Valens, après avoir fait quelque séjour à Ancyre[902], passa en
Cappadoce; devant lui, marchait le préfet Modestus, en apparence pour
disposer ce qui était nécessaire à la réception de l'empereur, mais en
effet pour préparer un triomphe à l'Arianisme, qui s'établissait dans
tous les lieux où passait Valens. On chassait les évêques orthodoxes;
on les exilait, on confisquait leurs biens; on installait en leur
place des hérétiques, dont l'empereur avait à sa suite, une nombreuse
recrue; c'était un orage sorti de la Propontide, qui traversait la
Bithynie, la Galatie, et venait fondre sur la Cappadoce. Basile était
assis depuis peu sur le siége de Césarée, capitale de cette province;
l'empereur avait en vain employé les plus puissants du pays pour
traverser son élection: ce prélat fut un rempart inébranlable, contre
lequel vinrent se briser toutes les forces de l'hérésie. Valens, en
approchant de Césarée, envoya Modestus pour l'intimider, et l'obliger
à recevoir les Ariens dans sa communion: le préfet manda Basile, et
d'un ton fier et menaçant, il lui reprocha d'abord son opiniâtreté à
rejeter la doctrine, que l'empereur avait embrassée; comme il le voyait
inflexible: _Ne savez-vous donc pas_, lui dit-il, _que je suis le
maître de vous dépouiller de vos biens, de vous exiler, de vous ôter
même la vie? Celui qui ne possède rien, répondit le prélat, ne peut
rien perdre, à moins que_ _vous ne vouliez peut-être m'arracher ces
misérables vêtements, et un petit nombre de livres qui font toute ma
richesse: quant à l'exil, je ne le connais pas: toute la terre est à
Dieu; elle sera partout ma patrie, ou plutôt le lieu de mon passage: la
mort me sera une grace; elle me fera passer dans la véritable vie; il y
a même long-temps que je suis mort à celle-ci_. Ce discours, animé de
la seule et vraie philosophie, mais tout nouveau pour les oreilles d'un
homme de cour, étonna le préfet: _Personne_, dit-il, _ne m'a encore
parlé avec une pareille hardiesse_. _C'est apparemment_, lui repartit
froidement Basile, _que vous n'avez encore rencontré aucun évêque_.
Modestus ne put s'empêcher d'admirer la fermeté de cette ame intrépide:
il alla rendre compte à l'empereur, du peu de succès de sa commission:
_Prince_, lui dit-il, _nous sommes vaincus par un seul homme: n'espérez
ni l'effrayer par des menaces, ni le gagner par des caresses; il ne
vous reste que la violence_. Valens ne jugea pas à propos d'employer
d'abord cette voie; il craignait le peuple de Césarée, et sentait,
malgré lui, du respect pour le saint prélat.
[Note 902: Valens se trouvait dans cette ville le 13 juillet.--S.-M.]
[Note latérale: XXVIII.