Plaintes de ceux de Leptis éludées par les intrigues du comte Romanus.]

Jovien vivait encore, lorsque les habitants de Leptis attaqués par

les Austuriens, ainsi que nous l'avons raconté[1005], implorèrent le

secours de Romanus, commandant des troupes en Afrique[1006]: ce général

avare ayant exigé, pour les défendre, des conditions auxquelles il

était impossible de satisfaire[1007], ils résolurent de porter leurs

plaintes à l'empereur[1008]; ils nommèrent pour députés Sévère et

Flaccianus; et sur la nouvelle que Valentinien venait de succéder à

Jovien, on les chargea en même temps de lui offrir, selon la coutume,

les présents de la province Tripolitaine[1009]. Romanus n'était pas

moins artificieux, que cruel et avare; il avait à la cour un puissant

appui, dans la personne de Rémigius, qui fut depuis maître des

offices[1010], avec lequel il partageait le fruit de ses rapines, pour

en acheter l'impunité. Il savait que l'empereur, prévenu en faveur de

ses officiers, ne voulait jamais les croire coupables, et qu'il ne

punissait que les subalternes; dès qu'il fut instruit de la résolution

des Leptitains, il dépêcha en toute diligence un courrier à Rémigius,

pour le prier de faire en sorte que l'empereur voulût bien s'en

rapporter sur toute cette affaire à lui-même et au vicaire d'Afrique,

dont il était sûr: c'était demander avec impudence, que le coupable

fût déclaré juge. Les députés vinrent à la cour: ils exposèrent leurs

malheurs, et présentèrent le décret de la province, qui en détaillait

toutes les circonstances; Ruricius, gouverneur de la Tripolitaine,

y avait joint son rapport, conforme aux plaintes des habitants.

L'empereur en fut frappé: Rémigius fit l'apologie de Romanus; mais ses

mensonges ne purent cette fois que balancer la vérité. Valentinien

promit de faire justice, après une exacte information; il accorda même

à la prière des députés, qu'en attendant sa décision, Ruricius serait

chargé du commandement des armées, aussi-bien que du gouvernement

civil. Les amis du coupable éludèrent ces dispositions équitables

de l'empereur; ils obtinrent, que le commandement demeurât au comte

Romanus, et vinrent à bout d'éloigner l'information, et de la faire

enfin tout-à-fait oublier, en mettant toujours en avant d'autres

affaires, qu'ils disaient plus importantes et plus pressées.

[Note 1005: Voyez ci-devant, p. 186, l. XV, § 27.--S.-M.]

[Note 1006: Il y était depuis peu de temps; _præsidium imploravere

Romani comitis per Africam recens provecti_. Amm. Marc. l. 28, c.

6.--S.-M.]

[Note 1007: C'était de faire un amas considérable de vivres et de

réunir quatre mille chameaux. _Abundanti commeatu aggesto, et camelorum

quatuor millibus apparatis._ Amm. Marc. l. 28, c. 6.--S.-M.]

[Note 1008: Cette résolution fut prise, selon Ammien Marcellin, l.

28, c. 6, dans l'assemblée générale de la province qui se tenait

une fois par an, _adlapso legitimo die concilii quod apud eos est

annuum_.--S.-M.]

[Note 1009: C'étaient des statues d'or qui représentaient des

Victoires. _Severum et Flaccianum creavere legatos, Victoriarum aurea

simulacra Valentiniano ob imperii primitias oblaturos._ Amm. Marc. l.

28, c. 6.--S.-M.]

[Note 1010: Le texte d'Ammien Marcellin fait voir qu'il occupait alors

cette charge. Cet auteur remarque de plus que Rémigius était parent

de Romanus; _misso_, dit-il, _equite velocissimo magistrum officiorum

petit Remigium, affinem suum rapinarum participem_. Amm. Marc. l. 28,

c. 6.--S.-M.]

[Note latérale: XLVI.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 323 / 354 题