La Tripolitaine fut réduite à souffrir sans se plaindre; mais l'œil
de la justice éternelle[1022], qui ne dort jamais, suivit partout
les coupables, et tira enfin la vérité de ce labyrinthe ténébreux.
Palladius, disgracié pour un sujet qu'on ignore, se retira de la
cour; quelques temps après, Théodose étant venu en Afrique, pour
réprimer la rébellion de Firmus, dont nous allons bientôt parler, fit
arrêter le comte Romanus, et se saisit de ses papiers; il y trouva une
lettre[1023], qui prouvait manifestement, que Palladius en avait imposé
à l'empereur[1024], et il l'envoya au prince. Palladius fut arrêté; et
pressé par les remords de ses crimes, il s'étrangla dans la prison.
Rémigius ne lui survécut pas long-temps; Léon lui ayant succédé, dans
la charge de maître des offices, il s'était retiré dans ses terres près
de Mayence [_Mogontiacum_], où il était né. Maximin, préfet des Gaules,
avide de condamnations et de supplices, jaloux d'ailleurs du crédit
dont Rémigius avait joui long-temps, cherchait l'occasion de le perdre;
il fit mettre à la question un nommé Césarius, qui avait eu part à
la confiance de Rémigius, et qui révéla toutes ses impostures. Dès
que Rémigius en fut averti, il prévint la punition qu'il méritait, en
s'étranglant lui-même.
[Note 1022: _Vigilavit justitiæ oculus sempiternus, ultimæque legatorum
et præsidis diræ._ Amm. Marc. l. 28, c. 6. Il dit ailleurs, l. 30, c.
6, en se servant de la même métaphore, _sempiternus vindicavit justitiæ
vigor_.--S.-M.]
[Note 1023: C'était une lettre d'un certain Métérius, adressée à
Romanus son patron. _Domino patrono Romano Meterius._ Amm. Marc. l. 28,
c. 6.--S.-M.]
[Note 1024: «De ce que, y est-il dit, dans l'affaire des Tripolitains,
il avait menti aux oreilles sacrées.» _Quὸd in causa Tripolitanorum
apud aures sacras mentitus est._ Amm. Marc. l. 28, c. 6.--S.-M.]
[Note latérale: L.