--[La lutte, qui se prolongeait entre les deux empires, permettait à
l'Arménie de respirer, après tant de malheurs. Elle avait besoin d'un
long repos, pour cicatriser les plaies profondes, que lui avaient fait
les ravages des Perses; mais les troubles qui continuaient d'agiter la
cour de Para répandaient l'inquiétude et le désordre dans le royaume,
et faisaient appréhender que la paix fût de courte durée. Para, bien
jeune encore, était à peine en âge de pouvoir tenir les rênes du
gouvernement[955]; il se trouvait ainsi le jouet des ministres ou des
serviteurs, qui se disputaient tour à tour sa confiance; sa conduite
inconsidérée menaçait de compromettre encore le salut de l'état. Il
était fier et présomptueux, ne manquait pas de courage, comme il le
montra dans la suite; il passait même pour trop enclin aux entreprises
hardies, et c'était un des sujets de crainte des officiers romains,
laissés par Valens en Arménie. Ceux-ci ne cessaient de rappeler le
meurtre de Cylacès et d'Artabannès[956]. On reprochait encore au
roi d'être trop cruel envers ses sujets[957]. On voit, que malgré
ces défauts, il possédait au moins les germes de quelques belles
qualités, qui se seraient peut-être développées, si le destin le lui
avait permis. Il aimait encore la magnificence, était généreux et
libéral, mais il était aussi porté que son père pour les plaisirs; ses
courtisans trouvèrent dans cette disposition le moyen de le maîtriser,
et d'en faire le docile instrument de leur ambition particulière. Ils
n'eurent garde de s'opposer à un penchant qui avait été si funeste
à Arsace; ils s'empressèrent au contraire de le favoriser, pour
conserver la faveur du jeune prince et leur pouvoir sur son esprit. Ils
réussirent à éloigner de la cour et à rendre suspects le patriarche
Nersès, le connétable, et tous les seigneurs qui par leur fermeté et
leur vertu auraient pu préserver le roi des écarts d'une jeunesse
fougueuse.
[Note 955: _Etiamtum adultum_, dit Ammien Marcellin, l. 30, c. 1.
On peut voir d'après ce que j'ai dit, t. 2, p. 232, note 2, liv. X,
§ 14, et ci-devant, p. 274, note 1, et p. 302, note 2, liv. XVII, §
4 et 13, que le roi Para devait être âgé d'une vingtaine d'années
environ.--S.-M.]
[Note 956: _Scribendo ad comitatum assiduè Cylacis necem replicabat
(Terentius) et Artabannis; addens eumdem juvenem ad superbos actus
elatum._ Am. Marc. l. 30, c. 1.--S.-M.]
[Note 957: _Nimis esse in subjectos immanem._ Amm. Marc. l. 30, c.
1.--S.-M.]
[Note latérale: XL.
[Mort du patriarche Nersès.]
[Faust. Byz. l. 5, c. 21-24 et 29-31.