Till. Arian. art. 122 et Valens, art. 13.]

Obédianus était chrétien[984]; les saints solitaires, retirés dans les

déserts d'Arabie, avaient converti, plusieurs tribus de Sarrasins[985];

un autre de leurs chefs nommé Zocomès, avait aussi embrassé la foi

catholique[986]. Obédianus étant mort, peu de temps après sa victoire

sur les Blemmyes, sa veuve[987] Mavia, d'un courage au-dessus de son

sexe, prit sa place, et se fit obéir de cette nation indocile[988].

Elle était née chrétienne, ayant été enlevée sur les terres de

l'empire, par une troupe de Sarrasins[989]; de captive d'Obédianus,

elle était devenue sa femme à cause de sa beauté. Dès qu'elle se vit

seule maîtresse du royaume, elle rompit la paix avec les Romains, se

mit elle-même à la tête de ses troupes, fit des courses en Palestine,

et jusqu'en Phénicie, ravagea les frontières de l'Égypte[990], et livra

plusieurs batailles, dont elle remporta tout l'honneur. Le commandant

de Phénicie, demanda du secours, au général des armées d'Orient[991];

celui-ci, vint avec un corps d'armée considérable, et taxant de lâcheté

le commandant qui ne pouvait résister à une femme, il lui ordonna de

se tenir à l'écart avec ses soldats, et de demeurer simple spectateur

du combat. La bataille étant engagée, les Romains pliaient déja et

allaient être taillés en pièces, lorsque le commandant de Phénicie,

oubliant l'insulte qu'il venait de recevoir, accourut au secours, se

jeta entre les deux armées, couvrit la retraite du général d'Orient, et

se retira lui-même en combattant l'ennemi, et le repoussant à coups de

traits[992]. Comme la princesse guerrière continuait d'avoir partout

l'avantage, il fallut rabattre de la fierté romaine, et lui demander

la paix[993]; elle y consentit, à condition qu'on lui donnerait Moïse,

pour évêque de sa nation. C'était un pieux solitaire, renommé pour ses

miracles; on l'alla tirer de son désert[994], par ordre de l'empereur,

et on le conduisit à Alexandrie, pour y recevoir l'ordination

épiscopale. Athanase était mort le 2 mai de cette année[995]; et

Lucius, que les Ariens s'efforçaient depuis long-temps de placer sur

le siége d'Alexandrie, venait enfin d'en prendre possession par ordre

de Valens. Moïse, qui n'acceptait l'épiscopat qu'à regret, refusa

constamment, l'imposition des mains d'un usurpateur hérétique: il

fallut l'envoyer aux prélats orthodoxes, relégués dans les montagnes.

Le nouvel évêque acheva de détruire l'idolâtrie dans le pays de

Pharan[996]; il maintint l'alliance de Mavia avec les Romains; et cette

reine, pour gage de son attachement à l'empire, donna sa fille en

mariage, au comte Victor[997].

[Note 984: Ammonius lui donne, p. 128, le nom _d'ami du Christ_,

φιλόχριστος Ὀβεδιανός. Il avait été converti par Moïse, un des

religieux du monastère de Raïthe.--S.-M.]

[Note 985: Sozomène remarque, l. 6, c. 38, que, par suite des rapports

que les Arabes du désert avaient eus avec les Juifs, beaucoup

d'entr'eux avaient adopté les usages judaïques, νῦν Ἰουδαϊκῶς ζῶσιν.

Les auteurs orientaux font la même remarque et nomment plusieurs des

tribus arabes qui avaient embrassé la religion juive. Il s'en trouvait

beaucoup dans les environs de la Mecque. Elles furent les premiers

adversaires de Mahomet.--S.-M.]

[Note 986: Ce chef, selon Sozomène, l. 6, c. 38, se convertit avec

toute sa tribu, λέγεται δὲ τότε καὶ φυλὴν ὅλην εἰς χριστιανισμὸν

μεταβαλεῖν. Ζοκόμου τοῦ ταύτης φυλάρχου. Le même auteur rapporte

qu'après cette conversion, la tribu de Zocomès, heureuse et forte en

hommes, devint redoutable aux Perses et aux autres Sarrasins, ταύτην

τὴν φυλὴν γενέσθαι φασὶν εὐδαίμονα καὶ πολυάνθρωπον, Πέρσαις τε καὶ

τοῖς ἄλλοις Σαῤῥακηνοῖς φοβεραν.--S.-M.]

[Note 987: Ceci est une erreur. Aucun auteur ne rapporte que la reine

Mavia ait été veuve d'Obédianus, prince des Ismaélites de Pharan; mais

Sozomène, l. 6, c. 38, Socrate, l. 4, c. 36, et Théodoret, l. 4, c.

23, disent tous qu'elle était femme du roi des Sarrasins, dont la mort

amena la guerre des Arabes contre les Romains. Aucun ne donne le nom

de ce prince. «Dans le même temps, dit Sozomène, le roi des Sarrasins

étant mort, les traités avec les Romains furent rompus.» Ὑπὸ δὲ τὸν

αὐτὸν τοῦτον χρόνον, τελευτήσαντος τοῦ Σαρακηνῶν βασιλέως, αἱ πρὸς τοὺς

Ρωμαίους σπονδαὶ ἐλύθησαν. Socrate s'exprime ainsi: «Les Sarrasins,

autrefois liés par des traités, se révoltèrent contre les Romains, sous

la conduite de Mavia, qui les commandait depuis la mort de son mari.»

