Il fut renvoyé en Afrique avec Jovinus, l'un des deux derniers députés;
l'autre était mort à Trèves; Palladius était chargé, conjointement
avec le vicaire d'Afrique, de vérifier les faits allégués par la
seconde députation: il avait ordre encore, de faire couper la langue à
Érechthius et à Aristoménès qu'il avait, contre sa propre conscience,
dépeints comme des imposteurs[1016]. Romanus, dont la fourberie était
inépuisable en ressources, ne fut pas plus tôt instruit des ordres
donnés pour cette seconde information, qu'il résolut d'en profiter,
pour se défaire de tous ses adversaires. Il envoya à Leptis deux
scélérats adroits, et propres aux plus noires intrigues; l'un, nommé
Cécilius, était conseiller[1017] au tribunal de la province: par leur
moyen, il corrompit un grand nombre d'habitants, qui désavouèrent
Jovinus; et Jovinus lui-même, intimidé par des menaces secrètes,
démentit le rapport qu'il avait fait à l'empereur. Palladius instruisit
Valentinien de ces rétractations; et ce prince, se croyant joué par
les accusateurs de Romanus, condamna à la mort Jovinus, et trois
autres habitants[1018], comme complices de ses calomnies. Il prononça
le même arrêt contre Ruricius; et ce gouverneur intègre, qui n'avait
d'autre crime, que d'avoir, selon le devoir de sa charge, travaillé à
soulager les maux de sa province[1019], fut exécuté à Sitifis[1020]
en Mauritanie. Le vicaire[1021] fit mourir les autres à Utique;
Flaccianus fut assez heureux pour s'évader de la prison: il se
retira à Rome, où il demeura caché jusqu'à sa mort, qui arriva peu de
temps après. Érechthius et Aristoménès se sauvèrent dans des déserts
éloignés, dont ils ne sortirent, que sous le règne de Gratien.
[Note 1016: _Præter hæc linguas Erechthii et Aristomenis præcidi
jusserat imperator, quos invidiosa quædam locutos idem Palladius
intimarat._ Amm. Marc. l. 28, c. 6.--S.-M.]
[Note 1017: _Consiliarium._--S.-M.]
[Note 1018: Ils se nommaient Célestinus, Concordius et Lucius.--S.-M.]
[Note 1019: On l'accusait encore de s'être servi dans ses rapports
d'expressions peu mesurées, _hoc quoque accedente_, dit Ammien
Marcellin, l. 28, c. 6, _quὸd in relatione ejus verba quædam (ut visum
est) immodica legebantur_.--S.-M.]
[Note 1020: Cette ville qui donnait le nom de _Sitifensis_ à toute
la partie occidentale de la Mauritanie, dont elle était capitale,
jouissait du titre _et_ des droits de colonie romaine. D'Anville
(_Geograph. abrég._ t. 3, p. 101) indique dans le pays de la régence
d'Alger un lieu nommé _Sétif_ qui doit y répondre selon lui. Au vrai,
on ignore encore quelle fut la situation de cette ville, aussi-bien que
celle de presque toutes les autres places de cette partie de l'Afrique
qui s'éloigne des côtes.--S.-M.]
[Note 1021: Cet officier se nommait Crescens; on voit par une loi
rendue sous le deuxième consulat de Gratien et de Probus, qu'il
exerçait ses fonctions en l'an 371.--S.-M.]
[Note latérale: XLIX.