Il passa l'hiver en cette ville; le jour de l'Epiphanie, il se rendit
à l'église avec sa garde, et se mêla parmi les fidèles, pour avoir
l'honneur de communiquer avec eux, du moins en apparence; mais quand
il entendit le chant des psaumes, qu'il vit la modestie de ce grand
peuple, le bel ordre et la majesté toute céleste qui régnaient dans
le sanctuaire, le prélat, debout à la tête de son clergé, aussi
recueilli, aussi immobile, que s'il ne se fût passé autour de lui
rien d'extraordinaire, ceux qui l'environnaient, pénétrés d'un
profond respect, plus semblables à des anges qu'à des hommes; ce
prince demeura comme ébloui et glacé de crainte. Lorsque ensuite il
se fut avancé pour présenter son offrande, comme aucun des ministres
sacrés, ne venait la recevoir selon l'usage, parce qu'on ignorait si
Basile voudrait l'accepter; alors saisi d'un tremblement soudain,
il eut besoin d'être soutenu par un des prêtres, qui s'aperçut de
sa faiblesse: Basile crut devoir user de condescendance, il reçut
l'offrande de Valens. En vain, pour ébranler le saint évêque,
l'empereur le fit tenter, tantôt par des magistrats, tantôt par
des officiers d'armée, tantôt par ses eunuques, et surtout par le
grand-chambellan nommé Mardonius: il voulut avoir lui-même, un
entretien avec Basile. Le prélat, par son éloquence toute divine,
confondit Valens, sans sortir des bornes du respect[903]; et il imposa
silence avec une liberté apostolique, à un officier du palais[904], qui
osait le menacer en présence du prince. Cette conversation adoucit le
cœur de Valens: il donna à l'église de Césarée plusieurs terres de son
domaine, pour subvenir à la subsistance des pauvres, et au soulagement
des malades.
[Note 903: Un passage de la chronique de S. Jérôme, qui ne se trouve
pas dans tous les manuscrits de cet ouvrage, semblerait imputer à S.
Basile un peu trop de hauteur dans la conduite qu'il tint à cette
époque. _Basilius_, dit-il, _Cæsariensis episcopus Cappadociæ clavus
habetur ... qui multa continentiæ et ingenii bona uno superbiæ malo
perdidit_.--S.-M.]
[Note 904: Ce personnage s'appelait Démosthénès. Il avait été
intendant de la cuisine de l'empereur. Comme dans ses argumentations
théologiques, il se servait de termes qui rappelaient son ancien
métier, il s'attira, de la part de l'évêque de Césarée, d'assez
mordants sarcasmes.--S.-M.]
[Note latérale: XXIX.