Μοs. Chor. l. 3, c. 38.]]

[Para, ne trouvant auprès de lui ni obstacles ni conseils, s'abandonna

sans réserve, à toute la violence de ses passions, et ne tarda pas à

se déshonorer par les plus honteux excès[958]. Le patriarche Nersès,

que son âge vénérable et la sainteté de son ministère devaient

rendre respectable à ce jeune insensé, osa élever sa voix contre tant

de désordres; il en fit de sévères réprimandes à Para, et le menaça

d'un sort aussi malheureux que celui de son père, s'il ne savait pas

mieux réprimer ses criminels désirs. Le roi, livré tout entier à des

ministres corrompus, instruments empressés de ses débauches, accueillit

fort mal les reproches du patriarche; cependant le respect que tout

le royaume portait à ce saint personnage le contraignit de dissimuler

son mécontentement; mais il se lassa des discours de ce censeur

sévère, et pour s'en délivrer, sans exciter contre lui l'indignation

du peuple, attaché à son pasteur, il résolut de le faire empoisonner:

son criminel dessein fut exécuté; le patriarche invité par le roi,

à venir le trouver dans son château de Khakhavan, dans la province

d'Acilisène[959], y prit place à la table royale, et il y reçut la

coupe fatale, de la main de son souverain, déja bien pervers. La mort

de Nersès, fut un deuil général pour l'Arménie, dont il était, depuis

trente-quatre ans, le guide spirituel[960]. On lui fit des funérailles

magnifiques; le grand-intendant du royaume, le connétable, et tous

les personnages les plus distingués suivirent son convoi, et on le

déposa, dans le bourg de Thiln[961], où se trouvaient les tombeaux

de la plupart de ses ancêtres, qui avaient possédé comme lui, la

dignité patriarchale[962]. Le roi lui donna aussitôt pour successeur

Hésychius[963], qui, comme les deux prédécesseurs de saint Nersès,

appartenait à la famille d'Albianus, évêque de Manavazakerd[964]. Il

semble que cette famille fût rivale des descendants de saint Grégoire;

car, dès que la suprême dignité sacerdotale était enlevée à ceux-ci,

c'est dans cette autre race qu'on leur cherchait des successeurs.

L'archevêque de Césarée avait été jusqu'alors dans l'usage de sacrer

les patriarches de la grande Arménie[965]; saint Basile, comme on l'a

déja vu, était en ce temps-là, assis sur le siége métropolitain de

la Cappadoce: on doit bien penser, qu'un prélat d'une sainteté aussi

éminente, et d'un aussi grand courage, n'était pas homme à sanctionner

lâchement une nomination telle que celle d'Hésychius; il refusa donc

de le reconnaître, et depuis ce temps-là les patriarches arméniens

cessèrent d'aller demander à Césarée la confirmation de leur dignité.

Un pontife redevable de son rang et de ses droits, au crime de son

souverain, n'était pas propre à inspirer beaucoup de confiance aux

peuples indignés; il n'obtint pas plus de considération auprès de Para,

qui le méprisait, comme un servile instrument de ses caprices. Aucun

obstacle ne s'opposant plus à la tyrannie de ce prince, il n'y eut

rien de sacré pour lui en Arménie; il s'empara de tous les édifices

affectés par la religion au service des pauvres, des orphelins, des

malades, et des vierges dévouées au seigneur; il se rendit aussi

maître de la meilleure partie des terres qui avaient été autrefois

accordées au clergé par le saint roi Tiridate, et les réunit au

domaine de l'état[966]. Tant d'usurpations répandirent le désordre

dans tout le royaume: nobles, prêtres, soldats et paysans, riches et

pauvres, tous étaient contre ce roi, qu'ils avaient rétabli sur le

trône de ses pères, au prix de tant de maux et de tant de sacrifices;

enfin, l'Arménie était encore une fois menacée d'une prochaine

révolution.]--S.-M.

[Note 958: L'historien Faustus de Byzance, l. 5, c. 31, fait un tableau

si affreux des débordements du roi d'Arménie, qu'on pourrait soupçonner

cet auteur d'avoir répété légèrement toutes les accusations des ennemis

de ce prince, si lui même il n'était pas au nombre de ses plus ardents

adversaires; ce qu'on serait assez porté à croire en le lisant.--S.-M.]

[Note 959: Cette province, qui faisait partie de la haute Arménie et

qui s'appelait en arménien _Egéghiats_, était située sur les bords

de l'Euphrate, qui la traversait dans toute sa longueur. Elle était

frontière de l'empire romain. Voyez mes _Mémoires historiques et

géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 45.--S.-M.]

