Les autres Barbares voisins des frontières en jugèrent plus sainement.
Une action si noire réveilla toute leur haine contre un peuple qui
rompait les liens les plus sacrés de la société humaine. Macrianus,
roi des Allemans, qui avait onze ans auparavant obtenu la paix de
Julien, semblait disposé à venger la cause commune des nations[864].
Valentinien, occupé alors à fortifier les bords du Rhin et du Danube,
aurait bien voulu n'être pas forcé d'interrompre ces travaux. Il
forma le projet d'opposer aux Allemans[865] d'autres Barbares, et de
se procurer la paix tandis qu'ils s'égorgeraient les uns les autres.
Il crut pouvoir employer à ce dessein les Bourguignons, qui habitaient
dans le voisinage des Allemans en remontant vers la source du Mein.
[Note 864: Il paraît, d'après Ammien Marcellin, l. 28, c. 5, que ce
roi faisait de fréquentes irruptions sur le territoire de l'empire.
_Reputans multa et circumspiciens (Valentinianus), quibus commentis
Alamannorum et Macriani regis frangeret fastus, sine fine vel modo rem
Romanam irrequietis motibus confundentes._--S.-M.]
[Note 865: Ammien Marcellin représente les Allemans comme un peuple
très-redoutable à cette époque. _Immanis enim natio_, dit-il, p. 28,
c. 5, _jam indè ab incunabulis primis varietate casuum imminuta, ita
sæpius adolescit, ut fuisse longis sæculi sæstimetur intacta_.--S.-M.]
[Note latérale: XX.
Origine et mœurs des Bourguignons.
Amm. l. 28, c. 5.
Oros. l. 7, c. 32.
Hier. Chron.
Plin. l. 4, c. 14.
Sidon. carm. 12.
Cluv. ant. Germ. l. 3, c. 36.
Vorburg. t. 2, p. 612.
Vales. rerum Franc. l. 1, p. 48, et seq. et l. 3, p. 158.