Paix avec les Goths.]

L'empereur rebuta plusieurs fois leurs ambassadeurs. Enfin, il

se rendit, non à leurs prières, mais aux instances du sénat de

Constantinople, qui le suppliait par ses députés de terminer la guerre

et de se reposer de tant de fatigues. Il envoya donc à son tour Victor

et Arinthée, pour entrer en négociation avec Athanaric. Ces deux

généraux lui ayant mandé que les Goths acceptaient les propositions, on

convint d'une conférence entre les deux princes. Athanaric, soit par

fierté, soit par défiance, refusait de passer le Danube, sous prétexte

que son père l'avait engagé par serment à ne jamais mettre le pied sur

les terres des Romains[715]. Valens ne pouvait se rendre auprès du

prince des Goths, sans avilir la majesté impériale. Il fut décidé que

les deux souverains s'avanceraient chacun sur une barque, et qu'ils

s'arrêteraient au milieu du fleuve. Quoique la forme de cette entrevue,

dans laquelle Athanaric semblait traiter d'égal à égal avec l'empereur,

parût donner quelque atteinte à l'honneur de l'empire, cependant la vue

des deux armées rangées sur les bords du Danube, formait pour Valens

un spectacle flatteur. Il voyait d'une part briller ses enseignes, et

ses troupes montrer la fierté naturelle à ceux qui imposent la loi; sur

l'autre bord paraissaient les ennemis dans une contenance moins fière,

plus honteux qu'abattus de leurs défaites. Les deux princes fixaient

aussi sur eux tous les regards; on observait en silence leurs gestes,

leurs mouvements; chacun croyait entendre leurs discours. C'était un

des plus beaux jours de l'année; le soleil dardait alors ses rayons

avec force. Malgré la grande chaleur, Valens et Athanaric demeurèrent

debout sur le tillac, depuis le matin jusqu'au soir. Le prince des

Goths n'avait rien de barbare que le langage; il était souple, adroit,

intelligent[716]. Il contesta long-temps sur les articles. Enfin, il

fallut céder aux vainqueurs, et Valens remporta tout l'avantage. Il fut

arrêté que les Goths ne passeraient pas le Danube; qu'ils n'auraient

liberté de commerce que dans deux villes sur les bords du fleuve[717];

qu'on supprimerait tous les présents, toutes les provisions de

vivres qu'on avait coutume de leur envoyer. Mais Athanaric obtint

que la pension, qu'on lui payait, serait continuée. Telles furent

les conditions de ce traité, qui fut regardé comme très-honorable à

l'empire.

[Note 715: _Asserebat Athanaricus sub timenda exsecratione jurisjurandi

se esse obstrictum, mandatisque prohibitum patris, ne solum calcaret

aliquando Romanorum._ Amm. Marc. l. 27, c. 5.--S.-M.]

[Note 716: «Il n'avait rien de barbare que la langue, dit Thémistius,

et il était plus habile par sa prudence que par les armes: Οὐδὲ ὥσπερ

γλώττῃ βάρβαρον, οὕτω δὲ καὶ τῇ διανοίᾳ, ἀλλ'ἐν τῷ συνεῖναι μᾶλλον

σοφώτερον, ἤ ἐν τοῖς ὅπλοις. or. 10, p. 134. Tous les auteurs du temps

parlent avec les mêmes éloges de ce prince. Les Goths qui avaient

eu de fréquents rapports avec les Grecs, n'étaient plus alors des

Barbares.--S.-M.]

[Note 717: Δύο μόνας πόλεις τῶν ποταμῷ προσῳκισμένων ἐμπόρια

κατεσκευάσατο. Themist. or. 10, p. 135.--S.-M.]

[Note latérale: LIII.

Forts bâtis sur le Danube.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 260 / 354 题