[Note 960: Moïse de Khoren (l. 3, c. 38) et tous les auteurs arméniens

donnent cette durée au patriarchat de S. Nersès, qui avait commencé

en l'an 339, la troisième année du règne d'Arsace (Mos. Chor. l. 3,

c. 20). On lit _trente-trois_ dans la version latine de l'historien

arménien, mais c'est une erreur du traducteur; car le texte présente

bien _trente-quatre_. Le même nombre se retrouve dans une liste abrégée

des patriarches d'Arménie, composée en grec dans le 7e siècle par

un certain Grégoire. Cet ouvrage, qui a été inséré dans l'_Auctarium

Bibliothecæ Patrum_, donné par le père Combéfis (t. 2, p. 271-292),

s'exprime ainsi au sujet de ce patriarche, qu'il appelle _Norsésès_:

ὁ ἅγιος Νορσέσης ἔτη λδ', ὄν ἀπέκτεινε Φάρμη υἱὸς Ἀρσάκου Βασιλέως,

c'est-à-dire _S. Norsésès, qui fut tué par_ Pharmé, _fils du roi

Arsace, 34 ans_. Il est évident que le nom corrompu de _Pharmé_ est

celui du prince, qui est appelé Para par Ammien Marcellin, et _Bab_ ou

_Pap_ par les Arméniens.--S.-M.]

[Note 961: Ce bourg, que Ptolémée, l. 5, c. 13, appelle _Thalina_,

était dans l'Acilisène; voyez ce que j'en ai dit dans mes _Mémoires

historiques et géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 72.--S.-M.]

[Note 962: Voyez t. 2, p. 216 et 217, liv. X, § 6, ce qui concerne

l'origine de S. Nersès.--S.-M.]

[Note 963: Faustus de Byzance est le seul historien arménien, qui ait

jamais parlé, l. 5, c. 29, de ce patriarche Hésychius, en arménien

_Housig_. Il n'en est pas question dans Moïse de Khoren, et, à son

imitation, il a été passé sous silence par tous les autres auteurs

arméniens, qui en ont peut-être agi ainsi à cause de son élévation

illégitime. Il faut nécessairement le rétablir dans la suite des

patriarches, pour faire disparaître une discordance chronologique

que présente la série de ces pontifes comparée à celle des rois de

l'Arménie, et qui n'a pas d'autre cause que cette omission. Hésychius

n'a pas été oublié dans la liste grecque de Grégoire, qui l'appelle

_Iousec_, et lui donne trois ans de patriarchat, εἶθ' οὕτως Ἱουσὴκ ἕτη

γ', ce qui est nécessaire pour remplir la lacune. Cet auteur remarque

que ce pontife et ses successeurs n'étaient patriarches que de nom,

parce que l'archevêque de Césarée, c'est-à-dire S. Basile, avait

interdit, à cause de la mort de S. Norsésès, l'ordination des évêques

de la grande Arménie, ἐκωλύθησαν παρὰ τοῦ ἀρχιεπισκόπου Καισαρείας αἱ

χειροτονίαι τῶν ἐπισκόπων τῆς μέγαλης Ἀρμενίας. Ce récit est conforme

à celui de Faustus de Byzance, et nécessaire pour rétablir cette

partie de la chronologie arménienne. Cet évêque me paraît être le même

qu'un certain _Isacocis_, qualifié d'_évêque de la grande Arménie_,

ou _dans la grande Arménie_, Ἰσακοκὶς Ἀρμενίας μεγάλης, et dans une

lettre adressée au synode d'Antioche, qui se tint contre les Ariens

en l'an 364. Cette lettre se trouve dans l'Histoire ecclésiastique

de Socrate, l. 3, c. 25. Je crois encore qu'il est le _Iosacis_,

Ἰωσακὶς, mentionné dans la lettre que S. Basile et les évêques d'Orient

écrivirent, en l'an 372, aux prélats de l'Occident et qui a déja été

citée ci-devant, p. 426, note 1, liv. XVIII, § 29, à l'occasion de S.

Nersès qui la signa. Les Grecs, ordinairement assez embarrassés pour

exprimer les noms orientaux dans leur langue, le furent autant pour

celui d'Hésychius, qui s'introduisit alors parmi eux, que pour tout

autre. Ils rendirent par _Iosec_, _Iousec_, _Iosacis_, _Isocasis_ et

même _Isocasès_, un nom dont la forme originale était _Housig_ ou

_Housag_.--S.-M.]

[Note 964: Voy. t. 2, p. 217, note 1, liv. X § 6.--S.-M.]

[Note 965: Voy. t. 2, p. 218 et 219, liv. X, § 7.--S.-M.]

[Note 966: Faustus de Byzance, qui rapporte cette circonstance, l.

5, c. 31, dit qu'il ôta aux prêtres cinq septièmes des terres qui

leur avaient été données par Tiridate. On voit par d'autres auteurs

que ces terres étaient celles mêmes qui avaient été possédées, au

même titre, par les prêtres des idoles, avant l'établissement du

christianisme.--S.-M.]

[Note latérale: XLI.

Courses des Blemmyes.

Till. Valens, art. 13.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 318 / 354 题