Histoire d'Aginatius.]

En effet, ni le crédit, ni la noblesse, ni la plus haute fortune ne

pouvaient se défendre de ses attaques meurtrières. Aginatius sortait

d'une famille ancienne et illustre[847]. Il avait été gouverneur de

la Byzacène, et sous la préfecture d'Olybrius, il était vicaire de

Rome[848]. Offensé de la préférence que l'empereur avait donnée dans

l'affaire de Chilon à Maximin, magistrat subalterne, il résolut de

renverser la fortune naissante du nouveau favori. Maximin portait déjà

l'arrogance jusqu'à mépriser Probus, préfet du prétoire, et le plus

grand seigneur de l'empire[849]. Aginatius tâcha d'exciter la jalousie

de Probus; il lui offrit ses services pour écarter un aventurier

superbe, qui osait se mesurer avec un homme de son mérite et de son

rang. Probus, en cette occasion, donna lieu à des soupçons qui le

déshonorèrent: on prétendit qu'il avait sacrifié Aginatius à sa faible

politique, et qu'il avait eu la lâcheté de mettre entre les mains de

Maximin les lettres d'Aginatius. Maximin résolu de prévenir celui-ci,

ne s'occupa plus que des moyens de le perdre; et son ennemi, plus vif

et plus ardent que prudent et circonspect, ne lui en fournissait que

trop d'occasions. Victorinus, confident de Maximin, venait de mourir,

laissant par testament à son ami des sommes considérables. Aginatius

publiait qu'il n'en laissait pas encore assez; que ce n'était qu'une

petite portion des profits que Victorinus avait faits, en vendant par

un infâme trafic les sentences de Maximin: il inquiétait Anepsia,

veuve de Victorinus, la menaçant de la dépouiller d'une fortune si mal

acquise. Anepsia, pour s'appuyer d'une protection puissante, fit encore

présent à Maximin de trois mille livres pesant d'argent, feignant que

son mari l'avait ainsi ordonné par un codicile. Mais ce magistrat,

aussi avare que sanguinaire, n'eut pas honte de lui demander la moitié

de toute la succession, et, pour envahir le reste, il lui proposa le

mariage de son fils avec la fille de Victorinus, ce qu'Anepsia n'osa

refuser[850].

[Note 847: Ammien Marcellin doute cependant, l. 28, c. 1, de la

noblesse et de l'antiquité de sa race. _Aginatium_, dit-il, _jam indè

a priscis majoribus nobilem, ut locuta est pertinacior fama: nec enim

super hoc ulla documentorum rata est fides_.--S.-M.]

[Note 848: C'est sous Julien, en l'an 363, qu'il avait été consulaire

de la Byzacène; il fut vicaire de Rome en 369.--S.-M.]

[Note 849: _Vir summatum omnium maximus._ Amm. Marc. l. 28, c.

1.--S.-M.]

[Note 850: Il paraît, au contraire, que cette femme n'était pas fille

de Victorinus, mais fille de sa femme; car Ammien Marcellin dit, l. 28,

c. 1, _Victorini privignam Anepsiæ filiam petit filio conjugem_.--S.-M.]

[Note latérale: XII.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 286 / 354 题