Après la bataille de Sultz [_Solicinium_], Valentinien avait fait un
nouveau traité avec les Allemans; les deux nations s'étaient engagées,
à ne point entrer sur les terres l'une de l'autre. La convention était
réciproque; mais les Allemans vaincus, étaient les seuls qui eussent
donné des otages; la suite va faire voir que la parole des Romains
n'était pas une caution suffisante. Drusus avait autrefois fait bâtir
sur les bords du Rhin un grand nombre de forteresses; elles étaient
tombées en ruine; Julien en avait construit plusieurs: Valentinien,
ne voulant pas que la sûreté de la Gaule dépendît de la bonne foi
des Barbares, entreprit de border le fleuve de tours et de châteaux,
élevés de distance en distance, depuis la Rhétie jusqu'à l'Océan[705]:
ce fut à ces travaux qu'il employa toute l'année, pendant laquelle,
Valentinien Galate, fils de Valens, et Victor, étaient consuls. Il
ne se fit pas de scrupule d'empiéter en quelques endroits, sur le
territoire des Allemans[706]. Il construisit sur les bords du Necker
[_Nicer_] une forteresse, que les uns croient être Manheim, les autres
Ladenbourg[707]. Mais craignant que la violence des eaux qui venaient
en frapper le pied, ne la détruisît peu à peu, il résolut de détourner
le cours du Necker; on passa plusieurs jours à lutter contre le fleuve.
Enfin, la constance des travailleurs, plongés dans l'eau jusqu'au cou,
surmonta tous les obstacles; il en coûta la vie à plusieurs soldats;
mais l'ouvrage fut achevé, et la forteresse mise en sûreté.
[Note 705: _Rhenum omnem a Rhœtiarum exordio adusque fretalem Oceanum._
Amm. Marc. l. 28, c. 2. Je crois que, par ces derniers mots, l'auteur
latin entend désigner le Pas de Calais.--S.-M.]
[Note 706: _Nonnunquam etiam ultra flumen ædificiis positis subradens
barbaros fines._ Amm. Marc. l. 28, c. 2.--S.-M.]
[Note 707: _Munimentum celsum et tutum, quod ipse a primis fundarat
auspiciis, præterlabere Nicro nomine fluvio._ Rien dans ces paroles
d'Ammien Marcellin, l. 28, c. 2, ne peut servir à appuyer plutôt
l'une que l'autre opinion. On voit seulement par les mots _a primis
auspiciis_, que Valentinien avait fait élever cette forteresse dès le
commencement de son règne. Il ne s'agit donc ici que de réparations, et
non pas d'une construction première, comme on pourrait le croire par le
texte de Lebeau.--S.-M.]
[Note latérale: XLIX.