnes d'or que les pontifes
païens de chaque province, avaient coutume de porter. Voy. à ce sujet
la note de Valois _ad Am. Marc._ l. 29, c. 5.--S.-M.]
[Note 1056: _Tipasa_ était une colonie romaine, voisine de Césarée ou
Alger. Il faut bien la distinguer d'une autre ville du même nom, qui
était dans la Numidie, et dont l'emplacement conserve encore le nom de
_Taïfas_.--S.-M.]
[Note 1057: Le nom des Maziques se trouve répandu depuis la Mauritanie
jusqu'aux frontières de l'Égypte, où ils n'étaient pas moins connus que
dans l'Afrique proconsulaire, par leurs fréquentes incursions. J'ai
lieu de croire que ce nom qui se trouve très-souvent et avec quelques
légères différences dans les auteurs anciens, s'appliquait à la
principale et à la plus puissante des nations indigènes de l'Afrique,
aux peuples qui portent actuellement le nom de Berbères. Je pense même
que c'était là le nom national de cette puissante race d'hommes; et
je regarde comme constant qu'il s'est perpétué parmi eux jusqu'à nos
jours.--S.-M.]
[Note 1058: _Urbem opulentam quondam et nobilem._ Am. Marc. l. 29, c.
5.--S.-M.]
[Note latérale: LVΙ.