[Note latérale: Amm. l. 29, c. 5.
[Aurel. Vict. epit. p. 230.]
Zos. l. 4, c. 16.
Oros. l. 7, c. 33.
Symm. l. 1, ep. 64.
S. Aug. ep. 87, t. 2, p. 213, et in Parmen. l. 1, c. 10 et 11, t. 9, p.
22 et 23.]
Ce furent encore ses pernicieuses intrigues, qui jetèrent Firmus
dans le désespoir: la haine que le comte s'était attirée, donna des
partisans au rebelle, et pensa faire perdre à l'empire les vastes
contrées de la Mauritanie, ainsi que nous l'allons raconter. Nubel,
qui tenait le premier rang entre les Maures[1027], laissa en mourant
sept fils, Firmus, Zamma, Gildon, Mascizel, Dius, Salmacès, Mazuca,
et une fille nommée Cyria. Zamma, lié d'amitié avec le comte Romanus,
fut assassiné par Firmus, son frère; le comte résolut de faire punir
le meurtrier, et ce dessein, n'avait rien que de louable; mais Romanus
ne savait poursuivre la justice même, que par des voies obliques
et injustes. Les amis qu'il avait à la cour, et surtout Rémigius,
appuyèrent auprès du prince le rapport de Romanus, et ôtèrent à
Firmus tous les moyens de défense qu'on accorde aux plus grands
criminels: l'empereur ne voulut ni écouter ses envoyés, ni recevoir
ses apologies. Firmus, voyant qu'il allait être la victime de cette
cabale, prévint sa perte par la révolte[1028]; il y trouva les esprits
disposés; les concussions du comte soulevaient tout le pays; un grand
nombre de soldats romains, et même des cohortes entières, vinrent se
ranger sous les drapeaux du rebelle. Suivi d'un grand corps de troupes,
il entra dans Césarée, capitale de la province[1029]: c'est aujourd'hui
la ville d'Alger; il la saccagea[1030] et la réduisit en cendres.
Fier de ce succès, il prit le titre de roi[1031], et ce fut un tribun
romain, qui lui posa son collier sur la tête, pour lui tenir lieu de
diadème. Les Donatistes, furent les plus ardents à se déclarer en sa
faveur[1032]; comme ils étaient divisés en deux sectes, l'une s'appuya
de ses armes pour écraser l'autre[1033]. Un de leurs évêques, lui livra
la ville de Rucate[1034], où il ne maltraita que les catholiques.
[Note 1027: Il paraît que ce chef barbare portait parmi les siens
le titre de roi. _Nubel velut regulus per nationes Mauricas
potentissimus_, dit Ammien Marcellin, l. 29, c. 5. Saint Augustin
n'hésite pas à appeler Firmus, fils de Nubel, un roi barbare. _Regem
barbarum Firmum_, dit-il (_in Parmen._ l. 1, c. 10, t. 9, p. 22).
J'aurai dans la suite plusieurs fois occasion de faire remarquer que,
pendant la domination des Romains sur l'Afrique, il existait un grand
nombre de chefs indigènes, maures, numides, gétules ou libyens, qui
prenaient le titre de rois, et étaient restés à peu près indépendants
au milieu du mont Atlas.--S.-M.]
[Note 1028: _Ab imperii ditione descivit_; une lacune qui se trouve
après ces mots dans le texte d'Ammien Marcellin, l. 29, c. 5, nous
empêche de connaître quelles furent d'après cet historien les premières
entreprises de Firmus. Cette révolte dut arriver en l'an 372; car
on voit, par une loi de cette année, que, le 29 juin, Romanus était
encore comte de l'Afrique; et Rémigius, maître des offices, qui, par
sa connivence, fut cause de cette guerre, mourut en l'an 373. Voyez
Tillemont, _Hist. des emper._ Valentinien, note 47.--S.-M.]
[Note 1029: _Cæsaream, urbem nobilissimam Mauritaniæ, barbaris in
prædam dedit._ Oros. l. 7, c. 33.--S.-M.]
[Note 1030: On peut au sujet de la belle conduite que l'évêque Clément
tint en cette circonstance, consulter une lettre de Symmaque, l. 1, ep.
64. Voyez ci-après, § 55, p. 472.--S.-M.]
[Note 1031: _Hujus tempore Firmus apud Mauritaniam regnum invadens._
Vict. epit. p. 230. Orose dit la même chose plus clairement, l. 7,
c. 33: _Interea in Africæ partibus Firmus sese, excitatis Maurorum
gentibus, regem constituens, Africam Mauritaniamque vastavit_. St.
Augustin, comme je l'ai déja remarqué, p. 465, note 1, ne balance pas
à lui donner le titre de roi. Bien plus, selon Zosime, l. 4, c. 16, il
se serait revêtu de la pourpre et aurait pris le titre d'empereur. Son
témoignage est formel. Λίβυες... Φίρμῳ τὴν ἁλουργίδα δόντες, ἀνέδειξαν
βασιλέα.--S.-M.]
[Note 1032: Quoiqu'il eût été le plus cruel ennemi des Romains, ces
sectaires regardaient cependant Firmus comme un prince légitime; c'est
ce que dit Saint Augustin, _in Parmen._ l. 1, c. 10, t. 9, p. 22. _Etsi
illum licet hostem immanissimum Romanorum in legitimis numerent._ Cette
observation de l'évêque d'Hippone est encore une preuve indirecte que
Firmus avait pris effectivement le titre d'empereur.--S.-M.]
[Note 1033: Les Donatistes dissidents portaient le nom de Rogatistes.
Ils embrassèrent le parti de Firmus, d'où ils reçurent le nom de
Firmianiens, comme l'atteste S. Augustin, ep. 87, t. 2, p. 213, _de
Rogatensibus non dixerim, qui vos Firmianos appellare dicuntur_.--S.-M.]
[Note 1034: Cette ville, nommée aussi _Rusicade_, était dans la Numidie
ou Mauritanie Césarienne. Elle était sur le bord de la mer.--S.-M.]
[Note latérale: LII.