Alsat. illust. p. 419.]

Cette nation guerrière, nombreuse et devenue redoutable à ses

voisins[866], était Vandale d'origine[867]. Elle avait été autrefois

resserrée dans des bornes assez étroites entre la Warta et la Vistule,

aux environs du lieu où est aujourd'hui la ville de Gnesne. Chassée par

les Gépides, elle s'approcha du Rhin, et s'étant jetée dans la Gaule

avec les autres Vandales, après la mort d'Aurélien, elle fut défaite

au retour par Probus[868]. Quelques années après, les Bourguignons

s'étant unis aux Allemans pour rentrer en Gaule[869], ils y furent

encore taillés en pièces par Maximien Hercule, et se fixèrent enfin en

Germanie aux dépens des Allemans, auxquels ils enlevèrent une partie

de leur territoire[870]. Cette invasion alluma une haine mortelle

entre les deux peuples; et pour perpétuer leurs querelles, ils se

disputaient la propriété du fleuve Sala, dont les eaux propres à faire

du sel avaient de tout temps causé la guerre entre les habitants de ses

bords[871]. Les Bourguignons étaient de haute taille, d'un caractère

et d'un extérieur farouche, portant une longue chevelure qu'ils

frottaient de beurre pour la rendre rousse[872]; grands mangeurs;

aimant une musique rude et grossière, pour laquelle ils se servaient

d'une sorte de guitare à trois cordes. Ils donnaient à leur roi le nom

de _Hendinos_: on le déposait lorsqu'il avait eu quelque mauvais succès

dans la guerre, ou que l'année avait été stérile; car ils le croyaient

maître des événements et des saisons[873]. Leur grand-prêtre portait le

nom de _Sinistus_: il était perpétuel, et ne pouvait être déposé comme

les rois[874]. Quelques auteurs anciens donnent aux Bourguignons une

origine, que les meilleurs critiques rejettent comme fabuleuse[875]:

ils disent que Drusus et Tibère, beaux-fils d'Auguste, ayant conquis

une grande étendue de pays dans la Germanie, y laissèrent des

garnisons, qui, abandonnées ensuite par les Romains, formèrent un corps

de nation; et qu'elle prit son nom des _Bourgs_[876], c'est-à-dire,

en langue germanique, des châteaux bâtis sur la frontière. Cette

fable s'était deja accréditée chez les Bourguignons eux-mêmes, qui

se faisaient honneur de descendre des Romains; et ce fut un des

motifs que Valentinien employa pour les engager à faire la guerre aux

Allemans[877].

[Note 866: _Seditque consilia alia post alia imperatori probanti,

Burgundios in eorum excitari perniciem, bellicosos et pubis immensæ

viribus affluentes, ideoque metuendos finitimis universis._ Amm. Marc.

l. 28, c. 5.--S.-M.]

[Note 867: C'est au moins ce qui résulte assez clairement du témoignage

de Pline, qui dit, l. 4, c. 14, _Vindili, quorum pars Burgundiones_.

Ce système est savamment développé et bien établi dans la _Germania

antiqua_ de Cluvier, l. 3, c. 36.--S.-M.]

[Note 868: Αὐτὸς (Πρόβος) Βουργόυνδοις καὶ Βανδίλοις ἐμάχετο. Zos.

lib. 1, c. 68. On voit que Zosime unit aussi les Bourguignons et les

Vandales.--S.-M.]

[Note 869: _Omnes barbaræ nationes excidium universæ Galliæ minarentur,

neque solùm Burgundiones et Alamanni, sed etiam_, etc. Cl. Mamert.,

pan. Max. § 5.--S.-M.]

[Note 870: Ces révolutions sont indiquées dans le panégyriste

Mamertinus, § 17, _Gothi Burgundios penitus excindunt_; et ailleurs,

_Burgundiones Alamannorum agros occupavere, sed sua quoque clade

quæsitos. Alamanni terras amisêre, sed repetunt._ Ammien Marcellin

parle aussi, liv. 18, c. 2, des deux peuples comme étant voisins.

_Ventum fuisset_, dit-il, _ad regionem cui Capellatii vel Palas nomen

est, ubi terminales lapides Alamannorum et Burgundiorum confinia

distinguebant_. Voy. t. 2, p. 313, note 2, liv. X, § 73.--S.-M.]

[Note 871: _Salinarum finiumque causâ Alamannis sæpè jurgabant

(Burgundii)._ Amm. Marc. l. 28, c. 5. C'est la circonstance physique

mentionnée par l'historien latin, qui a fait penser qu'il fallait

placer la première demeure des Bourguignons sur les bords de la Saal,

fleuve qui vient de la Franconie et traverse l'ancienne Thuringe, pour

aller se jeter dans l'Elbe. Ce fleuve est mentionné dans Strabon, l. 7,

p. 291, qui l'appelle Σάλας. Tacite fait mention (Ann. l. 13, c. 57)

d'une guerre qui eut lieu, long-temps avant l'époque dont il s'agit,

pour la même cause et dans les mêmes localités sans doute, entre les

Chattes et les Hermundures, qui occupaient alors les bords de ce même

fleuve.--S.-M.]

[Note 872:

.......Burgundio cantat esculentus

Infundens acido comam butyro.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 294 / 354 题