Mos. Chor. l. 3, c. 35]]

--[Sapor s'était fait accompagner dans cette expédition par les deux

apostats Méroujan et Vahan, qui s'empressaient à l'envi de seconder ses

fureurs. Il vint dresser son camp sur les ruines de la ville royale de

Zaréhavan[728], dans le beau canton de Pagrévant[729], non loin des

sources de l'Euphrate. Irrité au dernier point de ce que la plupart des

seigneurs arméniens s'étaient dérobés à ses atteintes, en cherchant un

asyle chez les Romains; sa rage se tourna sur leurs femmes et leurs

enfants, qui étaient tombés entre ses mains. On rassembla toutes ces

innocentes victimes, et on les amena avec la foule innombrable des

captifs, en présence de ce barbare roi. Il semblait qu'il voulut

exterminer la nation arménienne toute entière: par ses ordres on sépare

les hommes, et aussitôt on les livre à ses éléphants, qui les écrasent

sous leurs pieds; les femmes et les enfants sont empalés; des milliers

de malheureux expirent ainsi dans d'horribles tourments; les femmes des

nobles et des dynastes fugitifs furent seules épargnées; mais, par un

raffinement de cruauté, pour éprouver des traitements et des supplices

plus odieux que la mort. Traînées dans le stade[730] de Zaréhavan,

elles y furent exposées nues aux regards de toute l'armée persanne,

et Sapor lui-même se donna le lâche plaisir de courir à cheval sur

le corps de ces malheureuses, qu'il livra ensuite aux insultes et

à la brutalité de ses soldats. On leur laissa la vie après tant

d'outrages, et on les confina dans divers châteaux forts de l'Arménie,

pour qu'elles y fussent des otages de leurs maris. Sapor croyait en

agissant ainsi, empêcher ceux-ci de se joindre aux Romains. Peut-être

même espérait-il les amener à se soumettre, pour délivrer de si chers

prisonniers? La famille de Siounie, à laquelle appartenait Pharandsem,

éprouva d'une manière plus particulière la colère de Sapor; il la

punissait de la résistance héroïque que la reine lui opposait. Hommes

et femmes, ils périrent tous dans les supplices les plus longs et les

plus cruels, que sa barbarie pût lui suggérer. Leurs enfants furent

épargnés, mais pour être faits eunuques et emmenés en Perse[731]. Il

voulait, disait-il, venger les horreurs qui avaient été commises dans

ce pays par le prince de Siounie Antiochus[732] du temps de son aïeul

Narsès. Les Arméniens furent les seuls en butte aux persécutions et aux

fureurs de Sapor, il ordonna d'épargner les Juifs qui se trouvaient en

si grande quantité dans le royaume[733]. Tous ceux qui habitaient à

Van ou Schamiramakerd[734], dans le canton de Tosp[735], à Artaxate,

à Vagharschabad et dans les autres places conquises, avaient été

réunis, comme nous l'avons vu, à Nakhdjavan[736], où ils attendaient

qu'ils fussent transportés en Perse. Sapor comptait sans doute en faire

des sujets plus affectionnés. Ces Juifs ne professaient pas tous la

religion de leurs pères: ceux d'Artaxate et de Vagharschabad avaient

été convertis par saint Grégoire, sous le règne de Tiridate; mais ils

n'en continuaient pas moins de se distinguer des Arméniens, et de

former au milieu d'eux une nation particulière. Sapor espérait profiter

de cette division pour les éloigner du christianisme; aussi fit-il

subir le martyre à un prêtre d'Artaxate, nommé Zovith, qui, emmené

avec les autres captifs, ne cessait de traverser les projets du roi,

en exhortant avec ardeur les Juifs de cette ville, à persister dans la

foi chrétienne. Suivi de cette nombreuse population, honteux trophée

de ses victoires, Sapor se mit enfin en route pour retourner dans ses

états, où il s'arrêta dans l'Atropatène. Pour les Juifs, ils furent

envoyés, les uns dans l'Assyrie, les autres dans la Susiane[737]; la

plupart furent placés à Aspahan[738], et ils y formèrent la partie la

plus considérable des habitants, de sorte que cette ville, qui devait

être dans la suite des temps la métropole de la Perse, cessa durant

plusieurs siècles de porter son nom national, n'étant plus désignée que

par celui de _Iehoudyah_, c'est-à-dire la _juiverie_[739].

[Note 728: Voyez ci-devant p. 299, not. 4, liv. XVII, § 13.--S.-M.]