Σαρακηνοὶ οἱ πρώην ὑπόσπονδοι, τότε Ῥωμαίων ἀπέϛησαν, ϛρατηγούμενοι ὑπὸ

Μαυΐας γυναικὸς, τοῦ ἀνδρὸς ἀυτῆς τελευτήσαντος. Théodoret se contente

de dire que Mavia, oubliant les vertus de son sexe pour se revêtir d'un

courage viril, était leur chef. Μαβία τούτων ἡγεῖτο, ὀυχ ὁρῶσα μὲν ἥν

ἔλαχε φύσιν, ἀνδρείῳ δὲ φρονήματι κεχρημένη. Aucun de ces auteurs ne

donne le nom du mari de cette princesse. Ammonius, celui qui a rédigé

les Actes des martyrs de Raïthe, est le seul qui ait fait connaître

Obédianus; et en ne le donnant que pour un petit chef des Sarrasins

de Pharan, qui vivait après le commencement des hostilités contre les

Romains, il montre qu'il ne put être le mari de Mavia. «Le chef de

la phylarchie des Sarrasins étant mort, dit-il, une multitude de ces

Barbares se jeta inopinément sur nous.» Ἄφνω ἐπιῤῥίπτει ἡμῖν πλῆθος

Σαρακηνῶν ἀποθανόντος τοῦ κρατοῦντος τὴν φυλαρχίαν. Ammon. ap. Combef.

p. 91. Il est évident qu'il s'agit dans ce passage du phylarque, du

chef principal des Sarrasins, dont la mort amena une rupture avec

l'empire. Aussitôt après, Ammonius fait mention d'Obédianus, chef

des Pharanites, qui vint combattre les Blemmyes débarqués sur son

territoire particulier. Il est évident, ce me semble, que Mavia, veuve

du grand phylarque des Sarrasins, ne peut avoir été la femme du petit

chef de Pharan, et que Lebeau s'est trompé en faisant entre eux un

rapprochement auquel personne n'avait encore songé.--S.-M.]

[Note 988: Le nom de _Moawiah_ qui semble être le même que celui de

cette reine, est assez commun parmi les anciens Arabes, mais, à ce

qu'il paraît, comme nom masculin seulement.--S.-M.]

[Note 989: Théophanes, dans sa Chronographie, p. 55, est le seul

écrivain qui lui attribue cette origine.--S.-M.]

[Note 990: Après avoir ravagé, dit Sozomène, l. 6, c. 38, les villes

de la Phénicie et de la Palestine, elle pénétra dans cette partie de

l'Égypte, qui reçoit de ses habitants le nom d'Arabie, τὸ Ἀράβιον

καλούμενον κλίμα οἰκούντων.--S.-M.]

[Note 991: Στρατήγος πάσης τῆς ἀνὰ τὴν ἕω ἱππικῆς τε καὶ πεζῆς

στρατιᾶς. Sozom. l. 6, c. 38.--S.-M.]

[Note 992: Sozomène remarque, l. 6, c. 38, que les exploits de la reine

Mavia, étaient célébrés dans les poésies des Sarrasins. Ταῦτα δὲ πολλοὶ

τῶν τῇδε προσοικούντων, εἰσέτι νῦν ἀπομνημονεύουσι· παρὰ δὲ Σαρακηνοῖς,

ἐν ᾠδαῖς ἐστίν.--S.-M.]

[Note 993: Cette paix fut conclue à ce qu'il paraît en l'an 377, peu

de temps avant que Valens partît d'Antioche, pour retourner dans

l'Occident combattre les Goths. Voyez Tillemont, Hist. des empereurs,

t. 5, Valens, art. 13.--S.-M.]

[Note 994: Théodoret remarque, l. 4, c. 23, que ce religieux faisait

son séjour habituel entre la Palestine et l'Égypte, ἐν μεθορίῳ τῆς

Αἰγύπτου καὶ Παλαιστίνης. Ces paroles semblent indiquer le désert

du mont Sinaï et de Pharan; il se pourrait donc, comme le pensait

Tillemont, _Histoire de l'Église_, t. 7, p. 574 et 594, que cet

évêque fût le supérieur du mont Sinaï, appelé Daulas, dont j'ai parlé

ci-devant, p. 449, n. 1, et qui, comme nous l'apprend Ammonius, p. 91,

était appelé _Moïse par beaucoup de gens_, ὅθεν οἱ πολλοὶ Μωϋσῆν αὐτὸν

ἐκάλουν.--S.-M.]

[Note 995: Il y a cependant quelques doutes sur ce point. Voyez à

ce sujet Tillemont, _Hist. de l'Église_, t. 8, S. Athanase, art.

116.--S.-M.]

[Note 996: Ce n'est pas seulement dans le pays de Pharan, mais c'est

encore dans tous les pays soumis à la reine Mavia, qu'il dut répandre

l'évangile.--S.-M.]

[Note 997: Θυγατέρα αὐτῆς τῷ στρατηλάτῃ κατεγγυῆσαι Βίκτορι. Ce fait ne

se trouve que dans l'historien Socrate, l. 4, c. 36.--S.-M.]

[Note latérale: XLIII.

Persécution en Egypte.

Greg. Naz. or. 23, t. 1, p. 418 et 419.

Basil. ep. 139 t. 3, p. 230.

Epiph. hær. 68, § 10, t. 1, p. 726.

Ruf. l. 12, c. 3 et 4.

Oros. l. 7, c. 33.

Socr. l. 4, c. 20, 21, 22, 24 et 37.

Theod. l. 4, c. 20, 21 et 22.

Soz. l. 6, c. 19 et 20.

Paul. diac. hist. misc. in Valen. ap. Murat. t. 1, part. 1, p. 82.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 320 / 354 题