Mos. Chor. l. 3, c. 36.]]

Cylacès et Artabannès espérant tout de la générosité de l'empereur,

le prièrent par leurs députés de leur renvoyer Para leur roi

légitime, avec un secours capable de le maintenir[762].--[Le prince

des Mamigoniens, Mouschegh, fils de Vasag, à qui on avait conféré

la dignité de connétable, exercée par son père avec tant de gloire,

se rendit lui-même à Constantinople, pour exprimer plus vivement à

l'empereur, les vœux de ses compatriotes et le besoin pressant, qu'ils

avaient du secours des Romains pour se délivrer et s'affranchir de la

domination des Perses. Les envoyés du patriarche Nersès joignirent

leurs supplications aux instances du connétable. Cependant malgré la

justice de leurs plaintes, on n'osait se commettre avec les Perses:

les revers qu'on avait toujours éprouvés dans les guerres d'Orient,

rendaient timides et portaient les conseillers de l'empereur à

suivre les inspirations d'une politique trop circonspecte.] Valens

[qui était alors tout occupé de la guerre contre les Goths, et] qui

ne voulait pas donner à Sapor occasion de lui reprocher d'avoir le

premier rompu le traité, se contenta de faire reconduire le prince

en Arménie par le général Térentius[763], mais sans aucunes troupes.

Il exigea même de Para qu'il ne prît ni le diadème[764] ni le titre

de roi[765].--[Le prince Arsacide n'eut donc pour retourner dans

son royaume que la faible escorte de Térentius; elle fut aussitôt

grossie par le connétable et par tous les seigneurs qui s'étaient

réfugiés sur le territoire romain. Spantarad et les princes de la

famille de Camsar[766], impatients de signaler leur courage pour le

service de leur patrie, profitèrent de cette occasion pour y rentrer.

Ils oublièrent les maux qu'Arsace leur avait fait éprouver, et ils

se dévouèrent sans réserve à la cause de son fils. C'était bien peu

de chose que de tels secours, cependant ils suffirent pour relever

le courage des Arméniens; l'assurance de n'être pas tout-à-fait

abandonnés par l'empereur, doubla leurs forces et leur fournit les

moyens de se maintenir et de se défendre, dans tous les cantons

limitrophes de l'empire, qui n'avaient pas subi le joug des Perses.

Bientôt avec leurs seules ressources, ils se trouvèrent en mesure

de reprendre l'offensive. Plusieurs des dynastes qui avaient trahi

Arsace, abandonnèrent le parti des Perses pour venir se ranger sous

les drapeaux de leur souverain légitime. Quand ils furent tous réunis,

ils marchèrent contre Méroujan. Celui-ci ne fut pas assez fort pour

leur résister; il fut vaincu, et tandis qu'il réclamait les secours de

Sapor, qui était alors dans le Khorasan[767], les seigneurs arméniens

se répandaient dans le pays pour en chasser les Perses.]--S.-M.

[Note 762: _Qua humanitate Cylaces et Artabannes inlecti, missis

oratoribus ad Valentem, auxilium eumdemque Param sibi regem tribui

poposcerunt._ Amm. Marc. l. 27, c. 12. Les auteurs arméniens ne parlent

que des démarches faites par le patriarche Nersès et par Mouschegh,

pour obtenir les secours de l'empire.--S.-M.]

[Note 763: Il est souvent question de ce général et avec de grands

éloges dans les lettres de S. Basile. Cet illustre évêque lui écrivit

plusieurs fois durant son séjour en Arménie. On voit par cette

correspondance que Térentius était un zélé catholique. Moïse de Khoren

le nomme _Derendianos_ ou _Terentianus_ (l. 3, c. 36, 37 et 39). Il

est appelé _Dérend_ par Faustus de Byzance. Ces auteurs lui donnent le

titre de _Stradélad_, qui est la transcription arménienne du mot grec

στρατηλάτης, qui signifie _général_.--S.-M.]

