Philost. l. 9, c. 11.]

Ce fut un malheur pour Valens de trouver dans le préfet du prétoire,

non pas une ame généreuse qui sût opposer de sages remontrances à

des ordres injustes et cruels, mais un cœur impitoyable, prêt à

sacrifier la vie des innocents et l'honneur même de son maître. Tel

était Modestus, comte d'Orient sous Constance[817]; il s'était prêté à

l'humeur sanguinaire de ce prince dans la recherche d'une conjuration

chimérique. On voulut le rendre suspect à Julien; mais ce politique

sans religion, qui n'adorait que la fortune, gagna bientôt les bonnes

graces du nouvel empereur en sacrifiant aux idoles; il obtint pour

récompense la préfecture de Constantinople[818]. Arien zélé sous

Valens, il fut une seconde fois revêtu de la même charge; et Auxonius

étant mort, il lui succéda dans celle de préfet du prétoire. Il sut

se conserver dans cette dignité jusqu'à la mort de l'empereur par ses

basses complaisances. Il admirait sans cesse les vertus que ce prince

n'avait pas, et flattait les vices qu'il avait. Valens était paresseux

et ennemi des affaires; mais le sentiment de ses devoirs se réveillant

quelquefois dans son cœur, il se proposait de les remplir, et de rendre

la justice à ses sujets. Alors tout le palais prenait l'alarme; les

eunuques se croyaient en grand péril: sous les yeux de l'empereur

l'innocence allait respirer, et leur licence allait être enchaînée;

tous se réunissaient pour détourner Valens d'un dessein si dangereux.

Modestus, qui rampait devant les eunuques, s'empressait de lui faire

entendre que la majesté impériale ne pouvait, sans s'avilir, descendre

jusqu'à des objets de si peu d'importance[819]. Il débitait ces belles

maximes avec une apparence de zèle et d'intérêt pour la gloire de son

maître. Comme il avait affaire à un esprit grossier, sans principes et

sans étude, aidé de la paresse naturelle à Valens, il lui persuada tout

ce qu'il voulut[820]; et l'administration de la justice, abandonnée à

des ames vénales qui ne craignaient plus que les regards du souverain,

devint un brigandage.

[Note 817: En 359. Il se nommait Domitius Modestus. Il existe

beaucoup de lettres qui lui furent adressées par S. Basile et par

Libanius.--S.-M.]

[Note 818: Il occupa même deux fois cette place.--S.-M.]

[Note 819: _Ob hæc et similia concordi consensu dehortantibus multis,

maximeque Modesto præfecto prætorio regiorum arbitrio spadonum

exposito,.......... adserente quòd infra imperiale columen causarum

essent minutiæ privatarum._ Amm. Marc. l. 30, c. 4.--S.-M.]

[Note 820: _Obumbratis blanditiarum concinnitatibus cavillando Valentem

sub-rusticum hominem sibi variè commulcebat, horridula ejus verba et

rudia flosculos Tullianos appellans, et ad extollendam ejus vanitiem

sidera quoque, si jussisset, exhiberi posse promittens._ Amm. Marc. l.

29, c. 1.--S.-M.]

[Note latérale: VI.

Elévation de Maximin.

Amm. l. 28, c. 1 et ibi Vales.

Hier. chron.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 280 / 354 题