Amm. l. 28, c. 2 et ibi Vales.]

La Syrie éprouvait aussi d'horribles ravages. Les habitants d'un bourg

fort peuplé, nommé Maratocyprus, près d'Apamée[723], avaient formé

entre eux une société de voleurs, et s'étaient rendus redoutables. Ils

employaient la ruse autant que la force. Déguisés les uns en marchands,

les autres en soldats, ils se répandaient sans bruit dans les

campagnes; et s'introduisant séparément dans les villages et dans les

villes, ils se réunissaient pour les saccager. Comme ils ne suivaient

aucun ordre dans leurs courses, et qu'ils se transportaient rapidement

dans des lieux fort éloignés, on ne pouvait prévoir leur arrivée.

Aussi avides de sang que de butin, ils égorgeaient ceux qu'ils avaient

dépouillés, arrachant la vie, lorsqu'ils ne trouvaient plus rien à

enlever. Ils se faisaient un jeu du brigandage, et ils poussèrent

l'insolence jusqu'à s'exposer au milieu d'Apamée. Un d'entre eux se

déguisa en gouverneur de la province, un autre en receveur du domaine;

le reste de la troupe prit des habits de sergents et d'archers. Le

gouverneur avait droit de condamner à mort, et le receveur du domaine

de saisir les biens de ceux qui avaient été condamnés. En cet équipage,

ils entrent sur le soir dans Apamée, précédés d'un crieur qui publiait

la sentence de condamnation d'un des plus riches habitants. Ils forcent

la maison, massacrent le maître avec les domestiques qui n'eurent pas

le temps de se mettre en défense, enlèvent l'argent et les meubles,

et se retirent précipitamment avant le jour. Le bourg qui servait de

retraite à ces brigands, fut bientôt rempli de toutes les richesses de

la province. Enfin, par ordre de l'empereur on rassembla des troupes;

on alla les assiéger: ils furent tous passés au fil de l'épée; et pour

en détruire la race, on mit le feu à leur habitation. Les femmes qui se

sauvaient avec leurs enfants à la mamelle, furent repoussées dans les

flammes. Rien n'échappa à l'incendie; et les cruautés de ces scélérats

furent punies par une vengeance aussi cruelle.

[Note 723: Ville sur l'Oronte, qui fut appelée dans la suite par les

Arabes _Famich_, et qui est maintenant détruite.--S.-M.]

[Note latérale: LVII.

[Sapor s'empare de l'Ibérie.]

[Amm. l. 27, c. 12.]]

--[Pendant que la guerre des Goths retenait Valens sur les bords du

Danube, les états des alliés de l'empire en Orient, continuaient d'être

abandonnés aux ravages des Persans. Sapor ne s'était pas borné au

grand royaume, qu'il devait plutôt à la ruse et à la trahison, qu'à

son courage et à la terreur de ses armes. Non content de l'Arménie, il

avait voulu étendre ses possessions jusqu'au mont Caucase et il s'était

porté de sa personne dans l'Arménie, à la tête d'une armée aussi belle

que nombreuse, avec le dessein de réduire les places et les cantons

qui refusaient encore de se soumettre. Il prétendait passer de là dans

l'Ibérie[724], qu'il comptait joindre aussi à ses conquêtes. Après

avoir traversé rapidement l'Arménie, il se dirigea vers cette autre

région où il pénétra sans éprouver de résistance; et pour insulter à la

puissance romaine[725], il en chassa Sauromacès[726], que les Romains y

avaient placé sur le trône, et il y établit un certain Aspacurès[727],

qui était cousin de ce prince. Le roi revint ensuite en Arménie, avec

toutes ses troupes, et durant le séjour qu'il y fit, il ne s'occupa

plus que de consommer la ruine de ce déplorable pays.

[Note 724: Au sujet de ce pays, voyez t. 1, p. 291, l. IV, § 65.--S.-M.]

[Note 725: _Deinde ne quid intemeratum perfidia præteriret, Sauromace

pulso, quem auctoritas Romana præfecit Iberiæ, Aspacuræ cuidam

potestatem ejusdem detulit gentis diademate addito, ut arbitrio se

monstraret insultare nostrorum._ Amm. Marc. l. 27, c. 12.--S.-M.]

[Note 726: Les Chroniques géorgiennes font mention d'un prince appelé

_Sourmag_ (Klaproth, Voyage en Georgie et dans le Caucase, en allem.

t. 2) p. 101). C'est évidemment le même nom que _Sauromacès_, mais

il ne peut s'appliquer au même prince; car, selon ces chroniques,

_Sourmag_, fut le second roi de la Georgie, et le successeur de

Pharnabaze fondateur de cet état, qui vivait plus de deux siècles

avant J.-C. L'histoire d'Arménie parle d'un certain _Sormag_, qui

fut patriarche vers le commencement du cinquième siècle. Ces deux

exemples font voir que ce nom était commun dans ces régions. Quant au

_Sauromacès_ d'Ammien Marcellin, il ne se retrouve pas dans les auteurs

orientaux.--S.-M.]

[Note 727: Ce que j'ai dit au sujet de _Sauromacès_ est tout-à-fait

applicable à _Aspacurès_: son nom se retrouve aussi dans les Chroniques

géorgiennes, mais il ne s'y rapporte pas à un même individu. Ces

chroniques le donnent sous la forme _Asphagour_ (Klaproth, Voy. en

Georg. et dans le Cauc. ed. All. t. 2, p. 131). Cet _Asphagour_ était

fils d'un certain _Mirdat_ (altération géorgienne de _Mithridate_ ou

_Mihirdat_), et il fut le dernier roi de la race de Pharnabaze. Il

monta sur le trône en l'an 262 de notre ère, et il fut détrôné par le

persan Mihran, qui fut le premier roi chrétien de la Georgie (voyez t.

1, p. 292, not. 2, liv. IV, § 65). L'histoire d'Arménie parle aussi

d'un certain _Aspourakès_, qui fut le deuxième successeur de S. Nersès

sur le trône patriarchal de l'Arménie.--S.-M.]

[Note latérale: LVIII.

[Ses cruautés en Arménie.]

[Faust. Byz. l. 4, c. 55-58.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 264 / 354 题