Quelque temps après que Valens fut parti de Césarée, le saint évêque
y apaisa une sédition que l'attachement de son peuple à sa personne
avait excitée. Eusèbe, gouverneur du Pont et de la Cappadoce, oncle de
l'impératrice, et dévoué aux Ariens, saisissait toutes les occasions
de chagriner Basile. Un de ses assesseurs, devenu éperdûment amoureux
d'une veuve de famille illustre, voulait la contraindre à l'épouser;
pour éviter ses poursuites soutenues de l'autorité du gouverneur, elle
se réfugia dans l'église, auprès de la table sacrée. Le magistrat
voulant forcer cet asile, Basile prit la défense de cette femme; il
s'opposa aux gardes envoyés pour la saisir, et lui procura les moyens
de s'échapper: le gouverneur, irrité, cita Basile devant son tribunal;
et le traitant comme un criminel, il ordonna de le dépouiller et de
lui déchirer les flancs, avec des ongles de fer; le prélat se contenta
de lui dire: _Vous me ferez un grand bien si vous m'arrachez le foie,
qui me cause de perpétuelles douleurs_. Mais les habitants, apprenant
aussitôt le péril de leur évêque, entrent en fureur: hommes, femmes,
enfants, armés de tout ce qu'ils rencontrent, accourent avec des cris
terribles à la maison d'Eusèbe; chacun brûle d'envie de lui porter
le premier coup; ce magistrat un moment auparavant si fier et si
intraitable, tremblant pour-lors, se jette aux pieds de sa victime; il
n'eut pas besoin de prières: Basile, délivré des mains des bourreaux,
alla au-devant du peuple; sa seule vue calma la sédition, et sauva la
vie à celui qui lui préparait une mort cruelle.
[Note latérale: AN 372.