Funestes artifices de Maximin pour multiplier les accusations.]

Jamais les calomniateurs ne manquèrent quand la calomnie fut écoutée.

Cependant Maximin, comme s'il eût appréhendé que les passions humaines

ne pussent pas fournir par elles-mêmes assez de matière à sa cruauté,

employait la ruse pour faciliter et multiplier les accusations. On dit

qu'il tenait une corde pendue à une des fenêtres de sa maison pour la

commodité des délateurs[845], qui, sans se faire connaître venaient

de nuit y attacher leurs billets. Le simple énoncé tenait lieu de

preuve: il avait des émissaires secrets, qui, dispersés dans la ville,

affectaient de gémir de l'oppression générale, exagéraient la barbarie

du vicaire, et répétaient sans cesse que l'unique ressource des accusés

était de nommer au nombre de leurs complices des hommes puissants,

qu'on n'oserait condamner; que les faibles et les petits s'attachant à

eux comme dans un naufrage, pourraient se sauver avec eux. Ces funestes

artifices épouvantaient tous les nobles; c'était en quelque sorte

mettre leurs têtes à prix: ils s'humiliaient devant cet homme superbe;

ils ne le saluaient qu'en tremblant; ils reconnaissaient la vérité de

ses paroles, lorsque, faisant vanité de sa propre malice, il disait

insolemment: _Personne ne doit se flatter d'être innocent, quand je

veux qu'il soit coupable_[846].

[Note 845: _Resticulam de fenestra prætorii quadam remota dicitur

semper habuisse suspensam._ Amm. Marc. l. 28, c. 1.--S.-M.]

[Note 846: _Nullum se invito reperiri posse insontem._ Amm. Marc. l.

28, c. 1.--S.-M.]

[Note latérale: XI.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 285 / 354 题