[Note 729: Voyez t. 2, p. 224, liv. X, § 11 et ci-devant p. 299, liv.

XVII, § 13.--S.-M.]

[Note 730: En arménien, _Asparez_. Ce nom que les Arméniens ont

emprunté à la langue persane dans laquelle il signifie _course de

cheval_, ou _hippodrôme_, a chez eux un double sens, comme le nom de

_Stade_ chez les Grecs. Il s'applique de même à un lieu d'exercice

et à une mesure itinéraire. La longueur de cette mesure n'est pas

beaucoup plus considérable, ni beaucoup plus constante que celle du

stade grec. Voyez ce que j'en ai dit dans mes _Mémoires historiques et

géographiques sur l'Arménie_, t. 2, p. 378-381.--S.-M.]

[Note 731: Sapor s'était montré plus généreux envers les princes de

la même famille, en l'an 359, lorsqu'il se rendit maître de la ville

d'Amid. Tous ceux des Siouniens qui se trouvèrent alors dans cette

place furent renvoyés libres, comme nous l'apprend Moïse de Khoren (l.

3, c. 26). Voyez ci-devant, t. 2, p. 290, not. 2, liv. X, § 59.--S.-M.]

[Note 732: C'est Faustus de Byzance qui rapporte cette circonstance,

l. 4, c. 58, mais sans indiquer bien clairement de quel Antiochus

il entend parler. Il est probable que cet Antiochus n'était pas le

prince de Siounie, beau-père d'Arsace, mais sans doute un prince du

même nom qui était peut-être l'aïeul de celui-ci; il le faut bien,

car le roi de Perse, Narsès, aïeul de Sapor, était mort en l'an 303

ou 304, c'est-à-dire environ soixante-cinq ans avant l'époque dont il

s'agit.--S.-M.]

[Note 733: Voyez à ce sujet, ci-devant, p. 293-302, liv. XVII, §

13.--S.-M.]

[Note 734: Cette ville était alors possédée par le prince des

Rheschdouniens. Voyez ci-devant, p. 299, not. 7, liv. XVII, §

13.--S.-M.]

[Note 735: Le canton de _Dosp_ ou _Tosp_ était compris dans la grande

province de Vaspourakan. On le retrouve dans Ptolémée (Géogr. l. 5, c.

13), qui l'appelle _Thospites_. Il était sur les bords méridionaux du

grand lac de Van, auquel il donnait son nom; ce qui est attesté aussi

bien par les auteurs arméniens que par Ptolémée. La ville de _Van_, ou

_Schamiramakerd_, était la capitale de toute la province. Voyez mes

_Mémoires historiques et géographiques sur l'Arménie_, t. 1, p. 56, 131

et 139.--S.-M.]

[Note 736: Voyez ci-devant, p. 300, not. 1, l. XVII, § 13.--S.-M.]

[Note 737: Cette province, située entre la Babylonie et la Perse

proprement dite, porte actuellement le nom de Khouzistan; les Arméniens

l'appelaient _Khoujasdan_. Voyez ci-devant, p. 296, not. 2, liv. XVII,

§ 12.--S.-M.]

[Note 738: Cette indication qui vient de Moïse de Khoren (l. 3, c. 35)

nous garantit l'antiquité du nom d'Ispahan; comme le même auteur nous

instruit (l. 2, c. 66) de l'ancienneté de celui d'Isthakhar (autrefois

_Persépolis_), en nous disant, de même que les historiens arabes et

persans, qu'Ardeschir, fondateur de la dynastie des Sassanides, était

originaire de cette dernière ville qu'il appelle _Sdahar_.--S.-M.]

[Note 739: Plusieurs auteurs orientaux, arabes et persans, et divers

voyageurs, tels qu'Otter et Chardin, ont rapporté que la ville

d'Ispahan avait été originairement habitée par des Juifs et qu'en

mémoire de leur colonie, elle avait même pendant long-temps porté le

nom de _Iehoudiah_, c'est-à-dire _la Juive_. Aucun de ces écrivains

n'a fait connaître la véritable époque et la cause réelle de cet

établissement des Juifs dans une des principales villes de la Perse.

Les Arméniens seuls nous l'apprennent d'une manière qui met le fait

hors de doute.--S.-M.]

[Note latérale: LIX.

[Tyrannie de Méroujan.

Amm. l. 27, c. 12.

Faust. Byz. l. 4, c. 59.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 265 / 354 题