Après la mort de Valentinien, Érechthius et Aristoménès se présentèrent
à Gratien, et l'instruisirent de la vérité, qui n'avait jamais été
entièrement connue de son père. Ce prince les adressa au proconsul
Hespérius[1025], et au vicaire Flavianus[1026], magistrats éclairés, et
dont la justice était incorruptible. Ils firent arrêter Cécilius; il
avoua dans la question que c'était lui qui avait engagé les habitants à
désavouer leurs propres députés; sa déposition fut envoyée à Gratien.
Romanus, toujours prisonnier depuis que Théodose l'avait fait arrêter,
ne se tint pas encore pour convaincu; aussi hardi à nier ses crimes
qu'à les commettre, il obtint d'être transporté à Milan, où la cour
était alors. Il y fit venir Cécilius, à dessein d'accuser le proconsul
et le vicaire, d'avoir trompé l'empereur, pour favoriser la province;
il trouva même un protecteur dans le comte Mellobaudès, qui pouvait
beaucoup auprès de Gratien; et il eut le crédit de faire appeler à
Milan plusieurs Tripolitains, dont la présence était, disait-il,
nécessaire à sa justification; ils vinrent en effet; mais Romanus, ne
put ni les intimider, ni les corrompre: ils persistèrent à déposer la
vérité. L'histoire ne parle plus de Romanus; et le principal acteur de
tant d'impostures et de scènes sanglantes disparaît tout à coup, sans
qu'on soit instruit de son sort. Il serait bien étrange, que ce monstre
de cruauté, d'avarice et de fourberie, après avoir si long-temps trompé
son souverain, et fait périr tant d'innocents, convaincu enfin des plus
noirs forfaits, eût échappé au supplice, et qu'il n'eût été puni que
par les malédictions de ses contemporains, et l'horreur de la postérité.
[Note 1025: On voit par une loi insérée dans le Code Théodosien,
qu'Hespérius qui était proconsul d'Afrique en l'an 376, fut dans la
suite préfet du prétoire des Gaules.--S.-M.]
[Note 1026: Une autre loi du Code Théodosien nous fait voir que
Flavianus exerçait les fonctions de vicaire d'Afrique, en l'an 377. En
l'an 382, il était préfet du prétoire d'Illyrie et d'Italie, charge
qu'il occupa de nouveau en 391. On apprend d'une inscription antique
qu'il s'appelait Virius Nicomachus Flavianus.--S.-M.]
[Note latérale: LI.