Il fit bien voir qu'en prévenant les troubles il n'avait pas eu
dessein de ménager les orthodoxes. Il favorisait par lui-même et par
ses officiers toutes les poursuites de leurs ennemis. Les outrages,
les confiscations de biens, les chaînes, les supplices étaient leur
partage. Valens avait rapporté de la Mésie une haine plus envenimée
contre eux. Il prétendait avoir reçu un affront de Brétannion[811],
évêque de Tomes, capitale de la petite Scythie. En voici l'occasion:
l'empereur s'étant rendu dans cette ville, entra dans l'église, et
voulut engager le prélat à communiquer avec les Ariens dont il était
accompagné. Mais Brétannion, après lui avoir répondu avec fermeté qu'il
ne connaissait pour orthodoxes que ceux qui étaient attachés à la foi
de Nicée, se retira dans une autre église; il y fut suivi de tout le
peuple, et Valens demeura seul avec sa suite. Dans le premier mouvement
de sa colère, il fit saisir le prélat et l'envoya en exil. Peu de jours
après, intimidé par les murmures des habitants, tous guerriers et qui
pouvaient donner la main aux Barbares, dont ils n'étaient séparés
que par le Danube, il leur rendit leur évêque; il conserva dans son
cœur un vif ressentiment, qui éclata dans la suite, surtout contre le
clergé[812].
[Note 811: Il est probable que le nom de cet évêque a été altéré par
les historiens grecs et qu'il s'appelait réellement Vétranio.--S.-M.]
[Note 812: Tillemont (t. V, _Valens_, art. 8) place cet événement en
l'an 368, pendant la deuxième campagne contre les Goths.--S.-M.]
[Note latérale: III.
Valens fait brûler vifs quatre-vingts ecclésiastiques.
Socr. l. 4, c. 16.
Soz. l. 6, c. 14.
Theod. l.4, c. 24.
[Theoph. p. 50.]
Zon. l. 13, t. 2, p. 30.
Cedr. t. 1, p. 311.