[Note 764: _Sed pro tempore adjumentis negatis, per Terentium ducem

Para reducitur in Armeniam, recturus interim sine ullis insignibus

gentem: quod ratione justa est observatum, ne fracti fæderis nos

argueremur et pacis._ Amm. Marc. l. 27, c. 12. Malgré la prudence et la

réserve de Valens, cette démarche et la retraite du jeune prince sur

le territoire de l'empire furent, selon le même auteur, les causes de

la cruelle guerre que Valens fut obligé de soutenir contre Sapor. _Hæc

inopina defectio_, dit-il, l. 27, c. 12, _necesque insperatæ Persarum,

inter nos et Saporem discordiarum excitavere causas immanes_.--S.-M.]

[Note 765: Ceci, à l'exception des passages placés entre parenthèses,

forme le commencement du 34e paragraphe du livre XVIII, dans les

anciennes éditions.--S.-M.]

[Note 766: Voy. t. 1, p. 408, not. 1, liv. VI, § 14, et t. 2, p. 240,

liv. X, § 22, et ci-dev. p. 282, note 2, liv. XVII, § 6.--S.-M.]

[Note 767: Ce nom, qui se trouve dans Moïse de Khoren, l. 3, c. 37,

sert encore à désigner la plus orientale et en même temps la plus

grande et la plus belle des provinces de la Perse. Ce nom signifie

en persan _le lieu du soleil_ ou l'_orient_, c'est ce qui fait qu'on

l'applique quelquefois à tous les pays qui forment la partie orientale

de la Perse, ou qui sont à l'orient de ce royaume.--S.-M.]

[Note latérale: LXII.

[Il est chassé de nouveau.]

[Amm. l. 27, c. 12.]]

Les ménagements de Valens n'en avaient point imposé à Sapor. Outré de

colère, il entra en Arménie à la tête d'une puissante armée, et mit à

feu et à sang tout le pays[768]. Le prince et ses ministres Cylacès

et Artabannès, hors d'état de résister à ce torrent, se retirèrent

entre les hautes montagnes qui séparaient les terres de l'empire

d'avec la Lazique[769]; on appelait alors ainsi l'ancienne Colchide.

Cachés pendant cinq mois dans les cavernes et dans l'épaisseur des

forêts, ils échappèrent à toutes les recherches de Sapor[770]. Enfin,

las de les poursuivre, et déjà incommodé des rigueurs de l'hiver, il

brûla tous les arbres fruitiers, mit garnison dans les châteaux dont

il s'était emparé par force ou par intelligence, et vint attaquer

Artogérassa[771], où la reine [Pharandsem] était encore enfermée.

[Note 768: _Hoc comperto textu gestorum Sapor ultra hominem efferatus,

concitis majoribus copiis Armenias aperta prædatione vastabat._ Amm.

Marc. l. 27, c. 12.--S.-M.]

[Note 769: _Cujus adventu territus Para, itidemque Cylaces et

Artabannes, nulla circumspectantes auxilia, celsorum montium petivere

recessus, limites nostros disterminantes et Lazicam._ Amm. Marc. l.

27, c. 12. Il s'agit ici de la région montagneuse qui s'étend au midi

de Trébizonde et qui s'appelait autrefois la Chaldée, ou le pays des

Tzannes. Quant aux Lazes qui donnaient alors leur nom à la Colchide et

qui le lui donnèrent encore pendant plusieurs siècles, on voit par le

témoignage des auteurs anciens et de Pline, en particulier, l. 6, c. 4,

que c'était originairement une des peuplades barbares qui occupaient

le rivage qui s'étend de Trébizonde jusqu'aux rives du Phasis. Comme

plus tard il sera souvent question de ce peuple dans cette histoire,

je donnerai alors à son sujet quelques détails plus particuliers.

Cette nation subsiste encore dans les mêmes régions et avec le même

nom.--S.-M.]

[Note 770: _Ubi per silvarum profunda et flexuosos colles mensibus

quinque delitescentes, regis multiformes lusere conatus._ Amm. l. 27,

c. 12.--S.-M.]

[Note 771: _Qui operam teri frustra contemplans sidere flagrante

brumali, pomiferis exustis arboribus, castellisque munitis et castris

quæ ceperat superata vel prodita, cum omni pondere multitudinis

Artogerassam circumseptam, et post varios certaminum casus lassatis

defensoribus patefactam incendit._ Amm. Marc. l. 27, c. 12.--S.-M.]

[Note latérale: LXIII.

[Mort de Pharandsem.]

[Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 4, c. 55.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 267 / 354 题