Il ne le chercha pas long-temps. Un Gaulois, nommé Doryphorianus, homme
grossier et brutal, mais capable de tout faire pour sa fortune[856],
s'offrit à le servir avec ardeur. Maximin le fit nommer à la charge
de vicaire, et lui mit entre les mains l'ordre de l'empereur: il
l'avertit d'user de diligence, s'il voulait prévenir tous les
obstacles. Doryphorianus ne perdit pas un moment. Il apprit en arrivant
qu'Aginatius était déjà arrêté et gardé dans une de ses terres. Il
le fit transporter à Rome avec Anepsia. La mort d'Aginatius était
résolue, il ne s'agissait que de revêtir cette injustice de quelque
forme judiciaire. On s'étudia à donner à l'interrogatoire l'appareil
le plus effrayant. On introduisit Aginatius pendant la nuit dans une
salle éclairée de la lugubre lumière de quelques flambeaux, et remplie
de roues et de chevalets préparés pour tourmenter ses esclaves, et
pour leur arracher, contre les lois romaines, la condamnation de
leur maître. Ces malheureux, déjà affaiblis par les rigueurs de la
prison, furent livrés en proie à la cruauté des bourreaux. Au milieu
d'un affreux silence, on n'entendait que la voix menaçante du juge,
et les gémissements de ceux qu'on déchirait par les tortures. Enfin,
une servante cédant aux douleurs, laissa échapper quelque parole
équivoque à la charge de son maître. Aussitôt, sans attendre d'autre
éclaircissement, on prononça la sentence d'Aginatius, et quoiqu'il
en appelât au jugement de l'empereur, il fut traîné au supplice et
exécuté. Anepsia fut enveloppée dans la même condamnation; et ni la
qualité de belle-mère du fils de Maximin, ni le sacrifice qu'elle
avait fait de ses biens et de sa propre fille, ne purent la sauver de
la mort. Maximin, quoique éloigné de Rome, continuait d'y régner dans
la personne de ses successeurs animés de son esprit. Nous verrons dans
la suite quelle fut la digne récompense de tant de forfaits.
[Note 856: _Doryphorianus quidam repertus est Gallus, audax adusque
insaniam._ Amm. Marc. l. 28, c. 1.--S.-M.]
[Note latérale: XV.
Ampélius préfet de Rome.
Amm. l. 28, c. 4 et ibi Vales.
Symm. l. 5, ep. 54 et 56.
[Tillem. Valentinien I. art. 23, note 39.]]
Les préfets de Rome, dont l'autorité était supérieure à celle des
vicaires, auraient pu arrêter ce torrent d'iniquités, si leur vie molle
et voluptueuse, ne les eut pas rendus trop insensibles aux malheurs
publics, et trop timides, pour s'opposer aux entreprises des favoris.
Olybrius se contenta de gémir en secret. Principius qui lui succéda,
n'est connu que de nom, et ne fut en charge que très-peu de temps.
Ampélius, quoiqu'il eût de bonnes intentions, se laissa lui-même
entraîner, et se prêta quelquefois à l'injustice. Il était d'Antioche;
il fut maître des offices, proconsul d'Achaïe et d'Afrique; homme de
plaisir, il ne laissait pas d'aimer la règle. Le peuple, quoique dans
l'oppression, était livré au luxe et à tous les vices qui en sont
la suite; Ampélius entreprit de le réformer: il publia à cet effet,
plusieurs réglements, qu'il n'eut pas la fermeté de faire exécuter.
[Note latérale: XVI.
Réglements de Valentinien pour les études de Rome.
Cod. Th. l. 14, tit. 9, leg. 1.
Giann. hist. Nap. l. 1, c. 10.