Mos. Chor. l. 3, c. 37.]]

--[Sapor ne laissa pas en Arménie des forces assez considérables,

pour contenir des peuples exaspérés par les cruautés que lui ou ses

lieutenants avaient commises; aussi à peine fut-il parti, que Para

descendit avec les siens, des monts de la Lazique, où il était échappé

aux poursuites de son ennemi. Il se remit bientôt en possession de la

plus grande partie de l'Arménie; Méroujan et les officiers persans ne

purent s'opposer à ses succès, il fallut qu'ils appelassent encore

Sapor à leur aide. Cependant, la guerre des Goths était terminée,

et Valens était enfin le maître de prendre une part plus active aux

affaires de l'Orient. Sentant combien il importait à l'état, d'empêcher

les Perses de consommer la ruine de l'Arménie, en la réunissant à

leur empire, il renonça aux ménagements qu'il avait été obligé de

garder jusqu'alors, et il prit hautement la défense de ce pays[776].

Térentius eut ordre de reconnaître le fils d'Arsace, et de le traiter

en roi, allié de l'empire; mais comme il ne suffisait pas de sa

déclaration, et de la présence d'un lieutenant impérial auprès de Para,

pour assurer l'indépendance de l'Arménie, Valens fit partir le meilleur

de ses généraux, le comte Arinthée[777], avec un corps de troupes assez

puissant, pour montrer aux Perses, que l'intervention des Romains

n'était pas illusoire, et pour arrêter une double attaque que les

ennemis préparaient contre l'Arménie[778]. Aussitôt que Méroujan fut

informé de l'approche d'Arinthée, il se hâta de concentrer toutes les

forces persannes qui étaient à sa disposition, et de les joindre à ses

soldats propres, et aux Arméniens de son parti; puis il s'avança contre

les Romains. Il était venu camper dans le canton de Taranaghi[779] sur

les bords de l'Euphrate, qui le séparait du territoire de l'empire,

et il y présenta la bataille à Arinthée. Le connétable Mouschegh, se

réunit aux Romains avec un corps de dix mille hommes; c'était tout

ce qu'il avait pu rassembler, mais ces guerriers étaient animés par

la présence du patriarche Nersès, qui ne cessait de les exhorter à

combattre vaillamment, pour venger les désastres de leur patrie. Quand

leur jonction fut opérée, les Arméniens et les Romains marchèrent aux

ennemis; on s'attaqua avec fureur, les Arméniens surtout, et Mouschegh

à leur tête, combattirent avec une sorte de rage, tant ils étaient

enflammés par le souvenir des maux que leur avaient faits les Persans.

Leurs adversaires ne déployèrent pas moins de courage, mais à la fin,

ils furent contraints de laisser la victoire aux Arméniens et à leurs

alliés; les généraux persans Zik et Caren restèrent sur le champ de

bataille, et Méroujan, réduit à s'enfuir au plus vite, regagna la Perse

presque seul. Cette victoire délivra l'Arménie, tous les forts occupés

par les ennemis se rendirent, ceux qui avaient résisté jusqu'alors

furent débloqués, et les gouverneurs reçurent la récompense due à

leur courage et à leur fidélité. Parmi ces places, était le château

de Darioun, au milieu des montagnes de la province de Gok[780]; il

contenait une partie considérable des trésors d'Arsace, échappés à la

rapacité de Sapor. Mouschegh, qui s'était mis promptement en mesure

de profiter de la grande victoire qu'on venait de remporter, avait

vu accroître rapidement le nombre de ses guerriers; il parcourait le

pays, renversant les pyrés construits par les Persans, et relevant les

églises et tous les édifices religieux qui avaient été détruits. Des

cruautés se mêlèrent à tant de succès, Mouschegh fit écorcher vifs tous

les Persans de distinction qui tombèrent entre ses mains; il voulait

venger la mort de son père, qui avait subi un pareil supplice.

[Note 776: Moïse de Khoren attribue à l'empereur Théodose la délivrance

de l'Arménie; il est évident que c'est une erreur de cet historien; le

témoignage détaillé d'Ammien Marcellin ne peut pas laisser la moindre

incertitude sur ce point. Faustus de Byzance ne donne pas le nom de

l'empereur; il se contente de le désigner par sa dignité.--S.-M.]

[Note 777: Le nom de ce général est très-altéré dans les auteurs

Arméniens. Moïse de Khoren (l. 3, c. 37) l'appelle _Atté_ ou _Addé_.

