Romains surpris et tués par les Allemans.]

C'était déjà une infraction du traité. Le succès fit pousser plus

loin l'entreprise. La montagne de Piri[708], située quelques lieues

au-dessus, vers l'endroit où est aujourd'hui Heidelberg, était un poste

avantageux. L'empereur forma le dessein de la fortifier. Il envoya un

gros détachement de son armée avec le secrétaire Syagrius, chargé de

la direction des ouvrages. On commençait à remuer la terre, lorsqu'on

vit arriver les principaux de la nation allemande: ils se prosternèrent

aux pieds des Romains, les conjurant avec instance de ne pas violer

la foi jurée: _Cette antique fidélité, dont vous vous vantiez_, leur

disaient-ils, _vous élevait au rang de nos Dieux; ne vous déshonorez

pas vous-mêmes, et ne nous réduisez pas au désespoir par une insigne

perfidie. Qu'espérez-vous de cette forteresse? Pensez-vous qu'elle

puisse subsister, si nos serments ne subsistent pas?_ Voyant qu'ils

n'étaient pas écoutés, ils se retirèrent en pleurant la perte de

leurs enfants, qu'ils avaient donnés pour otages. Dès qu'ils se

furent éloignés, on aperçut une troupe de Barbares, qui sortaient de

derrière un coteau voisin, où ils s'étaient tenus cachés pour attendre

la réponse. Sans donner aux Romains le temps de se reconnaître ni

de prendre leurs armes, ils fondent sur les travailleurs, et les

passent au fil de l'épée avec leurs capitaines, Arator et Hermogène.

Il n'échappa que Syagrius[709], qui vint apporter à l'empereur cette

triste nouvelle. Ce prince, impétueux dans sa colère, lui fit un crime

de s'être sauvé seul, et le cassa comme un lâche[710]. Pendant ce

même temps la Gaule était désolée par des troupes de brigands, qui

infestaient tous les grands chemins. On n'entendait parler que de

pillages et de meurtres. Entre ceux qui périrent par les mains de ces

assassins, fut Constantianus grand-écuyer[711], frère de l'impératrice

Justine.

[Note 708: _Trans Rhenum in monte Piri, qui barbaricus locus est,

munimentum exstruere disposuit raptim._ Am. Marc. l. 28, c. 2. Ammien

Marcellin est le seul auteur qui ait jamais parlé de la montagne

_Piri_, et les détails qu'il donne ne suffisent pas pour faire

reconnaître sa véritable position.--S.-M.]

[Note 709: Il fut dans la suite préfet du prétoire, et consul en l'an

381.--S.-M.]

[Note 710: Pour exécuter tous ses grands travaux, Valentinien passa

presque toute cette année sur les bords du Rhin. On voit par ses lois

qu'il resta à Trèves jusqu'au 14 de mai. Il était le 17 du même mois

à Complat (_Complati_), lieu actuellement inconnu, mais sans doute

voisin de Trèves où l'empereur était encore le 1er juin. Le 4 juin,

on le trouve à _Martiaticum_, qu'on croit sans preuve suffisante être

la même que Manheim; le 19, il était à _Alta-ripa_, entre Manheim et

Spire, et le 30 août à _Brisiacus_ (le Vieux-Brisack, département du

Haut-Rhin). Enfin, le 14 octobre il était de retour à Trèves où il

passa l'hiver, comme on le voit par ses lois du 3 novembre et du 23

décembre 369.--S.-M.]

[Note 711: _Tribunus stabuli._--S.-M.]

[Note latérale: L.

Punitions sévères.

Chron. Alex, p. 302.

[Joan. Malal. part. 2, p. 31 et 32.]

Zon. l. 13, t. 2, p. 30.

Cedren. t. 1, p. 310.

Histoire du Bas-Empire. Tome 03 · 第 257 / 354 题