S. Aug. conf. l. 5, c. 8, t. 1, p. 113.]

Les mœurs se corrompaient jusque dans leur source. L'instruction

publique, le premier germe de vertu et de bonne discipline dans les

états, s'altérait de plus en plus. Plongés dans la débauche, les jeunes

gens ne venaient plus aux académies de Rome, que pour satisfaire aux

formes de l'usage; ils ne fréquentaient que les jeux, les spectacles,

les femmes de mauvaise vie. Le cours des études était devenu un cours

de libertinage et de désordre; la matricule des professeurs était

encore remplie, mais leurs leçons étaient abandonnées[857]. Les plus

habiles maîtres, au milieu de leurs écoles froides et solitaires,

craignant d'éloigner leurs disciples, par une régularité que l'autorité

publique n'aurait pas soutenue, et de peupler à leurs dépens les

académies de province, se croyaient forcés de tolérer les déréglements,

de pardonner l'ignorance, et de passer tout hors la soustraction

de leurs honoraires. Valentinien sentit la nécessité de la réforme

sur un objet si important, et donna dans cette vue une constitution

célèbre. Il ordonne que les jeunes gens, qui viendront étudier à Rome,

apporteront des lettres de congé expédiées par les magistrats de leur

province, où seront énoncés leur nom, leur patrie, leur naissance,

les titres de leurs pères et de leur famille; qu'en arrivant à Rome,

ils présenteront ces lettres au magistrat chargé de la police de la

ville, et qu'ils déclareront à quel genre d'étude, ils ont dessein

de s'appliquer: que ce magistrat sera instruit de leur demeure, et

attentif à examiner s'ils s'occupent réellement des études auxquelles

ils ont déclaré qu'ils se destinaient: qu'on éclairera leurs démarches:

qu'on observera s'ils ne fréquentent pas des compagnies criminelles ou

dangereuses; s'ils n'assistent pas trop souvent aux spectacles; s'ils

ne passent pas le temps en festins et en parties de plaisir. Pour ceux

qui, par leur mauvaise conduite déshonorent les études, il ordonne au

magistrat de les châtier publiquement, et de les renvoyer aussitôt

dans les lieux d'où ils sont venus. Il ne permet aux étudiants des

provinces de demeurer à Rome que jusqu'à l'âge de vingt ans: ce terme

expiré, il enjoint au préfet de la ville de les obliger par force,

s'il en est besoin, de retourner dans leur patrie. Et afin que rien

n'échappe à la vigilance publique, il veut qu'ils s'inscrivent tous les

mois sur un registre où seront marqués leur nom, leur qualité, leur

patrie, leur âge; et que tous les ans cette matricule soit envoyée au

secrétariat de l'empereur, qui s'instruisant de leurs progrès et de

leur mérite tiendra une note de ceux dont l'état pourra tirer quelque

service dans les différents emplois. Cette constitution était vraiment

digne d'un grand prince, si l'on eût tenu la main à l'exécution. Mais

dans les maladies politiques, la vue des maux fait multiplier les

remèdes; et le défaut de vigueur et de constance dans l'usage de ces

remèdes rend à la fin les maux incurables. Cependant une loi si sage

ne fut pas entièrement sans effet, et quelques années après, saint

Augustin quitta l'Afrique pour aller enseigner à Rome, où les écoles,

quoiqu'il y régnât plusieurs abus, étaient, dit-il, mieux disciplinées

qu'à Carthage.

[Note 857: Il y avait alors à Constantinople trente-un professeurs

salariés par l'autorité publique: un pour la philosophie, deux pour

la jurisprudence, cinq sophistes, et dix grammairiens pour la langue

grecque; trois orateurs, et dix grammairiens pour la langue latine,

sans compter sept scribes ou antiquaires, destinés à copier des

manuscrits.--S.-M.]

[Note latérale: ΧVΙΙ.

Il défend les mariages avec les Barbares.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 290 / 354 题