Mos. Chor. l. 3, c. 35.]]

--[Les succès du jeune roi d'Arménie, n'avaient été ni assez grands, ni

assez durables, pour amener la délivrance de la reine sa mère; cette

princesse était toujours dans la forteresse d'Artogérassa, bloquée

par un corps d'armée persan. Des messagers intelligents, avaient

plusieurs fois trompé la vigilance des troupes qui observaient la

place, et étaient venus lui annoncer un prochain secours, et ranimer

le courage de la garnison; mais cependant le siége se continuait, et la

position de Pharandsem devenait de plus en plus critique. La nouvelle

irruption de Sapor lui ôta toute espérance de salut. Les attaques

des assiégeants ne furent pas plus vives: le château, fort par sa

situation seule, avait peu à redouter de leurs tentatives[772]; mais

depuis long-temps le manque de vivres s'y faisait sentir. Il produisit

des maladies contagieuses, qui firent bientôt d'effrayants progrès.

La reine eut la douleur de voir périr, l'un après l'autre, presque

tous ses vaillants défenseurs; le reste, épouvanté d'un siége aussi

long et aussi opiniâtre, croyait sentir, dans les maux dont il était

accablé, un effet de la vengeance divine, qui poursuivait les crimes

de cette princesse. Le découragement était à son comble, quand Sapor

lassé de poursuivre le roi d'Arménie, vint en personne pour presser

la reddition de la forteresse. On soutint encore vigoureusement les

premiers assauts; mais bientôt on ne put y suffire, et il fallut

songer à se rendre; les combattants manquaient; la plupart avaient

succombé; bien peu des onze mille guerriers qui s'étaient enfermés

dans la place, étaient échappés; les femmes au nombre de six mille

qui s'y étaient aussi réfugiées, périrent toutes victimes de la

contagion; la reine n'avait plus auprès d'elle que deux de ses dames;

les intrigues du grand-eunuque[773], ennemi de Pharandsem, décidèrent

les restes de la garnison à capituler. La reine ne démentit pas son

courage dans ces circonstances extrêmes; elle ouvrit elle-même les

portes de la forteresse, remettant ainsi sa personne, et tous les

trésors du royaume, entre les mains d'un vainqueur impitoyable. Il y

avait quatorze mois que le siége durait; les richesses et les objets

précieux renfermés dans le château étaient en telle quantité, qu'on fut

neuf jours à les en tirer pour les transporter en Perse. Après avoir

obtenu un aussi grand avantage, Sapor mit le feu à la place et reprit

la route de ses états, suivi d'une immense quantité de captifs[774],

mais, comme à l'ordinaire, il déshonora sa victoire, par sa cruauté.

La reine, qui s'était abandonnée à sa générosité, ne fut pas traitée

avec moins d'indignité que tous ceux de sa famille qui étaient tombés

entre les mains du roi de Perse; elle eut à souffrir un sort pareil à

celui que les princesses arméniennes avaient éprouvé. Quand elle fut

arrivée dans l'Assyrie, Sapor, pour insulter à l'Arménie et à ses rois,

fit dresser un échafaud élevé, sur lequel la reine fut exposée; et là,

en présence de son armée et de son peuple, elle assouvit la brutalité,

de tous ceux qui furent assez lâches, pour s'associer à l'infamie de

leur souverain. Tant d'outrages furent suivis d'un supplice atroce:

Sapor ordonna que la malheureuse reine fût empalée. Ainsi périt cette

princesse, non moins fameuse, par les événements tragiques qui la

portèrent au rang suprême, que par le courage qu'elle sut montrer dans

les adversités qui terminèrent sa vie, expiant bien cruellement les

désastres dont elle avait été cause, en attirant sur Arsace et sur

l'Arménie la colère implacable du roi de Perse[775].

[Note 772: Cette forteresse avait déjà, sous le règne d'Auguste,

résisté long-temps à tous les efforts des Romains, qui finirent

cependant par s'en rendre maîtres. Caïus César, fils d'Agrippa et

de Julie fille d'Auguste, dont il était l'héritier présomptif, y

avait été blessé mortellement par le gouverneur _Ador_ ou _Addon_,

pendant l'expédition qu'il fit en Orient, en l'an 2 de notre ère.

Strabon (l. 11, p. 529), Velleïus Paterculus (l. 2, c. 102) et Zonare

(l. 10, tom. 1, p. 539), qui parlent de cet événement, appellent

ce fort _Artageras_, Ἀρταγῆρας, ce qui est assez exactement le nom

_d'Artagérits_, que les Arméniens lui donnaient.--S.-M.]

[Note 773: Au sujet de cette dignité, voyez ci-après, p. 384, n. 1,

l. XVII, § 67. Lorsque Para fut rétabli sur son trône, l'eunuque qui

avait trahi la reine craignit la vengeance de son souverain. Il se

sauva dans le pays de Daron, et il s'y cacha dans une forteresse nommée

_Olénakan_, située au milieu des montagnes qui sont près des sources

de l'Euphrate méridional. Ce fort me paraît être le château d'_Olane_,

dont il est question dans Strabon (l. 11, p. 529), qui le place au

milieu des montagnes, situées au centre de l'Arménie, vers les bords de

l'Euphrate, φρούρια ὀρεινὰ, Βαβυρσά τε καὶ Ὀλανὴ · ἦν δὲ καὶ ἄλλα ἐπὶ

τῷ Εὐφράτῃ. Le connétable Mouschegh fut envoyé vers cette forteresse,

pour y mettre à mort, par l'ordre du roi, ce perfide ministre.

Mouschegh le fit saisir et jeter dans l'Euphrate qui était alors gelé;

on fut obligé de casser la glace pour le faire périr. Sa place fut

donnée à Cylacès. Voyez Faustus de Byzance, l. 5, c. 3.--S.-M.]

[Note 774: _Cum omni pondere multitudinis Artogerassam circumseptam, et

post varios certaminum casus lassatis defensoribus patefactam incendit:

Arsacis uxorem erutam inde cum thesauris abduxit._ Amm. Marc. l. 27, c.

12.--S.-M.]

[Note 775: Ammien Marcellin ne dit rien de la fin tragique de la reine

d'Arménie.--S.-M.]

[Note latérale: LXIV.

[Para est rétabli de nouveau.]

[Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 5, c. 1.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 268 / 354 题