Les mœurs se corrompaient jusque dans leur source. L'instruction
publique, le premier germe de vertu et de bonne discipline dans les
états, s'altérait de plus en plus. Plongés dans la débauche, les jeunes
gens ne venaient plus aux académies de Rome, que pour satisfaire aux
formes de l'usage; ils ne fréquentaient que les jeux, les spectacles,
les femmes de mauvaise vie. Le cours des études était devenu un cours
de libertinage et de désordre; la matricule des professeurs était
encore remplie, mais leurs leçons étaient abandonnées[857]. Les plus
habiles maîtres, au milieu de leurs écoles froides et solitaires,
craignant d'éloigner leurs disciples, par une régularité que l'autorité
publique n'aurait pas soutenue, et de peupler à leurs dépens les
académies de province, se croyaient forcés de tolérer les déréglements,
de pardonner l'ignorance, et de passer tout hors la soustraction
de leurs honoraires. Valentinien sentit la nécessité de la réforme
sur un objet si important, et donna dans cette vue une constitution
célèbre. Il ordonne que les jeunes gens, qui viendront étudier à Rome,
apporteront des lettres de congé expédiées par les magistrats de leur
province, où seront énoncés leur nom, leur patrie, leur naissance,
les titres de leurs pères et de leur famille; qu'en arrivant à Rome,
ils présenteront ces lettres au magistrat chargé de la police de la
ville, et qu'ils déclareront à quel genre d'étude, ils ont dessein
de s'appliquer: que ce magistrat sera instruit de leur demeure, et
attentif à examiner s'ils s'occupent réellement des études auxquelles
ils ont déclaré qu'ils se destinaient: qu'on éclairera leurs démarches:
qu'on observera s'ils ne fréquentent pas des compagnies criminelles ou
dangereuses; s'ils n'assistent pas trop souvent aux spectacles; s'ils
ne passent pas le temps en festins et en parties de plaisir. Pour ceux
qui, par leur mauvaise conduite déshonorent les études, il ordonne au
magistrat de les châtier publiquement, et de les renvoyer aussitôt
dans les lieux d'où ils sont venus. Il ne permet aux étudiants des
provinces de demeurer à Rome que jusqu'à l'âge de vingt ans: ce terme
expiré, il enjoint au préfet de la ville de les obliger par force,
s'il en est besoin, de retourner dans leur patrie. Et afin que rien
n'échappe à la vigilance publique, il veut qu'ils s'inscrivent tous les
mois sur un registre où seront marqués leur nom, leur qualité, leur
patrie, leur âge; et que tous les ans cette matricule soit envoyée au
secrétariat de l'empereur, qui s'instruisant de leurs progrès et de
leur mérite tiendra une note de ceux dont l'état pourra tirer quelque
service dans les différents emplois. Cette constitution était vraiment
digne d'un grand prince, si l'on eût tenu la main à l'exécution. Mais
dans les maladies politiques, la vue des maux fait multiplier les
remèdes; et le défaut de vigueur et de constance dans l'usage de ces
remèdes rend à la fin les maux incurables. Cependant une loi si sage
ne fut pas entièrement sans effet, et quelques années après, saint
Augustin quitta l'Afrique pour aller enseigner à Rome, où les écoles,
quoiqu'il y régnât plusieurs abus, étaient, dit-il, mieux disciplinées
qu'à Carthage.
[Note 857: Il y avait alors à Constantinople trente-un professeurs
salariés par l'autorité publique: un pour la philosophie, deux pour
la jurisprudence, cinq sophistes, et dix grammairiens pour la langue
grecque; trois orateurs, et dix grammairiens pour la langue latine,
sans compter sept scribes ou antiquaires, destinés à copier des
manuscrits.--S.-M.]
[Note latérale: ΧVΙΙ.
Il défend les mariages avec les Barbares.