Mais les évêques Ariens étouffèrent bientôt ces dispositions
favorables. L'exil de Basile fut arrêté; tout était prêt pour son
départ: les fidèles étaient dans les larmes, et les Ariens dans
la joie; il ne s'agissait plus que de signer l'ordre. La main
de l'empereur se refusa constamment à sa volonté: elle trembla,
sans pouvoir tracer aucune lettre, toutes les fois qu'il voulut la
contraindre à cet injuste ministère. Un autre accident, porta dans
le même temps à Valens un coup bien plus sensible; son fils unique,
Valentinien Galate, tomba dangereusement malade; après avoir épuisé
tous les remèdes humains, l'empereur eut recours à Basile. Le saint
vint au palais: sa seule présence, calma d'abord la violence de la
maladie, et sur la promesse que lui fit Valens, qu'il lui permettrait
d'instruire le jeune prince dans les principes de la doctrine
catholique, ses prières achevèrent la guérison; mais l'empereur,
plus fidèle aux engagements pris avec Eudoxe qu'à la parole donnée
à Basile, ayant peu après fait baptiser son fils par les Ariens, ce
prince retomba malade et mourut[905]. Valens et Dominica, affligés de
ce malheur, envoyèrent prier Basile, d'employer son crédit auprès de
Dieu, pour détourner la mort dont ils se croyaient eux-mêmes menacés.
Le préfet Modestus s'adressa aussi à saint Basile, dans une grande
maladie; et reconnaissant, dans la suite, qu'il lui était redevable
de la vie, il devint son protecteur; on voit par plusieurs lettres du
saint, que Modestus n'osait rien refuser à sa recommandation.
[Note 905: On voit, par le récit détaillé, mais un peu confus, de
l'historien arménien Faustus de Byzance (l. 4, c. 5, 6 et 7), que
le patriarche d'Arménie, Nersès, se trouvait à Césarée à l'époque
de la mort du fils de Valens. On y peut reconnaître que le pontife
arménien y fut, comme tous les autres prélats catholiques, en butte
aux persécutions de l'empereur. Seulement la narration de l'auteur
est tellement embrouillée, qu'il est difficile d'y distinguer ce qui
appartient à la persécution que Nersès éprouva sous Constance et
dont j'ai déjà parlé ci-devant, t. 2, p. 222, l. X, § 9, et ce qui
concerne la persécution de Valens, qui toutes deux furent suscitées
par les Ariens. On peut remarquer aussi que Nersès était venu à
Césarée, lorsque Eusèbe en était encore archevêque et qu'il assista à
l'exaltation de S. Basile, qui lui succéda en l'an 370 (Faust. Byz.
l. 4, c. 8). Le patriarche d'Arménie était sans doute venu dans cette
ville, pour être plus à portée de solliciter les secours des Romains,
qu'il ne cessait de réclamer pour son pays, et pour se mettre à l'abri
des troubles qui agitaient sa patrie. La présence de Nersès, dans la
ville de Césarée, à cette époque, suffit pour faire voir, que c'est
à lui qu'il faut appliquer le nom de Nersès, qui se trouve parmi
les signatures des trente-deux évêques, qui souscrivirent la lettre
adressée, en l'an 372, aux évêques d'Italie et de l'Occident par S.
Basile et la plupart des évêques d'Orient (S. Basil. ep. 92, t. 3, p.
183). Ce n'était donc pas Barsès, évêque d'Édesse, qui vivait à la
même époque comme Henri Valois (ad Theod. l. 5, c. 4), et Tillemont
(Hist. eccles. t. 9, S. Basile, not. 52), l'ont cru sans raison
suffisante.--S.-M.]
[Note latérale: XXX.