Dans Faustus de Byzance (l. 5, c. 1 _et passim_), il est nommé _Até_ ou

_Adé_.--S.-M.]

[Note 778: _Quas ob causas ad eas regiones Arinthæus cum exercitu

mittitur comes, suppetias laturus Armeniis, si eos exagitare procinctu

gemino tentaverint Persæ._ Amm. Marc. l. 27, c. 12.--S.-M.]

[Note 779: Ce canton était dans la haute Arménie, sur la rive droite

de l'Euphrate. Plusieurs forts situés à la gauche de ce fleuve,

entre autres celui d'Ani, qui porte à présent le nom de Kamakh, en

dépendaient aussi. Voyez mes _Mémoires historiques et géographiques sur

l'Arménie_, t. 1, p. 72 et 73.--S.-M.]

[Note 780: Ce fort s'appelait aussi _Taronkh_. Son nom s'altérait

encore de plusieurs autres façons, peu différentes les unes des autres.

Voyez au sujet de ce canton et de cette forteresse mes _Mémoires

historiques et géographiques sur l'Arménie_, t. 1. p. 108 et 333, et t.

2, p. 461.--S.-M.]

[Note latérale: LXV.

[Les Arméniens entrent en Perse.]

[Faust. Byz. l. 5, c. 1 et 2.]]

--[L'Arménie était à peine délivrée, que déja le connétable se

disposait à fondre sur le territoire persan, pour y demander vengeance

des longs malheurs de sa patrie, et de ses injures personnelles. Tout

était prévu pour que cette entreprise réussît; les troupes arméniennes

réorganisées, les places en état de défense, laissaient Mouschegh libre

de se porter à la tête d'un corps d'élite de quarante mille hommes, sur

les frontières de l'Atropatène, pour y observer les mouvements du roi

de Perse. Ce prince était alors à Tauriz[781], et il y concertait avec

Méroujan les moyens de rentrer en Arménie. Le connétable, instruit à

temps de son dessein, résolut de le prévenir; il se précipite aussitôt

sur l'Atropatène, où il attaque les Persans à l'improviste: ceux-ci ne

purent se défendre avec avantage; surpris de la brusque irruption des

Arméniens, ils leur cédèrent sans résistance le champ de bataille, et

laissèrent entre les mains du vainqueur, la reine, femme de Sapor[782],

un grand nombre d'autres princesses, et beaucoup d'officiers et de

généraux[783]. Mouschegh fit encore écorcher vifs ces derniers, et il

envoya à son souverain, leurs peaux garnies de paille: quant à la reine

et aux autres captives, il les traita avec les plus grands égards,

défendit qu'on se permît envers elles la moindre insulte; puis il leur

donna la liberté, et les renvoya avec honneur auprès de Sapor. Le roi

de Perse fut aussi touché de la noblesse de ce procédé, qu'il était

étonné et effrayé de la valeur du prince mamigonien. Les seigneurs

arméniens ne furent pas aussi charmés de cet acte de générosité; ils

ne croyaient pas, qu'on dût avoir tant de ménagements pour un prince

si barbare envers les Arméniens, et qui les avait tous si cruellement

outragé. Ils en firent long-temps de vifs reproches à Mouschegh, ils

inspirèrent même au roi des soupçons contre lui à ce sujet; et ce fut

plus tard un des motifs, que ses ennemis employèrent pour le perdre. Le

butin que le connétable fit en cette occasion fut immense, il suffit

pour enrichir tous les siens; il put même en abandonner une grande

partie, qui fut distribué entre les soldats romains, et les guerriers

qui étaient restés dans l'intérieur du pays auprès de leur roi.

[Note 781: Voyez ci-devant p. 278, not. 4, liv. XVII, § 5.--S.-M.]

[Note 782: Faustus de Byzance donne, l. 5, c. 2, à cette princesse le

titre de _reine des reines_, qui était sans doute attribué aux épouses

des rois de Perse, parce que ces monarques portaient eux-mêmes le titre

de roi des rois.--S.-M.]

[Note 783: Ils étaient au nombre de six cents, si l'on en croit Faustus

de Byzance, l. 5, c. 2.--S-M.]

[Note latérale: LXVI.

[Les Perses sont tout-à-fait chassés de l'Arménie.]

[Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 5, c. 2, 4, 5 et 6.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 269 / 354 题