Till. Valent. art. 23, n. 40.]

C'était bien moins ces mésalliances, que la bassesse de cœur et

la mauvaise foi qui dégradaient les Romains, et qui les faisaient

dégénérer de leur ancienne noblesse. Plus de scrupule à violer les

traités, plus de précautions pour voiler du moins la perfidie. Une

multitude de Saxons, portée sur des barques légères, vint se jeter

dans la Gaule sur la côte de l'Océan, et s'avançant le long du Rhin,

désolait toute la contrée. Le comte Nannéius, chargé de défendre cette

frontière, accourut avec ce qu'il avait de troupes. C'était un guerrier

expérimenté; mais comme il avait affaire à des ennemis déterminés et

opiniâtres[858], ayant perdu dans les fréquentes rencontres une partie

de ses soldats, et se voyant blessé lui-même, il envoya demander du

secours à l'empereur qui était à Trèves. Le général Sévère[859] vint à

la tête d'un corps considérable, et se rangea en bataille. La vue d'un

si grand nombre de troupes, leur belle ordonnance, l'éclat de leurs

armes et de leurs enseignes, jetèrent l'effroi parmi les Barbares; ils

demandèrent la paix[860]. Après une longue délibération, on consentit

à leur accorder une trève: selon la convention qu'on fit avec eux,

on incorpora aux troupes romaines l'élite de leur jeunesse[861], et

on permit aux autres de retourner dans leur pays. Pendant qu'ils se

disposaient à partir, on détacha à leur insu un corps d'infanterie

pour leur dresser une embuscade, et les tailler en pièces dans un

vallon, qui se trouvait sur leur passage au-delà du Rhin, près de

Duitz [_Deusone_][862], vis-à-vis de Cologne. Cette perfidie réussit:

mais elle coûta plus de sang qu'on ne s'y était attendu. Les Saxons

marchaient sans crainte et sans défiance sur la foi du traité; et ayant

passé le Rhin ils étaient déja sur les terres des Francs leurs alliés.

A leur approche quelques soldats sortis trop tôt de l'embuscade, leur

donnèrent le temps de se reconnaître; les Romains poussés vivement

par les Barbares, qui fondirent sur eux avec de grands cris, prirent

la fuite. Mais bientôt soutenus par leurs camarades, qui vinrent se

joindre à eux, ils retournèrent sur l'ennemi, et combattirent avec

courage. Malgré leurs efforts, ils allaient être accablés par le

nombre, si un gros escadron de cavaliers, qu'on avait postés sur

l'autre bord du vallon, ne fût promptement accouru aux cris des

combattants. Ce renfort rassura l'infanterie. On se battit avec fureur.

Les Saxons, enveloppés et pris comme dans un piége, se défendirent

jusqu'au dernier soupir. Tous, sans exception, furent victimes de la

mauvaise foi de leurs ennemis; et ce qui montre jusqu'à quel point la

morale romaine était alors corrompue, c'est que cette victoire plus

honteuse qu'une défaite, a trouvé un apologiste dans Ammien Marcellin,

l'historien d'ailleurs le plus sage et le plus judicieux de ce

temps-là[863].

[Note 858: _Valentinianus Saxones, gentem in Oceani littoribus et

paludibus inviis sitam, virtute atque agilitate terribilem, periculosam

Romanis finibus, eruptionem magna mole meditantes, in ipsis Francorum

finibus oppressit._ Oros. l. 7, c. 32.--S.-M.]

[Note 859: C'était un maître ou lieutenant-général d'infanterie,

_magister peditum_.--S.-M.]

[Note 860: _Signorum aquilarumque fulgore præstricti venialem poscerent

pacem._ Amm. Marc. l. 28, c. 5.--S.-M.]

[Note 861: _Datis ex conditione proposita juvenibus multis habilibus ad

militiam._ Amm. Marc. lib. 28, c. 5.--S.-M.]

[Note 862: Le récit d'Ammien Marcellin ne nous apprend rien sur le lieu

où les Saxons furent défaits par les Romains. C'est saint Jérôme qui,

dans sa chronique, le nomme _Deusone_, et il indique assez vaguement sa

position, en rapportant qu'il était dans le pays des Francs: _Saxones_,

dit-il, _cœsi Deusone in regione Francorum_. Orose se contente de

dire que les Barbares furent vaincus sur les frontières du pays des

Francs; _in ipsis Francorum finibus oppressit_. Il est assez difficile

d'indiquer la position moderne qui répond à _Deusone_; c'est une

conjecture de Valois (_Rer. franc._ l. 1, p. 47), adoptée par Tillemont

(Valentinien I, art. 23), qui le place à Duitz, vis-à-vis de Cologne,

au-delà du Rhin. Des médailles de Postumus, qui porta pendant plusieurs

années le titre d'empereur dans la Gaule sous le règne de Gallien,

offrent la légende HERC. DEVSONIENSI. Il est probable qu'Hercule devait

le surnom de _Deusoniensis_ à ce qu'il était révéré dans un lieu appelé

_Deuso_ ou _Deuson_; mais rien ne prouve que ce lieu soit Duitz,

auprès de Cologne. On pourrait, avec autant et plus de raison, penser

qu'on doit le chercher à Duisbourg, sur la Ruhr, dans l'ancien duché

de Clèves. Cette position, moins avancée dans l'intérieur des terres,

pourrait mieux convenir. Voy. à ce sujet Eckhel, _doctr. num. vet._, t.

7, p. 443 et 444.--S.-M.]

[Note 863: _At licet justus quidam arbiter rerum factum incusabit

perfidum et deforme: pensato tamen negotio non feret indignè, manum

latronum exitialem tandem copiâ datâ factam._ Amm. Marc. l. 28, c.

5.--S.-M.]

[Note latérale: XIX.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 292 / 354 题