Les entreprises de Sapor avaient déterminé Valens, dès la seconde
année de son règne, à s'approcher de la Perse[806]; mais la révolte de
Procope et la guerre contre les Goths l'avaient arrêté pendant cinq
ans. Au commencement de l'an 370, étant consul avec son frère pour la
troisième fois, il reprit son premier dessein[807]. Après avoir assisté
le 9 avril à la dédicace de l'église des Saints-Apôtres, nouvellement
rebâtie[808], il partit de Constantinople et prit le chemin d'Antioche.
Ce voyage fut encore interrompu par un autre sorte de guerre: c'était
celle que Valens avait déjà déclarée à l'église catholique, et qu'il
recommença pour-lors avec plus de fureur. A peine était-il arrivé à
Nicomédie qu'il apprit la mort d'Eudoxe, son théologien, entre les
mains duquel il avait juré un attachement inviolable à la doctrine
d'Arius. Les Ariens remplirent aussitôt le siége de Constantinople
par l'élection de Démophile, cet évêque de Bérhée qui avait fait
preuve de son zèle pour l'Arianisme en travaillant à séduire le pape
Libérius. D'autre part, les catholiques, profitant de l'absence de
l'empereur, choisirent Évagrius[809]. Le parti hérétique, plus hardi
et plus nombreux, se préparait à exercer les dernières violences,
lorsque l'empereur, craignant les suites d'une sédition, envoya des
troupes avec ordre de chasser Évagrius. Dans ces circonstances il n'osa
s'éloigner, et demeura pendant plusieurs mois dans la Bithynie et sur
les bords de la Propontide, d'où il revint à Constantinople[810].
[Note 806: Il s'était avancé jusqu'à Césarée de Cappadoce et il se
préparait à entrer dans la Cilicie pour aller ensuite à Antioche, quand
il apprit la révolte de Procope. Voyez ci-devant p. 226, liv. XVI, §
27.--S.-M.]
[Note 807: Πάλιν ἐπὶ τὴν Ἀντιόχειαν σπέυδων. Socr. l. 4, c. 14.--S.-M.]
[Note 808: Cette église, fondée et dédiée trente-trois ans avant par
Constantin, en l'an 337, avait déja été rebâtie une fois dans ce court
intervalle de temps. Ceci pourrait paraître surprenant, si on ne
savait par le témoignage de Thémistius (or. 3, p. 47), que tous les
édifices élevés à Constantinople lors de sa fondation, étaient peu
solides.--S.-M.]
[Note 809: Cet Évagrius avait été évêque d'Antioche. Voyez t. 1, p.
293, note 1, l. IV, § 65.--S.-M.]
[Note 810: Une loi de Valens nous apprend que ce prince était à
Cyzique le 10 juin de cette année; il se trouvait à Constantinople, le
8 et le 12 décembre suivants. Les lois du commencement de l'an 371,
montrent qu'il était dans la capitale à cette époque. Voyez à ce sujet
Tillemont, tom. V, _Valens_, notes 8 et 9.--S.-M.]
[Note latérale: II.
Persécution contre les catholiques.
Socr. l. 4, c. 15.